SITUATION DE LA FAMILLE FOUCQUET
de tout temps appelé à elle honneurs et faveurs. Malgré la parcimonie de Mazarin, ni faveurs ni honneurs ne manquèrent aux Foucquet. Ils avaient appris Tart d'arracher à l'avare ministre ce qu^il ne savait pas donner de bonne grâce. François fut nommé coadjuteur de Tarchevéque de Narbonne, avec succession réser\'ée *. Louis, le galant conseiller clerc, n'avait sans doute déplu ni à Rome ni à Paris, car le trône épiscopal d'Âgde lui fut attribué '. Quant à Basile, il obtint la charge de chancelier des ordres du Roi, dignité qui conférait le droit de porter les insignes du Saint- Esprit, de marcher quasi de pair avec la plus grande noblesse de France *.
Pour Nicolas, il trouvait sa récompense dans le pouvoir de faire accorder tant et de si grandes faveurs à tous les siens. D'humeur libérale et magnifique, souriant à cette fortune qui lui souriait après tant d'années de labeur et d'épreuves, il se laissait prendre par le goût dominant de l'époque, celui de bâtir et de s'accommoder un domaine. A Paris, il était venu habiter un hôtel appartenant à sa femme. Cette demeure, située rue Michel-le-Comte, en face de l'Échelle du Temple, était un peu plus vaste que l'ancienne maison des Foucquet, mais sans grand agrément. Tout Tamour-propre du surintendant était concentré sur le petit héritage de Vaux, sorte de fief paternel également affectionné par sa mère. A partir de 1654, il travailla à en agrandir le parc, à l'embellir *. On citait déjà ses jardins ^
» Gallia christ., VI, p. 122 et 701.
* Ex Agathœ solio tumma ad fastigia surgat.
CossART, Poemata, p. 262.
' Bibl. nac, fonds Saint-Esprit.
^ Bibl. nat., Dossier Vaax.
^ Illa (conjux) tuis célèbres visit dum Vallibus kortos
Mollis ubi flores undique fundit humus.
GossART, Pœmatay p. 263.
Egregium spécimen edidit (Le Nôtre) in bonis Vallium, quos rir artium fauter splendidus Nicolas Foucquet, xrarii Galllci cum suprema potesiate prsefectus, extruebat. — G. Brottier, De hortorum historia, p. 273^ à la suite du poème des Jardins de Bapin, édit. Barbou, 1780.
dessinés par Le Nôtre, homme habile, u dessinateur breveté de tous les plants et parterres de Sa Majesté, depuis 1643 ^ » , mais dont la dureté des temps et la pénurie des ressources royales n'avaient pas permis d'employer les talents.
Nicolas Foucquet commençait à monter sa maison. Sa table, très bien servie, était largement ouverte. Il recevait une compagnie de choix, encourageait les arts. Un honnête homme devait faire une dépense proportionnée à sa situation, tenir un juste milieu entre le faste grossier d'un Particelli et l'économie affectée de Golbert et même de Le Tellier.
Si les Foucquet aimaient la représentation, on a vu qu'ils ne détestaient pas la galanterie.
C'était une mode qui s'imposait. Nicolas la subit comme tout le monde.
Il avait alors quarante ans. Dans sa vie si laborieuse et si agitée, il n'avait jamais eu beaucoup de temps à donner aux aventures. Qu'au premier jour de son arrière-saison, il ait voulu ressaisir les fleurs du printemps, qu'un regret ait traversé son esprit chargé de préoccupations, nul n'en sera surpris, et si l'on veut bien admettre une excuse à cette passion tardive, on la trouvera dans le choix de la femme aimable entre toutes à laquelle Foucquet adressa ses hommages.
Marie de Rabutin-Ghantal , née place Royale, à Paris, en 1625, était petite-fille de la fondatrice de l'Ordre de la Visitation. François Foucquet, père de Nicolas, avait beaucoup aidé à l'établissement du couvent de la rue Saint- Antoine, où sa sépulture de famille était préparée. Il avait fait plus encore, en donnant à TOrdre cinq de ses filles. Voilà un premier lien entre les deux familles.
Très vive d'esprit, la jeune Marie attirait à elle les meilleurs maîtres, entre autres Ménage, le chef incontesté de la colonie
' Jal, Dictionnaire biogr,, art. Le Nôtre.