‹ Nicolas FoucquetChapitre 97 sur 183 · FOUCQUET ET MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

FOUCQUET ET MADAME DE SÉVIGNÉ

des beaux esprits du Maine à Paris. Nicolas Foucquet était un des patrons de cette province. Enfin , on maria la jeune fille à un Breton, au marquis de Sévigné, homme brusque, aux goûts assez bas, et que la venue de deux beaux enfants ne rattacha point à sa femme , dont la supériorité intellectuelle rhumiliait.

Ce mari, plus mal élevé que méchant, était brave; il s'enferra sur Tépée de son adversaire, dans un duel entrepris sans cause, pour la fille d'une dame Gondran ^ que Nicolas Foucquet avait failli épouser *. Ce tragique événement eut lieu le A février 1651.

Mme de Sévigné restée veuve, avec des affaires fort embarrassées, des terres en mauvais état, des dettes pressantes, revint à Paris, où elle s'installa dans le quartier du Temple, à portée des conseils de Tabbé de Coulanges, son parent. C'est alors qu'elle retrouva la famille Foucquet. La protection d'un procureur général n'était pas à dédaigner au cours de tant de grands procès. Ce qui est certain, c'est que cette^^habile femme répara en deux années le désordre de sa fortune; puis, cette première tâche accomplie, songeant à ses deux enfants à établir, nullement obligée d'ailleurs à des regrets éternels, elle reparut dans le monde en 1654.

Elle était âgée de vingt-neuf ans; sa retraite en Bretagne et l'indifférence de son mari lui avaient conservé toute sa fratcheur. Ce n'était pas une de ces beautés qui sautent aux yeux, beautés surprenantes de qui la conversation guérit vite, comme Ta dit un des amoureux de l'aimable veuve. Sa gaieté communicative, franche et hardie, attirait, parfois même l'emportait, elle et ses interlocuteurs, jusqu'aux zones dangereuses; mais tout aussitôt, par un tour délicat, elle rentrait dans les limites de la prudence. Une physionomie agréable, un esprit prime-sautier, un jugement

1 CoKRAiiT, Mémoires, p. 185.

•Tallbmart, Historiettes, VII, p. 185, édit. 18M.

exquis, un bon sens habilement paré de mille grâces, toutes ces qualités faisaient de Mme de Sévigné une charmeuse.

Quoi d'étonnant, après cela, si dans un cercle d'admirateurs formé de gens graves comme Turenne, polis comme du Lude, galants comme Babutin, doctes et spirituels comme Ménage et Benserade, on trouve Nicolas Foucquet? Le surintendant, moins coquet de sa personne que son frère, s'habillait avec goût. Il n'était ni beau ni laid, mais ses traits portaient l'empreinte d'une certaine noblesse, et, sous leurs longs cils, ses yeux révélaient un esprit pénétrant. Il ne parlait qu'avec mesure, sans affectation comme sans morgue; pas un mot qui sentit le robin, encore bien moins le financier. Son obligeance était discrète. Babutin, le cousin de Mme de Sévigné, devait à Foucquet le prix de son régiment. Nul ne le savait, et, par le fait, Babutin lui-même l'avait oubUé.

Ce Babutin, homme doué de toutes les qualités, celles du cœur excepté, cousin de la marquise, la dédaigna petite fille, la poursuivit assez incivilement après son mariage. Veuve, il la courtisa plutôt qu'il ne la désira, et parce qu'il la vit adorée de tous. Son regard expérimenté démêla aisément entre tant d'adorateurs l'homme dangereux. Au mois d'août I654i, il écrivait à sa cousine : « Je suis bien aise que vous soyez satisfaite du surintendant, c'est une marque qu'il se met à la raison et qu'il ne prend plus tant les choses à cœur qu'il faisoit. Quand vous ne voulez pas ce qu'on veut, Madame, il faut bien vouloir ce que vous voulez. » Suit la menue monnaie des compliments. « On est encore trop heureux de demeurer des amis de la marquise; il n'y a guère qu'elle dans le royaume qui puisse se contenter d'amitié ; il faut qu'une femme ait un mérite extraordinaire pour que le dépit d'un amant maltraité ne le porte pas à rompre avec elle ^ » Un an plus tard, il revenait à son idée : « Mandez-

1 Lettre du 17 août 1654.

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