‹ Nicolas GogolChapitre 10 sur 30 · LES NOUVELLES RÉALISTES · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES RÉALISTES

été terrible et elle a simplement corrigé le général de son insolence. Quant au fantôme d'Akakii qu'estil devenu ? Gogol tient à nous laisser sur un frisson et il nous donne à entendre qu'il erre encore dans les rues de Saint-Pétersbourg.

Le Manteau occupe une place à part dans T œuvre de Gogol. Il annonce l'œuvre de Dostoïevsky, ce long plaidoyer en faveur des misérables, des Humiliés et des Offensés^ « Ah ! cet humble manteau d'Akakii Akakievitch, disait Vogué ! C'est le manteau du prophète biblique, transmis aux disciples qu'il enlevait jusqu'aux cieux. Ce même petit tchinovnîk, anatomisé comme une pièce d'amphithéâtre, il posera plus d'une fois devant Dostoïevsky* ». N'eûtil écrit que le Manteau, Gogol aurait marqué dans la littérature' russe une empreinte ineffaçable.

Toutefois, il ne faut pas s'imaginer, comme on l'a fait quelquefois depuis que la Russie est à la mode, que la littérature russe a le monopole de la pitié humaine et moins encore qu'elle l'a inventée. Après avoir lu et médité le Manteau qui est un chef-d'œuvre incontestable, j'engage les curieux à se reporter, aux œuvres trop oubliées aujourd'hui,

i Roman de Dostoïevsky publié pour la première fois en 1846, quatre ans après le Manteau, Voir plus haut (p. 57) la traduction du morceau où Gogol exalte la pitié du peuple russe pour les misérables.

• Discours prononcé à Moscou, le 9 mai 1909, devant le monument de Gogol.

de Champfleury. Des récits tels que Les Souf^ frances du professeur Delteil et Chien Caillou ne redoutent la comparaison ni avec Gogol, ni avec Dostoîevsky et s'ils nous étaient revenus il y a quelques années, traduits ou travestis du russe, nul doute qu'ils n'eussent obtenu un succès colossal auprès des snobs et des caillettes.

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