DISCOURS DE M. LOUIS LEGER
DÉLÉGUÉ DE l'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
Messieurs,
Il appartenait à l'Académie Française de rendre le premier hommage à Gogol qui fut uniquement un homme de lettres et nul n'était plus qualifié pour parler en son nom que M. de Vogué qui connaît si bien la Russie, qui lui est rattaché par des liens si chers et qui a écrit sur Gogol des pages définitives. L'Académie Française est d'ailleurs la plus ancienne de nos Académies et nul d'entre nous ne songe à contester son droit d'aînesse. L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, autrement dit d'histoire et de philologie, vient immédiatement après elle dans l'ordre d'ancienneté. Elle a ses raisons toutes particulières, des raisons de famille, pour s'intéresser à cette solennité. Parmi les membres de notre Compagnie il en est deux qui se sont consacrés à l'étude de la Russie et dont le nom
est bien connu chez vous. Le premier est l'historien Levesque, auteur d'une histoire de Russie dont une partie a été traduite en votre langue et qui chez nous fut longtemps classique. Le second est l'admirable écrivain, l'érudit ingénieux qui a présenté à la France l'œuvre de Gogol et une partie de celle de Pouchkine, Prosper Mérimée. Mérimée est surtout connu comme membre de l'Académie Française. Mais il ne fut admis dans cette Compagnie qu'en 1844. Il faisait partie de la nôtre depuis 1843. Ce qui lui valut cet honneur, ce fut cette érudition sagace, cette curiosité infatigable qui le portait à étudier tout ensemble les plus anciens monuments de notre pays et les littératures les plus nouvelles de l'étranger. C'est dans le Journal des Savants, édité sous les auspices de l'Institut et dirigé aujourd'hui par notre Académie, qu'il a publié ses belles études sur l'histoire de la Russie pendant la période des troubles, et sur les Cosaques d'autrefois.
Permettez-moi d'associer les souvenirs de ces deux ancêtres à l'hommage que l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres apporte aujourd'hui à la mémoire de Gogol. En face de ce monument où revit la noble figure de l'auteur des Ames mortes et du Réviser^ ma pensée se reporte vers un autre monument à l'inauguration duquel j'ai eu l'honneur d'assister ici même, il y a plus d'un quart de siècle.