‹ Nicolas GogolChapitre 6 sur 30 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les Nouvelles ne constituent pas la partie essentielle de Tœuvre de Gogol, mais, à défaut des Ames mortes^ de Taras Boulba et du Réviser, elles suffiraient à lui assurer un rang éminent dans la littérature russe. Les premières sont une œuvre de jeunesse. C'est en 1831 et 1832 que paraissent les deux séries des Soirées à la ferme de Dikanka, publiées par un éleveur d'abeilles, Roudy Panko. ï!n 1835 parut un autre Recueil intitulé : Mirgo^ rod *.

A dater du moment où Gogol entreprit ses voyages et se mit à la rédaction des Ames mortes, il renonça à peu près complètement à composer des Nouvelles. Pendant un séjour à Vienne, en 1840,

' Mirgorod, ville de la Petite-Russie, gouvernement de Poltava.

il remania TarcLs Boulba et écrivit le merveilleux récit intitulé : Le Manteau,

Le recueil intitulé : Les Soirées à la Ferme de Dikanka, comprenait les récits intitulés : La Foire de Sorotchintsi, la Veille dé la Saint-Jean, la Nuit de Mai, le Document perdu, la Nuit de Noël, Une terrible Vengeaûce, Ivan Schpûnka, Un lieu ensorcelé.

Mirgorod comprenait outre Taras Boulba : Propriétaires du temps jadis, le Vampire, la Brouille d*Ivan Ivanovitch et d'Ivan Nikiforovitcli.

A ces recueils, il faut encore ajouter des Nouvelles publiées en diverses circonstances : Le Nez^ Le Portrait, Le Manteau^ La Fo//ure(Koliaska), LaPerspective Nevsky. Le Portrait, la Perspective Nevsky et les Mémoires d'un Fou avaient été publiés dans le recueil de mélanges intitulé Arabesques^ qui parut à la fin de l'année 1834 et qui n'eut qu'un médiocre succès. Ce recueil renfermait, en outre, la première rédaction de Taras Boulba, Ces œuvres d'imaginations se trouvaient accouplées à des œuvres très disparates : des essais, sur la sculpture, la peinture et la musique, sur le moyen âge, sur l'enseignement de l'Histoire universelle, sur la Petite-Russie, sur Pouchkine, sur l'architecture contemporaine, sur le khalife Al Mamoun, les chants de la Petite- Russie « la géographie, la migration des peuples au v® siècle, etc.

Au début, le succès des Nouvelles fut médiocre. Et cependant les Soirées à la Ferme marquent une date importante dans l'histoire littéraire de la iRussie.

A ce moment, le classicisme ou, comme disent volontiers les Russes, le pseudo-classicistne est en train d'expirer et avec lui Técole sentimentale héritière du xviH* siècle, dont la Pauvre Lisa *, de Karamzine, est peut-être le spécimen le plus réussi.

On commence à se tourner vers l'étude et l'interprétation de la vie russe. Le poète Joukovsky, dans sa ballade de Svletlana et dans son Epître à Voeîkov, Katenine dans quelques-unes de ses poésies, Pouchkine dans quelques passages du poème Rouslan et Ludmila, retournaient de façon plus oo moins consciente à la tradition, aux légendes nationales. On abandonnait les modèles français. On était surtout hypnotisé par les Anglais et les Allemands, Shakespeare et Byron, Gœthe et Schiller.

Dans un article intitulé Coup d'oeil sur la littérature russe en 1824 et au début de 1825, article publié par la revue VEtoile polaire, Bestoujev, plus connu sous le pseudonyme de Marlinsky, écrivait :

« Nous sommes les élèves des étrangers. Nous

. (1) Voir dans ma LiUerature fusse (p. 249), un fragment de la Pauvre Lisa, Voir aussi (p 284) la ^('{«^/ana, de Joukovsky.

avons sucé avec le lait Tabsence de nationalité et l'admiration uniquement de ce qui est étranger. )»

La critique personnifiée par ses plus illustres représentants, Kirieevsky dans V Européen^ Polevoï dans Le Télégraphe de Moscou, Nadejdine dans Le Télescope^ commençait à réclamer l'introduction de l'élément national dans la littérature; Nadejdine l'avait même réclamée dans une thèse soutenue en latin devant TUniversité de Moscou.

. La vie russe avait commencé à se manifester dans les oeuvres des romanciers : Nariejny, Boulgarine ^ dont le Gil Bios russe fut traduit dans presque toutes les langues de l'Europe, Simonovsky l'auteur des Ai^entures d'Alexandre Sibiriahov ou V Ecole de la Vie,

- Ces tentatives, dont quelques-unes firent quelque bruit en Europe, étaient en général dépourvues de :^aleur artistique.

Gogol fut réellement le premier qui introduisit avec art la vie du peuple dans la littérature. Aussi l'a-t-on appelé le père de l'école naturaliste.

Mais il mêlait à son réalisme une forte dose d'élément romantique fantastique. C'est cet élément qui domine dans la plupart de ses récits et

1 Notamment dans l'ouvrage de Boulgarine traduit en français : Ivan Wyjighine ou U Gil Blas ruêsey traduit par Ferry de Pigny (4 vol, Paris, 1839). Une autre traduc* tion par Crouzet a paru à Paris en 1860. D'autres romans de Boulgarine ont été traduits en français.

qui en rend aujourd'hui ^ surtout pour des étrangers — la lecture assez difficile.

Le romantisme allemand avait déchaîné toute une nuée de fantômes, d'ondines et de vampires, lesquels combinés avec les figures traditionnelles du folklore russe, mènent dans les nouvelles de Gogol une sarabande épouvantable. Il a même emprunté k une nouvelle de Tick, le dénouement du récit intitulé Le soir de la Saint-Jean.

L'emploi du fantastique se prétait d'autant mieux au tempérament de Gogol^ qu'il était extrêmement superstitieux. Il avait un très grand besoin de croire, il redoutait particulièrement le diable. Il était un peu comme ces enfants qui se font peur à euxmêmes par les scènes horrifiques qu'ils imaginent. Dans certains de ses récits, c'est l'élément surnatu* rel qui est le grand ressort, c'est lui par exemple qui prédomine dans La Nuit de Noël et dans La Nuit de Mai, dans Le Soir de la Saint- Jean, dans .Terrible Vengeance,

Il s'efforce de mettre en scène les types de la Petite-Russie tels qu'il les a observés, ou qu'il a cru les observer; mais, en ce qui concerne les jeunes femmes ou les jeunes filles, il a une certaine tendance à les idéaliser.

, A l'apparition des premières Nouvelles, la critique fut quelque peu désorientée; ce qui la gênait .surtout, c'était, dans Les Arabesques, le mélange

singulier et inattendue des articles de critique, d'esthétique et des œuvres d'imagination.

Quelques-uns étaient épouvantés du réalisme de certains épisodes :

A quoi bon, disait Boulgarine, peindre les dessous (littéralement dans le texte la cour de derrière) de la vie et de Thumanité ?

D'autre part, il proclamait que les Soirées à la Ferme étaient des nouvelles excellentes. Il déclarait qu'elles surpassaient les meilleures choses de l'étranger et tout ce que la littérature russe avait encore produit dans le genre national.

Tandis que Senkovsky comparaît Gogol à Pau!

de Kock (ce qui n'était pas une injure), Nadejdine admirait la couleur locale dont le narrateur parait ïies récits.

Schevyrev dans L'Observateur de Moscou louait Gogol, mais il l'engageait à détourner ses regard:^ des villages et des bourgs pour porter son attention sur le grand monde de la capitale.

Bielinsky ne prenait pas au sérieux les articles et les études de Gogol, mais dans un essai sur La Nouvelle russe et les Nouvelles de Gogol publiée en 1835, par Le Télescope, il se plaisait à exalter le talent du nouvelliste :

' « Gogol, disait il, est maître dans l'art de faire quelque chose de rien. Ses œuvres sont marquées du sceau d'un vrai talent et conformes aux lois im-

muableâ de Tart. La simplicité de Finvention, la nudité dé TactioA, la pauvreté dramatique, Tinsignifiance même et la vulgarité des événements qu'il raconte, attestent d'une façon certaine, infaillible, sa faculté créatrice. C'est de la poésie réelle, la poésie de la vie de tous les jours. Chacune de ses nouvelles est une comédie plaisante qui commence par des sottises, qui finit par des larmes et, en fin de compte, est la vie.

« Combien il y met de poésie, de philosophie, de vérité! Ses nouvelles sonl nationales au plus haut degré. Gogol ne pense en aucune façon au nationalisme; il s'impose tout naturellement à lui. Son comique et son humeur sont purement russes. Il ne se permet aucune sentence, aucune morale. Il dessine simplement les choses comme elles sont et il les dessine sans but, pour le simple plaisir de dessiner.

« Gogol sans abandonner sa chère Petite-Russie est allé chercher la poésie dans les mœurs de la classe moyenne en Russie. Quelle profonde et puissante poésie il y a trouvé ! Il ne vient que d'entrer dans la carrière, mais quelles espérances ne donnet-il pas ! Il possède, un talent extraordinaire, vigoureux, élevé. Actuellement, il est à la tête de la littérature et il occupe la place que Pouchkine vient d'abandonner. »

Nous venons de rencontrer le nom de Pouchkine

SOUS la plume de Bielinsky. Que pensait-il luimême des débuts de son jeune rival? Voici ce qu'il écrivait à son ami Voïeïkov :

« Je viens de lire Les Soirées à la Ferme. Elles m'ont transporté. Voilà la vraie gaîté, la gaîté franche, naturelle, sans affectation... Et par endroits, quelle poésie, quelle sensibilité I Tout cela est si extraordinaire dans notre littérature, que je n'en suis pas encore revenu. Je félicite le publie de ce livre vraiment joyeux et je souhaite à l'auteur d'autres succès. »

Cette lettre fut reproduite dans le supplément littéraire de Vlm^alide russe (numéro du 3 octobre 1831), et traduite en français dans Le Miroir, journal de littérature et de théâtre (n** 35), à la suite d'une courte note sur Gogol, dont le nom parut pour la première fois dans un recueil en langue française.

On peut lire les Noui^elles de Gogol, en traduction. Pour ceux de mes lecteurs qui n'auraient pas de traduction sous les yeux, je me contenterai d'analyser trois d'entre elles, l'une, qui appartient au genre fantastique, Ze VU, deux autres qui appartiennent à l'école réaliste, et dont l'une fait déjà pressentir Dostoïevsky, Un Ménage du temps jadis et Le Manteau,

Le Vii, comme Gogol nous explique dans une note rédigée à l'usage des lecteurs de la Grande-

Russie, c'est, chez les habitants de la Petite-Russie, le Chef des Gnomes. Viardot se conformant à ces indications, a traduit la nouvelle sous ce litre Le Roi des Gnomes. C'est un personnage fantastique, dont les sourcils énormes descendent jusqu'à terre. Gogol déclare que son récit repose sur une tradition populaire, qu'il n'a voulu rien y changer, qu'il le raconte avec simplicité comme il l'a entendu raconter.

La scène se passe dans cette ville de Kiev qui était tout à la fois la capitale et la ville savante de l'Ukraine. Gogol débute par un tableau de la vie tumultueuse des étudiants, — tableau du meilleur réalisme, — au moment où ils vont partir pour les vacances et revenir dans leurs familles.

« A ce moment là toute la grand'route était semée de grammairiens, de philosophes et de théologiens. Celui qui n'avait pas de maison paternelle s'en allait chez l'un de ses camarades. Les philosophes et les théologiens se mettaient en condition, c'est-à-dire qu'ils donnaient des leçons à des fils de gens riches et en échange ils recevaient par an une paire de souliers neufs, parfois même un vêtement. Toute la bande marchait ensemble, campait ensemble, faisait la soupe ensemble et dormait dans les champs. Chacun des étudiants portait un sac qui renfermait une chemise et une paire de bas. Les théologiens étaient particulièrement soigneux

et économes. Pour ne pas user leurs chaussures, ils les ôtaient, les suspendaient à des bâtons et les portaient sur leurs épaules, surtout quand il y avai t de la boue; alors ils retroussaient leurs culottes jusqu'aux genoux et barbottaient intrépidement dans les flaques. Dès qu'ils apercevaient une ferme à l'horizon ils quittaient immédiatement la grand'route, s'approchaient de la maison la mieux bâtie, se rangeaient sous les fenêtres et se mettaient à chanter un cantique à pleine voix. Le maître de la maison, quelque vieux Cosaque laboureur, les écoutait appuyé sur ses deux coudes, puis il se mettait à sangloter amèrement et disait à sa femme :

«Femme, ce que chantent ces étudiants doit être quelque chose de très bien; apporte leur du saindoux et quelque chose de ce que nous avons en fait de mangeaille ».

Et toute une platée de pâtés dégringolait dans le sac des chanteurs ; et puis un beau morceau de lard, quelques miches, parfois une poule bien ficelée accompagnait cette provende. Ainsi ravilaillés, les rhétoricienSjles grammairiens et les philosophes se remettaient en route.

Peu à peu, la troupe s'égrène. A la fin il ne reste plus que trois étudiants : le théologien Khaliava, le philosophe Khoma Brout et le rhéloricien Tibère Gorobets. Ils s'égarent dans la nuit et finissent par arriver dans une ferme où ils demandent l'hospit^-

lité; elle est déjà bondée de colporteurs et de cheminaux. La fermière consent à leur donner l'hospitalité, mais comme elle se défie des mauvais tours des étudiants, elle décide qu'ils seront logés séparément; le rhétoricien dans la maison, le théologien dans une chambre isolée et le philosophe dans une étable vide.

. La tentation de saint Antoine est peu de chose en comparaison des visions qui viennent assaillir le philosophe dans son réduit. C'est d'abord la vieille fermière qui se présente, se transforme en sorcière armée d'un balai, saute sur ses épaules et l'oblige à une furieuse galopade à travers la steppe où il fait la rencontre d'une rousalka *.

Puis tout à coup de monture il devient cavalier et chevauche à son tour sur la maudite. Il la rosse tellement qu'elle finit par tomber à terre immobile. Il se retrouve enfin à Kiev. Là, il apprend que la fille d'un Cosaque de haut parage est rentrée récemment à la ville, courbatue, épuisée comme si on l'avait rouée de coups, qu'elle est à l'agonie et qu'elle a exprimé le désir que les prières pour les morts fussent dites par l'étudiant Khoma Brout. Le recteur ordonne au malheureux philosophe de déférer à ce vœu ; on l'entasse sur une kibitka en compagnie de quelques Cosaques, on l'emmène dans le

1 Sorte de Nymphe des eaux. Voir ma Mythologie slave (Paris, lÂrèux, 1900), p. 178-181.

village où la jeune fille vient de mourir et on le présente au père de la défunte qui l'invite — d*un ton qui exclut tout refus — à réciter pendant trois nuits les prières des morts. On le laisse dans la chambre de la morte en tête à tête avec le cadavre. Il reconnaît la sorcière qui est venue le tenter et qui est morte sous ses coups. On amène le corps de la défunte àTéglise, puis onrevient à la cuisine. Ici Fauteur quitte un instant les régions fantastiques pour nous faire assister au souper des domestiques :

« Peu à peu ils se rassemblèrent dans la cuisine. Cette cuisine était en quelque sorte le club où se réunissait toute la valetaille, y compris les chiens qui venaient en frétillant de la queue chercher à la porte les os et les rinçures. Quelque part qu'un homme de service fût envoyé, quelle que fût sa commission, il venait tout d'abord à la cuisine pour se reposer au moins une minute sur le banc et pour fumer une pipe. Presque tous les célibataires qui vivaient dans la maison et qui paradaient en costume cosaque restaient là presque toute la journée, sur le banc, sous le banc, sur le poêle, en un mot partout où l'on pouvait trouver un endroit confortable pour se coucher. Et puis chacun oubliait toujours dans la cuisine ou son bonnet, ou le fouet des chiens ou quelque autre objet du même genre. Mais l'assemblée était surtout nombreuse au moment du

souper. A ce moment, arrivait le tabountchik^ après avoir enfermé ses chevaux dans Tenclos, et le vacher qui avait ramené ses vaches pour la traite et tous ceux qui n'avaient pu se montrer dans la journée. Pendant le souper, la conversation déliait les langues les plus rebelles. On y causait de tout, du nouveau pantalon, d'un col, de ce qui se trouve dans l'intérieur de la terre, de celui qui avait vu le loup. Les diseurs de bons mots ne manquaient pas; ils ne sont pas rares dans la Petite-Russie.

Le philosophe s'assit avec les autres dans le large cercle qui s'était groupé en plein air devant la cuisine. Bientôt parut sur le seuil une bonne femme en bonnet rouge, tenant des deux mains un vase brûlant rempli de grosses quenelles et le mit au milieu des convives. Chacun tira de sa poche un couteau en bois, ceux qui n'en avaient pas, un bout de bçis pointu. Dès que les lèvres commencèrent à se mouvoir avec plus de lenteur et que la faim ca. nine de tout ce monde là fut apaisée, on commença à causer. La conversation naturellement tomba sur la morte».

Nous rentrons ici dans le domaine du surnaturel. La plupart des interlocuteurs affirment que la défunte était une sorcière qui se plaisait à chevaucher sur le dos des chrétiens. Le philosophe a beau se

1 Garçon de haras, surveillant des chevaux.

donner du cœur avec un bon verre d*eau-de-vie, ce n'est pas sans effroi qu'il retourne à la funèbre veillée. Trois Cosaques l'accompagnent à 1 église et, suivant la consigne qu'ils ont reçue l'y enferment à double tour. II allume tous les cierges qu'il peut trouver, et lit des prières à haute voix. Tout à coup la morte se lève et marche vers lui. Il lit les formules d'exorcisme et le cadavre se recouche dans le cercueil. Mais tout à coup le cercueil se met à voler à travers l'église et ne reprend sa place qu'au moment ou le coq commence à chanter. La nuit suivante, les mêmes terreurs se renouvellent, l'église tremble sur ses bases. Les cheveux de l'étudiant blanchissent subitement. Il ne se sent pas le courage de passer une troisième nuit dans de pareilles angoisses. Il prend la fuite, mais on le rattrape et on l'enferme de nouveau dans le sanctuaire. Cette fois encore le cadavre sort du cercueil ; un tourbillon s'élève dans l'église ; les images et les vitres sont brisées. L'étudiant aperçoit devant lui des formes monstrueuses, notamment celle du Vii dont le visage est de fer et dont les longs cils descendent jusqu'à terre. Cette fois il meurt de terreur. Tout à coup le coq chante pour la seconde fois; il est trop tard pour que les gnomes puissent s'en aller, ils restent collés aux fenêtres et aux portes par lesquelles ils ont essayé de s'échapper.

« Le prêtre qui vint le lendemain matin pour

dire l'office des morts s'arrêta épouvanté devant cette profanation du sanctuaire et n'osa point y pénétrer. Ainsi, l'église resta éternellement avec ces monstres fixés aux fenêtres et aux portes; les arbres, les racines, les hautes herbes, les buissons épineux poussèrent autour d'elle et sur elle, et personne ne saurait plus aujourd'hui en trouver le chemin. »

Ainsi finit ce cauchemar de trois nuits, qui aurait pu se prolonger pendant neuf cent quatre-vingtdix-huit autres, s'il avait plu à la fantaisie du poète de se donner libre carrière.-

Cependant Gogol ne finit pas sur ce couplet fantastique, il tient à nous ramener à la réalité en faisant prononcer l'oraison funèbre du philosophe par ses camarades, le théologien Khaliava et le grammairien Tibère Gorobets. Tous deux sont devenus de fieffés ivrognes, et l'histoire fantastique finit sur un détail d'un réalisme qu'on rencontre souvent dans certains tableaux de l'école hollandaise. C'est peut-être une manière de faire comprendre au lecteur que des hallucinations d'ivrogne ne doivent pas être prises trop au sérieux.

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