‹ Nicolas Le Roy et ses descendants [microforme]Chapitre 14 sur 84 · LS +4 +2À · texte numérisé non relu

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malades et faibles à ne se pouvoir tenir sur les pieds ; d'ailleurs la plupart jeunes gens, clercs, écoliers ou de cette nature, dont la meiïlleure partie n'avait jamais travaillé. L'on en mit d’abord trente-huit dans l'hôpital desquels il en mourut douze, le reste fut distribué aux habitants de Québec et des environs. n (1)

Au nombre des passagers qui débarquèrent le 22 septembre 1663, sur le rivage de Québec, se trouvait notre ancêtre Nicolas le Roy. Il était accompagné de sa femme, Jeanne le Lièvre, et de trois enfants. Nicolas le Roy, comme je l'ai dit déjà, venait de Saint-Rémi de Dieppe (2). Il était de vaillante race, d’un pays de marins et de pêcheurs, de la patrie qui devait donner Duquesne à la France. Dans la pleine vigueur de l’âge, puisqu'il n'avait que trente ans, Nicolas le Roy ne fut pas porté sur la liste des invalides, Il avait pu endurer les fatigues de ce voyage tourmenté. Sa femme, de trois ans plus vieille que lui, se portait aussi à merveille. Elle trouva même l’occasion, quelque temps après son arrivée, de se faire intenter un procès devant le Conseil Souverain, par Anne le Chevalier, femme de Pierre Pinguet. Il fallait bien ne pas faire mentir sur cette nouvelle terre, le sang normand. L'histoire ne nous dit pas à quel propos cette poursuite eut lieu. Jeanne le Lièvre se fit représenter devant le Conseil par Guillaume le Lièvre, Les juges renvoyèrent les parties devant le procureur-

général Jean Bourdon, un bon vieillard qui accommoda le

(1) Lettre du Conseil Souverain au Roi. 10 juin 1664.

(2) Nous sommes de la Normandie, du pays des pommes et du cidre.

litige, à la satisfaction de tous les intéressés sans doute,

puisqu'il n'en fut plus question (1).

Ce Guillaume le Lièvre qui se fit le cavalier servant de notre ancêtre maternelle était-il de sa famille ? Il faut le supposer mais je n'en ai aucune preuve. Quoi qu'il en soit, il était de sa nature fort amoureux de procès. Du 6 octobre 1663 au 9 août 1664, il fut mis sept fois en cause devant le Conseil, Le 6 octobre 1663, il était condamné à payer trente livres à Jean Canteleu. Le 30 octobre, il était condamné à payer à la veuve Joseph Hébert quarante-trois livres et dix sols et neuf minots de blé pour cause de fermage. Le 31 octobre, Charles Allaire, son domestique, le poursuivait pour gages. Le 19 janvier 1664, il était condamné à payer à Jean du Taistu vingt-trois livres. Le 22 mars 1664, il était condamné à payer à Charles Aubert 304 livres 4 sols et 2 deniers. Le 19 juillet 1664, il était condamné à payer à Eustache Lambert quatre minots de blé froment et quatre minots de pois qu'il lui devait. Le 9 août 1664, il était condamné à payer 33 livres à Jacques

Berthiaume (2).

J'ai lieu de croire que Nicolas le Roy amena avec lui dans le pays sa mère ou une de ses sœurs. En effet, le 7 novembre 1663, Adrien Blanquet, d'Angueville, près de Dieppe, épousait à Québec, Anne le Maître, veuve de

Louis le Roy, de Saint-Rémi de Dieppe.

(1) Jugements et Délibérations du Conseil Souverain. Vol, I, p. 50. 10 novembre 1663.

(2) Ibid. pp. 15, 43, 46, 141, 240, 253.

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Signature de Jean Roy, marchand à la Rochelle.

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Guillaume le Lièvre dit St-Jacques, défenseur de Jeanne le Lièvre, était dans la colonie depuis plusieurs années déjà. Le 15 juin 1656, de socièté avec Jacques Noury et Jacques Marette, il avait loué à titre de ferme ou moisson et grain de Jean Juchereau, sieur de Maure, pour le terme de six années, la terre, pêche et moulin du lieu appelé Saint- Denis sis entre Québec et Sillery consistant en maison, granges, étables, terres labourables et bestiaux. Ce bail

était fait aux charges suivantes :

1. Livrer au bailleur chaque an 110 minots de blé bon et loyal, 60 minots de pois, 10 barriques d’anguilles (le bailleur fournissant les barriques et le sel), quatre chapons et six poulets, les chapons livrés le jour de la St Etienne, lendemain de Noël, les poulets le jour de la Notre-Dame d'Août, de plus chaque semaine, pendant la pêche, un quar-

teron d’anguilles fraîches.

2. Charrier chaque an à Québec au bailleur vingt-cinq cordes de bois, lui fournir de plus huit journées de harnais de quatre bœufs, pendant l'été lors des semences, quand il y en aura à faire, et huit journées de deux bœufs pendant l'hiver, moudre ses grains gratuitement, et lui laisser choi-

sir deux porcs sur ceux qu'ils nourriraient.

Juchereau se réservait la chambre proche du moulin et le garnis de dessus pour y loger quand bon lui semblerait, ensemble le quart de ce que les fermiers feraient dans le jardin et le droit de nourrir une vache pendant l'été dans

les herbages, vache que les fermiers devaient faire garder

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à leurs frais. Il était entendu que ces derniers ne jouissaient que des terres défrichées et non de celles complantées en bois. Ils devaient prendre leur chauffage sur les bois abattus, vingt-cinq cordes sur une terre voisine, et si cela ne leur suffisait pas, ils pouvaient en abattre autant qu'il leur en faudrait dans la sapinière. Il leur était commandé de ne faire qu'un blé en chaque terre, et, après, des pois. Ils devaient faire valoir ces terres et les labourer en saison convenable, aider à serrer les grains de la récolte

de 1636 et enfin remettre à la fin de leur bail autant de gru

qu'ils en auraient reçu (1).

Il n'est pas étonnant qu’à l'expiration d'un bail aussi

onéreux le pauvre Guillaume le Lièvre eut des dettes un

peu criardes.

Au bout de six mois, le 14 janvier 1657, Jacques Nourry renonçait à la société contractée avec le Lièvre et Marette. Le Lièvre promit lui payer 100 livres tournois en argent monnayé ou en castor, savoir soixante à la Saint-Jean-

Baptiste et quarante au départ des navires venus de France

au Canada en 1657 (2).

Nicolas le Roy et sa femme arrivèrent à Québec l’année même où le bail de Guillaume le Lièvre se terminait. Il

n'avait pas fait fortune dans son exploita ion « la ferme

(1) Bail fait à Québec, en la maison du sieur l'illy, le jeudi, 15 in 1636, aprés midi, en présence de Pierre Mahvux et Michel le ] 5

Neuf, sieur de Neuville. (Greffe Audouart).

(2) Greffe Audouart,

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de Saint-Denis ainsi que le prouvent les nombreux procès

qu'il eut à soutenir vers cette époque.

Ce fut Guillaume le Lièvre qui, vraisemblablement, s'occupa de l'installation première de Nicolas le Roy. En effet, en cette année de 1663, on voit ce dernier s'établir sur une terre voisine de l'habitation de Jacques Marette,

l'ancien associé de Guillaume le Lièvre (1).

(1) À propos des colons émigrés en 1663, je recueille dans les documents de l'époque les notes qui suivent :

La mère Marie de l'Incarnation (lettres IT, p. 269), parle de l'arrivée de cent familles composées de 500 personnes avec des avances pour un an pour défrayer les premières dépenses.

Le 10 octobre 1663 (Fugements et Délibérations du Conseil, vol, I, pp. 18, 19), le procureur général remontre qu'il est venu par les vaisseaux du roi une certaine quantité de familles dont la plupart sont malades, auxquelles il est besoin de pourvoir ainsi qu'à une quantité de filles et de pauvres jeunes garçons. Il faudrait marier ces filles. Déjà la plupart sont recherchées dans l'espérance que les vivres et hardes envoyés par le roi leur seront distribués, Plusieurs habitants proposent de recevoir les jeunes gens chez eux pourvu qu'on leur donne des vivres pour la première année. Après, ils seront obligés de servir deux ans aux gages réglés par le Conseil,

Le 15 octobre 1663, le procureur général (loc, cit, p. 29) écrit encore : ‘ Tous les passagers venus de France dans les vaisseaux du roi l'an passé et cette année font difficulté de servir les habitants auxquels ils ont été distribués avant qu'il soit limité un temps pour leur engagement. Il y a aussi parmi eux plusieurs personnes inutiles au travail et au défrichement des terres, à cause de leur vieillesse ou de leurs infirmités, ou à cause de leur mauvais déportement dans les vaisseaux. Il faut les renvoyer en France. Il est décidé que les hommes de travail venus en 1662 et 1663 seront distribués aux habitants chez qui ils seront obligés de servir trois ans, et après ils seront libres de s'établir au pays ou de retourner en France. "

En septembre 1663, on distribue aux nouveaux arrivés certaines commodités,

comme justaucorps, souliers, bas, haches, houes, et des munitions de bouche pour un an.

Le 28 novembre 1663 (loc. cit. p. 68), il est fait défense à toutes personnes d'empècher les filles venues de France, aux dépens du roi, de se marier quand bon leur semblera.

Le 26 mai 1664, (loc, cit. p. 190), il arrive à Quèbec 50 émigrants, premier détachement des 300 hommes que les sieurs le Breton, Butteau, Quenet et Michel de Rouen se sont obligés pour le roi à faire passer au Canada,

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Nicolas le Roy se fixa d’abord sur la côte de Beaupré. Il y fit l'acquisition d'une terre, près du saut Montmorency, sur le territoire qui forme aujourd’hui partie de la paroisse

de l'Ange-Gardien.

Sous la date du 16 octobre 1663, on trouve au greffe du notaire Guillaume Audouart un acte par lequel Marie- Guillemette Hébert, veuve Guillaume Couillard, cède et transporte à Nicolas le Roy la quantité de deux arpents de terre de front sur le grand fleuve Saint-Laurent, consistant en prés et bois, sur une lieue et demie de profondeur, tenant d'un côté à un individu appelé L'Espine (1), de l’autre à

René Brisson.

Nicolas le Roy s’oblige de s'établir sur cette terre inces-

samment, (2) d'y avoir feu et lieu, et de payer à Guille-

(1) Le notaire dit ne pas connaître le véritable nom de l'Espine. L'Espine était le sobriquet de Jacques Marette,

(2) Cette année même, dit l'acte.

Les colons, en arrivant de France, n'obtenaient pas toujours immédiatement des concessions de terrains.

On leur faisait faire comme une manière d'apprentissage en les distribuant aux anciens habitants qui leur donnaient pour gages de 20 à 30 écus par an. Il fallait en agir ainsi car un grand nombre parmi les nouveaux venus n'étaient pas habitués aux travaux de la terre. A l'arrivée des vaisseaux, le conseil procédait à la distribution des passagers parmi ceux des colons qui en avaient le plus besoin. On donnait ainsi aux anciens habitants les moyens d'avancer leurs travaux, et les nouveaux venus pouvaient s'initier aux travaux du pays qui différaient beaucoup de ceux de France. Le travail.de la première année ne valait pas la moitié des gages qu'ils recevaient, mais un homme qui était dans le pays depuis trois ans se louait le double d'un nouvel arrivé,

dt, en act 4.

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