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promises. — Séquestre de la manufacture. — Travail suspendu, — Leblanc est expulsé. — Spoliation complète.
L'histoire a pour mission de retracer les faits intéressants du passé et de faire revivre pour les générations nouvelles les hommes qui, par leur importance, leurs actes et leurs travaux, ont marqué dans les époques antérieures : les hommes utiles ne sont pas ceux qui doivent occuper la dernière place.
Un de ceux-là, citoyen aussi honnête que modeste, Nicolas Leblanc, a doté son pays d’une découverte industrielle d’une utilité incontestable; les événements politiques l’ont frustré des avantages qu’elle eût dü lui procurer, et ce sont les générations postérieures qui en ont retiré tout le profit. Avant d’entreprendre ici la biographie de Nicolas Leblanc, chimiste, l’énumération de ses travaux et les vicissitudes de sa vie, disons d’abord, d’après notre contemporain, l’éminent chimiste M. Dumas, que « si l’œuvre de Nicolas Leblanc, l'inventeur de la soude artificielle, n’avait pas existé, les produits que cette découverte procure maintenant au public, reviendraient à un prix dix fois supérieur à celui d’aujourd'hui, » « Ce que Leblanc a produit, dit encore M. Dumas, ne peut être égalé que par les découvertes de Watt dans la mécanique. Si deux hommes ont trouvé dans le dernier siècle le moyen de fournir aux autres hommes le plus de bonheur, le plus de commodités pour la vie, ce sont, à coup sûr, Watt et Leblanc. Grâce au procédé de Leblanc, on livre annuellement de nos jours à la consommation sept à huit cents millions dé kilogrammes de soude.
__ Ÿ SA VIE — SES TRAVAUX 3 La valeur vénale de ce produit a tellement diminué qu'avec le prix de 100 kilogrammes, aujourd’hui, on n’en aurait eu guère plus d’une livre il y a cent ans. »
« Il est facile de juger de l'avantage que nous y trouvons quand on songe que la soude entre presque partout : dans le savon, le verre, les glaces, le papier, ete. ; qu'on l'utilise pour blanchir les toiles, Les tissus, etc. En chiffres, ce qui, grâce aux procédés de Leblanc, nous coûte aujourd’hui cent millions, nous reviendrait à plus d’un milliard. »
Nicolas Leblanc est donc un véritable bienfaiteur de, l'humanité et nous pouvons entreprendre, avec la certitude de rendre hommage à la mémoire d’un homme utile dont les travaux ont une importance incontestée, l’histoire de sa vie et celle de son œuvre, Les documents que nous avons sur la vie de Nicolas Leblanc, en dehors de ses travaux scientifiques, ne sont pas aussi nombreux que nous l’eussions désiré
pour bien faire son histoire comme homme privé et comme père de famille, pour décrire sa bonté, son affection à l'égard des siens, sa préoccupation pour leur bien-être et leur avenir, ses efforts constants vers ce but, ses insuccès le conduisant au désespoir, son suicide. r he
Nous ne tenons aucun compte ici de l’erreur qui s'était accréditée, depuis longtemps déjà, sur le lieu de la naissance de Nicolas Leblanc. Nous en avons expliqué toutes les phases dans notre avant-propos. Nous donnons donc les renseignements suivants, comme étant de la plus stricte exactitude et reposant sur les actes authentiques. th
Nicolas Leblanc est né le 6 décembre 1742, à Ivoy-le-Pré (Cher), de Nicolas Leblanc et de Marie Berthin; son père était conducteur des forges de cet endroit.
Il avait un frère, Charles Leblanc, né le 19 février 1745, enrôlé volontaire en 1762 au régiment Royal- Pologne (cavalerie), et qui mourut après cinquante ans de service en 1812, à Belfort, après avoir été plusieurs années adjudant-capitaine au commandement de cette place.
Nous n’avons rien de positif sur la jeunesse de Nicolas Leblanc; pourtant, d’après ses papiers et ses notes que nous avons lus avec grand soin, il est facile de comprendre que, né de parents peu aisés, il n'avait recu qu'une instruction très restreinte.
Dans les souvenirs de famille, qui nous ont guidé bien souvent dans nos recherches et presque toujours avec succès, il était acquis que Nicolas Leblanc était du Berry, qu'il avait habité Issoudun dans sa jeunesse, et que ce serait dans cette ville, distante d’Ivoy-le- Pré de quelques lieues seulement, qu'il commença sa première éducation. Il est à croire aussi qu'après la mort de son père arrivée en 1751, il passa quelques années à Bourges, et que c’est là qu’il se perfectionna dans ses études, sous la protection d’un ami de son père, M. Bien, célèbre chirurgien de cette ville, dont il parle avec beaucoup de vénération, et qui mourut en 1759.
Ne serait-ce pas près de ce praticien qu'il aurait pris le goût des études chirurgicales, que peu de temps après il vint continuer à Paris? En effet, ce ne
fut qu’en 1759, et probablement après la mort de son premier maître, M. Bien, que nous retrouvons Leblanc, élève à l’école de chirurgie sous la direction du célèbre Brasdor. Cette date, Leblanc la justifie lui-même, car il écrivait en 1802 : « J'habite Paris depuis plus de quarante années. »
Nicolas Leblanc fit donc ses études en médecine et en chirurgie à Paris en compagnie de beaucoup de jeunes hommes qui, plus tard comme lui, devaient être remarqués pour leurs travaux et leurs découvertes.
Ainsi que Leblanc, Lavoisier, Berthollet, Vauquelin et plusieurs autres avaient étudié la médecine et devinrent par la suite des chimistes illustres, attirés qu'ils étaient par l'intérêt de cette science naissante qui prit, à cette époque, un si grand essor et qui, sous l'impulsion de ces grands savants, fit les immenses progrès où elle ‘est arrivée de nos jours, progrès auxquels les arts l'industrie, l’agriculture doivent, en grande partie, leur importance et leur prospérité.
Deux des élèves des frères Rouelle étaient devenus des maîtres et les avaient remplacés comme professeurs, Macquer au Jardin des plantes, Darcet au Collège de France; ce dernier voyait se grouper autour de lui des noms qui acquirent vite une célébrité dans la chimie moderne : Leblanc était du nombre et suivait, avec Haüy, Fourcroy et ceux que nous avons déjà cités plus haut, les enseignements du savant professeur.
Ce fut pendant ces années d’études, tant de médecine que de chimie, que se formèrent entre Le-
6 NICOLAS LEBLANC blanc, Fourcroy, Vauquelin, Desessarts, ces amitiés, ces intimités qui se continuèrent jusqu’à la fin de la vie de Leblanc, amitiés qui avaient autant pour base l'estime de la droiture et du caractère privé que celle de la valeur de leur mérite scientifique.
La correspondance de Leblanc avec ses amis nous montrera, plus tard, que cette estime et cette affection furent entre eux constantes et durables. Cependant Leblanc, dont le bien petit patrimoine s’épuisait, venait d'obtenir le diplôme de maître en chirurgie.
Leblanc exerçait la médecine à Paris, tout en continuant ses travaux de chimie. Modeste et laborieux, il s’était marié vers 1776, et en 1779 naquit sa fille, Marie-Marguerite Leblanc, l’aînée de ses enfants.
La famille pour lui se reconstituait; depuis quelques années déjà, il avait perdu son père et sa mère.
Vers 1780, nous retrouvons Leblanc médecin-chirurgien du duc d'Orléans et de sa maison; il est le collègue de Berthollet, qui, comme lui, est médecin de ce prince en attendant qu'il renonce, comme Le-
blanc, à la médecine pour se livrer tout entier à la.
chimie.
Pendant cette seconde partie du xvine siècle, si féconde en esprits supérieurs, en novateurs de toute
sorte, la chimie moderne prenait le premier rang
dans les sciences positives; les travaux de Lavoisier, de Guyton-Morveau joints à ceux de Darcet, ouvraient un vaste champ aux esprits studieux et chercheurs, qui voudraient devenir leurs émules, soit
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dans la théorie, soit dans les applications : les uns, désireux d'augmenter le domaine de la science pure, poursuivaient les expériences, les analyses, destinées à en développer les principes et les lois; les autres, étudiant les applications pratiques, créaient la chimie industrielle et agricole.
Leblanc est un des passionnés de la science; bien que sa pauvreté soit un obstacle à ses travaux et entrave ses études et ses recherches, ses premiers essais lui valent de suite une place importante, et lui méritent l’approbation de ses maîtres.
Sa position auprès du duc d'Orléans et l'exercice de la médecine et de la chirurgie subviennent bien modestement aux besoins de sa famille qui s’est déjà augmentée.
Malgré ses faibles ressources et les difficultés de ses travaux, il présente à l’Académie des sciences un premier mémoire ayant pour titre : £ssai sur quelques phénomènes relatifs à la cristallisation; études qu'il continuera les années suivantes et qui, réunies plus tard, formeront l’ensemble de son travail sur la cristallotechnie. *
Le rapport sur ce premier mémoire est fait à l’Académie des sciences par Darcet, Berthollet et Haüy, le 24 mars 1786.
En voici les conclusions :
« Le mémoire de M. Leblanc annonce un observateur attentif et éclairé. Ce n’est qu’en suivant son objet avec beaucoup d’assiduité qu'il est parvenu à saisir les circonstances locales qui déterminent le passage d’une variété à une autre, et à démêler les
rapports mutuels de ces variétés à travers leurs diversités.
« Son travail est d'autant plus digne d'attention qu'il est lié à un autre travail plus considérable sur les sels surcomposés, et dont il promet de rendre compte incessamment à l’Académie. »
L’année suivante, le 16 mai 1787, il présente à la même Académie un mémoire ayant pour titre :
Observations sur l’alun cubique et sur le vitriol de cobalt.
Un rapport en fut fait par Berthollet, Vauquelin et Haüy, et, comme le précédent, contient pour Leblanc des éloges et l'approbation de l’Académie.
Ce rapport se termine ainsi :
« Cette manière d'envisager la cristallisation offre à M. Leblanc une ample matière de recherches neuves et capables de répandre un grand jour sur un des résultats les plus remarquables des forces d’affinité, qui existent entre les molécules des diverses substances de la nature.
« Nous croyons que l’Académie ne peut qu'accueillir le projet qu'il a formé de se livrer avec zèle à ce travail intéressant, où ses premiers essais, et en particulier ce mémoire font augurer très favorablement de ce qu'on doit attendre des nouvelles recherches, qu'il se propose de faire pour l’avancer vers sa perfection. »
Peu de temps après, il communiqua à l’Athénée des Arts un mémoire sur la combustion spontanée des masses de houille et les moyens de la prévenir.
Son attention avait élé attirée sur ce sujet par le fait suivant : |
Le 20 octobre 1788, un incendie éclata dans une masse de charbon de terre, déposée dans le chantier Chabrely, situé place Beauvau, au coim de la rue Saint-Honoré et de la rue Miroménil. La masse en ignition était de trois à quatre mille tombereaux, présentant sur une grande partie vingt-cinq à trente pieds d’élévation.
Leblanc avait dirigé pendant plusieurs jours les opérations tendant à se rendre maître de cet incendie ; il avait alors étudié les moyens de prévenir de semblables désastres, et communiqué à Darcet son mémoire afin d'obtenir son avis et ses conseils.
L’approbation de Darcet fut complète et fort élogieuse pour Leblanc.
Nous trouvons, dans une lettre en date du 22 décembre 1788, le paragraphe suivant où Leblanc témoigne à son illustre maître toute sa reconnaissance :
« Je me ferai toujours gloire d’avouer que c’est à vous que je dois la plupart des connaissances que J'ai acquises en chimie et que ce sont vos conseils qui ont essentiellement dirigé mon travail dont il est ici question. »
Quoique l'emploi de la houille fût encore bien loin d’avoir atteint les énormes proportions qu’il a prises aujourd'hui, l’industrie et les usages privés en aug- mentaient chaque jour la consommation. Il y avait déjà distinction entre les charbons anglais et les charbons français. Leblanc fit alors un travail sous ce titre : Analyse comparative des charbons de terre de France avec les charbons de terre d'Angleterre.
Ce travail que nous trouvons dans les papiers de ; Leblanc est de sa main; mais il est incomplet. Est-il" inachevé, s’en est-il égaré une partie? Nous ne saurions le dire.
Nous ne le mentionnons ici que parce que, dans les travaux de Leblanc, il indique une fois de plus sa. préoccupation constante de faire tourner au profit” de l’industrie ses connaissances scientifiques.
Cette année encore, le 3 mai 1788, il avait présenté. à l’Académie royale des sciences un nouveau mémoire sur les phénomènes observés dans la cristallisation de diverses substances salines.
Darcet, Berthollet, Haüy en furent les rapporteurs, et les commissaires de l’Académie constatent que M. Leblanc a étudié « ces phénomènes soit dans leurs rapports avec la nature même des composés soumis à la cristallisation, soit relativement à l’influence des circonstances particulières qui surviennent pendant l'opération, et qui déterminent, tantôt le passage d’une forme à une autre, tantôt le retour à sa forme primitive.
« Nous devons observer que ces circonstances ne sont pas de purs accidents; M. Leblanc les prévoit, les amène, les fait varier à son gré, et cet art de commander, en quelque sorte, aux résultats de l’opération, perfectionnée par de nouvelles recherches, pourra contribuer à étendre et à développer davantage la théorie de la cristallisation. »
Et après avoir à nouveau fait ressortir l'importance scientifique des travaux de Leblanc dont les mémoires ont été déjà approuvés par l’Académie, ils ajoutent :
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« Ces mémoires sont faits pour intéresser les chimistes et les naturalistes, et ces derniers surtout y trouveront les procédés d’un art, capable de leur procurer une très belle suite de cristallisations obtenues de différentes substances, qui se trouvent dans le sein de la terre, et dont ils pourront faire le rapprochement avec les cristaux donnés immédiatement par la nature. »
Bien que tous ces travaux d’un réel mérite eussent déjà donné à Leblanc une place des plus honorables parmi ses contemporains, la découverte qui devait plus tard lui valoir un rang siélevé dans la science et dans l’histoire, n’en était qu'aux premiers essais.
Pendant toute la vie de Leblanc, nous trouvons encore bien des travaux de toute sorte; nous le verrons remplir des fonctions municipales, législatives, administratives; mais l’objet principal de sa vie, ce qui l’absorbe par-dessus tout, c’est la soude.
Si cette découverte a fait la gloire de son nom, elle a fait le tourment de sa vie; et s’il a eu la satisfaction d’une découverte exceptionnelle, il n’en a recueilli de son vivant que des amertumes et le désespoir.
Nous allons donc résumer de notre mieux cette partie la plus importante de son œuvre.
Ce fut en 1784 que Leblanc commença ses pre mières études sur les moyens d'obtenir la soude dans les conditions les plus économiques.
L'extraction de la soude du sel marin préoccupait depuis longtemps les hommes de science.
En 1777, le père Malherbe, bénédictin, avait déjà
fait des recherches sur ce sujet; les essais qu’il avait tentés, quoique très estimables, n’indiquaient pas que son procédé püt devenir facilement d’une applica-
tion pratique. Après lui, le physicien La Métherie s’en était occupé sans trouver encore une voie plus certaine.
L'ancienne Académie des sciences venait de mettre au concours un prix de douze mille livres pour un procédé pratique de l'extraction de la soude du sel « marin.
D’autres chimistes, parmi lesquels Pelletan, avaient, comme La Métherie, essayé de répondre au programme de l’Académie; leur tentative resta encore sans succès. Ce concours avait été provoqué, comme celui de l’outre-mer artificiel, comme celui de la filature du lin à la mécanique ; il s'agissait de soustraire . les différentes industries, pour lesquelles la soude est une des matières les plus indispensables, aux effets désastreux que la rareté des soudes naturelles et l'élévation toujours croissante de leurs prix, amenaient par contre-coup sur leurs productions.
« Vers 1787, dit M. Dumas dans son rapport, un homme éminent, Nicolas Leblanc, connu bientôt par des travaux remarquables sur la cristallisation des corps et par d’autres travaux de chimie d’un caractère élevé, préludait déjà aux recherches sur l’extraction de la soude, à l’occasion du programme publié par l’Académie. » « J'ai trouvé, en général, écrit Leblanc, que les procédés connus étaient incomplets, insuffisants ou bien trop dispendieux. »
Ce ne fut que plus tard, vers 1789, qu'après bien
des tâtonnements, des études, des expériences, il arrêta définitivement les procédés de l'extraction de la soude du sel marin. j
Faut-il croire que lorsque Leblanc poursuivait avec ténacité et persévérance ses recherches, il ne se doutait pas de l'importance qu'auraient, un siècle plus tard, les résultats de sa découverte? Loin de là.
Bien qu'il ne püt être assuré de l’énorme développement industriel de la seconde partie de notre siècle, il voit d'avance que la facile production et le bas prix de la soude vont donner un essor puissant à toutes les industries qui en sont tributaires; et même en créer, en susciter de nouvelles.
Le duc d'Orléans, qui lui-même s’occupait de chimie, et à qui Leblanc avait donné connaissance de ses recherches, l’aidait par quelques avances d'argent afin qu’il pût continuer utilement ses travaux et les amener à un résultat complet.
Le 27 mars 1790, Leblanc, sûr de ses expériences, déposa en l'étude de maître Brichard, notaire à Paris, un paquet scellé contenant la description du procédé qu'il avait découvert, fruit de son long travail !.
1, Nous aurions voulu ne pas anticiper sur les dates et même ne point parler de certaines prétentions, qui s’élevèrent trente ans plus tard (1819) et se renouvelèrent encore en 1856. Ces prétentions venant d’un des associés de Leblanc, M. Dizé, ne tendaient à rien moins qu’à contester à Leblanc l'invention du procédé d’extraction de la soude du sel marin qui depuis près d’un siècle est universellement employé.
Déjà en 1819, le jury central de l’industrie concluait ainsi dans son rapport au duc de Larochefoucauld : « Le jury de l'exposition était instruit des titres qu’aurait eus le sieur Leblanc, s’il existait encore, à une récompense pour la découverte d’un procédé de décomposition du sel marin pour ex-
Ce paquet cacheté ne fut ouvert qu'en 1856, 66 ans. ; après son dépôt, lequel est antérieur de plus d’une année au brevet d'invention.
C'est donc la pièce la plus ancienne dans laquelle se trouve décrit le procédé de Leblanc.
La voici ?n extenso :
« Procédé de Nicolas Leblanc pour la conversion du sel marin en soude, et les notes qui ont rapport à cette opération: le tout rédigé pour être déposé entre les mains de maître Brichard, notaire à Paris, ainsi qu'il a été stipulé dans l’article septième de l'acte d'association passé à Londres, le douze février mil sept cent quatre-vingt-dix, en l’étude du sieur James Lutherland, notaire public.
« On décompose le sel marin par le procédé de Glauber, c’est-à-dire par l’acide vitriolique, il est aisé d'imaginer des appareils suffisants pour opérer sur de grandes masses.
traire la soude; il savait combien le sieur Dizé était étranger à cette découverte.
« La découverte du sieur Leblanc est ancienne ; cet artiste étant mort, le jury central de l’exposition croit n’avoir rien à exposer au ministre à cet égard ; mais il pense devoir se joindre à M. le Préfet de la Seine et au jury du même département pour appeler la bienfaisance de Votre Excellence sur la famille indigente de cet artiste qui a rendu à l’industrie des services aussi réels, et qu’on peut placer au nombre des découvertes les plus utiles, faites depuis trente ans. »
Lorsqu’en 1856 les prétentions des descendants de M. Dizé se renouvelèrent, l’Académie des sciences, sur un rapport de léminent chimiste M. J.-B. Dumas, son secrétaire perpétuel, trancha irrévocablement cette question. Ce fut à cette occasion que, soixante-six ans après son dépôt et cinquante ans après la mort de Leblanc, ce paquet cacheté fut ouvert par la section de chimie de l’Académie, en vertu d'un jugement de référé de M. le premier président de Belleyme (voir à la fin du volume le rapport ?n extenso de M, Dumas)
dé
« Il faut, pour décomposer entièrement le sel marin, presque le même poids d’acide concentré.
« Pour obtenir le meilleur parti possible de l’acide | marin, il faut le convertir en sel ammoniac et pour cela on peut faire passer immédiatement le gaz marin dans un baïn d’alcali volatil, ou bien faire le mélange après l’avoir reçu à part. |
« La masse de sel de Glauber qui résulte de cette décomposition, doit être ensuite poussée au grand feu pour être entièrement purgée d'acide; ensuite on la pulvérise pour l'opération suivante.
« On prend une quantité donnée de ce sel de Glauber, la moitié de son poids de terre calcaire (craie) et le quart du poids de ce même sel de charbon en poudre, le tout bien pulvérisé et bien mêlé; on met le mélange dans des creusets, de manière qu’il reste des ouvertures que l’on peut pratiquer de plusieurs manières sur les couvercles, ou à leur bord; il se forme une quantité considérable de matière inflammable qui brûle à sa sortie à mesure que l’on donne le feu; ‘après avoir ainsi gradué le feu pendant quelque temps, on pousse à la fusion, de manière à donner une fonte pultacée; alors la matière se trouve convertie en soude aérée; on retire cette matière des
creusets.
« On peut extraire ou purifier cette soude, en pulvérisant la matière et la faisant ensuite bouillir dans une suffisante quantité d'eau; après quoi, on retire le sel de soude à mesure qu'il cristallise pendant l'évaporation. Cette soude peut être mise sur des aires chaudes pour être desséchée, ;
« On peut encore, la matière étant refroidie, la casser grossièrement et l’amonceler sous des hangars; elle devient pulvérulente, s’effleurit au bout; de quelques mois, et ensuite la lotion peut en être faite comme nous l’avons dit; la terre calcaire et le charbon qui n’a pas brülé dans l'opération se séparent de la liqueur par le repos ou par la filtration.
« On retire l’alcali volatil de la combustion des substances animales, et le sel ammoniac s’obtient par sublimation. |
« Toutes ces dernières opérations, ainsi que la méthode de Glauber pour la décomposition du sel marin, sont connues partout en chimie et même dans les arts. »
A cette pièce était joint un certificat de Darcet que nous donnons plus loin.
Leblanc, qui se rendait bien compte des résultats utiles que sa découverte allait produire, n'avait plus qu'une idée, passer de l'essai à la pratique, mettre sa découverte en exploitation. |
Certes, le désintéressement dont il a donné de si grandes preuves dans le temps trop court de son existence ne primait pas, à ce moment-là, les espérances du bien-être qu’il pensait recueillir pour le bonheur des siens.
Il s’adressa au duc d'Orléans, de la maison duquel il faisait encore partie, pour obtenir de ce prince une somme importante, afin de fonder en grand une manufacture pour la production de la soude artificielle; sa demande fut bien accueillie.
Les procédés de Leblanc étaient jusque-là restés
secrets: seul l’illustre Darcet en avait eu connaissance ; il en avait suivi et contrôlé les expériences et les résultats dans son laboratoire du Collège de France : c'est en effet sur un certificat de ce maître (annexé à l’acte d'association et constatant que les produits obtenus étaient en tous points conformes à la déclaration de Leblanc) que le duc d'Orléans consentit à lui prêter son concours, par un apport de deux cent mille livres.
Voici le certificat de Darcet :
« Je soussigné, professeur de chimie au Collège royal de France et de l’Académie royale des sciences, etc., certifie que le procédé décrit ci-dessus et aux autres parts, est exactement le même qui a été pratiqué sous mes yeux à différentes reprises et avec succès, tant dans mon laboratoire particulier, que plus en grand dans le laboratoire du Collège royal de France; en sorte que, par ce procédé, on décompose le sel marin, et l’on en met à part la base, ou sel de soude, dans un état de très grande pureté, comme aussi je certifie qu'avec ce même procédé, il sera facile d'établir une fabrique de sel ammoniac.
« En foi de quoi j'ai signé à Paris, le vingt-quatre mars mil sept cent quatre-vingt-dix.
« Signé : DARCET. »
Aussi, le 27 janvier 1791, une association de vingt années fut formée pour arriver à ce but, entre : Leblanc (soude artificielle), Dizé (fabrication d’un nouveau blanc de plomb) et Shée, représentant du duc d'Orléans, comme faisant partie de l’association.
18 NICOLAS LEBLANC Ex.
On prévoyait bien, dans cet acte, la grande prospé- . rité à laquelle devait atteindre l’association, dont la. principale exploitation était la fabrication de la soude artificielle.
Dans l’acte définitif, passé entre les associés, pour vingt années, devant maître Lutherland, notaire à Londres, et maître Brichard à Paris, outre les questions de partage des bénéfices probables pour chacun, en proportion tant de leurs procédés et concours que pour la commandite, il est une clause qui témoigne de la confiance qu’ils avaient dans l'importance” de leur industrie. Il y est dit que l’excédent du pre-« mier million serait partagé entre eux, lorsque déjà le duc d'Orléans aurait été remboursé de son capital par une somme de dix pour cent, prélevée sur les premiers bénéfices de l’entreprise.
Jusqu'à la découverte de Leblanc, la France était, pour la soude naturelle, tributaire de l'étranger pour plus de trente millions par an. Les produits les plus estimés nous venaient d’Espagne; d’autres pays aussi nous en fournissaient extraits du varech, des fucus maritimes, du natron, etc.
Ges soudes étaient généralement mal fabriquées, d’un prix fort élevé, elles étaient impropres à certains | usages et, par leur infériorité, ne permettaient pas aux industries de se perfectionner lorsque leur emploi était indispensable.
C'était donc un progrès immense qui allait s’ac-
‘+complir, une révolution entière qui allait s’opérer. Les produits de Leblanc étaient de quälité supérieure, plus beaux, plus purs et déjà d’un prix de revient
bien inférieur à celui des soudes étrangères qui, du reste, en raison des événements politiques, ne nous arrivaient plus que difficilement.
Une manufacture fut fondée à Saint-Denis, près de Paris. Voici la description qu’en fait Leblanc :
« Ma manufacture est établie à la maison de Seine, près la ville de Saint-Denis, dans la dépendance de laquelle elle se trouve; elle est aussi près du port mais à l’abri des débordements ordinaires; elle contient deux arpents et demi, enclos de gros murs, ayant sa face d'entrée sur le chemin pavé du port de Saint-Denis; plusieurs bâtiments et surtout de | vastes hangars, des fourneaux à réverbère et plusieurs autres ateliers qui pourront servir à fabriquer | d’autres produits. »
| En1791, l'Assemblée constituante venait d’instituer | la loi des brevets d'invention, loi qui garantissait, pour quinze années, aux inventeurs, la propriété et | l'exploitation absolue de leurs découvertes.
Leblanc devait être un des premiers à mettre sa découverte sous l'égide protectrice de la nouvelle | législation. Un brevet d'invention lui fut accordé le | 19 septembre 1791. Ce fut le quatorzième graret qui | fut pris en vertu de la nouvelle loi. UE La délivrance du brevet d'invention dé quinze | années est précédée d’un rapport au directoire des brevets intitulés « brevets secrets, » fait par Jean | Darcet, docteur régent de la faculté de médecine de | Paris, membre de l'Académie royale des sciences, pro- | fesseur en chimie au Collège royal; par Nicolas Des- | marets, membre de l’Académie des sciences, inspec-
teur général et directeur des manufactures; par Claude Urbain de Retz de Servières, directeur des brevets d'invention, commissaires chargés par M. Delessart, ministre de l’intérieur, à l'effet de procéder à l'examen des moyens inventés par le sieur Nicolas Leblanc, ancien chirurgien, pour extraire en grand la soude du sel marin, moyens pour lesquels ledit sieur Leblanc a formé la demande d’un brevet d'invention :
« Nous nous sommes transportés avec ledit sieur Leblanc dans l'atelier de sa fabrique, maison de Seine près Saint-Denis, où étant, cet artiste chimiste nous a fait voir et visiter dans le plus grand détail, les hangars, fourneaux, etc... construits pour l’application en grand de ses moyens et procédés dont il nous
a montré les produits et développé la théorie chimi-
que que nous avons trouvée fondée sur les meilleurs principes.
« Après avoir scrupuleusement examiné la méthode employée par ledit sieur Leblanc pour l’extraction de la soude par la décomposition en grand du sel marin, nous avons reconnu que l'invention était différente et très supérieure à tout ce qui, jusqu’à ce jour, était parvenu à notre connaissance, tant par l’économie, la célérité et la sûreté des procédés, que par la richesse et la pureté des résultats; que, considérant les avantages qui doivent en résulter pour l’approvisionnement de nos savonneries, glaceries, et quantité d’autres manufactures et arts qui jusqu'ici ont été forcés de tirer à grands frais leur soude de l'étranger, d'être dans une continuelle dépendance pour leur
approvisionnement, tant pour les prix que par rapport aux qualités, et que la nation exporte annuellement une somme énorme en numéraire pour cet objet; tandis que les procédés de Leblanc, en faisant valoir l'emploi du sel national, assurent à la soude un prix à peu de chose près toujours le même et une quantité de soude constamment au même degré de pureté; nous estimons que la découverte du sieur Leblanc, par toutes les raisons politiques et commerciales, mérite les encouragements de la nation française et que le secret de sa découverte doit être soigneusement gardé.
« En foi de quoi nous avons clos et signé le présent procès-verbal, lequel, après avoir été porté sur le registre des brevets secrets du Directoire d’inventions, sera joint au mémoire descriptif sus-énoncé et mis sous le scellé de nos cachets et celui du Directoire d’inventions.
« À Paris, le vingt-trois septembre mil sept cent quatre-vingt-onze.
« Signé : DE SERVIÈRES, DESMARETS et DARCET. »
Près de quatre années se sont écoulées, la manufacture de Leblanc est fondée, elle fonctionne; on travaille, on produit de la soude, de deux cent cinquante à trois cents kilogrammes par jour, la fabrication du sel ammoniac est aussi en pleine activité.
Mais bientôt les mauvais jours vont commencer, Leblanc va se trouver aux prises avec les mille difficultés, les déboires de toutes sortes, les mille peines
qui vont l’assaillir, et petit à petit le COTES au
désespoir, à la mort,
Jusqu'à cette époque, malgré la gêne et [es diffcultés de toute sorte, il a poursuivi ses recherches, ses travaux, il touche au but : nous allons voir la suite.
Nous étions aux jours de la plus grande agitation révolutionnaire, la France était en guerre avec l'étranger. Le comité de salut public venait de faire appel à tous les inventeurs ou possesseurs de secrets utiles à la nation, leur demandant, pour la patrie, le sacrifice généreux de leurs découvertes.
Shée, l’un des associés, qui représente le duc d'Orléans, écrit à Leblanc, le 13 pluviôse an IT (février 1794) :
«Je viens dans le moment de lire, dans la feuille intitulée le Moniteur, en date d'hier, que tous les républicains, possesseurs de quelques secrets ou procédés pour la fabrication de la soude par la décomposition du sel marin, étaient invités à en faire part au comité de salut public, section des armées, parce que la patrie pouvait en retirer des avantages précieux pour ses moyens de défense,
« J'imagine que tu es parfaitement au fait 1 cette affaire, et ton patriotisme t’aura suggéré sur-lechamp, j'en suis sûr, le sacrifice de ton secret, fruit de tes longues et laborieuses recherches.
« Néanmoins, réfléchissant que ta délicatesse pourrait te présenter quelques scrupules dans l’entreprise de la fabrication de la soude, je m’empresse de t’assurer pour ma part que, de tout mon cœur, je consens,
L'LGfC"À -
SA VIE — SES TRAVAUX 25 et même t'invite, s’il en était besoin, à révéler à la Nation, tout ce que tu sais sur cet important objet. Je suis persuadé que le citoyen Dizé trouvera dans son civisme tous les motifs nécessaires pour approuver cette démarche; au reste tu es à portée d’en conférer avec lui. Mais quant à ce qui regarde mon intérêt personnel, je m'en rapporte entièrement à tout ce que te dicteront ta prudence et ta probité.
« Je fais des vœux bien sincères pour que ton secret ait la gloire de contribuer d’une manière grande et efficace au salut de la patrie.
« P, S. Ta lettre du 6 courant ne m'est parvenue que le 8 au soir; ce soir-là même, les citoyens de Flandre, La Treille et un autre sont venus de la part du district et de la municipalité de Franciade à la manufacture, et ont dressé un inventaire général de tout. Je ne peux plus disposer de la moindre chose sans un ordre légal et par écrit. »
Il ne faut pas craindre de le dire, à ce moment-là, venant du comité de salut public, un tel avis était un ordre. — Leblanc ne l’ignorait pas, et quel que fût son patriotisme, quel que füt son dévouement pour son pays, il dut incontestablement penser que la divulgation de son procédé, c'était la ruine. L’appel du comité de salut public était absolu, en raison de l’état politique, absolu dans le fond, sinon dans la forme. Leblanc déposa son procédé. En exécution d’un arrêté du comité de salut public du 8 pluviôse an II, la publication en eut lieu dans une brochure in-quarto imprimée par ordre et de imprimerie du Comité de Salut public, an IT de la République Fran-
os / | ï FA,
çaise. Cette brochure contenait le procédé de Leblanc. décrit minutieusement et tout au long dans la forme
pratique, et accompagnée des plans gravés de l’usine
de Franciade (Saint-Denis), de la description complète
des ateliers, fourneaux et appareils; elle contenait aussi, à la suite, les procédés des citoyens Alban,
Malherbe et Athenas, Chaptal et Bérard, Guyton et
Carny, Ribaucourt, Souton, et enfin Valentino.
Ce n’était pas un grand sacrifice que faisaient ces derniers ; leurs procédés étaient d'avance frappés de discrédit, reconnus impraticables en grand, trop coûteux et bien loin de donner des produits pouvant égaler ceux du procédé Leblanc; les autres, les plus nombreux, n’en étaient qu'aux essais de laboratoire.
Ces constatations sont énumérées tout au long dans le rapport que contient aussi cette publication et qui fut fait, sur son ordre, au Comité de Salut public par les citoyens Pelletier, Darcet et Giroud.
Voici quelques lignes de ce rapport dans lequel la confiscation de la manufacture de Leblanc est expliquée suivant le sentiment de l’époque :
« Un établissement avait été formé depuis peu à Franciade; mais les circonstances de la révolution et de la guerre qui en a été la suite, ayant supprimé les fonds, les travaux ont été forcément suspendus, et depuis quelques mois cette manufacture est devenue un établissement national.
« Chargés par le Comité de Salut public de recevoir les mémoires qui seront envoyés sur cet important objet, d’en suivre, d’en surveiller les essais, d’en constater les résultats, enfin, d’en rendre compte au
comité, nous avons tâché de remplir notre important ministère avec le zèle et la célérité que le besoin commande, mais aussi avec la prudence que l'intérêt de la République exige. — Les citoyens Leblanc, Dizé et Shée, coassociés, sont les premiers qui nous ont présenté le leur et c’a été un noble dévouement à la chose publique.
« Leur établissement était à Franciade : nous avons visité cet atelier naissant avec le citoyen Loysel, député à la Convention, et nous avons vérifié le procédé, sur lequel nous croyons pouvoir déjà prononcer avec la plus grande certitude de succès. Ge nouvel établissement a été élevé en entier sur ses propres fondements, et avec la prudence et la circonspection qu’on pouvait attendre de l'intelligence et du bon esprit des trois associés.
« Il serait difficile de rassembler, dans un aussi petit espace, plus de moyens et plus de commodités qu'il ne s’en trouve dans cet atelier ; fourneaux, moulins, équipages et magasins, tout y est placé dans le meilleur ordre, tout pour la plus grande commodité du service, et à ces avantages sont joints ceux, bien plus précieux encore, du voisinage de la rivière et de la facilité de pouvoir s'étendre et s’agrandir à volonté, sans sortir du même local et du même enclos. »
Suit la description du procédé, le dosage, celles des appareils minutieusement décrits, la manutention, le tout comprenant huit pages, puis les plans de la manufacture et la légende explicative.
Quoique ce rapport fût très élogieux pour Leblanc,
il n’est pas difficile de voir que son procédé et san manufacture firent tous les frais de cet élan de patrio-" tisme. Le résumé des commissaires conelut ainsi :
« Le procédé du citoyen Leblanc par l'intermédiaire de la craie nous paraît celui qui peut être le plus généralement adopté, parce que cette matière première est plus universellement répandue; elle a de plus cet avantage qu’elle n'empêche pas la soude. d'être mise dans le commerce, dans l’état brut; qu’elle ressemble plus particulièrement à celle que le commerce nous procure de l'étranger, et à laquelle nous sommes dès longtemps accoutumés; enfin qu’elle peut s’appliquer immédiatement et sans lessivage préliminaire à la buanderie, à la verrerie commune,etàla confection du savon. Ajoutez que ce procédé s’exécutant par le moyen de l'acide sulfurique, l’acide muriatique qui en résulte se combine dans son état de pureté pour la confection du sel ammoniac. »
Etait-il donc nécessaire de publier le procédé? Ne le livrait-on pas ainsi à l'étranger? N'’eût-il pas mieux valu, après l'examen qui fut fait des divers procédés, el lorsque celui de Leblanc fut déclaré le plus pratique, le plus rapide, le moins onéreux, n’eût-il pas mieux valu confier à Leblanc la haute direction des manufactures qu'on aurait établies pour les besoins de la nation? On réservait ainsi exclusivement Ia découverte à la France, on ne livrait pas aux ennemis du pays les moyens d'annuler notre force, .…. de s'enrichir aux dépens de notre détresse. On sauvegardait enfin les droits sacrés de l'inventeur.
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Que furent par la suite ces justes dédommagements, ces indemnités dérisoires promises hautement, et jamais acquittées par aucun des gouvernements qui, depuis près d’un siècle, se sont succédé chez nous?
Poursuivons et nous allons voir plus encore.
Depuis la mort du duc d'Orléans (6 novembre 1793), la fabrique de Saint-Denis était sous le séquestre et les travaux étaient presque suspendus. L'association avec le duc d'Orléans avait valu à Leblanc et à ses coassociés de voir leur établissement considéré comme propriété du prince; le post-scriptum de la lettre de Shée que nous avons citée plus haut (13 pluviôse an IT, février 1794), annonce à Leblanc la saisie, la confiscation de tout; quelques jours encore, et Leblanc était expulsé, la fabrique vendue; les matières premières et les produits fabriqués le sont aussi, les fonds en caisse sont enlevés, la spoliation légale était complète.
Leblanc n’a plus ni fabrique, ni procédé, tout appartient au domaine public.
Nous qui écrivons ces lignes, nous, infime descendant de cet homme illustre si cruellement éprouvé, nous qui cherchons à retracer ici les cruelles douleurs de ce citoyen austère, au caractère élevé, si plein d'abnégation pour lui-même et de dévouement pour sa famille; nous voudrions relater ici tous les souvenirs que notre mère, l’aînée des enfants de Leblanc, nous a, dans notre jeunesse, tant de fois racontés, les poignants épisodes, tristes précurseurs, hélas! de la fin tragique de notre aïeul.
FE
Produits de la manufacture de soude pendant près de trois années d’existence. — Commencement de la gêne. — Fonc-
tions administratives. — Leblanc administrateur du dépar-«
tement de la Seine. —- Rapport sur l'Hôtel-Dieu. — Leblanc régisseur des poudres et salpêtres. — Commission temporaire des arts. — Inventaire du laboratoire de Lavoisier. — Mission dans le Tarn et l'Aveyron, Millau, Saint-Georges, Alby. — Rapports avec l’agence des mines. — Mémoires sur les mines d’alun et de couperose. — Description du
plateau de Larzac. — Fabrication industrielle de l’alun. —
Rapport sur Alby et la bibliothèque de Montauban. — Sociétés savantes. — Société de santé. — Société académique des sciences. — Lycée des Arts. — Deuxième rapport sur les mines d’alun. — Retour à Paris. — Mémoire sur le nickel, — Salpêtres. — Oxydes de mercure. — Matières
azotées. — Recherche sur le sel ammoniac. — Cristallo- «
technie.
DANS: tout était consommé, le procédé de Leblanc est livré au publie; sa fabrique, séquestrée comme propriété du duc d'Orléans, était devenue propriété de la Nation.
Le pompeux rapport au Comité de Salut public n’avait pas ménagé les éloges à tous les auteurs de procédés d'extraction de la soude. Ceux qui s’adressaient particulièrement au procédé de Leblancien fai-
saient ressortir la supériorité. 4 CA + ù ” 2 nt L M le PU + Li à
MR 7 \ sylet A
On insistait surtout sur l'avantage que pourrait | | trouver la République dans une fabrique en pleine
| activité, susceptible de développements plus considé- | rables, sur le profit pour la nation de faire fonction- | ner cette manufacture, toujours sous la direction des | associés qui, mieux que tous autres, pouvaient en | augmenter et généraliser la production, et l’amener | à faire face à la disette complète des soudes étran- | gères, faisant absolument défaut par suite de l’état | de guerre général. L'établissement, tel qu’il était con- | struit, fonctionnait depuis près de trois années ; ses produits, qui devaient bien certainement s'élever rapidement, étaient déjà de 700 milliers de soude par || an valant, au cours le plus bas, de 40 francs le quin- | tal, 420 000 francs. La dépense de fabrication ayant | été de 308 000 francs laissait un bénéfice net de 112 000 francs.
, À ce moment-là, toutes les fabriques qui consommaient de la soude, sont, par suite de la disette de ce produit, obligées de cesser leurs travaux.
Peu de temps après, cette disette de soude conti-
nuant, Son prix s'élève à 4 francs, et jusqu à 110
francs le quintal. Ÿ
Les bénéfices sur la fabrication du blanc de plomb et celle du sel ammoniac, qui étaient déjà en pleine activité, n'étaient pas moindres que ceux de la soude. Devant de pareils résultats, on ne peut s'expliquer pour quelles raisons, par quelle incurie et quelle peti-
tesse de vues, on ruinait cette industrie, que le comité
de Salut public, dans son appel au patriotisme des
inventeurs et producteurs, déclarait si énergiquement
mn, 2.
de la plus haute utilité pour la nation. On vendait tout, et ce que les magasins contenaient de soude | fabriquée était attribué à la manufacture des glaces |
de Saint-Gobain.
Leblanc avait eu la naïveté de croire que sa manu-
facture continuerait à fonctionner au profit de la nation et resterait sous sa direction et celle de ses. | associés, que le traitement de 4 000 francs qui lui.
était attribué dans son acte d'association avec le duc d'Orléans, ainsi que celui de 2 000 francs attribué à Dizé, seraient conservés. Quelle dut être sa désillusion !
Nous n’insisterons pas davantage sur ces faits qui parlent d'eux-mêmes.
Dès le 1% avril 1794 (germinal an Il), le traitement : de Leblanc ayant été supprimé, nous le voyons à
nouveau aux prises avec les nécessités de la vie;
sa famille est nombreuse, il a quatre enfants, deux …
filles et deux fils; la santé de sa femme est déjà
chancelante et le découragement apparaît dans cette
famille qui avait pu, un moment, entrevoir un avenir heureux.
Nous sommes en l'an II de la RÉpablittué (1794); depuis les dix années dont nous venons de faire l'historique , Leblanc a travaillé pour arriver au résultat qu'il a atteint et qu'il vient de voir tout d’un coup s’anéantir. Pendant ce temps, du reste, il ne s'est pas, pour cela, désintéressé de tout et isolé dans la recherche exclusive de son procédé et de sa fabrication.
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Pi Ju, MR SSSR SA VIE —— SES TRAVAUX | 31
Déjà, en 1792, le 21 août, il est appelé aux fonctions d'administrateur du département de la Seine, | fonctions qu'il occupera six fois de suite et pendant lesquelles nous le voyons chargé de rapports sur des questions administratives, soit d'organisation, d’hygiène, de salubrité, d'assistance publique. Ces fonctions il les exerce d’une manière presque continue du 21 août 1792 jusqu'en avril 1795. À son retour d'une mission dans le Tarn, il est de nouveau nommé à l'administration départementale, de septembre 1796 jusqu’en 1799.
Bien que non rétribué comme administrateur du département, Leblanc, toujours plein d’abnégation, apporte dans ces fonctions, aussi délicates que périlleuses à cette époque, une activité remarquable.
Ainsi, rien qu'en juin et juillet 1793, il fait en même temps partie de sept commissions, et tout en assistant aux séances, il trouve le temps de rédiger des rapports qui dénotent des connaissances très étendues. C'est ainsi que nous le trouvons, le 22 juin 1793, commissaire pour la démolition de la Samari-
taine;
Juillet 1793, commissaire pour l'amélioration de l'arsenal ;
Juillet 1793, envoyé en mission à l'École militaire;
10 juillet 1793, commissaire pour examiner des machines à filer le coton ;
19 juillet 1793, commissaire pour un aies de construction navale;
Juillet 1793, commissaire pour l’organisation de la police civile et militaire ;
Commissaire pour la construction d’un canal de-.
vant conduire à l'arsenal.
Enfin, cette même année, il est chargé avec son collègue Bourgoin d’un rapport sur la réunion à l'Hôtel- Dieu des bâtiments de l’évêché et sur la multiplication des hôpitaux.
Dans ce dernier rapport, Leblanc se souvient qu'il
est médecin. Aussi propose-t-il d’abord de supprimer.
les 450 lits doubles ou à cloisons entassés à l'Hôtel- Dieu, dans des salles basses et sans air, et d'ouvrir quatre nouvelles salles pouvant, avec les anciennes, contenir 900 lits à un seul malade. Il veut faire construire pour les malades de l'Hôtel-Dieu et pour les indigents du dehors un vaste établissement de bains, séparer les salles d'hommes de celles des femmes, faire traiter à part dans des salles spéciales les mala-
dies chirurgicales, créer à l’Hôtel-Dieu tout ce qui.
serait nécessaire pour l'instruction : un amphithéâtre, une bibliothèque et surtout un cabinet d’anatomie pathologique. « Get établissement, dit-il, manque à la France. » Il insiste sur la nécessité d'établir par la suite des hospices par quartier.
« Mais il faudra toujours, ajoute-t-il, au centre de Paris, un grand hôpital ou lieu de dépôt, dont on aura toujours besoin pour les grandes opérations
chirurgicales, qui ne peuvent être que réunies en un.
même lieu et sous la direction d’un chirurgien célèbre. » Enfin il propose d’établir dans les bâtiments de l'évêché des promenoirs commodes, « où les malades trouveraient un air pur, une belle exposition et surtout un asile calmeet la plus profonde tranquillité.
« La dépense pour disposer tout cet emplacement de l’évêché ne s’élèverait d’après le devis ci-joint qu'à 36 800 francs. »
Et il ajoute en terminant : « Ainsi, avec de super-
bes promenoirs, on aurait encore un vaste local pour des salles de malades, et l’ont aurait fait à peu de frais un bien incalculable aux indigents. » Le 15 nivôse an Il (1794), Leblanc est nommé régisseur des poudres et salpêtres à l’Arsenal, où il va habiter en quittant Saint-Denis. C’est une des rares fonctions rétribuées que nous lui voyons occuper.
« Paris, le 23 pluviôse, l'an IT de la République française une et indivisible.
« Le président de la Commission des arts adjointe au comité d'instruction publique, au citoyen Leblanc, régisseur des poudres et salpêtres à l’Arsenal.
« Tu es prévenu, citoyen, que la Convention nationale, par son décret du 18 pluviôse, t’a nommé l’un des membres de la Commission temporaire des arts adjointe au Comité d'instruction publique, pour inventorier et faire réunir dans des depôts convenables, tous les objets de sciences et arts provenant, soit des maisons ci-devant religieuses, soit des émigrés, soit des conspirateurs condamnés, soit de la liste civile.
« Tu voudras bien, en conséquence, te rendre exactement à la séance qui aura lieu quintidi prochain, 25 pluviôse, au lieu des séances du comité d’instruction publique, à 9 heures précises. MATHIEU, »
Cette commission était ainsi composée : Naigeon, peintre, Lenoir, Fortin, Charles, Berthollet, Mongetz, | Dorat-Cubières, Urbain Domergue, Leblond, Corwvi- | sart, Thillaye, Vic d’Azir, Brongniart, Molard, Hassenfratz, Richard, Thouin, Desfontaines, Laumont, | Berthoud, Adel, Vauquelin, Portal, Monge, Duneroy, |
Lebrun, Simonné, Desormaux, Prony, Aauch.
Pendant cette période, une des plus agitées de la ré= | volution, Leblanc remplit ces diverses fonctions avec.
abnégation et dévouement, donnant à la chose publi-
que son concours honnête et désintéressé. Parmi les,
diverses délégations dont il est chargé, qu'il n’a pas
recherchées, que peut-être pour lui il eût été dange-
reux de décliner, celle qui fut bien certainement la plus pénible et la plus douloureuse pour son cœur,
ce fut celle où, par ordre du comité de l'instruction
publique, il se vit chargé de faire l'inventaire du la-
boratoire de Lavoisier, le célèbre chimiste, exécuté à Paris, le 8 mai 1794, à l’âge de cinquante et un ans. Cette pièce porte la date du 19 brumaire an III.
(décembre 1794), sept mois environ après la mort |
de cet homme de génie qui créa la chimie moderne.
Par quel hasard des circonstances fut-ce à Leblanc qu’échut la pénible obligation de faire l'inventaire du sanctuaire du travail de cet homme, pour lequel, on le verra plus loin, il avait une si haute admiration; avec quelle amertume, avec quel profond sentiment de tristesse, dut-il s'acquitter de cette mission, que dans l'état politique de cette époque il ne pouvait décliner! Quelle peine ne dut-il pas éprouver en face de tous ces appareils de la science, qui portaient
encore la trace des &ernières expériences auxquelles ; ce studieux génie avait été violemment arraché! Il | est évident pour nous que ce fut pour Leblanc une | cruelle douleur. Quelques lignes que nous avons trouvées dans des notes philosophiques et que nous | reproduirons ici, laissent transpirer les impressions | et les sentiments de Leblanc, qu’il eût certes déve- | loppés davantage, si, à cette époque, cet éloge, même purement scientifique, n’eùt pu devenir un motif de suspicion et entraîner, pour l’admirateur de | Lavoisier, de terribles conséquences.
| Toutefois Leblanc accomplit son mandat fidèle- | ment et scrupuleusement ; les pièces sont comptées, cataloguées, classées, et enfin estimées par les four-
| Et tous ces objets, qui auraient dû être conservés | comme autant de reliques, forment un ensemble qui rapportera à la nation 7267 livres, 16 sols. Nous avons retrouvé ce document dans les papiers de | Leblanc; son importance historique nous engage à le publier en entier à la fin de notre travail; nous en citerons ici seulement quelques passages et la conclusion : d
«... Jai désigné, sous le nom d'inconnus et de peu d'importance, ceux qui manquaient d’étiquette ou qui pourraient exiger une plus longue attention,
Fr
ou même des opérations, pour pouvoir les recon-
naître, bu ” | ”.
« Chaque rangée dans le laboratoire porte des inscriptions indicatives. Je crois devoir faire remarquer que la partie des objets appelés inconnus ou non
"is
% Éd
désignés, est très étendue, qu’elle comprend très cer-
tainement des parties intéressantes qu’il serait bon |
d'examiner attentivement.
« Il serait possible que quelques-unes d’elles appar-
tinssent à des opérations importantes et qui peuvent | se trouver dans les différents ouvrages de Lavoisier
qui, comme on le sait, traitait la chimie et beaucoup d’autres parties de science et d'art, avec des connais: sances et des succès peu communs. »
Cette conclusion pleine de réserve, timide même, indique bien la pensée et les sentiments de Leblanc : il ne lui était guère possible à ce moment d’en dire davantage. Nous ne nous y serions même pas arrêtés
si nous n'eussions trouvé, dans des notes et des pen-..
sées philosophiques de Leblanc, quelques lignes, écrites certainement plusieurs années après, mais où il déplore les excès des partis extrêmes et se demande ce que sera l'avenir :
«... Quel sera donc maintenant le générateur de l’homme de bien et comment le petit nombre qui
nous en reste pourrait-il se faire entendre? Avec,
vous je conviendrai que quelques étincelles du génie de ces savants que la France doit longtemps regretter, se retrouvent encore dans le cerveau de quelques disciples ou contemporains, qui s'efforcent de raviver le flambeau et de rendre aux arts et aux sciences l'éclat qu'ils n’auraient jamais dû perdre, puisque, sans eux, aucune nation ne peut prospérer.Je conviendrai qu'il existe même quelques foyers assez ardents pour échauffer au loin et projeter cette flamme pure et
brillante, qui développe si puissamment tous les res-
| sorts du génie et enfante les artistes capables d’ho- | norer leur siècle et leur pays.
| «Je conviendrai que l'instruction publique, seul | moyen de rendre bon une petite partie des membres | d’une grande société, aura nécessairement tôt ou tard des bases stables et un exercice plus assuré; alors il | nous sera permis d'espérer que, dans chaque partie | des sciences exactes et politiques, un nouveau génie viendra rassembler les matériaux et élever un édifice. C'est ce génie d'ordre, de constructeur, qu’il est dif- | ficile de rencontrer et qui, dans le cerveau de Lavoisier, créa la chimie moderne, à laquelle nous sommes déjà grandement redevables, et qui nous prépare encore de nouvelles découvertes et des réformes importantes.
« Vous êtes peut-être étonnés de m’entendre parler ainsi de l'influence des sciences exactes sur les mœurs, le régime et les habitudes sociales d’un pays. Mais concevez-vous la possibilité d'établir de la rectitude dans les idées sans le secours de ces mêmes sciences? de s'entendre parmi les hommes qui n’ont
point acquis cette rectitude ? Pour moi, pauvre diable, qui n’ai rien appris que par le commerce ordinaire du monde et dans une classe malheureusement bornée et surchargée, j'ai cependant compris que la vérité seule, celle qui était susceptible d’une démonstration rigoureuse, était capable de fixer notre conduite et de nous rendre bons. Si les sciences physiques eussent été généralement cultivées, mises à la portée de toutes les classes depuis longtemps, vous n’auriez pas aujourd'hui cette multitude d'obstacles
que l'ignorance élève partout, et surtout ce fanatisme. grossier, qui fait continuellement ravager et semble, s’accroître, et nous menacer davantage chaque jour.» |
Enfin un des derniers rapports dont Leblane est | chargé par le département, c’est celui sur les fonc=\ tions d’essayeur à la monnaie, fonctions pour les= l quelles deux candidats se présentent, Vauquelin et Lecour, et où, malgré son amitié pour Vauquelin’ | Leblane, tout en étant dans ce rapport favorable à son ami, s'exprime sur les mérites des deux candi- |
dats avec la plus grande impartialité.
Quoique les orages révolutionnaires ne fussent. pas encore complètement apaisés, on commençait
à ressentir un besoin d'ordre, de réorganisation, de travail.
de fonds, faute de débouchés, bien des sources de richesses restaient improductives. L'industrie minière était une des plus atteintes par cet état d’inertie.
L'industrie était presque partout arrêtée et faute
On s’en préoccupait dans le gouvernement et di-
verses missions étaient données afin d’aviser à faire cesser cette situation.
Une de ces missions fut confiée à Leblanc par le
Comité de Salut public, et, le 49 prairial an IT (juin.
4795), il partait pour les départements du Tarn et de lAveyron, chargé d’examiner la richesse minérale de ces départements. Le principal objet de sa misson est de diriger et de faire renaître l'exploitation des
mines d’alun et, à cet effet, il est adjoint, en qualité.
de chimiste-directeur de l'exploitation des mines
| d’alun et de couperose de Saint-Georges, au conces- | sionnaire Morlhon, à qui le Comité de Salut publie | impose la charge des honoraires et des frais de sé= | jour qui seront dus à Leblanc.
| Cette clause, n'étant pas du goût du concession- | naire, vaut à Leblanc toute la mauvaise volonté de | ce dernier qui, sans tenir compte en rien de la mis- | sion, le laisse dans la détresse pendant tout le temps de son séjour. Treize mois s’écoulèrent ainsi, pendant lesquels Leblanc, tout en épuisant ses ressources personnelles, ne néglige rien pour remplir utilement et honorablement la mission dont il est chargé.
Au moment de son départ, l’agence des mines lui demande sa collaboration pour le Journal des mines. Quelques jours après, pendant son séjour à Milhau, les directeurs du Conseil des mines lui demandent un mémoire sur les mines de ce pays et lui expriment l'impossibilité où l’on est de ne pouvoir lui offrir une subvention pour frais de voyage.
Voici cette lettre, 6 messidor, an ITT :
Au citoyen Leblanc, chimiste missionné dans les
départements du Tarn et de l'Aveyron.
« L'agence est on ne peut plus sensible, citoyen, aux offres que vous lui faites par votre lettre du 1 messidor; elle les reçoit avec reconnaissance et vous engage, autant qu'il vous sera possible, dans les intervalles de vos travaux, à vous occuper de l’examen et de la description des mines que vous pourrez être à portée de visiter. L'idée qu’elle a de votre amour pour le bien publie et de vos connaissances
dans les arts, en lui faisant apprécier les renseignements que vous lui donnerez, lui fait en même temps regretter de ne pouvoir vous faire passer des fonds à |
titre de frais de voyage, comme elle en donne à tous ceux qui sont attachés à l'inspection des mines. Elle désire que vos rapports la mettent dans le cas de vous proposer pour remplir quelques missions particulières pour les mines ou exploitations placées aux environs du lieu que vous habitez.
« Salut et Fraternité.
« Les membres composant l'agence des mines,
« Signé : GILLET, LEFEBYRE. »
Peu de temps après et à plusieurs reprises, Leblanc envoie à l’agence divers mémoires sur les mines d’alun et de couperose ainsi que plusieurs notes sur le grillage de ces minerais.
Plus tard, le 22 brumaire an IV, par l’intermédiaire du concessionnaire Morlhon, il adresse au conseil des mines un rapport sur la mine de Curvale et sur l'établissement qui y est annexé. En même temps, Leblanc envoyait des échantillons de cristaux et promettait prochainement d’autres séries d’échantillons plus importants. Il fait cet envoi en frimaire et l'agence lui en accuse réception en ces termes :
« Paris, le 7 nivôse, l'an IV de la république françcaise une et indivisible.
« Le conseil des mines de la république au citoyen Leblanc, directeur pour l'exploitation des mines d'alun et de couperose de Saint-Georges.
« Nous avons reçu, citoyen, votre lettre du 7 frimaire dernier. Les échantillons que vous nous avez | fait passer nous sont parvenus directement; nous les : | avons fait classer au nombre de ceux qui forment notre collection, attendu que l'essai, que vous faites | journellement en grand sur les lieux, est suffisant.
« Nous sommes informés que dans ce canton il existe beaucoup d'indices de mines, sur plusieurs desquels il y a eu des travaux de commencés, mais presque aussitôt abandonnés, soit faute de moyens, ou de connaissances de la part des entrepreneurs, soit enfin faute de bois. Nous recevrons avec reconnaissance les renseignements que vous voudrez bien nous donner; nous les transmettrons aux membres de l'inspection des mines, lors de leur départ à l’ouverture de la campagne prochaine.
« Salut et Fraternité.
« Les membres du Conseil des mines,