‹ Nicolas LeblancChapitre 13 sur 50 · PA · texte numérisé non relu

PA

publics.

Parmi les documents qui nous restent sur les | travaux de Leblanc, si nous n’avons pas les mémoi- | res originaux sur cette question, nous possédons sur l’un de ces mémoires envoyé à l’Institut, un rapport | fait le 20 messidor an XII, par Vauquelin, Fourcroy | et Deyeux sur les substances ammoniacales considé- | rées principalement comme matières végétatives. | | Ce rapport, nous serons obligé, à cause de son

| ; . 65 issues liquides et sur l'utilisation en grand des sels ammoniacaux comme engrais en agriculture. NE Arrêtons-nous sur cette découverte qui, à elle seule, 4 suffirait à la gloire d’un homme, et lui assurerait la reconnaissance d’un peuple. | C'est peut-être notre travail qui fera connaître aux sociétés agricoles, aux écoles d'agriculture, etc... que é'est au chimiste Leblanc, l'inventeur de la soude ificielle, qu'on doit la première idée d'employer omme engrais les détritus et les déjections animales, lesquels doivent surtout leurs propriétés fertilisan-. tes à la présence des matières azotées. Comme tant d'autres, Leblanc, malgré des éloges et des témoi- É gnages d'estime nombreux, s’est vu méconnu de son vivant ; et un de ces ] bienfaits qui enrichissent et font vivre une nation, 1 ne valut à son auteur que des mécomptes, et Poubli dédaigneux des pouvoirs

importance pour la mémoire de Leblanc, de le citer

My A

| en pa tie. & On sait, dit le rapporteur au début, que es tières animales et. végétales décomposées et s s l'état de putréfaction, peuvent devenir, entre les ains des a agriculieurs, d'excellents engrais ; mais on

Fix L F5 ART TER OR “6. 0û F0 0 NICOLASNLEBLANG SR

n’est pas aussi avancé sur la manière dont elles agis-. sent, non plus que sur la cause qui détermine les

effets qu'elles produisent.

« Cem’est pas cependant qu’on ait négligé les re: cherches sur cet objet important, mais le seul résul-

-tat qu’elles aient fourni, jusqu’à présent, se réduit à

des conjectures vagues et incertaines, et à des théories si peu satisfaisantes qu’il faut convenir qu'il reste beaucoup de travaux à faire avant qu'on ait obtenu la,

solution du problème, qu’on propose depuis si long-«

temps.. Parmi les sciences qui peuvent le plus contri- ‘ buer à procurer des lumières sur l’objet dont il s’agit, la chimie doit tenir le premier rang. Elle seule, en s’occupant de l’analyse des engrais, contribuera non seulement à jeter un nouveau jour sur l’économie agricole, mais elle parviendra encore à la Rérises tionner en simplifiant ses procédés.

« Pénétré des avantages qui pourraient résulter d’un travail entrepris d'après ces vues, M. Leblanc s’en est occupé; déjà même il a recueilli quelques faits - précieux qu’il a consignés dans le mémoire dont nous

allons rendre compte à la classe.

: « Un des engrais, dit M. Leblanc, dont l'effet est le plus remarquable, c’est bien certainement le résidu des déjections; en analysant cette substance, l’auteur a reconnu qu'elle contenait une très grande quantité d’ammoniaque, combinée avec différents acides. ;

« Comparant ensuite ses propriétés avec celles

qu'ont aussi les autres engrais, il s’est bientôt aperçu

que plus la quantité des sels ammoniacaux, que ces

LA

Le | A . . 7 ; L #4 derniers ‘contiennent, est considérable, et plus leur influence sur la végétation devient sensible.

« C'est pour cela que M. Leblanc conseille d’employer les vannes, les urines, le sang pourri, et beaucoup d’autres fluides de cette espèce qui tous donnent beaucoup d'ammoniaque, pour fertiliser les terres

et pourraient souvent remplacer avec avantage les autres fumiers dont on a coutume de se servir. 3

« La conséquence naturelle de ce premier fait, sui-

vant M. Leblanc, est que les substances ammonia-

cales ont une influence marquée sur la végétation et

que, soit qu’elles agissent entières, soit que leur action ne puisse être attribuée qu'aux principes qu’elles fournissent en se décomposant, il n’en est pas moins certain que l’ammoniaque doit faire une des bases essentielles de toute espèce de fumier, et que plus les matières qu'on emploiera contiendront de celte substance et plus aussi leur effet sera assuré.

«En partant de ce principe, dit M. Leblanc, on

conçoit facilement de quelle importance il est de ne

plus perdre les déjections animales et de les employer à fertiliser des terres qui, faute d'engrais ordinaire,

ne donnent pas un produit qui puisse dédommager le.

cultivateur des peines qu'il a prises. »

M. Leblanc, d’après le rapporteur, cherche ensuite à détruire les objections qu on pourrait soulever contre l'emploi de ces engrais; les expériences qu'il a faites sur ce point ont presque toutes réussi.

« Au reste, continue le rapporteur, d’après M. Leblanc, en admettant que ces engrais ne conviennent

pas pour fumer toutes les terres, on ne pourra pas:

e . LU e “ ï | disconvenir que les effets qu’ils produisent sur celles

où l’on cultive les graminées, sont tels qu’on est en quelque sorte dans le cas de s’en étonner. Le parti qu’on peut tirer de ces résidus ne se borne pas, suivant M. Leblanc, à rendre les terres plus fertiles : on peut les utiliser encore en les faisant servir à la fabrication du muriate d’ammoniaque.

« Les vannes qu’on trouve dans les bassins, où on dépose les matières fécales, peuvent aussi servir au même usage; il ne s’agit que de les disposer pour cela.

« C'est surtout de cet objet que M. Leblanc paraît s'être occupé.

« D’après les expériences qu’il dit avoir faites, il semble faire entendre que ces vannes étant très riches en ammoniaque, on pourrait en extraire cet alcali, et que, à l’aide de procédés qui lui sont particuliers, rien ne serait si facile que de se procurer ce produit en très grande quantité.

« Si maintenant on résume tous les objets qui font le sujet du mémoire de M. Leblanc, on voit :

« 10 Qu'il établit comme chose certaine que l’ammoniaque el même les sels ammoniacaux, seuls résultats en grande partie de la décomposition des substauces animales, sont principalement ceux qui, dans les fumiers, agissent comme engrais ;

« 2° Que le résidu évaporé des matières fécales, contenant des sels ammoniacaux, doit par cela même . produire un excellent engrais ;

« 3° Que les vannes, les urines et autres fluides de cette espèce, contenant aussi beaucoup de sels

ammoniacaux et étant par conséquent susceptibles de fournir une grande quantité d'ammoniaque, ne doivent pas être perdus, mais qu'on doit les recueillir pour les faire servir à la fabrication du muriate d’ammoniaque, dont l’usage dans les arts est aujourd’hui très étendu ;

« 40 Enfin que M. Leblanc paraît avoir trouvé des procédés sûrs et économiques pour obtenir de ces fluides le produit ammoniacal qu’ils contiennent.

« En admettant que tout ce que M. Leblanc a consigné dans son mémoire soit exact, comme tout porte à le croire, il devra en résulter qu’il a rendu un vrai service, puisque d’une part il aura contribué à éclairer la théorie des engrais, et que, de l’autre, il aura prouvé la possibilité d'utiliser des matières qui, repoussantes par l’odeur fétide qu’elles exhalent, sont toujours abandonnées et causent beaucoup de tourment lorsqu'il s’agit de s’en débarrasser.

« Considéré sous ce double point de vue, le travail de M. Leblanc mérite quelque attention; aussi pensons-nous que la classe doit applaudir aux efforts de ce chimiste, et l’engager à poursuivre des recherches qui le conduiront à des résultats utiles.

« Fait à l’Institut national, classe des sciences physiques et mathématiques, le 20 messidor an XII.

« Signé : Vauquelin, Fourcroy et Deyeux.

« La classe approuve le rapport et en adopte les conclusions. |

« Certifié conforme à l'original.

« À Paris, le 28 messidor an XII.

€ Signé : G. CUVIER. »

Ce beau et grand mémoire que Leblanc communique à l’Institut faisait probablement suite à un autre. sur le même objet, qu'il avait précédemment adressé au Lycée des arts.

Il s'était, en effet, occupé de l’utilisation des vannes, lors de son premier séjour à Saint-Denis, et avait même fait construire alors un appareil pour la distillation des débris d'animaux afin de produire du muriate d’'ammoniaque.

Nous trouvons à l’appui de notre assertion cette note insérée le 2 nivôse an XII au n° 345 du Journal des bâtiments, des monuments et des arts.

« Déjà nous avons publié un rapport fait au Lycée des arts par les citoyens Foureroy et Vauquelin sur un mémoire du citoyen Leblanc relatif à la fabrication du sel ammoniac (voyez le n° 27); l'approbation qu'a donnée cette société savante à la découverte du citoyen Leblanc ne peut qu'augmenter l'estime que tous ceux qui savent apprécier le mérite, ont voué à ce savant qui a su tirer du sein de la terre une nouvelle branche d'industrie.

« L'éloge que ces commissaires en ont fait et qui ne peut être suspect dans leur bouche, est un titre pour ce philanthrope qui consacre ses veilles au bonheur de la société, est, dis-je, un titre qu'il s’est acquis de nouveau à la reconnaissance publique. »

C'est à la même époque que Foureroy lui envoie quelques lignes d'encouragement à propos d’un nouvel article sur l'emploi du sel ammoniac. Voici cette lettre :

SA VIE — SES TRAVAUX 71 Paris, le 17 ventôse an XII.

Le conseiller d'État chargé de la direction de la surveillance de l'instruction publique, Au citoyen Leblanc, naturaliste.

« J'ai lu, mon ami, l’article que tu as fait insérer dans le Journal des bâtiments, des monuments et des arts. L’objet dont il traite me paraît important, On ne peut pas moins attendre de tes connaissances et de ton zèle bien connu pour la propagation des vues utiles. J’approuve volontiers en toute occasion tes observations dont je connais l'exactitude.

« Salut et amitié.

Page 1