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que faisait là la Société d'encouragement était autant à l'éloge de cette société que de celui qui en était l’objet. Peut-être ce secours eût-1l été efficace si les espérances de Leblanc se fussent réalisées; mais il fallait attendre, attendre encore, et cette attente se prolongeait, non des jours, non des mois, mais des années. Leblanc n’en continuait pas moins ses deman: des au gouvernement, espérant toujours qu’un jour de justice arriverait pour lui; il avait vainement solli cité une place de conseiller de préfecture dans la réorganisation du Département de la Seine; on la lux promit, en raison des titres qu’il avait à la bienveil: lante sollicitude du gouvernement; jamais il ne. l'obtint. Plus tard on l'invite à opter entre une récompense nationale et un brevet de perfectionne: ment gratuit pour son procédé. Or, ce procédé était déjà, depuis dix ans, dans le domaine public; à peine avait-il deux ans à courir encore pour être déchu légalement; d’ailleurs le procédé de Leblanc ne comportait aucun perfectionnement. « Il avait été du premier coup, comme le disait si bien Vauquelin, coulé dans un moule et d’un seul jet. » Ces offres étaient donc dérisoires, et quant à la récompense nationale, Leblanc la demandait, l’attendait; l’espérait-il encore? Pour nous, nous en doutons; car, pour Leblanc, il semble qu’il ne doive jamais y avoir de justice. Du prix de 12 000 francs, proposé par l’Académie des sciences en 1789, il n’a rien reçu; des 3 000 francs que lui a alloués François de Neufchâteau en 1799, il a reçu 600 francs; Chaptal, ministre, ne pouvant lui faire délivrer le reste,
Leblanc accepte humblement. Pour le reste de la somme due, on lui répond qu’il n’y a pas de fonds; que du reste ces créances ne peuvent être soldées que par une inscription au grand livre, mais que, \pour que cette inscription ait lieu, il faut, aux termes {de la loi, que le chiffre de la rente soit supérieur à celui représenté par la somme due à Leblanc; qu'en ice cas, il faudrait joindre une autre créance à celle-ci |afin d'atteindre le chiffre fixé par la loi.
| Nous nous arrêtons, non seulement indignés, mais
| jour où Leblanc, épuisé, désespéré, ira chercher dans l'éternité La fin des cruelles amertumes qu’il endure. Pendant ces deux dernières années, il cherche à |conjurer ce qu'il appelle, avec une bienveillance bien rare à rencontrer, « les rigueurs du sort »; il pense à |s expatrier, Nous trouvons, dans les papiers que nous avons scrupuleusement examinés, le commencement
| d'un projet de mémoire, qu’il a l'intention d’adresser à l'empereur de Russie; il propose de mettre au service de cet État ses connaissances en minéralogie, en chimie, et ses procédés déjà en exploitation en | France. Il dit : « La consommation du sel ammoniac et de la soude est considérable en Europe. Ces matiè- Fa font le sujet d’un grand commerce, qui ne peut manquer de s’accroître encore. La nature des productions du sol de plusieurs parties de la Russie, la faci-
lité de la main-d'œuvre qu’elle présente, les moyens
de transport par la mer, et des procédés chimiques, qui me sont particuliers, me portent à penser que la | Russie pourrait trouver là un grand commerce. Le |
travail de ces confections donnerait encore lieu à d’autres produits importants, qui remplaceraient | avec avantage des matières d’une consommation plus | grande encore. J’ai acquis la certitude sur l'efficacité de mes procédés par des expériences très étendues et |
répétées. »
Il offre, pour référence sur ses capacités et sa moralité, les divers rapports des corps savants qui le \ concernent, lui et ses travaux, depuis près de vingt années. Il ne récrimine pas contre ses infortunes,. contre les injustices ; il dit seulement : « Je suis Fran:
çais, j'ai soixante-deux ans; marié depuis plus de trente ans, j’ai deux fils, l’un âgé de dix-sept ans et l’autre de quatorze. Ma fortune ne me permet pas
d'entreprendre rien de mes propres forces. Beaucoup. d’autres parties qui tiennent également aux arts et à, l'industrie, sont encore à ma portée, telles que le blanchiment et la préparation des substances qui.
servent à l'opérer d'une manière prompte et écono= mique. Ge dernier objet, dont la découverte première est due au célèbre et modeste Schéele, est, pour ainsi dire, encore au berceau, et ne manquera pas de se
perfectionner dans les pays où l’on cultive les plantes.
filamenteuses. » ;
La suite manque ; ce mémoire a-t-il jamais été
envoyé, nous l'ignorons; il a été écrit dans les pre miers jours de 1805.
Dans cette même année (l'an XIII, 1805), qui mar-
Ce
que la dernière période de la vie de Leblanc, celle qui met le comble à ses malheurs, celle où il atteint le moment le plus cruel de ses désespérances, Leblanc essaye de tout pour retarder une catastrophe qu'il redoute, et qui lui apparaît dans un temps prochain.
Sollicité pour réorganiser les fabriques d’alun établies à Cuissy, dans le département de l'Aisne, et pour y apporter ses procédés perfectionnés de fabrication, il y séjourne un certain temps; et, dans une lettre adressée à sa fille aînée qui, restée à Saint- Denis, conduit la maison en son absence, il rend compte de son séjour et des résultats qu'il a obtenus.
« Le 3 ou # prairial an XII (mai 1805).
« Nous vous eussions fait une lettre il y a deux jours, mais il était décidé que M. de Bussy allait à Paris au premier jour et nous profitons de cette occasion.
« Vous pouvez assurer tous ceux qui en auront besoin que nous serons de retour vers le milieu du mois. Je sens très bien que nos affaires l’exigent.
« Gomme cette époque n’est pas bien éloignée, nous jaserons quand nous serons arrivés; il est inutile de babiller dans cette lettre-ci. Il nous suffira de vous . dire que nous nous portons bien, que maître César monte à chevaux et quelquefois sur un âne, qu'il joue à la balle, etc.
« Nous venons de faire un pain d’alun d'environ un millier pesant, et je ne crois pas qu’il soit possible d'en voir de plus beau. J’ai assuré M. de Bussy, frère du défunt, que l’on pourrait en faire à Cuissy dix fois