‹ Nicolas LeblancChapitre 24 sur 50 · LEBLANC · texte numérisé non relu

LEBLANC

Cette lettre est charmante de familiarité paternelle. Il est avec son fils aîné; peut-être une lueur d'espé- | rance lui a-t-elle rendu, pour un moment, sa bonho-" mie ordinaire; mais, hélas! ce n’est qu'une lueur…

passagère. Leblanc continue encore ses réclamations,

nous pouvons même dire ses sollicitations, auprès des ministres, de tous les personnages auprès desquels il

peut espérer un appui, un commencement de justice. Nous trouvons, dans ses papiers, le brouillon d’une requête qu’il adresse à l’un d’eux, probablement en 1805 ; nous en citerons quelques passages : « J'ai rempli des fonctions publiques pendant les plus grands orages de la Révolution (il les énumère toutes, et continue) : j'ai été commissaire du gouvernement dans. plusieurs occasions, et je ne crois pas avoir jamais démérité; j'ai été nommé avec M. Cambacérès, l’an VI, au Corps législatif, et je suis inscrit, par les soins de ce dernier, sur la liste des expectants pour les places de conseiller de préfecture. Je ne pourrais accepter une telle place que pour le département de la Seine, où je crois que quelque chose est sur le point de vaquer.. « Le moyen de décomposer le sulfate de soude par l'intermédiaire de la craie m'appartient. Ces celui qui réussit aujourd'hui dans toutes les fabriques,

depuis que le gouvernement révolutionnaire a jugé à propos de le publier, et par là de me priver de tous les bénéfices de mon brevet d'invention, sans que j'aie jamais reçu aucune indemnité; ma manufacture est encore grevée des prétentions de la nation, conséquemment dans des entraves qui m'ont ruiné; ne serait-il pas juste de dire que c’est moi qui ai donné les procédés et l'éveil sur la fabrication des soudes en France?

« ILm’est dû, au ministère de l’intérieur, une somme de 2 400 francs, reste de 3 000 francs qui m'’avaient été attribués en l’an VII par François de Neufchâteau, sur les fonds destinés aux encouragements pour les arts: M. Chaptal avait solennellement promis à M. Cambacérès, alors consul, de me faire payer; il n’a pas tenu parole.

« Ma manufacture est en activité pour la fabrication de la soude, la purification du sel marin, et quelques autres produits chimiques, mais avec des conditions auxquelles j’ai été obligé de souscrire, et qui ne permettent pas que je puisse donner à mes procédés un développement suffisant jusqu'à ce que la liquidation de ma manufacture m'en assure définitivement la propriété. Je dois dire que je suis. certain de pouvoir procurer une économie de plus des deux cinquièmes dans la purification des salpêtres, s’il était possible de m'’assurer les bénéfices qu'il est juste d'espérer d’une telle opération, qui en même temps procurerait d’autres avantages au commerce.

« Ge sont des expériences en grand qui m'ont donné cette certitude, et je crois cet objet important. »

Ainsi Leblanc voyait ce que le développement de

an y

Le

sa fabrication devait produire, les bénéfices qui de- | vaient en résulter, tant par la fabrication de la soude | que par celle des produits chimiques qui marchaient de pair avec la soude et qui en étaient les sous-pro= | duits. Les prévisions de Leblanc se sont réalisées | depuis ; les bénéfices que procurent aujourd’hui les |

sous-produits sont tels que la fabrication de la soude ne coûte plus rien maintenant.

Nous savons comme quoi toutes les fonctions,

toutes les missions, tous les travaux de Leblanc new lui ont procuré que de médiocres ressources; chargé

d'une nombreuse famille, il n’a trouvé, dans toute sa carrière, que le moyen de vivre modestement et au jour le jour avec les siens, sans pouvoir en rien assurer l'avenir. Après vingt années écoulées depuis ses premières recherches sur la soude, Leblane qui

avait la confiance que sa découverte devait assurer

son bien-être, Leblanc qui avait entrevu, à la fondation de sa première exploitation, tout ce qu'elle allait produire et le développement énorme qu’elle allait

prendre, Leblanc qui, à l'abri de son brevet d'inven- |

tion, voyait devant lui quinze années de production sans concurrence, Leblanc qui apportait à l’industrie manufacturière, à des prix infimes, un produit indispensable, abondant et devant développer la prospérité des industries nationales, bien qu’à cette époque elles fussent moins nombreuses, qu’elles ne le devinrent plus tard, — Leblanc désespérait de l'avenir. Pour bien se rendre compte des énormes difficultés qui s’amoncelaient devant lui, il faut se reporter à cette époque-là.

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La lutte n'était pas possible; la simplicité du procédé de fabrication ne laissait pas même le prestige du nom d’origine aux produits fabriqués par l’inventeur.

Leblanc était à bout de ressources; ses efforts, sa ténacité, son abnégation, tout devenait inutile; ce que peuvent lui rapporter quelques travaux que lui impose le besoin , il l’emploie pour conjurer un désastre qu'il ne voit que trop certain. Sa corres- “ pondance, ses sollicitations, tout nous a montré son découragement ; il ne voit que trop, hélas! l’anéantissement de ses espérances.

Bien que, en écrivant ici l’historique de la vie et des travaux de notre aïeul, notre intention n’ait pas été qu'elle pût paraître, à ceux qui nous liront, avoir pour but une revendication des indemnités due à Leblanc depuis quatre-vingts ans, nous aborderons, dans cette dernière partie de notre tâche, la question du tort matériel qui lui a été fait et dont jamais aucun gouvernement n’a tenu compte ni à l’inventeur, ni à sa famille. |

On est révolté de toutes ces mesquineries, de toutes ces duplicités, de tout ce formalisme administratif, employé pour éluder les réclamations honnêtes et loyales de cet homme sincère, réduit à la misère et mendiant humblement la justice qu'on devrait lui rendre, et lui rendre sans hésitation, avec les témoi-

gnages honorifiques dignes d’une nation qui sait

| reconnaître le mérite et les droits justement acquis.

Nous sommes loin de cet appel solennel fait, au nom

du salut de la Nation, au patriotisme et au désin-

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