‹ Nicolas LeblancChapitre 29 sur 50 · SA VIE · texte numérisé non relu

SA VIE

il est difficile alors que la famille entière présente un seul bon sujet.

« Heureusement il se présente quelquefois des individus dont le caractère doux et l’âme sensible triomphent de tous les obstacles, et, si les premières occasions surtout ont donné aux dispositions naturelles du cœur tous les moyens d’agir sans aucune contrainte, rien désormais ne peut altérer cet esprit de charité, cette bienveillance qui rend, à chaque instant de la vie, les bonnes actions nécessaires. L’attachement et l’amitié sont inviolables. Ces êtres recommandables souffrent les injustices, les pardonnent et n'en commettent Jamais.

« Consolons-nous; les vertus rares ne le sont pas encore tellement que l’on ne puisse rencontrer des exemples qui devraient au moins donner quelques lecons utiles; je n'entends pas inférer de là qu'aucun extrème puisse être considéré comme le mieux; je pense au contraire que tout homme appartient à la société qui l’a vu naître et que, s’il lui arrive de perdre l’objet de son principal attachement, ilse doit aux autres s'il peut leur être utile.

. « L'expérience est la pierre d'achoppement de tous les raisonneurs; c'est à elle absolument qu'il faut Céder, et il paraît très vraisemblable que la nature des choses à cet égard n'est pas disposée pour éprouver aucun changement. Elle nous apprend que généralement les hommes les plus instruits sont les meilleurs, les plus capables d'opérer le bien: que lignorant est communément dangereux, farouche,

et la comparaison qui se fait tout naturellement à chaque pas entre les deux époux devient une cause permanente de discorde. »

La fin tragique de Leblanc avait été la conséquence de la décision des arbitres; cette décision est révoltante et incompréhensible. Nous ne sommes pas le seul qui ait porté sur elle cette appréciation, et nous croyons bien sincèrement que tous ceux qui honorent le nom de Leblanc, et qui prendront connaissance de ce que nous avons écrit, seront, comme nous, épouvantés d'un pareil déni de justice.

Ce renversement de toutes ses espérances, cet effondrement de toute la foi qu'il pouvait avoir dans la loyauté et la reconnaissance de ses contemporains: avait poussé Leblanc à mettre un terme à une existence qui n’était pour lui que misère et humiliation. Oui, certes, son courage avait faibli; il désespérait de la justice humaine ; il était vaincu par l’ingratitude et l’iniquité; mais, en prenant cette terrible résolution, qui pourrait dire qu’il n’a pas encore pensé une fois de plus à l'avenir des siens? qui sait si, à cette dernière heure, il n’a pas espéré que sa mort pourrait éveiller les sympathies de l’opinion publique et vaudrait à ses enfants ce qu'il n'avait pu obtenir luimême, un appui qu'il ne pouvait plus leur donner? Hélas! à ce moment, l'attention publique était dirigée. d’un autre côté. Les événements de l’Europe, la gloire. des armées l’absorbaient tout entière, et la mort de. Leblanc passa inaperçue.

En effet, sile pauvre Leblanc avait compté que son |

SA VIE — SES TRAVAUX 155 pays le remplacerait près de sa famille, il s'était bien trompé encore. Lorsque les derniers devoirs lui eurent été rendus, le conseil de famille établi, la tutelle des mineurs nommée, la veuve et les enfants | de Leblanc quittèrent Saint-Denis. Leur situation | était des plus malheureuses, non seulement dans le | présent, mais aussi dans l'avenir. Alors pour eux | recommencèrent les démarches, les pétitions, les | requêtes, les sollicitations. La veuve de Leblanc | s'adresse à l’impératrice Joséphine, la mère des Français. Cette requête des plus touchantes n'est suivie d’aucun résultat. Enfin quelques amis de Leblanc, touchés des extrêmes malheurs de cette famille, essayèrent de l’aider de leur influence, et, le 1e août 1806, six mois et demi après la mort de | Leblanc, obtinrent du ministre des finances l’appro- | bation de la liquidation et des indemnités fixées par | arrêté du préfet de la Seine, en vertu de l'arbitrage. | La somme de 116 607 fr. 89, attribuée par les experts, devait encore subir une réduction d’après l'échelle de dépréciation du papier-monnaie et, eu | égard à l’Empire, du maximum, ce qui ramenait la | somme allouée à celle de 110 433 fr. 08. Les inté- | ressés furent donc renvoyés devant le liquidateur | général, M. de Fermont, pour qu’il opérât le rembour- | sement en rente 5 pour 100, conformément à la loi du 30 ventôse an IX. Le liquidateur de Fermont, on ne sait par quelle autorité, revint sur le chiffre de | cette liquidation et, malgré un nouveau rapport qui | fut fait encore, la rejeta définitivement, le 5 novembre 1807, sous le n° du rejet 7329, d'après la consi-

dération ci-après : « Attendu que, s’il est dû quelque | indemnité aux coassociés ou à leurs représentants, cette indemnité ne peut se prendre que sur la chose |

même et ne doit pas s'étendre au delà de la valeur,

et qu'ainsi il doit leur suffire d’avoir été renvoyés |

gratuitement en possession de leur établissement. »

Après ce rejet, que nous ne savons plus comment apprécier, tant il est inqualifiable, nouvelle réclama-\ tion au ministre des finances, afin d'obtenir l’exé-|

cution de sa décision.

Cette réclamation fut renvoyée le 1° avril 1808,

sous le n° 499, folio 26 du registre, à M. Bou-| lay de la Meurthe, pour en faire un rapport au Con:

seil d'Etat.

Ce rapport fut favorable, mais ajourné de nou- |

veau, sur l'opposition du liquidateur de Fermont,

lequel admettait qu'il y avait une justice qu om

devait rendre et une qui ne pouvait s’accorder.

Les avocats au Conseil d'Etat, Joli et Legros, tout. en reconnaissant le bien fondé de la réclamation et l'iniquité d'un pareil déni de justice, refusèrent leur concours, en raison d’un décret manuscrit qui, sous, peine de destitution, interdisait aux avocats du Con*| seil d'Etat de plaider aucune affaire provenant des

liquidations ayant rapport aux litiges provenant des faits de la Révolution ‘.

Ces dernières démarches datent de 1808; depuis,

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