‹ Nicolas NicklebyChapitre 16 sur 52 · CHAP1T1I XX · texte numérisé non relu

CHAP1T1I XX

La nouvelle pièce, avant décidément réussi, fut annoncée pour tons les soirs jusqu'à nouvel ordre, et le théâtre ne fut fermé que drus fois par semaine an lieu de trois. Ce ne furent ps les seuls indices d’un succès extraordinaire. Le samedi suivant, pr l'intermédiaire de l’infatigable madame (iruddcn, Nicolas ne reçut ps moins de trente shillings. Outre cette récompnse materielle, il fut comblé de gloire et d'honneurs.

près sa mort. Cette femme étonnante donne chaque jour de nouvelles

preuves de talent. Regardes-la , elle a nourri six enfants , qui tous sont vivants, et tous acteurs. — C'est extraordinaire! s'écria Nicolas. — Ah! bien extraordinaire vraiment, reprit M. Crummlas prenant complaisamment une prise de tabac et secouant gravement la tête. La première fois que je vis cette femme admirable, Johnson , ajoutat-il en se rapprochant et parlant d'un ton de confidence et d’amitié, elle se tenait en équilibre la tète en bas sur la pinte d'une lance , entourée de feux d’artifice ! — Vous m'étonne* ! dit Nicolas. — Elle m'étonna ! reparût M. Crummles. Tant de grâce unie à tant de dignité!... Dès ce moment, j'en fus éperdument amoureux.

L’arrivée de l'aimable olnet de ces observations mit brusquement un terme aux louanges de M. Crummles, et presque aussitôt le jeune Percy Crummles apporta a ne lettre adressée à sa gracieuse mère. A la vue de l'adresse, madame Crummles s’écria : C'est d'Henriette Peton ker ! «telle en parcourut avidement le contenu. — Est-ce terminé? demanda M. Crummles avec nne certaine hésitation. — Oui, oui, répondit madame Crummles, c'est une excellente affaire pur «Ile. — En tout cas, c'est bien drôle, dit .M. Crummles ; et là-dessus M. Crummles, madame Crummles et le jeune Percy Crumuflrs prlirent d'un éclat de rire. Nicolas les laissa s’abandonner à leur accès de bonne humeur, et retourna chex lui, se demandant quel mystère relatif à miss Petowker pouvait exciter tant d’hilarité, et songeant à Pexlrème surprise dont celte dame serait saisie en le voyant enrôlé dans une confrérie dont elle faisait l’ornement.

Mais son attente fut trompée sous ce rapprt; car, soit que M. Vincent Crummles eût prépré les voies, soit que miss l’eiou ker eût des raisons prticulières pur le traiter avec plus d’amabilité qu'à l’erdinaire, leur entrevue du lendemain an théâtre ressembla plutôt à celle de deux amis intimes, inséprables depuis leur enfance, qu'à la reconnaissance accidentelle de deux personnes qui ne s'étaient vues qu’une demi-domaine de fois pr hasard. Miss Petowker lui glissa à l’oreille qu’elle n’avait ps dit un seul mot des kenwigs à la famille Crummles, et qu’elle s’était donnée comme aysnt rencontré M. Johnson dans les cercles les plus distingués de U capitale.

Nicolas instruit Smike dans l'art do jouer les rAles d'apothicaire.

— J’ai encore une nouveauté , Johnson ! dit un jour M. Crummles d'un ton joyeux. — Quoi doue? répndil Nicolas; le ptit cheval? — Non , non , nous n’en venons jamais au cheval qu’à la dernière extrémité, et je ne crois ps que uous ayons cette année besoin de cette ressource. — Un ptit garçon phénomène, peut-être? — 11 n’y a qu’on senl phénomène, monsieur, répondit Crummles en accentuant ses proies, et c’est one fille. — C'est vrai , dit Nicolas, je vous demande pardon. Alors, je ne me doute ps de ce que c’est. — Que diriex-vous d’une jeune dame de Londres, mademoiselle telle et telle, dulhéâlre royal de Drurv-Lane?— Je dirais que son nom ferait grand effet sur les affiches. — Vous svex raison; et ai vous aviez dit qu'elle ferait un effet non moins grand sur la Icène, Vous n’aurievps eu tort du toet : voyet-moi ça; qu’en pnsex-vous?

A cette question, M. Crummles déploya tour à tour une affiche rouge, une affiche bleue, et une affiche jaune, en haut de chacune desquelles était écrit en énormes caractères : Débuts de l'inimitable miss Petowker, du théâtre royal de Drury-lume.

— .Mon Dieu! s'écria Nicolas, je connais celte dame Alors

vous connaissez une femme de talent, reprtitM. Crummles en repliant ses affiches; c’est-à-dire qu'elle a du talent dans un genre prticulier. La femme-vampire , répéta M. Crummles, 1a femme-vampire mourra avec cette jeune prsoune; et c'est la seule sylphide que j’aie jamais vue se tenir snr une jambe, cl jouer du tambourin sur son autre genou, comme font les sylphides. — Quand arrive-l-elle? — Nous l'aUeudaus aujourd’hui; c’est une vieille amie de madame Crummles; avec sa perspicacité habituelle, madame Crummles a deviné ce dont elle était capblc , et lui a appis presque tout ce qu’elle sait. C’est madame Crummles qui a créé le rôle de la femme -vampire. — Ah! ah ! — Oui, mais elle a été obligé d’y renoncer. - Estce qu’il ne lui convenait ps? demanda Nicolas en souriant. — Si fait, mais il praissait ne p s convenir aux spctateun.C’était trop effrayant; il o’y avait ps moyen d'y tenir. Ah I monsieur, vous ne connaisses ps encore madame Crummles.

Nicolas se hasaida à dire qu'il la jugeait à merveille.

— Nou, monsieur, non, mille fois non. Je suis moi- même hors d'état de la bieu juger; elle, ne sera convenablement appréciée qu'a-

Nicolas eut Thotmeur de jouer le soir même dans une petite pièce avec miss Petowker, et il ne put s'empêcher de remarquer que la chaleur avec laquelle elle fut accueillie devait être uniquement attribuée à l'action persévéraute d'un praplaie placé aux secondes loges. Il s'aprçut que l'actrice enchanteresse lançait de gracieuses œillades vers le point d'où le bruit prtsit; et qu’à chaque regard le pra-

f dtiie recommençait son vacarme approbateur. Il crut reconnaître dans e même coin uu chapau d'une forme tonte prliculièrC; mais , occupé de son rôle, il ne fit ps grande attention à cette circonstance, et elle s’élail complètement effacée de se mémoire lorsqu'il rentra chez lui.

Il venait de se mettre à table avec Smike, quand un des gens de

Madame Nickleby.

NICOLAS N IC K LCR T.

la maison entrouvrit la porte, et annonça qu’il y avait en lia* quelqu’un qui désirait parler à Al. Johnson.

— Eh bien, dile*-lui de monter, répondit Nicolas. Je crois. Smike, que c'est un de nos confrères qui vient nous demander à souper. Non, c’est quelqu'un qui n'est jamais venu ici, car il trébuche sur toutes les marches. Entres, entres. Que vois-je? Al. Lillywick!

C’était en effet le collecteur, qui, regardant Nicolas fixement et d’un œil impassible , lui secoua 1s main avec la dignité h plus solennelle, et s’assit au coin du feu.

— Depuis quand êtes-vous ici? demanda Nicolas. — Depuis ce matin, monsieur. — Ah! j'y suis; vous éties au spectacle ce soir, et c'était votre para... ■ — Et le voilà , interrompit Lillywick en montrant un vieux parapluie de coton vert dont le fer était tout bosselé; comment aves-vous trouvé miss Relowker ? — Mais pas mal , autant que j'en ai pu juger, étant sur la sct-ne. — Pas mal ! s’écria le collecteur; et moi, monsieur, je prétends qu'elle a été délicieuse.

M. Lillywick se pencha en avant pour. prononcer ce dernier mot avec plus d’emphase. Puis il se redressa et fit une multitude de gestes et de grimaces.

— Ah I dit Nicolas un peu surpris de ccs symptômes d'admiration extatique. Oui, c’est une femme de talent. — C’est une divinité, repartit Lillywick en frappant le plancher de son parapluie; j’ai connu jadis de divines actrices , monsieur; mais, entre toutes les créatures divines, actrices ou non actrices, je n’en ai jamais connu de plus «livnic qu’llenriette Petowker.

Nicolas eut beaucoup de peine à s’empêcher de rire; sans se hasarder à parler, il sc contenta de faire des signes de tète pour répondre à ceux de M. Lillywick. — Permettex-moi de vous dire un mot en particulier, reprit celui-oi.

Nicolas lança un joyeux coup d’œil à Smike, qui le comprit et disparut.

— Un célibataire mène une triste existence, dit M. Lillywick.— Yraimeut? — Je vous le garantis; il y a près de soixante ans que je suis au monde, et je dois savoir ce qui en est. — Vous devez le savoir certainement; mais le savex-vous? Voilà la question. — Qu'un vieux garçon ait fait quelques économies, poursuivit M. Lillywick, ses parents veilleront moins sur lui que sur son argent. Quand môme, en sa qualité d'homme public, il serait le chef de D famille, on s'affligerait de sa bonne santé, on voudrait le voir mort et enterré pour mettre la main sur son magot. Etes-vous de cet avis? — (."est indubitable. — La grande raison contraire au mariage, c'est la dépense qu'il occasionne; c’est là ce qui m'a retenu. Maintenant, qu’une femme ait une fortune en elle-même, c’est comme si elle vous apportait de l’argent, n'est-ee pas? — Et celui qui l'épouse est un heureux mortel, répondit Nicolas. — C'est précisément ce que je dis. Henriette Pclowkcr, l'habile actrice, a une fortune en cllc-méme, et je vais... — En faire madame Lilly wick? — Non, monsieur, je n’eu ferai pas madame Lillywick. Les actrices, monsieur, conservent toujours leur nom de demoiselle, c’est une choie entendue; mais je vais l’épouser, et pas plus lard qu’après-demain. — Je vous en félicite, monsieur, dit Nicolas. — Je vous remercie, monsieur, répondit le collecteur en boutonnant son gilet. Je loucherai ses appointements, c'est entendu, et j'espère après tout qu’il n'en coûte guère plus pour deux que pour un, c’est une consolation. — Certes, vous n'avez besoin eu celte occurrence de consolation d’aucune espèce. — Non sans doute, répondit M. Lillywick, en secouant la tète. — Mais comment èlfti-vout venu* tous les deux ici , si vous allez vous marier? demanda Nicolas. — C'est ce que je viens vous expliquer, répondit le collecteur. Le fait est que nous avons jugé convenable de cacher notre mariage à la famille. — A la famille! dit Nicolas. Quelle famille? — Les Kenwigs, repartit M. Lillywick. Si ma nièce et ses enfants avaient su un mot de ce qui se passe avant l'achèvement de )a cérémonie , ils seraient venus se rouler à mes pieds, cl je n'aurais pu m'en débarrasser qu’en leur jurant de ne jamais me marier; ou bien ils auraient cherché à me faire interdire, Ou bien ils auraient dirigé contre moi quelque terrible machination, ajouta le collecteur, qui tremblait en parlant. — C’est clair, dit Nicolas, ils eussent été jaloux.— Pour prévenir ces inconvénients, dit Al. Lillywick, d’après cc qui avait été décidé, Henriette Petowker est descendue ici chez ses amis le» Crummles, sons prétexte d'un engagement, et je l'y ai retrouvée. Alaintenant, dans la crainte que vous n’écriviez à Al. Noggs, et que vous ne lui parliez de nous, nous avons mieux aimé vous mettre dans le secret. Noua sortirons de chez le* Cru mm les poiir aller à l'église , et nous serons enchantés de vous voir, soit avant la cérémonie, soit à déjeuner. — Je serai charmé de me rendre à votre invitation; cela me fera le plut sensible plaisir. — Et vous aurez soin de garder le silence I — Vous pouvez compter sur moi. Voulez-vous accepter quelque chose ? — Merci , je n’ai pas d'appétit , je suis tenté «le croire que la vie matrimoniale * bien des charmes; qn’en ditesvous? — Je n'al pas le moindre doute à crt égard. — V ous avez rabson ; oui , certainement. Bonsoir.

A ces mots, AI. Lillywick, dont les manières avaient dénoté, durant le cours de cette entrevue, un mélange extraordinaire de precip talion, d’hésitation, de confiance, de doute, de passion, de craintes,

de bassesse et de présomption , descendit l’escalier, et laissa Nicolas

rire à sa fantaisie.

Nous n'examinerons pas si le jour suivant parut à Nicolas composé du nombre d'heures ordinaires ; mais pour les parties plus directement intéressées à la cérémonie future, il s’écoula avec uue grande rapidité, et quand miss Petowker s'éveilla le malin suivant dans la chambre de miss Sm-vellicci , elle déclara qu’il serait totalement impossible de lui persuader que ce jour-là mime devait apporter un si grand changement dans sa condition.

— Je ne le croirai jamais, dit miss Petowker ; on aura beau dire, je ne pourrai jamais m’habituer à l’idée de passer par une telle

épreuve...

Miss Snevclliccî et miss Lcdrook savaient parfaitement que leur belle amie avait eu trois ou quatre ans pour se préparer à cette épreuve terrible, et qu'elle l’eût déjà subie volontiers si cela eût dépendu d’elle. Elles sc mirent donc à D consoler, à lui prêcher de la force d'àme, à lui représenter qu’elle devait se sentir hère d'être à même de faire’ le bonheur d’une personne qui méritait son affection , à lui démontrer combien il était nécessaire à la félicité de l’espèce humaine en général que les femmes lissent preuve en pareille circonstance de courage et de résignation. Quant à elles, le véritable bonheur leur semblait consister dons le célibat; aucune considération mondaine ne leur inspirait l'envie d'y renoncer, et cependant, dirent-elles, zi jamais leur temps arrivait, elles espéraient connaître trop bien leur devoir pour hésiter à se sacrifier.

Ce* pieux raisonnements, et peut-être la crainte d'être en retard, soutinrent la fiancée durant sa toilette. Puis on lai administra alternativement de grandes doses de thé et d'eau-de-vie, afin -«le fortifier ses membres débiles eide raffermir sa démarche.

— Comment vous trouvez-vous, mon amie? demanda miss Snevcllieci,

— Oh! Lillyw'iek ! s’écria la fiancée, si sous saviez ce que je vais faire pour vous! — Il le sait, ma chère, et il ne l’oubliera jamais, dit mi* l.edrook. — Vous croyez? s'écria miss Petowker, qui donnait de véritables preuve* d’un grand talent dramatique. Oh ! vous le croyez? vou* ;<c usez que Lillywick se le rappellera toujours, toujours, toujours?

il c»t iwpoôsihlo de prévoir comment aurait üni cette explosion sentimentale si miss Sncvclticci n'avait annoncé en cc moment l'arrivée d’un fiacre. La fiancée fut tellement frappée de cette nouvelle, qu'elle rengaina se* exclamations, courut s'arranger devant la glace, et déclara tranquillement qu’elle était prêle au .sacrifice.

On trouva à la porte du directeur les deux fils Crummles, qui s’étaient parés des gilets les pl us précienx et les plus resplendissants de la garde-robe théâtrale. Grèce aus efforts combinés de ces jeunes gens, des demoiselles d'honneur et du cocher, miss Petowker fut hissée au premier étage dans un état d'épuisement complet, et elle n’y eut pas plus tôt rencontré son fiancé qu'elle s’évanouit avec tout le décorum nécessaire.

— Henriette Petowker! dit le collecteur, revenez à vous, mon aimable amie !

Miss Petowker saisit la main du collecteur, mais l'émotion étouffa sa voix.

— Ala vue vous est-elle pénible à ce point, Henriette Petowker? dit le collecteur. — Oh ! non , non , non , répondit la fiancée ; mais quitter tout mes amis... tous les amis de mes jeunes années! c’est un Coup si terrible !

Après avoir ainsi exprimé son chagrin , miss Petowker énuméra l'un après l'autre les chers amis de ses jeunes années, et invita tons ceux quittaient présents à venir l’embrasser. Cel* fait, elle se rappela que madame Crummles avait été plut qu’une mère pour elle, puis que M. Crummles avait été plus qu'un père pour elle , et troisièmement que les jeunes Crummles et miss Ninetta Crummles avaient été pour elle plus que des frères et sœur. Ces difféients souvenirs, accompagnés chacun d'une série d'embrassades , prirent beaucoup de temps, et l’on fut obligé de partir en toute LA te pour l'église.

La procession se composait de deux fiacres; dans le premier étaient miss Hravssza, quatrième demoiselle d'honneur, madame Crummles, le cotlecteur et M. Folair, nui avait été choisi pour gatçon d'honneur. Dans l'autre étaient la bancée. Al. Crummles, miss Snevellieci, miss l.edrook et le phénomène. Les costumes étaient superbes. Les demoiselles d'honneur étaient couvertes de fleurs artificielles, et le phénomène en particulier était presque invisible sous le bosquet portatif dans lequel il était enchâssé. Mis» l.edrook, femme d’un esprit romantique, portail sur la poitrine l’image en miniature d'un officier inconnu, qu’elle avait achetée fort cher peu de temps auparavant. Les autres dames étaient éblouissantes de bijouterie fausse, et l’imposante majesté de madame Crummles excitait l'admiration de tous ceux qui la voyaient.

Mais l’etté rieur de M. Crummles était peut-être le plus remsrquabte et le pins approprié à la circonstance. Le directeur, qui représentait le père de la fiancée, par une conception heureuse et originale, s'était préparé à ce rfite en s’affublant d’une perruque, d’uu habit de couleur de tabac à la mode du dernier siècle, de bas de soie gris et de sotüiérs à boucles. Afin de mivu* joüer «ou personnage ,

U •▼ait résolu de paraître ému profondément, et en conséquence ,

uand ou entra dans l'église, le tendre père poussa des sanglots si

éebirants que la loueuse de chaises lui conseilla de se retirer dans la sacristie, et de boire un verre d'eau avant que la cérémonie commençât. Elle fut promptement accomplie. Pour signer sur le registre de l'église, M. Cru ni ru les «visu va avec soin et mit une immense paire de lunettes; puis , vivement impressionnée , la société alla déjeuner. Ils trouvèrent à la maison Nicolas, qui attendait leur arrivée.

— Déjeunons, déjeunons, dit Crummles après avoir aidé madame Grudden dans les préparatifs du repas, qui était un peu plus copieux que ne l'eut désiré le collecteur.

Sans se faire prier, la société te pressa de non mieux autour de la table, et attaqua immédiatement les vivres. Miss Petowker rougissait beaucoup quand ou la regardait , et mangeait beaucoup quand on ne la regardait pas ; M. I.illyu ick opérait avec ardeur, et se disait qde, puisque c’était lui qui detail payer le régal, il fallait laisser aux Crummles le moins de restes possible. On but amplement à la santé des époux, et comme il n’y avait pas spectacle ce soir-là , 31. Crummle* déclara qu’il avait l'intention de ne quitter la table qu’après •voir absorbé tous les liquides ; mais Nicolas, ayant à jouer pour la première fois le rôle de Roméo le lendemain soir, profita pour s'éclipser d’un moment de confusion Causé par l'intensité subite des symptômes d'ivresse que donnait madame Grudden.

Il fut entraîné h cette désertion non-seulement par ta propre volonté , mais encore par son inquiétude au sujet de Smike. Smike avait à jouer le rôle de l'apothicaire, et, quoique ce râle ne se composât que d'une douzaine de lignes, tout ce que le pauvre diable avait pu se mettre dans la tête , c'est qu'il mourait de faim. Ses vieux souvenirs avaient peut-être contribué à lui graver cc fait dans la mémoire.

— Je ne sais que faire, Smike, dît Nicolas en mettant de côté la pièce , j'ai peur que vous ne puissiet jamais apprendre votre rôle , mon pauvre garçon. — Je le crains aussi, ré|«ondit Smike en secouant la tête; pourtant si vous.... mais cela vous donnerait trop de peine.

— (JuoiP demanda Nicolas; parle* franchement. — Je pense , reprit Smike , que si vous vouliez me dire les phrases les unes après les autres, à force de les entendre, je finirais par m’en souvenir. — Vous croyez! Eh bien! voyons qui se fatiguera le premier; allons, Smike, commencez : Qui Hl-cequi appelle si haut f — Qui est-ce qui appelle ti haut? dit Smike. — Qui est-ce qui appelle si haut ? répéta Nicolas.

— Qui est-ce qui appelle si haut ? cria Smike.

Il» continuèrent ainsi à se demander réciproquement : est-ce

qui appelle si haut ? jusqu'à ce que Smike sut celte phrase par eœur. Nicolas passa à une autre, puis à deux et trois à la fois. Enfin, à minuit, Smike s'aperçut, fa son inexprimable satisfaction , qu’il commençait réellement î> se rappeler quelques mots du texte.

Le lendemain, ils se remirent à l'œuvre de bonne heure, et Smike, rendu plus confiant par les progrès qu’il avait déjà faits, alla plus vite et de meilleur cœur. Dés qu’il sut passablement les paroles, Niçois* hii montra comment il devait entrer en scène, les deux mains appuyées sur son estomac, et comment il devait Ici frotter de temps en temps, pantomime généralement adoptée par les acteurs pour annoncer qu'ils voudraient bien avoir quelque chose à manger. Après la répétition du matin, ils reprirent de plus belle, et ne s’arrêtèrent, sauf un dîner n la hâte, qu’à l'heure de la représentation.

Jamais maître n’eut un éleve plus attentif, plus humble , plus docile. Jamais élève n’eut un raaitre plus patient, plus infatigable, plus éclairé, plus bienveillant.

Les instructions de Nicolas eurent un plein succès; le Roméo fut salué d’applaudissements prolongé» , et .Smike déclaré à l' unanimité, tant par l’auditoire que par les acteurs, le roi des apothicaires.

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