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CHAPITRE XXII

Le jour de sa rencontre fortuite avec les amis titrés de Ralph * madame Nickleby passa toute la soirée à bâtir de magnifiques châteaux en Espagne, et des songes non moins brillants charmèrent son sommeil. Elle faisait le lendemain les préparatifs de son dîner frugal, toujours occupée des mêmes idées, quand la fille qui la servait tant pour lui tenir compagnie que pour l’aider dans son ménage , s'élança dans la chambre avec une agitation inaccoutumée, et annonça que deux messieurs attendaient la permission de monter.

— Mou Dieu! s'écria madame Nickleby arrangeant Ji la hâte ton bonnet et ses papillotes, si c’était... Les faire attendre si longtemps! Ailes donc, et ditcs-leur vite de monter, sotte que vous êtes!

La servante partit , et madame Nickleby fourra précipitamment dans une armoire les provisions solides et liquides. Elle s’était à peine assise en essayant de se remettre de son trouble , lorsque deux individus, qui lui étaient tous deux parfaitement inconnus, se présentèrent à ses yeux.

— Comment vous portez -vous ? dit l’on en appuyant fortement sur le dernier mot de la question-

Conmmi vous portes-voiu? dit l’antre en appuyant sur le premier mot pour changer.

Madame Nickleby s'inclina, sourit, s'inclina de nouveau, et déclara en se frottant les mains qu’elle n’avak pas véritablement l'honneur de»*.

— Nous connaître? C’est juste , dit l'un des visiteurs; on ne doit pas négliger les formalités dans une société civilisée. Madame Mckleby. je vous présente mon ami, Pyke.

M. Pyke posa la main sursoit cœur et fit une profonde inclination.

— Dois-je me présenter moi-même avec de semblables cérémonies? reprit M. Pluck ; dois-je vous apprendre que mon nom est Phirk , ou dois-je demander h mon ami , Pyke , que sa présentation régulière rend coanpétent pour cela, de vous déclarer que je m’appelle Pluck? Dois-je donner pour raison de ma visite le vif intérêt que je prends à votre bien-être, ou dois-je me faire connaître à vous comme l'ami de str Mulberry Hawk? Telles sont, madame Mcklcby, les considérations que je soumets à votre décision. — 11 suffit d'être l'ami de sir Mulberry Ilawk pour être dispensé de toute autre recommandation , répondit gracieusement madame Mcklcby. — Que j’aime A vous entendre parler ainsi ! s'écria M. Pluck en approchant une chaise et en s’asseyant. Je m’estime heureux d’apprendre que «on excellent ami , sir Mulberry, est honoré de votre estime. Entre nous, quand sir Mulberry le saura, il se croira bien heureux. Pyke, asseyez-vous. — Mon opinion , dit madame Mcklcby, et la pauvre dame se réjouit de l'idée qu’elle était d'une finesae singulière , mou opinion est de bien peu d’importance pour un gentilhomme comme air Mulberry. — De peu d'importance ! s'écria M. Pluck. Pyke, «Je quelle importance est pour notre ami, sir Mulberry, l'opinion de madame Nickleby? — De quelle importance? répéta Pyke. — Uui , «’esl-elle pas de la plus grande importance? — De la plus grandissime importance, répliqua Pyke. — Madame Mcklcby ne aaurait ignorer, dit M. Pluck , l'immense impression que sa charmante fille a produite... — Pluck , dit son ami , prenex garde ! — Pyke a raison , murmuia M. Pluck après un moment de silence ; je dois me taire sur ce chapitre. Pyke a parfaitement raison; Pyke, je vous remercie.*— Que de délicatesse 1 pensa madame Nickleby.

Après avoir feint d'être pendant quelques minutes dans le plua

grand embarras, M. Pluck reprit la conversation en conjurant roa- | dame Nickleby de ne faire aucune attention à ce qu'il aurait dit par inadvertance, de le regarder comme imprudent, téméraire , inconsidéré ; pour toute stipulation en sa faveur , il exigeait qu’elle cr&t à la pureté de ses intentions.

— Mais, dit-il en terminant, quand je vois tant de douceur et de beauté d'une part, tant d'ardeur et de dévouement de l’autre . je.... excuses-moi , Pyke , c'est involontairement que je reviens sur ce sujet ; changeons de conversation. — Nous avons promis à sir Mulberry et à lord Frédéric, dit M. Pyke, de venir vons rendre visite ce matin, pour vous demander si vous vous étiex enrhumée hier au soir. — Pas le moins du monde, monsieur, répondit madame Nickleby , et je remercie infiniment mylord et sir Mulberry de leur courtoisie. Pas le moins du monde, et c’est d’autant plus singulier, que je suis on ne peut plus sujette aux rhumes. J'ai eu autrefois un rhume... Je crois que c'était en mil huit cent dix-sept ; attendes, quatre et cinq font neuf, et... oui , c’était en mil huit cent dix-sept... dont je croyais ne pouvoir jamais me débarrasser ; c’est l’exacte vérité. Je ne m’en suis guérie qu'en employant un remède dont j’ignore si vous avex jamais entendu parler, monsieur Pluck. Voua prenex quatre pintes d'eau aussi chaude que vous poux’ex la supporter, une livre de sel, et pour doute sous d’eau-de-vie de la meilleure qualité , et, tous les soirs avant de vous coucher, vons vous mettez la tête dedans pendant vingt minutes, c’est-à-dire, je me trompe, ce sont les pieds que vous vous mettez dedans. L’efficacité de ce remède est vraiment extraordinaire Je me rappelle en avoir essayé pour la première fois le lendemain de Noël, et, à la mi-avril de l’année suivante, le rhume était passé, j C’est un miracle quand on y réfléchit, car il durait depuis le comj mencement de septembre.

— Quelle fâcheuse infirmité ! dit M. Py ke. — C'est affreux ! s’écria M. Pluck, — Mais ce récit a des charmes, puisqu’il a pour conclusion le rétablissement de madame Nickleby ; n’est-ce (tas Pluck ? s’écria M. Pyke. — Ccst une circonstance qui lui donne l’intérêt le plus palpitant, répondit M. Pluck. — Mais, allons ! dit Pyke comme frappé d’une idée soudaine , le plaisir de cette entrevue ne doit pas nous faire oublier notre mission, car nous en avons une. madame Nickleby. — Une mission! s'écria la bonne dame, qui s'attendait à entendre définitivement demander Catherine en mariage. — De sir Mulberry, répondit M. Pyke; vous ne vous doutez pas de ce dont il s’agit. — J'en conviens, dit madame Nickleby. — Noua vous présentons les compliments de sir Mulberry Hawk et vous conjurons d’accepter ce soir une place au spectacle dans une loge louée, dit M . Pluck. — O mon Dieu. ! dit madame Nickleby, je ne sors jamais, jamais — Et c’est une raison, ma chère madame Nickleby, pour sortir ce soir, repartit M. Pluck. Pyke, joignes vos instances aux miennes. — De grâce... dit Pyke! — Vous ne pouvez vous y refuser, dit Pluck. — Vous êtes bien bon, dit madame Nickleby en hésitant ; mais.... — Il n’y a point de mais, ma chère madame Nickleby, reprit M. Pluck, effacez ce mot de votre vocabulaire. Votre beau-frère se joint à nous, lord Frédéric se joint à nous, sir Mulberry se joint à nous, Pyke se joint à nous : un refus est inadmissible. Sir Mulberry vous enverra nne voiture vingt minutes avant le lever du rideau; vous n'anrea pas la barbarie de tromper l’espoir de toute la société, madame Nickleby ?

— Vous êtes si pressant que je ne sais que dire, reprit la digne dame. — Ne dites rien, pas un mot, ma très-chère dame, dit M. Pluck. L’indiscrétion que je vais commettre est bien excusable : c’est convenu , à ce soir! A sept heures moins vingt minutes, la voiture sera ici ! „

Les deux parasites se retirèrent à la hâte, laissant la vieille dame enchantée de leurs manières.

Le véhicule promis fut exact ; c’était non pas nne voiture de louage, mais un carrosse orné par derrière d’on laquais dont les jambes, bien qu’un peu trop grosses pour son corps, auraient pu, considérées ahstractivement , servir de modèle aux peintres de l’Académie royale. Rien u* était plus divertissant que d’entendre le fracas avec lequel il ouvrit la porte et sauta à sa place quand madame Nickleby fut montée, Il se permit* il est vrai, d’appliquer an bout de son nex ta pomme d’or de sa longue canne, et de faire au cocher, par-dessus la tête même de la dame, des signes télégraphiques fort peu respectueux pour elle; mais, comme elle ne s’en doutait nullement, fière de sa position, elle s’étala sur les coussins avec raideur et dignité.

Madame Nickleby était à peine installée dans U loge* que sir Mulberry et lord Verisopbt arrivèrent, habillés de 1a manière la plus riche et la plus élégante. Sir Mulberry était un peu plus enroué que le jour précédent, et lord VcrisOpbt n’avait pas l’air bien éveillé ; de plus, tous deux déviaient légèrement de leur centre de gravité. Madame Nickleby en conclut avec raison qu’ils venaient de dîner.

— Nous venons... nous venons... de porter la santé de votre aimable fille, madame Nickleby ! murmura tir Mulberry se plaçant derrière elle. — Oh ! pensa l’intelligente dame, quand le vin entre, la vérité sort. — Vous êtes bien bon, air Mulberry. — Non, non ! sur mon âme ; c’est vous qui êtes bonne, répliaua sir Mulberry Haxsk. Que nous vous savons gré d’être venue ce soir ! — Ccst moi qui dej vrais vous savoir gré de m’avoir invitée, air Mulberry. repartit ma-

dame Nickleby en secouant la tête et prenant un air de prodigieuse finesse. — J'ai un désir si vif de vous connaître, de vous donner de moi une idée favorable, d'établir entre nous une délicieuse espèce d'harmonie de famille, qu’il n'y a dans ce que je fais aucun disintéressement. Je suis diablement égoïste , voyes-vous ! — Je suis sûre du contraire, sir Mulberry ! vous avei une physionomie trop franche et trop ouverte pour cela. — Quel talent d’observation vous ave* ! — Qli ! non , vraiment, je ne vois paB loin , répondit madame Nickleby d'un ton qui permettait au baronnet de conclure qu’elle était réellement une eicellenie observatrice. Mais où est mon beau-frère, sir Mulberry ? je ne voudrais pas me trouver ici sans lui ; j’espère qu’il va venir?

Sir Mulberry ôta ton cure-dent, et, se balançant sur sa chaise comme s’il eût été trop parcsscui pour inventer une réponse à cette question :

— Pjke , dit-il , où est Ralph Nickleby ? — Pluck, dit Pyke imitant le mouvement du baronnet et renvoyant le -mensonge à son ami, où est llalph Nickleby ?

M. Pluck était sur le poiut de faire quelque réponse évasive, quand le bruit d’uue compagnie qui entrait dans la loge voisine parut attirer l'attention des quatre gentlemen, qui échangèrent entre eux des regards d'intelligence. Les nouveau* venus se mirent à causer ; sir Mulberry eut tout à coup l’air d'écouter fort attentivement, et coiijura scs amis de ne pas même respirer — Pourquoi ? dit madame Nickleby ; qu'y a-t-il? — Silence! répondit sir Mulberry lui posant la main sur le bras. Lord Frédéric, reconnaissex-vous les sons de cette vois ? — Le diable m'emporte si ce n'est pas celle de miss Nickleby ! ■ — Ciel 1 s'écria la mère de miss Nickleby eu avançant la tête hors de U loge. Quoi! c'est vous, ma chère Catherine! — Vous ici, maman! Est-il possible? — Possible, ma chère ? mais oui. — Mais qui donc vous accompagne, maman ? dit Catherine, qui recula en voyant quelqu'un lui sourire et lui envoyer des baiser» avec la main. — Mais qui supposex-vous que c'est, ma chère? répondit madame Nickleby se penchant vers madame YYititterly et parlant un peu plus haut pour l'édification de celle dume. \ oici M. Pyke, M. Pluck, sir Mulberry Hauk, et lord Frédéric Yerisopht. — Bon IHcu! pensa Catherine, comment se trouve-t-elle en pareille société?

Celle idée vint si rapidement à miss Nickleby, sa surprise fut si grande, et ses souvenirs se reportèrent si invinciblement vers ce qui s'était passé au diuerde Rilph, qu’elle devint extrêmement pâle et parut en proie à une vive agitation. Sa mère remarqua ces symptômes, et, avec I» sagacité qui la caractérisait, les attribua aussitôt à un violent amour. Mais quoique madame Nickleby ne fût pas médiocrement charmée de cette découverte, qui faisait tant d'honneur à sa perspicacité, elle n’en éprouva pas moins pour l'élat de Catherine des alarmes maternelles. Elle quitta donc sa loge pour se précipiter dans celle de madame Witilterly. Celle-ci, tîère de recevoir la visite d'un lord et d'un baronnet, fit signe à son mari d’ouvrir la porte , et en moins de trente secondes toute la société de madame Nickleby eut fait irruption dans la loge de madame Witilterly. Celle loge se trouva ainsi remplie jusqu’à la porte, et il resta à peine assex de place à MM. Pyke et Pluck pour passer leurs têtes et leurs gilets.

— ■ Ma chcre Catherine, dit madame Nickleby en embrassant sa fille avec tendresse , que vous aviex mauvaise miue tout à l'heure! vous m’avex effrayée , je l’avoue. — N ou* vous êtes abusée , maman ; le reflet des lumières peut-être.... répondit Catherine jetant autour d'elle des regards de détresse , et voyant qu’il était impossible de douner ni avertissement ni explication. — Ne voyex-vous pas sir Mulberry I la wk , ma chère?

Catherine s'inclina légèrement, se mordit les lèvres, et tourna la tète du côté de la scène.

Mais sir Mulberry Ilawk ne se laissait pas rebuter si aisément; car il avança en tendant la main, et, avertie officieusement par sa mère, Catherine fut obligée de tendre la sienne. Sir Mulberry la retint pendant tju'il murmurait une multitude de compliments, que t!aüierine considéra comme aggravant les insultes dont elle gardait le souvenir. Puis suivit la reconnaissance de lord Yerisopht , le salut de M. Pykeet celui de M. Pluck; enfin ,pourcomble de mortification, la jeune fille fut obligée, à la requête de madame Witilterly , de lui présenter ces odieux personnages, contre lesquels elle éprouvait la plus vive indignation.

— Madame Witilterly est ravie, milord, dit le mari en se frottant les mains , de l'occasion qui s'offre à elle de contracter une connaissance que nous cultiverons, je l'espère, milord. Julia, ma chère, gardet-vous de vous laisser aller à votre émotion, gardet-vous-en bleu. Madame Witilterly est de la nature 1a plus excitable ; c'est la flammèche d'une chaudetle, le lumiguon d’une lampe, le duvet d'une pêche , la poussière d'un papillou. Sou Alex dessus, milord, souilles dessus, et la voilà partie.

Sir Mulberry sembla penser qu'il serait très-commode de pouvoir employer ce procédé pour se débarrasser de la dame; il dit toutefois que le ravissement était réciproque; lord Yerisopht ajouta qu'il était réciproque , et l'on entendit MM. Pyke et Pluck murmurer dans le lointain qu'il était très- réciproque.

— Je prends tant d'intérêt au drame , milord , dit madame YVilR-

terly avec un faible sourire ! — Il est, en effet, très intéressant, répondit lord Verisopbt. — Je suis toujours malade après avoir va jouer du Stukspeare. — Oui , répondit lord Yerisopht, c'était un homme de talent. — Savez-vous, milord , que ses pièces m'intéressent | beaucoup plus depuis que j’ai vu la maison où il est né? Y êtes-vous ! allé, milord? — Non , jamais. — Vous devriex vraiment y aller, milord . reprit madame Wititterly d'un ton traînard et languissant. Je ne sais comment cela se fait : mais quand vous avex visité ce lieu et écrit votre nom sur un petit registre, vous semble* inspiré , vous êtes rempli d'un feu intérieur. — Ab! répondit lord Yerisopht, il faudra quo j’y aille. — Julia, mon amour, interrompit M. Witilterly, vous trompes involontairement Si Seigneurie : c'est votre tempérament poétique, votre âme éthérée, votre bouillante imagination qui vous subjugue et vous abuse. Cette maison n'a rien de remarquable , ma chère. — Je serais tentée de croire le contraire , dit madame Nickleby, qui avait écouté en silence, car peu de temps après mon marna ris ge je me rendis de Birmingham à Stratford dan* une chaise de poste avec ce pauvre M. Nickleby... Klait-ce bien une chaise de poste ?...Oui , ce devait être une chaise de poste; car je me rappelle avoir remarqué que le conducteur avait un bandeau vert sur l'eril gauche. Après avoir visité la tombe et le lieu de naissance de Sbakspvarc , nous retournâmes coucher à l'auberge , et je me souviens de n'avoir rêvé toute la nuit que d'une figure en plâtre de grandeur naturelle, vêtue de noir, avec un collet rabattu , appuyée contre un pilier et méditant. Le lendemain, quand j'en' fis la description à M. Nickleby, il me dit que c'était Shaksprarc précisément tel' qu’il était de son vivant; particularité vraiment très-curieuse.

Quand madame Nickleby eut mis à fin cette intéressante anecdote, Pyke et Pluck, toujours xélés pour la cause de leur patron, proposèrent qu'une partie de ta société sc détachât pour aller dans la loge voisine ; les préliminaires de celle opération furent si habilement arrangés, que, malgré tout ce que Catherine put dire et faire, elle se vit contrainte à sc laisser emmener par sir Mulberry llauk. Sa mère et M. Pluck les accompagnèrent; mais la bonne dame eut la discrétion de faire peu d'attention à m fille durant la soirée, et de paraître exclusivement occupée des plaisanteries de M. Pluck , qui , de son côté, établi surveillant de madame Nickleby, ne négligea rien pour la distraire.

Lord Frédéric Yerisopht demeura dans l'autre loge à s'entretenir avec madame YYititterly, et M. Pyke fut là pour jeter au besoin nu ou «feux mots dans la conversation. Quant à M. Y\ ititteriy, il avait assez d'occupation ; il parcourait la salle cl informait ses amis et counaissances que les deux gentlemen qu'ils avaient vus causer avec sa femme étaient le noble lord Frédéric YérUophl et »on très-intime ami sir Mulberry 11 au k. Cette communication remplit de rage et de jalousie plusieurs respectables chefs de famille, et réduisit seize filles à marier au désespoir le plus profond.

Le spectacle fini , Catherine fut encore reconduite par l'odieux sir Mulberry ; les manœuvres de MM. Pyke et Pluck furent si adroitement combinées qu’elle et le baronnet se trouvèrent, sans attention apparente, à quelque distance pur derrière.

— Ne vous pressez pas , ne vous pressez pas, dit sir Mulberry à Catherine , qui essayait de se séparer de lui.

Elle ne fit pas de réponse et continua à descendre rapidement.

— Allons donc, dit froidement sir Mulberry en l'arrêtant tout à coup. — Vous feriez mieux de ne pas chercher à me retenir, monsieur, dit Catherine avec colère. — El pourquoi? repartit sir Mulberry. Ma chère demoiselle, pourquoi cette apparence de mécontentement? — Cette apparence! répéta Catherine indignée. Commentovez- vous me parler, paraître en ma présence? — La colère vous rend plus jolie, miss Nickleby! dit sir Mulberry descendant un degré pour mieux la voir en face. — Je vous déteste et vous méprise souverainement , monsieur. Si vôus trouvez des charmes à des regards de dégoût et d'aversion, vous... Laisses-moi rejoindre mes amis, monsieur, à l'instant. Malgré toutes les considérations qui pourraient me retenir, je prendrai un parti violent, si vous ne me laissez passer immédistement.

Sir Mulberry sourit , et la regardant toujours en face et lui tenant le bras , il s'achemina vers la porte.

— Si vous n'avez point d'égards pour mou sexe et ma faiblesse, s'écria Catherine sachant à peine ce qu’elle disait , si rien ne vous décide à vous désister de celte basse et indigne persécution , j’ai un frère qui pourra x’ous en punir un jour. — Sur mon Ame ! s'écria sir Mulberry d'nn ton de réflexion calme et en lui passant un bras autour de la taille, elle est plus belle et je l'aime mieux ainsi que lorsque ses yeux sont baissés, et qu’elle est parfaitement tranquille!

Catherine ne sut jamais comment elle avait atteint le vestibule ou ses umis l'attendaient; mais elle le traversa sans les regarder, quitta brusquement son cavalier, s'élança dans la voiture , et se jetant dans le coin le plus sombre elle fondit en larmes.

Mil. l'jke et l'Iuck , qui connaissaient leur réplique, jetèrent la société dans une graude agitation en demandant à grands cris des voitures, et engageant de violentes querelles avec plusieurs assistants inoffenslf*. Au milieu du tumulte ils mirent dans son carrosse madame Nickleby épouvantée, s'en débarrassèrent et s'occupèrent en-

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suite de madame Wititterly, qu'ils empêchèrent de faire attention à Catherine et jetèrent dans ia consternation la plus profonde. Enfin la voiture qui l’avait amenée roula avec son fardeau, et les quatre dignes personnages, laissés seul sous le portique, purent rire ensemble à Jour aise.

— EU bien I dit sir Mulberry à son noble ami, ne vous ai-je pas dit hier au unir que si nous pouvions savoir où ils.se plaçaient, en gagnant un domestique, et nous établir à côté avec la mère, ces genslà seraient à nous? En vingt-quatre heures , c'est fini. — Oui , répondit ia dupe ; mais j'ai été toute la soirée enchaîné à cette vieille femme. — L'entcndri-vous? dit sir Mulberry à ses dent acolytes. Il murmure, il se plaint 1 N’y a-t-il pas de quoi faire jurer de ne jamais l'aider dans se* entreprises? N'est-ce pas déplorable ?

Pyke demanda à Pluck si ce n'était pas déplorable, et Pluck adressa à Pjtke la même question; mais ni l’un ni l'autre ne répondirent.

— N'est-ee pat la vérité? demanda Vcrisopht. — Et a-t-il pu en être autrement? s’écria sir Mulberry. N'était-ce pas nécessaire pour obtenir une invitation générale? N'éticx-vous pas dans l’obligation de vous rendre agréable * cette folle maîtresse de maison? Est-ce que je me soucie de celte fille autrement que comme votre ami? N 'ai-je pas fait retentir toute la soirée vos louanges à ses oreilles? u’ai-je pas enduré sa bouderie et sa mauvaise humeur? De quelle pâte êtes-vous donc pétri? En ferais-je autant pour le premier venu? N'ai-je pas droit à toute votre reconnaissance en échange de mes services? — Vous êtes un bon garçon, dit le pauvre jeune lonl en prenant le bras de sou ami. — Et ai-je bien agi? demanda sir Mulberry. Parfaitement bien. — Eb bien donc! je suis content, répondit sir Mulberry; et

aiotenant allons prendre notre revanche du barou allemand et du

rinçais qui nous ont si joliment étrillés la nuit dernière.

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