‹ Nicolas NicklebyChapitre 20 sur 52 · CU APURE XXIV · texte numérisé non relu

CU APURE XXIV

Le succès inattendu qui accueillit les débuts de M. Crvuxtnles à Portsmoutb le détermina à prolonger son séjour dans cette ville une quinzaine au delà de l'époque qu’il avait tuée pour son départ ; durant ce temps, Nicolas remplit nne multitude de rôles, aux applaudissement* du public, et attira au théâtre tant de gens qui n’y avaient jamais mis le pied, que le directeur pensa qu'une représentation à •on bénéfice serait une spéculation fructueuse. Nicolas consentant' aux conditions proposées, le bénéfice eut lieu, et ne rapporta pas à Nicolas moins de vingt livres sterling.

Maître de cette richesse inespérée, son premier soin fut d’envoyer à L’honnête John firowdie le montant de son prêt amical, avec Bmu-

NICOLAS NICKLERY.

te* expressions de reconnaissance et d'estime el main U vœux sincère» |>our son bonheur conjugal. Il lit passer h Newman Noggs la moiiié de U somme qu'il avait réalités. Il le conjurait de la remettre secrètement à Catherine, en y joignant les plus vifs témoignages de tendresse. Il ne faisait pas mention de la manière dont il avait disposé de lui, se conleutaut d'apprendre à Newman qu’une lettre adressée à M. Johnson à l’ortsmoulh lui parviendrait aisément. Il suppliait ce digne ami de lui donuer les plus complets détails sur la situation de sa mère et de sa soeur, et sur ics grands sacrifices que Ralph Nickleby avait faits pour elles depuis son départ.

— Vous êtes triste, dit Smike le soir du jour où cette dernière lettre partit. — Moi! reprit Nicolas avec une feinte [pilé, car un aveu eût rendu l’enfant misérable toute U nuit; je pensais à nia so>ur, Smike. — A voire saur ! — Oui. — Vous ressemble-t-elle ? — On le dit, répondit Nicolas en riant; seulement, elle est beaucoup plus jolie.

MM. Pykoet Wuek , geoulaboaunss de ls société intime Je sir Mulberry Bi*k.

— En tout cas , dit-il, sans perdre de temps, je vais les préparer h

la possibilité de mon départ subit.

Èt, prenant son chapeau, il courut au foyer.

— Eh bien! monsieur Johnson, dit madame Crummles vêtue d’on costume de reine et soutenant le phénomène dans ses bras maternels, U semaine prochaine , nous allons à Ryde, de là h W inehester, de là... — J’ai de* raisons , interrompit Nicoli», pour craindre qu'avant que vous quittiez Portsraouth , ma carrière dramatique ne soit terminée. — Terminée! s'écria madame Crummles en levant les mains d’étonnement. — Terminée ! s’écria miss Snevelücci si tremblante dans son pantalon collant qu’elle fut obligée de s'appuyer sur l'épaule de la directrice. — Il ne veut pas dire qu’il và partir 1 s’écria madame Gruddcn, c'est impossible !

Le phénomène, de nature sensible et irritable , poussa un cri plain* tif ; mis* Belvawney et miss Bravas** versèrent de* larmes; tes acteurs mêmes suspendirent leur conversation et répétèrent le mot : Partir ! Cependant quelques-uns d’entre eux exprimèrent par de* signes réciproques qu'ils ue seraient pas fichés de perdre un redoutable rival.

M. Crummles n’était pas au théâtre ; mais, promptement averti, il courut sur les traces de Nicolas, qui était rentré chez lui pour méditer encore la lettre de Newman. I* directeur essuya de le retenir, lui parla même vaguement d'augmentation , mais, le trouvant inflexible, H fut obligé de se contenter de prendre de promptes et énergiques mesures pour eu tirer tout le parti possible, avant qu'il abandonnât la irou|»e.

— Attendez, dit M. Crummles étant sa perruque afin d'examiner l'affaire à tête refroidie, attendes : c'est aujourd nui mercredi soir; nous annoncerons par des affiches que vous jouerez definitivement demain pour la dernière fois. — Mais ce ne sera peut-être pas pour la dernière fois, vous le savez. A moins qu'on ne me jtresse, je serais fâche de vous nuire en vous quittant avant la fin de la semaine. —

Smike réfléchit on peu, les mains jointes el les yeux fixés sur son ami , et dit :

— Alors elle doit être bien belle. — Si quelqu'un vous connaissait moius bien que je ne vous connais, mon cher ami , il dirait que vous êtes un courtisan accompli. — Je ne sais même pas ce que c’est, répondit Smike en secouant la tète. Verrai-je jamais votre sœur i — Sans doute ; nous serons tous ensemble un de ces jours, quand nous serons riches. — Comment se fait-il que, vous qui êtes s! bon pour moi, vous ne trouviez personne qui soit bon pour nous? — Ah! ce serait difficile â expliquer, et vous auriez sans doute peine à le comprendre ; j’ai un ennemi... Yous comprenez ce que c’est. — Oh ! oui. je comprends cela. — Eh bien, c’est de sa faute. Il est riche, cl ne sera pu si facile s punir que votre ancien ennemi M. Squeers. C’est mon onde, mais c’est un méchant, et il m’a fait du mal. — Vraiment? demanda Smike en se penchant en avant avec empressement. Quel est son nom? I)ites-moi son nom. — Ralph... Ralph Nickleby. — Ralph Nickleby. Je veux apprendre ce uom-là par coeur.

En effet, pendant les jours suivants, Smike se répéta ce nom à plusieurs reprises.

La réponse de Noggs ne larda pas. Convaincu que M. Nickleby n'avait pas besoin d'argeut, et qu'un temps pourrait venir où Nicolas aurait besoin de toutes ses ressources, il prenait sur lui de renvoyer les dix livres. Il 1* conjurait de ne pas s’alarmer de ce qu'il allait lui dire; il n’avait pas de mauvaises nouvelles h lui apprendre, sa mère et sa sceur K portaient bien; mais il pensait aue certaines circonstances pouvaient rendre absolument nécessaire à Catherine la protection de son frère ; et dans ce cas Newman lui promettait d'écrire à cet effet par le prochain courrier, ou par le suivant.

Plus Nicolas rdot ce passage, plus il craignit quelque perfidie de la part de Ralph- L'ne ou deux fois il se sentit tenté de so rendre â Londres, à tout hasard, san s une minute de délai; mais il réfléchit que si une pareille démarche était indispensable , Newman n’attrail pas manqué de 1* Œ avertir.

n Pari* Tjpagr^bM Mm «r

Le gros meunier John Browdtc.

Tant mieux, reprit M. Crummles; vous jouerex définitivement jeudi pour la dernière fois; vendredi, je vous engagerai encore pour une dernière représentation définitive; et samedi, vous céderez à la demande générale d'un public nombreux qui n'aura pu trouver de places. Nous devons faire ainsi trois bonnes recettes. — Alors , demanda Nicolas en souriant, je jouerai donc trois fois pour là dernière fois? — Oui, reprit le directeur en se grattant la tète d’un air de dépit , trois fois ce n’est pas assez , et il est bien fâcheux et coutre le* règles de ne pas faire davantage; mais eufin n’en parlons plus. 11 nous faudrait du nouveau. Pourriez-vous chanter une chanson comique eur le dos du petit cheval? — Non, répondit Nicolas, je ne le puis vraiment.- 1 - C’est un moyen qui nous a déjà rapporté de l'argent. Que diriez-vous d'un feu d’artifice r — Cela coûterait trop cher , répondit sèchement Nicolas. — Nous en serions quittes pour trente-six sous. Vous, élevé sur deux marches T le phénomène en altitude derrière wons; Adieu, sur un transparent, et, dans les coulisses, neuf umü- M , rm «la Vmfinué . 16.

NICOLAS N1CKLËBY.

vidut avec une fu»ée dans chaque main : les dii-hait fanées partant à la fois, ce serait un magnifique spectacle.

Nicolas, loin de paraître convaincu de la solennité de l'effet proposé . accueillit la proposition avec les éclats de rire les moins rrsprctueui. M. Crummlcs abandonna donc son projet, et fit observer qu'on se contenterait de reoforcerle drame de combat» et de trompettes.

Aussitôt le directeur se rendit dans une petite salle d’habillements ou madame Crummlr» échangeait ses vêtements de reine de mélodrame contre l'attirail ordinaire des matrones du dix-neuvième siècle.

Il s’appliqua sérieusement à la composition de l'«fiche, avec l'aide de sa femme et de madame Crudden. (Jette dame accomplie avait un talent tout particulier pour rédiger les annonces , et savait au juste oit jeter les points d'admiration et placer les lettres capitales.

Dans l'intermède du soir. Smikr remplit le rAle d'on lailli-ur maigre, avec un seul pan à sou habit , un peut mouchoir de poche percé d'un

S rend trou , un bonnet de laine , un nés rouge et autres marques Miinctives des tailleurs de théâtre.

— llola! lui dit Nicolas de la chaise du souffleur où U était assis, je voudrais que tout ceci fût fini. — Ftui !

monsieur Johnson, répéta derrière lui une vois de femme avec l'accent de la surprise et de la plainte. —

Le mot n'est nas galant, sans doute . dit Nicolas reconnaissant miss Soevellicci ; je ne l'aurais pas prononce si j’avais su que vous pussiez m'entendre. — Que j’aime ce monsieur Digby ! dit mis»

Soevellicci.

Digby était le nom de théâtre de Smikc , qui venait de termiuer son rôle et quittait en ce moment la scène au miliru des applaudissements universels.

— Je vai» le loi dire pour sa satisfaction, repartit Nicolas. — Méchant' repartit miss Snevrllicci. Au reste, peu m'importe qu'il tache ropiniou que j’ai de lui ; mai» il eu est d’autres...

Miss Soevellicci s’arrêta , comme sir lie se lûtattendue à une question ; mais Nicolas resta muet; il était occupé d'affaires plus sérieuses.

— Que vous êtes bon , reprit mis» Snevrllicci »prr% un corirl intervalle , de venir l’attendre ici tous les soir» .

quelle que soit votre fatigue !

de prendre tant de toios de ldi, et de le faire avec sa- Miss Stadelei

tant de plaisir et d’empressement que si vous en lirirt avantage! — Il mérite bien

toute la bonté que je puis lui témoigner, et beaucoup plu»; c’e»t le plu» reconnaissant, le plus candide, le plus aimant des êtres. — Mais il e»t si bizarre! — C’est vrai, répondit Nicolas. Dieu l'assiste, et ceui qui l’ont rendu tel! — Il est diablement discret, dit M. Folalr, qui venait de quitter la scène. On n’en peut rien tirer. — El qu’en tirerait-on? demanda Nicolas se retournant avec une certaine brusquerie. — Peste! quel avale-tout vous faites, Johnson! reprit M. Folair en relevant le talon de son soulier de danse. Je ne parle que de la curiosité naturelle que l’on a de savoir ce qu'il a été toute sa vie. — Le pauvre garçon t dit Nicolas, il est évident, je pense, qu’il B'a pas asses d’intelligence pour avoir été quelque chose de bien important pour personne. — Oui, 'dit le pantomime en contemplant l'effet de sa physionomie dans un réflecteur de quinquet; mais c’est la toute la question. — Quelle question? — La question de savoir qui il est et ce qu’il est , et commrm vous deui, si différents l'un de l'autre, êtes devenus dr* compagnons aussi «mimes, répondit M. Folair enchanté de l'occasion de dire quelque chose de désagréable. Voilà cé que tout le monde se demande. — Tout le monde du théâtre. je suppose? dit dédaigneusement Nicolas. — Du théâtre et du dehors, répliqua l’acteur; on dit que voua êtes on acteur du premier mérite, qa’un événement mystérieux vous a obligé de vous joindre à nous, et que Crummles en profite. 11 ajoute que probablement vous vous été» enfai je ne sais d'où , pour avoir fait je ne sais quoi. — Oh ! dit Ni-

colas en s'efforçant de sourire. — Oui, poursuivit M. Folair avec un calme inébranlable, voilà les bruits qui courent, et j’ai jugé à peo-

K de vous en avertir. Oh! voici enfin ce charmant phénomène... it-il que j’en soz empêtré!...

M Folair suivit des yeux l'ascension du rideau, regarda avec un sourire railleur l'entrée de misa < .'rummles . prit son élan pour produire plus d'effet, poussa un hurlement préliminaire, et rutra en scène grinçant de» dents et brandissant son tomahawk comme un véritable sauvage.

— Voilà donc les histoires qu'on invente sur notre compte , et qui circulent de bouche en bouche' pensa Nicolas. Si un homme avait commis un crime contre une société quelconque , il lui suffirait de réussir pour être absous. — Vous ne laites sans donte pas attention aut propos de ce malirieut personnage , dit miss Soevellicci du ton le plus séduisant — Non. répondit Nicolas. Si je devai- rester ici , Je pourrais croire utile de m'eu occuper; mais, dans l'état actuel des choses, qu’ils s'enrouent à parier tant qu'ils voudront.

Mai», ajouta-t-il en voyant Kuiike approcher, voici un des ob et» de leurs suppositions bienveillantes; nous a Ions tou» deux vous souhaiter le bonsoir. — Non, je ne le souffrir* i pas, reprit miss Soevellicci. il faut venir cites nous voir maman , qui est arrivée aujourd’hui à Porisraoulb.ei meurt d’envie de vou* connaître. Ma chère Lrdrook , décides M. Johnson. — Oh ! répondit miss Lcdrook avec impétuosité. si vous ne pouvrs le décider...

Mis* Lrdrook. n’en dit pou davantage, mais elle donnait adroitement à entendre que si misa Sncvellicci ne parvenait pas à décider Nicolas, personne n'y réussirait.

— M. et madame Lillyvick ont pris un logement dans notre maison et partagent présentement notre salon. Cola n'est-il pas engageant ? — Il est mutile , repartit Nicolas, de chercher quelque chose de plus engageant que votre invitation. — Je suis loin de pen- •er cela. — Elle en est convaincue, dit misi Lrdrook.

I .à dessus miss Soevellicci dit que miss Ledrook était une étourdie; mis* Ledrook répondit à mi*s Sncvellicci qu'il était inutile de tant ioe Braj. rougir; miss Soevellicci bat-

tit mi.*s Ledrook, et miss Lrdrook battit miss Sne- • vellicci.

— Allons, reprit niu Lrilrook . il ett temps Je noos rendre , «Utrement la pauvre madaoi*- Snevellicei s’imaginerait que vous ave» enlevé sa fille, monsieur Johnson. — Comme vous vous exprimes, ma chère Ledrook !

.Mis» Ledrook, sans faire de ré ponte , prit le bras de Smike , et lama son amie et Nicolas les suivre isolément; ce qui arrangea Nicolas , peu soucieux d'un tête-à-tête.

Quand ils furent dans la rue, ils ne manquèrent pas de sujets de conversation; car il se trouva que mis» Soevellicci avait à porter un petit panier et miss Lrdrook un petit carton. Ces meubles contenaient de petits objet» de toilette à l’usage des deux actrices. Nicolas insista pour porter le panier, et miss Suevellicri prétendit le porter elle-même , ce qui occasionna une lutte dans laquelle Nicolas s'empara du panier et du carton. Puis Nicolas demanda ce qu’il pouvait J avoir dans le panier et essaya d'y regarder, et miss Snevel icei lui déclara que si elle avait l'idee qu'il l’rftt vu, elle était sûre de s’évanouir de suite. Cette déclsration fut suivie d’nne semblable tentative sur le carton , et de semblable» démonstration» de I» part de misa Ledrook, et le» deux dames jurèrent qu’elles n'iraient pas plus loin avsut que Nicolas leur eût promis de modérer sa curiosité. Nicolas s’y engagea, et elles reprirent leur chemin, les deux dames ricanant beaucoup et déclarant qu'elle» n’avaient jamais vu de leur vie une plus méchante créature.

Ko charmant par «** pliitaoUriM l'ennui de la routa , Us nrriwè* reni bientôt k ia niaise» , où il* trouvère*»*, /luire M. Lillyvick et msdame Lilly Vick , nou-aeutera-ut U mère, mai» encore 1e itère de miss Siievellicii. Celait un bel booiins sut ne» cio« hu , au Iront blanc, aux cbtvrut noirs frisé», aux pomme Mes taillâmes; somme toute , il avait line ligure belle, mais légèrement bourgeonner par I» boisson. Sa poitrine était large et serrée dans un vieil babil bleu 4 bon tons dorés, lie. qu’il vit entrer Niçois» . il jusss deux doigts de sa main droite entre le» dm* boulons du milieu, et plaçant gracieuse» ment un autre b ras derrière «ou dos , il semblait demander : Mriuleliaot, ine voici , qu'avez-vou» à nie dire ? .

Tel était le phirde mis» S evellicci; t! avait été d»ns ia profession depuis l'àjje de dix un» , époque k Ui|uelle il jouait les lutins dans les panlomimes. Il chantait uu peu , dansait un peu, savait uu peu l'es» crime , jouait un peu et fais» il de tout ou peu, mai» pas beaucoup*, il avait figuré quelquefois dati» le ballet , et quelquefois dans le clitéur de tous tes théâtres de UMrrl; on l’avait toujours choisi a cause de sa figure pour jouer Je* militaires et le» seigneurs muets, et il se présentait si bien en scène que souvent des gens du parterre avaient crié bravo, dans l'idée que c'était un jm-honnage. Tel était le père de mis» Surveille ci , que îles envieux a* r fixaient de battre parfois mère

de miss Ciuevtllieci. Cette dame « lit il encore danseuse , avûit une jolie p*’ ite ligure et un reste d’attraits, bile était placée en ce mtfmeii comme sur la scène, sur le second plan , étant trop âgée pour braver l« pleine lumière des quinquets.

Nicolas fut présenté à ces braves gens avec beaucoup de formalités, Pu «s le père de mis» Survellicci , parfumé d’une odeur de grog , dit qu’il était charmé de faire la connaissance d’uo comédien d’un talent aussi élevé, ajoutant qu il n'en avait pis rencontré de pareil depuis les début» de son .uni (Vlavormelly.

— 1,’avi x vous vu, monsieur ? — - Jamais, répondit Nicolas. — - N 0U« n'a ver jamais vu mon ami (ils vortnelly, inuihirur! alors vous u'as es jamais vu jouer. Vli ! s’il avait vécu... — Il est mort ? fti- N'rrompit Nif.rl.i*. — Oui, inortMeur; mais il n’est pas enterré à Westminster, el c’est une honte. C'était uu!..., butin, n’importe. Il est allé au pays d’oii aucun voyageur ne revient : j espère qu'on l’y apprécie!

En disant ces mots, le père de misa Snevellieci »e fruit* le bout du ne» avec un mouchoir de soie jaune . et donna a entendre à la compagnie que ces vouveuir» lui étaient bien pénibles.

— Eli bien, monsieur Lilly Vick , dit Nicolas, comment \q>is porte* - vous ? — Parfaitement , monsieur, répliqua je collecteur. Il u’y a rien de tel que l'état de mariage, soyei-en persuadé — Vraiment! dit Nicolas en riant. — Ab ! il u’y « rien de tel, monsieur, répondit solennellement Vl . Lihjvick. Comment la trouvez-vous ce soir? ajouta- t-il k voix basse et en le prenant « part — Plus belle que jamais, répondit Nicolas regardant l'et-miss Petowkrr. — Il y a chex elle , murmura le collecteur, un sir que je n'ai jamais vu k personne. Voyes-la se déranger pour meure H bouilloire sar le feu. Ne vous fascine-t-elle paa, monsieur? — Vous êtes un heureux mortel.— As .'oh! peosei-vou* que je le «oit? C’rsf possible, cY.i [ Yiurais-je pis beaucoup mieux fait de me marier plus jeun- -r qù'éu ditea-vou»? qu'en pense*- vous ?

••H* Lillyyi k accompagna ce s question* de coups rie coude dmi» b* côtes de Nico a» et ncaqs jusqu'il ce que su figure devint pourpre

de» effort* qu’il fit pour dissimuler sa satisfaction.

Cependant U nappe svait été u.i»e sous j 4 aurintendauce de toute» les dames. Ou avait réuni deux tables , l’une haute et étroite, I autre lusse et large, il y avait des huîtres à l'une des extrémités , des saucisse» à l'autre , des moncht lies su milieu, et de» pommes de terre cuite» au four dans un endroit quelconque. On apporta de la chambre à Coucher deux chaise* supplémentaires ; mis, S.ietellicci s'assit au haut bout de la table, ci M. Lilly Vick à l'autre bout, et Nicolas eut non seulement l'honneur de s’asseoir près de tni»* Soevellicci, tuai» encore celui d'avoir la mère de miss Snevellieci k sa droite. Bref, ce fut le héros de la fête; et quaud on apporta le grog , le père de miss Snevclltcci se leva , ei proposa U santé de Nicolas dana un discours contenant de si touchante» allumons h son prochain déport, que in Us Snevellieci pleurs et fut forcée de se retirer dans sa chambre k coucher.

— Silraot ! n’j f.ilM pu .«ratio. , dit mit» Udrrak onlr'oovrsnt 1. |WWd« I, rl. ambre > CO», -lier , dite,, qmnd ,|| c revitndn, que c'est parce qu’elle travaille trop.

Avant de reformer U porte . min I^-drook lit Uni do .igtie, et de **»■«> qu'un profo.,,! wtraoo regu» ,| a „, |, Le

pero de fliiu SncTeiticci rr s iM. tiéeraient mot \r monde tour à oiir m*i, p, r tieul.Ore.i.en t Mail»,,,! „e enu de vider et de r, mplir wg verre juaqu'i te que mu » Soevellicei » t mande tur le. d.nir. nui ravalent suivie. '

— ** **» mutile de vons alarmer, dit madame Lillyvick su pi;--*. Elle e»i faible rt nerveuse depuis ce matin. — üh! dit M. Soevellicei] voilà tout ? — Oui , voilà tout N en faites pas un ob et de tnauviKi plaisante ries, s’écrièrent a la loi* toutes les dames.

Celte réponse déplut k M. î*oeveflic«, qui choisit entre toutes l'infortunée madame Soevellicei pour lui en demander raison.

— Que diable skguite ce discourt , madame ? — «on Dieu mon

cher... — Ne m’app' In pas votre cher, madame, s’il vous plaît. — Mou père, dit mis» S «evetlicei a’ «nier posant, ne pari»* pa* ainsi. — Psuntuoi |«s?|’eipère que personne ne veut m‘ctu|iêi ber de parler comme il me plaira. — Personne n’en a envie, reprit sa fille* — • jVrsonne ne le ferait , quand oièaie il en aurait envie, du M. îsoevellreci. Je ne rougis pas dr mot-même. Sneve II iecierf mon nom; on me trouve k Rroad court. Bon aireel, quand je suis à Londrea , et si je ne suis pas -hes moi, tout le monde peut me demander au théâtre. Diable ! je «roi* que l'on me connaît au théâtre. B-auconp de gens ont vii «non portrait cbe* le marchand de ci* are» du coin ; j ai été cité il y * longtemps dan» lr* journaux : est er faux ? parle*, ru donc je m'i|H , rc«viii qu'au individu quelconque se fût joué «les -affection* de ma «Ile, je ne dirais rieu* j* le confondrais sans parler... voila ma manière!... .

A ce* mot*. M. Snevellieci donna trois vigoureux coups de poing sur la paume de sa main gauche, lira avec le pouce et I index des oreilles imagiuaii es . et av-la un verre de grog d’un seul irait. — Voilà ma manière! répéta-t-il.

La plupart des personnages publics ont leurs défauts, et le fait qst que M. Survellicci était un |reu enclin k ls boisson , ou , s’il fa*< dire la vérité tout entière , qu’il savait rarement se modérer^; il diatiiw guait trois degré» d'ivresse : le digue , le querelleur et ! amoureux. Quaud H avait à jouer, il ne franchissait jatnaivles borne» du premier degré; pials on société, il passait de l'un à l'autre avec une rapidité de transition embarrassa Me pour ceux qui avaient l'bonneur de U Connaître. . „

Ainsi il n'eut pas plutôt avalé un autre verre , qu|oubli»nt qull avait donné ‘des symptôme» d'une bumi-ur martiale, il «olsril» tous Ici avmtaos. et proposa la santé de» dames svfcc ls plui vive ardeur»

— Je les aime, dit-il en promenant ses yeux autour de U table; je Irj aime toute». — Pa» toute», observa doucement M. Lilly vie». — Si fuit , toutes. — Mais ceci comprendrait les ilame* mariées , von» savez. — Je tes aime aussi , dit M. Survellicci.

Le collecteur regarda tout le monde avec étonnement et gravite , cl parut un peu surpris que madame l-illyvick ne donnât pas des stync» d horreur et d'iudiguiiion.

— Je prends être p«>yc de retour, dit M. SnexeUicci. Je le» aime et elles m’aiment.

Et comme si cet »veu n’eôt pas sulSsammeol bravé tontes Jet convenances mondes , que fit M. Snevellieci ? il cligna de l’ceil, il «t'igoa de l’ail droit, ouvertement et sans détour, en regardant Henriette Lillyvick.

Dan» l'intensité de son élanoémrni , le collecteur se renversa snr si chaise. Si quelqu’un «v»il lorgné lleiirieltR Pctowk-r, c eût été de h dernière iudéoetirc , mai» madame Lillyvick!... Tend-nl couvert d’une sueur froide en y songeant , et se demandait si c éiett un rêve, >|. S ievellicci réitéra le c igneuent d tfil, port» un toast rouet à madame Lillyvick ri loi envoya un b»i»er. M. Ijlljvtrk se leva . alla droit ;* l'suln* boiU «le la t-ble, et tomba instant» né aient sur le caujube. Il n'était pa* d'uue peumteur ordinaire , et p*r-cxmléqiiciit, lorsqu’il tomba sur M ÿitrvt llicie. M . Snevellieci tomba sou» ls ! Mc. M, Lrlljvi k le suivit, et les dames crièrent.

— I.-t-re qu’ils sont fous? dît Nicolas plongeant sou» la table et eu tirent le colJccieur, qu'il plaça sur une chaise courbé en deui fomnic un lu-mncquin. Qu'y a-t il? que vonlet-vous ?

l'cndan* que Nicolas relevait le rqUectrUC. Smike avait rendu le même service à M Snevellieci, qui contemplait sou adversaire avw U sltioeur de l’ivresse.

— îlcfrardet-la , monsieur, dit M, Lillyvick » Niçois* et» désignant du doigt sa femme «‘tonnée ; voici nu modèle d'élégance et de pureté, dOni la déli«‘alesse a été oulraqée!... — Mon Dieu , quelle bèti«e. sVeria madame Lillyvick pn réjmnsc au rr|«Tird interrogate«ir de Nicolas. Personne ne m’a rir« dit. Ou ne vous a rieo dit, Henriette J *’e«*ri;« le collecteur. Ne l’i|i-e p«t »« ?■••

M. Lillyvick ne put se résoudre à prottoACer le mot, mais il coa*» trefit le mouvement de l'cpiL

— Eh bieu! l’écria madame L'Hyvick, croyct-irou» qne prrsoon* ne doit me re«{arder? Ce serait bien di enisoaut d'être mariée si e'é|*it |* \ a loi ’ — Cela vo-«s est donc égal? s’écria le collecteur. — Egtl ! répéta déJaignrusemrnl madame Lillyvick. % ou» devrier votai ni r tire k gcBonx et demander pardon k loua le monde. — Pardon, ms chère! dit le collecteur ébahi. — 4 Utn et k moi la première. Croyez- vous que je ne sirhe p » mirui que vous ce qui e^t convenable on inconvenant? — S«»»i doute . s’écrièrrut toute» le* dame*. Croyrx-vous que non» n’aurion» pat été le» première* k parler, s’il i’étail fait quelque ebos»- contre U bienséance ? — Le croyei-vous, monvivur ? «lit >1. Ssevsllird.

Toute» raju tant son col, il parla vatptftoeul de casser de* tètes, «i l'on li’ét it retenu pir.|r< égard* du» à la vieille»**. Puis il regard» fi voient II. Lilly vî. k pendant quelques secondes , se leva avec résolulinu, et etulKavut toute» U* dames k la ronde, k commencer par madame Li 11) vick. „

Le malheureux collecteur contempla piteusement «a < coi me, comme pour voir s’il restait en madame Lillyvick quelque trait de miss Pe-

towkrr; tt s'étant assuré qu'il n'rn rrsUit p*s, il demanda trèsbumMement pirrirtn à toute la société, et demeura si ili‘rounp/ < ti abattu, *| d^«enchanté, que, malgré son égoïsme et sa folle, il était digne de pitié.

Exalté parce triomphe et la preuve incontestalde qu'il avait donnée de sa faveur auprès du beau scie, le père d» 1 miss Snevcllicci devint promptement bavard . pour ne pas dire tajuigcnr. Il débita plus d’une chanson d'une longueur assez considérable , et d»n» les intervalles entretint le cercle de diverses femmes superbes qu'on supposait avoir eu pour Ini des passions. Il porta nominalement la santé de quelipif*unes, et lit observer en même temps que. s’il avait été un peu plus attentif h ses intérêts, il roulerait aujourd'hui dans une calèche à : quatre chevaux. Ces souvenirs ne semblèrent pas éveiller de bien j

S emblés douleurs dans le cteur de madame Snevellicci, qui était ‘ailleurs a**et occupée à dépeindre h Nicolas les nombreuse quali és de sa fille. La jeune personne elle-même ne demeurait pas en arrière dans le déploiement de ses grâces; mais son m»nége, rehaussé par Je* arifices de mi-s Ledrnok , ne réassit pis » at irer l'ait* nlion de Nicolas. Tout préoccupé du souvenir récent de mis- Squeers il ré- | sista à toute séduction, et s’observa tellement que. lorsqu'il eut pris i eoogé de ta socié'é , les dames pronon -èrent d'une voix unanime que j c’é'ait un véritable monstre U’in-en-ihilité.

Le lendemain, des affiches ornées de toutes les couleur* de. l’arcen ciel apprirent au public , en lettres affligées de toutes les déviations possibles de l'épine dorsale, que M. Johnson aurait l'honneur de jouer le soir pour la dernière fols-, et qu'il était bon de se procurer des pbre* I à l’avance si Pou tic voulait restera ta porte. C’est dans l'histoire dra- ' maiiqne un fait remarquable, mais bien constaté, qu’il est inutile de ; songer à attirer des spectateurs au théâtre, si l'on ne commence par leur persuader qu'ils n'y entreront jamais.

F.n entrant le »oir an théâtre, Nico'as fut un peu intrigué de l'agitation inusitée qui régnait sur tous les vi-age*; mais il en sut bientôt la cause, car avant qu’il pût adresser une question, M. Cru mm les s’approcha, et d'une voix émue 1 .1 apprit qo'il y avait aux loges un directeur de Londres.

— C'e»l la renommée du phénomène qui l’amène, monsieur, dit Cruramlrs, attirant Nicolas vers le trou de la toile pour lui montrer le directeur de I.oudrrs- Je n’ai pas le moindre doute à ce sujet... le voilà ; c’est cet homme en r*dingole et sans col de chemise. Elle aura dix livres par semaine, Johnson: elle ne montera pas sur |t planches de Londrrs pour un liard de moins. J’exigerai qu’on engage madame Crummles avec elle, moyennant vingt livres par semaine pour le* dritx , et je me faufilerai moi-même avec mes deux garçons : on aura 1 toute la famille pour trente livres; c’est une affaire d'or. Mais il faut nous prendre tous; nous sommes insép trahies. Trente livres par semaine, Johnson, c’est trop bon marché.

Nicolas répondit qne cc n’était assurément pas cher, et M. Vincent Crummles, prenant d’énormes prisrs de tabac pour se distraire de son émotion , courut dire à madame Crummles qu'il avait complètement réglé l i seules conditions acceptable», et qu’il était décide à ne pas en rabattre ut) liard.

Lorsque tout le monde fut prêt et la toile levée, l'agitation causée par la présrncc du direc eur 'de Londres fut mille fuis plus considérable. Chacun savait positivement que ce directeur venait spécialement pour le voir jouer, et tous étaient en proie aux angoisses de l’attente. Quelques-uns de ceux qui ne jouaient pas dans la première scène se placèrent dan» les coulisses et tcndir.nl le cou pour voir le ' directeur; d’antres se glissèrent dans les avant-scènes, pour le rrcon- j battre de là. Une fois le directeur sourit des grimaces du paysan 1 comique.

— Très-bien , dit M. Crummles à celui-ci, lorsqu’il rentra daus la coali se, on vous emmènera à Londres SAtn.di soir.

Ainsi tout le monde ne vit de spectateur qu’un seul individu; tout le monde joua pour le directeur de Londres. Quand M. Lenville, dans un soudain accès de rolè c a ppc 'a l'empereur mécrént, et raordii ensuite son g;*nt en disant ; Di-simulons. au lieu de regarder 1 les planches d'un oeil sombre cl d'attendre ainsi sa réplique, comme [ il est convenable de le faire en pareil cas, il tint les yeux fixés sur le directeur de Londres. Quand mis* Bravas** chaula sa chanson à ton ami , qui , selon I usage, m- tenait prêt à lui prendre la main, au lieu | de sc regarder l’un l'autre, ils regardèrent le directeur de Londres. M. Crummles ne mourut ab-OluiiKnt que pour lui ; et quand après , uUc pénible agonie deux gardes vinrent emporter son cadavre, ou le vit ouvrir les yeux et regarder le directeur de Londres. Enfin, on 1 s’aperçut que le directeur de Londres s’était endormi, et dè- qu'il fut éveillé, il t'ro alla. Alors tonte la troupe accabla de reproche* le malheureux comique en déclarant que sa bouffonnerie etaill* seule cause de ce malheur, et M. Crummle- lui dit que ta patience était à bout , et qu'il le priait de s'engager ailleurs.

Tout ce* i divertit beaucoup Nicolas, sincèrement satisfait qu’avant qu'il entrât en scène le grand homme eùi di-parü. Il expédia de sou mieux les deux dernières pièces, cl fut, rrçu avec une faveur sans bornes et des acclamations inouïes, comme le dirent les programmes du lendemain, qu'on avait imprimés deux heures avant la représentation. Puis ii prit le bras de Smike, et alla tr coucher.

La poste du lendemain apporta une lettre de Newman Noggs . trèscourte, très-sale, irè* étroite, très-barbouillée et très-mystérieuse , qui pressait (Nicolas de revenir» Londres immédi tlement, de ne pas perdre un instant, de s’y trouver le soir même s’il était possible.

— J’y serai, dit Nicolas. Dieu sait que j'ai cru devoir rester ici contre ma propre volonté; mais j’ai tardé trop longtemps. Qu'e*t-il arrivé? Smike , mon brave ami, prenez ma bourse, faites nos {Minets, paves nos petites dette*, et nous arriverons à temps pour prendre la voiture du matiu. Je vais leur dire que nous partons, et vous rejoindrai à l’instant.

Il prit son chapeau , courut au logis de M. Crummles, cite fit ouvrir en frappant à coups redoublés; puis il moula *ans cérémonie, rntra dans le sombre salon, et trouva les deux jeune* Crummles qui s'étaient levé* brusquement et s'empressaient de s'habiller , dans l'idée qu'il était minuit et que le fpu était à la maison voisine.

Avant qu’il eût le temps de le» désabuser, M. Crummles p»rut en robe de flanelle et en bonnet de nuit, et Nicolas lui expliqua brièvement que de» circonstance» imprévues le forçaient de se rendre à Londres immédiatement.

— Adieu donc; adieu, adKQ.

Il était déjà descendu avant que M. Crummles M fût suffisamment remis pour lui crier :

— Et nos affiches qui sont posées!

— Je n’y p is rien, gardez ce que je peux avoir gagné celte semaine, et i*i cette indemnité ne von* su Ait pas, dites-le-moi : vite, vi»e! - C'est arrangé; mais ne pnuvet-VOu» donner encore mie représen'ation ? — Impn*-ible; je ne resterai pas une heure, pastine minute de plus, répondit Nicolas avec imp lience. — Ne vous arrêterez vous pas pour dire quelque chose à madame Cruiuoi'e»? demanda le directeur e > le suivant jusqu’à la porte. — Je ne m’arrêterai pas, fût- ce pour prolonger ma vie d une vingiaine d'an née*. Donnez- moi donc la main, et recevez mes sincères remerciements. Oh! pourquoi nie suis je amusé ici !

Il accompagna ce* paroles d’un trépignement d'impatience, détacha sa m in de l’étreinte du dirretrtir, et, s’élançant rapidement dans la riir, fut perdu de vue en uu instant.

— Mon Uru! dit M. Crummles les yeux fixé» vers le point où Nicolas venait de disparaître, s’il jouait avec autant de chaleur,- que d'argent il gagnerait? Il aurait dû garder cette allure; il m'aurait été bien utile. Mais il ne sait ce qui lui est bon; c’est un jeuue homme impéiueui. l es jeunes gens vont malavisés. 1res- malavisé*.

M Crummles , è ani d'humeur à moraliser, aurait probablement. rouralUé quelques mimiics de plu» s’il n'avait machinalement porté, la main du • ô é de la poche de son gilet, où il avait coutume de mettre son tabac. L’absence de toute espèce de poche dan» cette direction lui rappel-ni soudain qu'il n’aVait pas de gilet, et le faisant réfléchir sur l'etliêmc insulfi-ancc de *a toilette, il ferma brusquement la ports et remonta avec une grande pré. ijiitation.

Smike avait fait diligence, et tout fut bientôt prêt pour le départ. Ils prirent à peine le temps de manger un morceau, «t rn moins, d’une demi-heure ils arrivèrent tout e*>.o<. (îles an bureau de la voilure. Il leur rotait quelque» minutes et après avoir retenu des (laces, Nicolas en ra chez »n fripier voisin , rt acheta à Smike une redingote. Elle tôt été trop large pour un fermier bien bâti, mais le ngp < h ami assura avec beaucoup de vérité qu’elle allait d'une manière étonnante, et Nicolas, dan* son impatience, l’eut achetée quand même elle rû été deux fois plus ample.

t'omme ils couraient à la voiture, à laquelle 1rs chevaux étaient attelés, Nicolas ne fut p*s médiocrement étonné «le te sentir tout k coup étreint dan* un violent embrassement qui faillit le renverser; et sa surprise ne diminua pas en entendant la voix de M. < .rtimniles qui s'écriait : — C'est lui !... Mon ami, mou ami! — Bon Dieu! »7j cria Nicolas ensc débattant daus le» bras du directeur, qu avtx-vous? j qu'avet-vou*?

Le directeur ne répondit pas; mais le p-essa encore contre son rouir en disant : — Adieu ! mou uoblc enfant! mou eufaut au cour de lion !

Le fait était que M. Crummles, ne pouvant perdre l'occasion d’une scène dramatique, était sorti tout exprès pour prendre publiquement congé de Nicolas. Pour rendre se» adieux plu* imposants, il prodiguait à l'infortuné Nicolas une multitude d’embr *»«<les de théâtre, daus lesquelles, comme l’on »a'»t, celui ou «elle qui embrasse appuie le menton sur l’épaule de l’objrt «le son affection et regarde par-, dessus. M. Crummles s’en acquittait selon lotîtes le* meilleure», r-gles du mélodrame, en tirant en même trmp» des pièce» «n vo-jutr les forme» d'adi'-u tes pin* douloureuse* dont il pouvait sc souvenir. Ce n'était pa* tout, car l’aîné de* fil* Crummles iufli-cail à Sunke une pareille cérémonie, et le jeune Percy Crummles. drapé thiàt râlement d'un petit manteau de camelot, sc tenait à I écart dans 1 aliiludc d un •jarde prêt à conduire les victimes à l'échafaud.

Lrs spev'atcur* rirent de bon errur, et Nicolas, prenant son parti , rit aussi quand il fut parvenu à »r dégager. Il alla au «cour* de Smike étonné, grimpa sur I impériale après lui, et, pend . ni que la voiture roulait , envoya un baiser avec la uiain en I houucur de madame Crummles absente.

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