‹ Nicolas NicklebyChapitre 22 sur 52 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Smike et Newman Noggs, qui était enfin revenu chez lui, étaient assis auprès du feu , écoutant avec anxiété les moindres bruits qui vibraient dans la maison. L’absence proion ée de Nicolas commençait à exciter de vives alarmes dan* le cœur de ses deux amis. Mais enfin une voiture s'arrêta à la porte, et Newman courut audevant de Nicolas Eu le voyant d ns l'état décrit A la fin du dernier chapitre, il demeura immobile de surprise et de consternation.

— Ne vous slarmez pas, dit Nicolas, je n'ai pas de mal; un peu d'eau me guérira. — Pas de mal! s'écria Newman portant vivement la main sur le dos et les bras de Niçolas pour s'assurer qu'il n’avait pas U os cassé. Qu’avex-vous fait? — Je sais tout, intrrrrompit Nicolas; j’en avais entendu une partie, j’ai deviné le reste. Mais avant de nettoyer ce sang, je veux que vous me racontiex en détail ce qui s'est passé Vous voyez que je suis calme, ma résolution est prise. Allons, mon bon ami, parlez, car il n'est plus temps de pallier ni de disaimuler tien. — Votre habit est déchiré en plusieurs endroits , vous boites, et je suis sûr que vous souffrez, dit Newman. Lauret - moi voir vos blessures d’abord. — Je u’ai pas de blessures; ce n'e»t qu'un peu de douleur et d'engourdissement, qui seront bientôt passés; mais eussé je tous les membres fracturés, si je conservais mes sens, je ne me laisserais pas appliquer un sent bandage avant que vous m’euosiez fait connaître ce que j’ai droit de connaître. Allons, parlez, Newman. — Oui, oui ; je vais vous dire toute la vérité.

New man le fit. Nicolas inclina la tète de temps en temps aux détails qui venaient à l’appui de ce qu’il avait déjà entendu; mais il tint les yeux fixés sur le feu sans les lever un seul instant.

Son récit terminé, Newman exigea que Nicolas ô'àt son habit et permit de panser ses blessures; Nicolas y consentit avec quelque répugnance, et, (rendant que diverses contusions asirs graves aux bras et aux épaules étaient frottées d'buile et de vinaigre, et d'autres remèdes efficaces que Nicolas avait empruntés aux différents locataires, il raconta 1a mauière dont il les avait reçues. Celte narration fit une furie impression sur l'ardente imagination de Newman; car lorsque Nicolas en vint à la partie violente de la querelle, Newman frotta de manière à lui causer les plut vives douleur*. Cependant Nicolas se garda bien de se plaindre ; car il rorapri< clairement que, pour le moment, New man opérait sur air Mulberry Hawk, et avait complètement perdu de vue sou véritable patient.

Après avoir subi ce martyre, Nicolas convint avec Newman qu'on s'arrangerait pour que sa mere changeât immédiatement de domicile, et qu'on lui dépêcherait mis* la Creevy pour lui apprendre le* nouvelles du jour. Puis , il s'enveloppa dans la redingote de Smike , et alla à l'auberge ou Us devaient papier 1a uuiU Là, après avoir écrit 4

NICOLAS N'ICKLF.BY.

K il|th qutlqurJ liqno, que Newman devait se charger de remet Ire le lendrmaiu, il s’efforçi de goûter le repoi dont il avait taul b soin,

Le* homme* ivre*, dil-ori, peuvent ruuterau fond d'uo précipice, 1 «tn'avoir pas U moindre idée d’un danger sérieux quand il* revieo- I unit a la rai»oa. Celle observation peut .'appliquer à tout ce qu'on I fini ure daut un état d excitation violent. Il rat certain que le lendemain matin bien que Nicolas éprouvât d’abord quelque peine à réveiller, il aorlit aUément du lit a sept heure*, alerte et di-pos, comme • il ne lui fût rien arrivé,

Jl jeta un coup d’tril dan» U chambre de Smike, l'averiit de lu procit.ii uc visite de Newman, descendit, prit un fiacre, et ne ht conduire chez madame \\ itillerly, dont Newman lui avait dooué l'adreate le *oir précédant.

Il était bmt heures moio< un quart quand ils atteignirent Cndogan place. Nicolas eut un momeut peur que personne ne fût levé a ce- te heure; mai* il fut tiré d'incertitude par la vue d'une servante occupée à balayer les degré* de la porte. Ccfoiiciionn *irc femelle l'adressa au page équivoque, qui parut tout ébouriffe , comme un page qui sort du lit.

Ce jeune homme lui apprit que miss N'rhlrby te promenait dans le jardin. Nicolas demanda *1 on pouvait l'y aller trouver, et le page répondit qu'il ne le croyait pu; mais, stimulé pur le pré«ent d'un shilling, il devint plu*, confiant, et dit que la choie était possible.

— Dites à miss Nu h cby que sou frère est ici, et très- pressé de la voir.

Le pa ;e disparut avec une célérité qui ne lui était pas ordinaire; et Nicolas parcourut la chambre dans un état d’agitation fiévreuse qui lui rendait le moindre délai insupportable. Il entendit bientôt un pat léger qu'il connaissait bien, et avant qu'il put s’avancer à la rencontre de Catberne elle se jet» a sou cou et fondit en larmes.

— • Ma tendre amie, que vous êtes pile I dit Nicolas en l'embrassant. — J’ai è i si malheureuse, si miserab'e ici, mon cher frère ! dit en Sdiigloiant la pauvre Catherine. Ne me laisset pas ici , mou cher Nicolas, ou je mourrai de désespoir. — Je ne vous tai*«rrai nulle port. Je ne vous abandonnerai plus... Catherine, s’écria-t-il ému involontairement en la prrssaul dans se* bras, dite>-moi que j'ai agi pour le mieux ; dites moi que nous nous sommes sép«ré> pirce je craiguais d'appeler le malheur sur votre télé; que c était une épreuve non moins péuihle pour moi que pour vous; et que si j’at eu turt, c'est par erreur et p»r ignorance du monde. — Pourquoi vous dirais-je ce que nous M< ou* si bien? reprit Catherine d’un ton caressant. Cher Nicolas, comment pouvrs-vous parler ainsi? — C'est pour moi un reproche si amer de savoir ce que vous avrz souffert, de vous voir si changée, et pointant si bonne et si p>t ente '... Grand Dieu! s'écria Nicolas en fermant le poing et changeant subi tenir ni de ion et de manière, re te idée fait de nouveau bouillir tout mou sang. Il faut que vous sortirs d’ici de suite ; vnua n 'auriez pis dû y coucher cette huit, mai* j’ai été instruit trop tord. A qui puis -je parler avant de vous emmener ?

Celle question fut adressée trèià propos, car en ce momeut M. WiéiUerlv entra, et Catherine lui présenta son frère, qui lui annonça immédiatement ses intention* et l'impossibilité de différer.

— Le trimestre, dit M. Wititterly avec la gravité d'uu homme qui o raison, n’est pus encore à moitié : par conséquent... — J\,r conséquent. interrompit Nicolas, les appointements du trimestre doivent êlée perdus N ous excuserez, moniteur, cette extrême diligence; mais les circonstances exigent que je reliée ma sieur d’ici, et je n’ai pas un moment à perdre. J'enverrai chercher ses effet», si vous me le permettez. dan» le courant de la journée.

!H. Wititterly s'inclina , mai* ne chercha pas à s’opposer au départ immédiat de Catherine A vrai dire, il en était ass^ez satisfait; car le -docteur loi avait déclaré qu'elle ne convenait pas à la constitution de madame Wititterly.

— (pliant à la ino Jique somme qui est due, dit M. Wititterly, je la.;. (*"*» il fut interrompu par une violente quinte de touxj je U devrai è mus Nickh by.

Il faut observer qne M. Wititterly était accoutumé h devoir de p»lit.* compte», qu'il ne payait jamais. Tous les homme» ont quelque -p .litanie manière d'agir , qui leur e>l particulière; et c'était la maniéré de M. Wititterly

— Comme il vous plaira, dit Nicohis; et après s'èlre excusé de nouveau de son départ subit, il emballa Cuherine dan* le hacre et ordonna au cocher de le» conduire en toule hile dans la Cité.

Jl* sc dirigèrent donc sers la Cité avec toute la vitezie que des ■chevaux de fiacre étaient susceptible* d’avoir; et comme le» «Mviai •valent leur écurie de ce <ô»é-la, et qu'ils avaient l'habitude d y déjeuner [quand il* déjeunaient), il» firent le tr-jet plu* promptement qu'on n’aurait pu raisonnablement l'exiger.

Nicolas fit monter Catherine quelque» moment* avant lui, pour que son apparition inattendue n'al.irmét point sa mère, et sc présenta eomne avec beaucoup de revpect et d’affection. Newman n'était pas en retard. car il y avait une petite charrette à la porte, et le démé- SM (riurut s’opérait déjà.

Or, madame N icklehy n’était pas femme i comprendre, après une explication rapide, quelque cho.e d'important et de . délicat. C'est

pourquoi, bien que la bonne dame eût été préparée depuis une heure par la petite mi»» la Creevy; elle était dans un singulier état de t'ouhle et d'égarement, ne devinant pa» les motifs d’uue telle précipitation.

— Pourquoi ne vous expliquez-vous pas avec votre oncle, mon cher Nicolas? — Ma chère mère, le temps des explications est p**sé. Il n'y a qu’un péril k prendre, et c’est de le repousser avec le mépris qu'il mérite. Votre honneur exige qu'après avoir découvert ses viles intentions, vous ne lui »yrt aucune obligation, même celle de l’abri de ces muraille» nues. — bans doute, dit madame Nicklcby, c'est un monstre, un scélérat; et le» murailles sont nue», et ont besoin d'utae couche de peinture, et j'ai fait blanc ir ce plafond à met frais, moyennant dix-huit sou» ; ce qui est trca-fàcbeux, car c’est autant d'argent qui passe dan» la poche de votre onde; jr ne l'aurais jamais cru. jamais!

Comme Nicolas et u sœur étaient o<-cu;»é* du transport du mobilier. miss la Cieeoy se dévoua k consoler la digne dame.

— Vous ailes revoir voire ancien domicile, lui dit-elle; tout y est prèi, el vous serez les bienvenus par-desau» le marché. Allons, je vais vous conduire en ha*.

Mais madame Nickleby ne se laissait pas mener si aisément; elle voulut d'abord monter pour voir »i l’on n'avait rien oublié k fêta ge supérieur, cl desceudre ensuite pour voir si tout avait été rmporté. En entrant dans la voilure, elle fut soudain troublée de l'idée d'une cafetière oubl ée sur le fourneau de la cuisine; et quand on rut fermé la portière, elle se souvint douloureusement d'un parapluie vert laissé derrière quelque porte iucoonue. Enfui Nicolas désespéré commanda au cocker de partir, et la secousse inattendue de la voiture fit perdre à raada ne Nickleby un shilling dans la paille. Cet incident concentra heureusement son attention jusqu'à ce qu’il fût trop tard pour se rappeler autre chose.

Après avoir pourvu à tout, congédié la domestique et fermé la porte, Nicolas smta dans un cabriolet et se rendit dans un lieu voisin de Golden square, oh il avait donné rendez-vous à Newman. Il avait rai» tant d'activité k tous ce» arrangements, qu’il n'élail pas plus de neuf heures et demie quand il y arriva.

Voici la lettre pour Kalpb, et voici la clef, dit-il. Quand vous viendrez rae voir ce »oir, pa» un mot de ce qui s'est passé hier. Les tnauvabes nouvelles se propagent vi<e, et elles l’apprendront assez loi. Savez-vous >’il • été grièvement blessé?

Newman secoua U tête.

— Je m'en informerai sans perdre de temps. — Vous ferez mieux de vous reposer. Vont êtes malade, vous ave* la fièvre.

Nicolas agita la m-iin avec insouciance, et, dissimulant l’indisposition qu'il éprouvait réellement, maintenant que l’escitation qui l'avait soutenu avait cessé, il s'empressa de prendre congé de Newman Noggs.

Newman Noggs n'était pas k trots minutes de Golden square, mats dans le murs de ce* trois rainutrt il ils et remit la lettre dans son chapeau au moins une vingtaine de foi». Cadres»*, le devant le derrière, le» côtés, le cachet, furent l'objet de l’admiratiou de Newman. Il ia tint ensuite a brus tendu pour mieux jouir de ce délicieux aspect, et te frotta les mains, extasié de sa cowntu.iou.

Il arriva au bureau suspendit son chapeau au clotl accoutumé, mit la lettre et la clrf sur le pupitre, et attendit impitiemmenl l'apparition de R..lph Nickleby. Au bout de quelques minutes, un craquement de bolics bien connu *e fit entendre sur i’esc*lâer, et la sonnette retentit. — La po»le est-elle venue? — Non. — Y a-t-il d'autres lettre»? — Une seule

Newman le suivit des yeux, et la lui présenta.

— Qu'est-ce? demxnda Ralph en prenant la clef. — On l’a laissée avec la lettre; c’est un petit garçon qui lésa apportées, il y a environ an quart d’brurc.

Ralph regarda l'adresse, ouvrit la lettre, et lut ce qui suit:

«Vous m'èie* connu maintenant. Les reproches que je pourrai» accumuler sur votre tète n’emporterairnt p-s avec eux la millième partie de U honte que cette seule affirmation éveillera dans votre coeur.

* La veuve do votre frère el sa fille orpheline dédaignent l’abri de votre toit, et vous fuient avec dégoût Vos parents vous rrnienl; car le seul déshonneur qu'ils connaissent, c'est de vous êire uni de nom par les lira» du sang.

« Von» êtes vieux, et je vous laisse k la tomb-. Puissent les souve- ■ nir» de votre vie peser sur votre coeur, et jeter leur ombre sur votre lit de mort!

Ralph Nickleby lut cette lettre deux fois , fronça le sourcil , et tomba d*ns un accès de rêverie; la le tire échappa (te sa main, mais il cris- I p»it encore 1rs doigts comme s'il l’eût tenue.

Tout à coup il m leva, la fourra toule chiffonnée dans sa poche, et se lourna avec fureur vers Newman Noggs, comme pour lui demander I pourquoi il était là-, mais New man était immobile, le dos tourné, repassant avec un vieux tronçon de plume le* chiffres d’une table d’intéréis collée an mur, ri inattentif en apparence à tout autre objet.

L’irriUfiiou de Ralph augmenta lorsqu il eut appris par uu mot de M. Pjke l'accident arrivé à sir Mulberry.

— Ainsi, murmura-t-il , oe démon est encore léché; il est né pour

traverser met projet*, et B le* traverse! Il m'« dit autrefois qu'un jour nous aurions un compte à régler ensemble; je justifient m prophétie. — Etes-vous che* vou»? demanda Newman mon ira ut brusquement sa lêie. — Non, reprit R»lj>b *v«e une égale brusquerie.

Newman retira la té<e; mais il la remontra presque aussitôt.

— Etes- vous bien sfir de n'êlre pas chez voai? — Que veut dire cet iaiWcilr? - Celui qm vous demande insiste pour vous parler.— Qui donc P demanda llalph irrité au plus haut degré Uni de la nouvelle qu'il venait d’apprendre que du sang-froid désespérant de son commis.

1,'appariiion inattendue d’un tiers, l'indiv'dn en question, évita à Nrwman la peine d’nne réponse. Dirigeant son œil (car il n'en avait qu’un sur Ralph Ni< klrhy. il fit une multitude de révérences et s assit dans un fauteuil, les main» sur le» genou*. Ce mouvement releva tellement son pantalon que ta haut de ses bottes était presque * découvert . J-

— Voici une surprise, dit Ralpb en se penchant vers le visiteur, et

en souriant b demi durant son rumen attentif. J'aurais dû vous reconnaître, monsieur Sjue«*r*. — Ah î répondit ce digne personnage, vous m'auriez reconnu plus tôt si vous m'a vie* vu depuis moins longtemps. Mou ami, pou rstu vit-il en s'adressant b Nrwinvn, allez faire descendre ce petit garçon do tabouret où il est assis dan» l’autre bureau , et-dites-lwi de venir Ici; voulez- vous? ( )h 1 il est descendit tout aetil. C'est mon fils, monsieur, le pelit YYur klord Comment le trouvet-vous, pour un éch- Millon de la manière dont on est nourri au ch|te*u de Oolhrhojr»? Ne dirai t-on pas qu’il vu faire crever sa culotte, faire craquer les coutures, faire panir ton» les boulons par son embonpoint? Quelle. chair ! quelle solidité ! Il est presque impossible de. prendre a»*ex de m peau entre I iwlet et le pouce pour le pincer n’tinporre où. - '

Quelque satisfaisant que pftt être l’état do jeune Squeers, il était certainement lnin.de présenter une conipa«'ité aussi remarquable; car lorsque son père ferma l’index et le j*o»ce |»our faire sentir la justesse de son observation, l'enCnt poussa un cri perçant, et frotta l'endroit lésé de la manière Fa plu* naturelle possible.

— Il a lionne mine assurément, reprit Ralph, qui par de- secrètes raisons semblait désireux de sc concilier le imitre d’école. Mai» comment v* madame Squeert, et comment vous porte*- voua von*- même? — Madame Squeer*. monsieur, répondit le propriétaire de Duibelmys, est toujours la même c'est une mère pour les pensionnaires; c*e»t la vie, la consolation, le bonheur de tous ceux qui la connaissent. Un de Dos élèves n’rst gorgé de nourriture, et est devenu malade, cVst leur habitude; U lui est venu un abcès... Ah I il fallait voir comme elle l’a opéré avec un canif 1 O ciel l que cette femme est un membre précieux pour la société f

M. Squeers poussa un soupir et gesticula en prononçant oes mots; puis il s'abandonna un moment à une contemplation rétrospective, comme »i celte allusion ant perfections de sa femme l'eùt na'ii Tellement ramené au paisible village de Dotheboys, près detirela-Bridge, Yorkdiire.

Il semblait attendre que Ralph lui parlât.

Ktes-vnus bien remis de l'alutquedc ce gredin? demanda l’usurier. — -J’en suis encore souffrant, et j'en souffrirai peut-être toujours. Flgurt-x-vons. momirur. que je nVlats qu’une plaie d’ici I», dit Squeers en fauchant d'abord 1rs racines de ses cheveu* et ensuite le» talons de «vs haltes; du matin 411 soir, on m'appliquait des compresses de vinaigre et de papier brouillard ; je croit qu'on .1 bien u*é pour moi au moins une üuiii-miie de pxpirr broui l%rd. J étuis dxn* I;» chisioe pelotonné ei replié sur moi-même et l'on m’aurait pri* pour UH immense morceau de papier brouillard , tout- rempli de gémnwenients. Wackford . nu*» plaintes riaient-elles faibles ou aiguë»?- — Aiguës, réjioiidil ^ «ckford. — Le» élèves étaient-ils contenu ou fiché» de me voir daim cet état , Warkùml? demanda M. Sjrieeé* d’un tou sentimental — Conl... — lleiu? s’écria Squeers se retournant vivent) nt. - — Fichés, reprit son fil». — üb ! dit Squeers eu lui donnant un «oupsor l'oreille, ô*ez vu* mains de vos po>lie$, et ne h*lbutitz pafe quand oti vous adresse une qoes'ion. — Avez-vous été obligé de prendre un médecin? demanda Ralph. — Oui, mouleur, et i 1 tn'a présenté un mémoire aun loi-g ; mai» je l’ai payé.

l\ul|h leva les sourcils d'uiu* manière qui pouvait exprimer également la surprise ou I» sympathie, au choix de ion iiilerlonieur. — Oui . monsieur, je I ; i payé , jusqu'au dernier Isard , répondit Squeers; mais non pas avec l'argent de nu poche. — Ah! dit Ralph, — Le fait est, reprit Sqsners, que nous tt'svons à réclamer dVxiras aux petisioxmüires que pour le* visites du docteur; aus»i nous nous gardons ben de l’appeler quand le» parents ne sont pas solvables: vous saisisse»?... — Parfaitement. — Trèi-bien. Donc, quand on m'eut présenté mon mémoire, nous choisi me* cinq enfants (fils de petits négociants très-sûr»), qui n'avaient jamais eu la fièvre scarlatine; nous envoyâmes l’un d’eux d:ins une uiainnn oit on l'avait , et il l'attrapa. Nous finie* coucher les quatre autre» avec lui, et il» l'allrapèrt-nl. Le docteur vînt, b s vixiia tou* a la ronde; nous partageâmes entre eux le montant de mon mémoire; on l'ajouta à leur peut compte, et les parents payèrent. Ah! ah! ah’ —C’était un pian excellent, dit Ralph en lançant h Squeers une œillade furtive. — Je vous crois mus peine;

1 nous le suivons toujours. Quand madame Squeers accoucha du petit 1 Wackford que voici, nous donnâmes la coqueluche à une deroidouuiue dV lèves, et il* payèrent tou* les frais d'accouchement, y compris h garde.

Ralph ne riait jamais; mais, en cette occasion , il émit un ion qni se rapprochait do rire autant que possible, et, attendant que 11 . Sq-ieeri eét suffi»* minent exprimé sa uiisf action de pédagogue, U lui demanda ce qui l'appelait i l ond res.

— J’y viens chercher des élève*. — Etes-vous descendu à vôtre ancien hôtel ? — Oui , à la Tête de Maure; j’y resterai jusqu'à ce que j'aie touché ce qui m’est dù, et trouvé de nouveaux pensionnaires. J'ai amen* le petit W.rkford à dessein de le mootrrr aux parents et tuteurs. Je le ferai figurer don» mon annonce Regarde* cet enfant ; C’est un élève ; ranime il est merveilleusement bien nourrit

Ralph parlait ri écou'ait machinalement, et semblait méditer. — Je voudrais vau» dire un mot, dil-il. — Autant de mot» qu’il vous pUirq, monsieur Wack'ord , aile* jouer dan» l’autre pièce, et ne voit» remuez pas beaucoup, car vous maigririez , et ça ne ferait pat notre affaire. N’*ve*-vou» pas une pièce de quatre sou*, mousteur? dit Squiers faisant sonner un paquet rie clefs dans la .poche de son habit et murmurant quelque chose d’analogue à : Je n’ai pa* de monnaie.

— Oui , je... je crois que j’en ai une, dit Ralph très- lentement.

El il fouilla dan» un vieux tiroir, d’où, »p*è» biru des recherches, il tira une pièce de deux sous, uusen, et deux pièces de deux Itardt.

« — Je vou» remercie. 'Allez chercher nue tarte Waikford ; le commis de M. Nick'ebY VOU» indiquera le pâti*»ier; ayrx soin d’en acheter une belle La pâtisserie, voyt*-v«-u», lui donne un teiut luuant, et le» parmi» croient que c’esl un aigue d« hante.

M. Squeers augmenta la force de cette jrôjRcation par un coup d'œil significatif, approcha un fauteuil, et se plaça ru fare de Ralptt.

— Vou* m’écoutez? dit celui-ci en u penchant légèrement en avant.

— Je vous rebute. — Je ne pense psi que voua »oye* assez fou pour oublier ou p irdonurr aisément la violrnce dont vous avr* été- victime.

— Diable, non I — Ni pour perdre l'occasion de vous eu venger avec u»ure . »i xou* le pouv* s. — Qu’on me U procure , et vousNerret.— N est-ce point pour ta chercher auprès de moi que vous oi’ayer rendu visite? dit Ralph regardant en lacé le maître d’école. — N... n... non . je n’y ai pas songé; j’ai pensé que S’il vou* était possible de me donner, outre la bagatelle que vous m’avez envoyée , une indemnité. . ,

— Ah interrompit Ralph, il est inutile d'en dire davantage.

Après <ut long silence, pendant lequel Rilpb parut réfléchir, il

reprit la convertalîou en demanda»! t

— Quel est ce garçon qu’il a emmené avec lui? — Squeers prononça le nom dé Sinike. — F.lait-il jènnêJOW vieux, bien portant on malade, doux ou Intraitable?... Parlez, parle*, reprit Ralph précipitamment. — Mai* il D'élait pas jeune, cest-à-dire pas jeune pour un enfant... — C’est-à-dire que ce n'était pu* un enfant? interrompit Ralph. — Eh bien 1 reprit vivement Squeer* comme «i «elle suggestion l’eàl tiré d'embarraa, il pouvait avoir une vingtaine d'année*. Il ne paraîtrait pas »i Agé à des gens qui ne le connaîtraient pus, car il manqué un peu de ceci (il porta le doigt à son froo’J; il n’y a personne au logis, quand même on frapperait jusqu’à demain. — Et vou» frappnz assit souvent, je pense? murmura R»lpb. — Mais oui, rrprit Squeer» en ricanant. — Quand vous m'ivr* écrit pour m’envoyer quittance «le cette bagaU-l e, comme vous l'appelez, vous disiez qui* m protecteurs l’aviirnl abandonné depuis longtemps, et que vous n'jviet jus le moindre indice qui pût vous faire connaître qui il était. Eaf-ce'là la vérré?

— Oui, répondit S-jorer* montrant plus d’aisance et de f^miliarflé i mcsrdhfi que Rülph mettait moins de réserve. Il y a environ quatorze ans, date fixée par mes livres, un étranger me l'amena par ut) hoir d’aftlomoe, et me le laits* eu payant d'avance ci q livres cinq shilling» pour le premier trimestre; l'enfant pouvait avoir alors ci« q on si* au*. Pa» plus. — Que savez vous davantage sur ton compte ? deoianda Raph. — Rien peu, je le dis à regret. On me paya pendant six ou huit ans; puis le payement fut nu-pendu. L'inconnu avait donné une adresse à Londres mais quand je le fis demander, personne ne le rotinsltsait. Je gardai donc l’enfant par... par... — Otèriié? suggéra Ralph sèchement. — Par charité sans doute, poursuivit Squeers eu se frottant les genoni; et quand il commençait St me rendre de bons 6ervloe*. voilà ce coquin de Wickleby qui arrive et me I enlève. Mai* le plus fâcheux d«* l'affaire, la circonstance aggravante (Squeer* baissa U voix et se rapprocha de Ralph), c’est qu’on m'a etihu demandé des renseignement» sur son compte, non pas à moi, mai* fi des voisins de notre village , eil disant que j'étais peut-être *ur le point d'être payé de tout l'arriéré de sa pension, et peut-être... Qui sait? pareille chose m'est arrivée déjà... de recevoir uu présent pour le placer chez un fermier oü l'envoyer en mer. afin qu'il ne déshonorât jamais se* parents, eh supposant que ce soit un enfant naturel, comme beaucoup d'autres de uos élèves... Mais ce maudit Nickleby me l’a ravi m'a voté comme sur une grande route! — Avant peu nous serons quHie» avec *ui ! dit Rafiili en posant la main sur le bras de l’instituteur. — Quitte*! répéta Squeer». Ah! je voudrais seulement laisser en sa faveur une légère balance, qu'il réglerait quand il pourrait. Si seulement madame Squeers pouvait l’attraper! Juste

«W 1 elle le tuerait, monsieur Nicklebj, en aussi peu de lempt qu elle eu mettrait à dîner. — Noua reparlerons de cela , dit Halph. Il faut que j’aie le lempa d'y peoser. Il s’agit de le blesser dan» »rs idées, dans ara affrétions. Si je puis le frapper par ce garçon... — Fraj prt-le comme voua voudrez, interrompit Squeers, mai» que le coup porte, voilà tout. Sur ce. je voua souhaite le bonjour. Youlex-vou» prendre au clou le chapeau de ce petit garçon , et le faire descendre du tabouret?

En adressant cette requête à Newman Noggs, M. Squeer» passa dans l'autre bureau, arm gea le chapeau sur la tète de son fila avec âne sollicitude paternelle, pendant que Newman, la plume derrière J'oreille, était roide et immobile aur son siège, et regardait le père et le fila avec stupéfaction.

— C’est un bel enfant, n’est-ce pas? dit Squeers penchant un peu la tète de cêté, et se renversant aur le pupi're, pour mieux apprécier les proportions du petit Wackford. — Sii|»erbe, dit Newman. — El passablement replet, n'est-ce pas? Il a l'embonpoint de vingt enfanta. — Ah! répondit Newman approchant brusquement aa face de celle de Squeers, il a l'embonpoint de vingt enfauts, et plus, lia tout... que Dien garde les autres! Ab ! ab! oh combien !...

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