‹ Nicolas NicklebyChapitre 25 sur 52 · CHAPITRE XXVI II · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI II

City square, où était situé le comptoir de frères Cheeryble, méritait jusqu’à un certain degré les éloges de Tint Linkiuwater. C’est une phee tranquille, peu fréquentée, favorable à la mélau. olie, convenable aux rendez-vou*. Eu hiver, la neige la couvre encore longtemps aprèsavoir fondu dans les grandes rue». Le soleil d’été re*p>cte City squale, et lorsqu'il y darde avec économie scs joyeux rayon* , il garde scs dévorantes chaleurs | our des places plus agiiéea et moins imposantes. Cet endroit est si en me que, si vous venez en respirer la fraîche atmosphère, vous pouvez entendre le tic-tac de votre montre. Un bourdonnement lointain , non d’insectes , mais de voitures, est le seul bruit qui trouble le repos de la place. Lians les jours lez plut brûlants, le commissionnaire s’appuie paresseusement contre la borne tiède sans être chaude. Il lais,e par degrés tomber sa tète sur sa poitrine, ouvre et ferme les yeux, et finit |»ar céder à l'influence si pacifique du lieu. A son réveil, il recule, il regarde en l’air avec s'upéfaciion. A-t-il entendu un orgue ? a-t-il vu un fantôme? Non ; ce qu il aperçoit est encore plus étrange. Cest un p4pil on, un véritable papillon, égaré loin des fleurs, et volligeaut autour des barreaux de fer de la grille.

Mais si , à la porte des frères Cheeryble , rien n’attirait l'attention de Nicolas, il ue manquait pas chez eux d'objets capables de le divertir et de I intéresser. Tout ce qu'uu voyait, vivant ou iuaiiimé , participait à un degr 1 quelconque à la régularité et à la ponctualité rigoureuse de M Timothée Linkiuwater. Timothée réglait la pendule du comptoir à l’horloge de quelque vieille église inconnue des eux irons, qu'il soutenait être le meilleur chronomètre de Londres; et non moins exact que sa pendule, le vieux commis vrillait à tout minutieusement, réglait tout ce qu'il y avait à faire, disposait les moindres tifïnU mobiliers avec un ordre et une précision qu’ou eût à peine surpassé* s’il se fût agi des curiosi'és le» p'u* précieuses. Papier, plumes, encre, réglés, cife. pains à cachrter , boite de pierre pouce, ficelle, briquet, chapeau de Tint, gants de Tuu fcoiguetuemrm pliés, habit de i Tim, qu'on eût pris pour lui-même vu de dos qutod il était suspendu à la muraille; chacun deces objets avait sa place accoutumée, son e-psee de quel que.» pouce» b-biluel. 'près la pendule, il n'existait pas *1 »n- | struraeat aussi infaillible que le petit thermomètre accroche derrière la ! porte. Il n’y avait pas dans l'univers entier d'oiseau aus»i méthodique | qùé le m»rle aveugle qui coulait d'heureux jour* daus ta cage, et avait perdu la voix longtemps avant que Tim l’eût acheté Tim ne savait pas d'hisloire plus remplie d incidents que celle de l'acquisition de cet oiseau; il avait eu pitié de son état de souffrance et d’inanition, et l'avait ac été duns l'inlenlion de mettre un terme à sa misérable èliitence; puis il s’était déterminé à atléodre trois jours pour vpir si l'oiseau »e ranimerait. Le merle s’éuit rétabli au bout de trmle-six heures, et av,.ii recouvré sa ho une mine et son appéiil , jusqu'à ce qu'il devint... — tel que vous le voyez maintenant, monsieur, disait Tim eu regardant fièrement la cage; et la-dessut, Tim imitait un mélodieux gazouillement, et appelait ünk : et Di. k, qu'au peu de signes de vie qu’il donnait, on eût pu prendre pour l'image en bois ou empaillée il un merle, arrivait en trois saui» au bord de la cage, passa.! sou bec entre les barreaux, et tournait sa tète aveugle vtrs sou vieux maître ; et en ce moment, il eût été d.flici c de déterminer lequel était le plus heureux du merle ou île ’lim Linkinwuler.

Çe n’était pas tout, la bienveillance des deui frères se montrait en toutes choses ; les commis et les hommes de peine étaient si gras et si joyeux, qu’ils faisaient plaisir à voir. Au milieu des avis de départ de navire qui décoraieut le mur du comptoir, on voyaii^dm plans de dépôts de mendicité, d'établissements dr charité et de nouveaux kô-

pilaux. Un mousqueton et deux épée* figuraient au-dessus de la cheminée pour la terreur de» malfaiteurs ; mai» le mousqueton était rouillé et hort d'élat de service, c les épées n'avaieol ni tranchant ni pointe; ailleurs on eût souri de soir ces armes étalées en si mauvais étal . mai» elles semblaient , malgré leurs qualités meurtrières, se res>enlir de l'influence régnante, et devenaient des emblèmes de miséricorde et de pardon.

Telles furent les pensées qui se présentèrent à Nicolas lorsqu'il prit possession de m place avec plus de calme qu'il n'en avait éprouvé depuis longtemps. Kilts l'encouragèrent et lo sumulèn ni sans doute; car, dutant les deux semaines suivantes, il employa toutes ses heures de loisir, matin et soir, à s'initier »ux mystères de la tenue des livre*. Il s'y appliqua avec tant de per évérance, que, bien qu’il n'cùtque de faibles notions d'arithmétique, il fut au bout d'une quinzaine en état de taire part de ses progrès à M. Liokwaler, de réclamer l'exécution de U promesse qu'on lui avait faite, et de te présenter pour aider le vieux commis.

Il était beau de voir Tim Linkinwater prendre lentement un registre et un livre de compte massifs, les tourner eu divers sens , les épou*scier avec soin, t-n parcourir le» feuillets, et jeter des regards de tristesse et de f.erlé sur la netteté de» chiffres et des caractères.

— Depuis quarante-quatre ans, dit Tim, j'ai bien vu des registres !

Il referma le livre.

— Allons, allons, dit Nicolas, j'ai hile de commencer,

Tim Linkinwater remua la tète d’un air de doux reproche. M. Nickleby n’était pat avez vivement pénétré de l'importance de ses fonctions; car enfin, s'il y avait eu uue erreur, une page déchirée !...

Les jeunes gens sont aventureux; ils montrent parfois une audace extraordinaire. Nicolas ne prit p* même la précaution de s’asseoir sur le tabouret, mais il se tint debout devant le pupitre. Un sourire errait sur se» lèvres, un véritable sourire; comme M. Linkinwater l'a souvent répété depuis, il n’y avait pas moyen de s’y méprendre. Le novice , trempant sa plume dans l’encrier, la fit courir sur les livres de r.heer; able frères.

Tim Linkiiiwater devint pâle, et, peuebant son tabouret sur les deux pieds les plus proches de Nicolas, il le rrgarda pr dessus l’épaule avec anxiété. Les deux jumeaux entrèrent en ce moment ; mais Tim Liukinwarer, sans se détourner, agita la main avec imptience pour leur recommander un hilence profond, et continua à suivre d'un ceil inquiet les traits de la plume inexpérimentée.

I.M frères le conlrmplèrent en souriant; mais Tim Linkinwater ne rit pas, ne bougea ps durant quelques minutes. Enfui il respira lentement , regar.fa Charles Che rybie sans changer sou labouret de positioo . désigna Nicolas du bout de *a plume à la dérobée, et inclina la tète d'un air grave et résolu, qui voulait évidemment dire :

— Il ira

Le frère Charles répondit à ce signe , et échangea un sourire avec Edwin (liais Nicolas avait suspendu sa tâche pour faire une recherche dan* une autre pge, et Tim Linkinwater, incapblc de contenir plus longtemps satisfaction, quitta sa place, et le prit avec ardeur pr la main.

— Voilà son ouvrage, dit Tim d'un air de triomphe. Ses B et ses I) majuscules sont parfaitement semblable» aux miens. Il met les points sur tous les i, et barre tous les / en 1rs écrivant. Il n'y a pat nn jeune homme comme lui dans toute la capitale, je le soutiens. La Cité n'offrirait ps son preil, je l'en défie.

Jetitnl ainsi le gant à la Cité, Tim Linkinwater donna un tel coupde poing sur le pupitre, que le vieux merle aveugle tomba effrayé à bas de son bâton, et, dans i’excè» de son étonnement, fit positivement entendre un faible cri.

— Bien dit, Tim, bien dit! s’écria le frère Charles presque aussi satisfaitquc Linkinwater même; je savaisque notre jeune ami travaillerait avec xèie, et j'étais presque certain qu'il réussirait en pu de temp. Ne vous i'ai-jc ps dit, frère Edwin ? — Certainement , mon cher frère, et vous avez eu parfaitement raison. Tim Linkinwater est ému, mais il a de justes mo ifs pour l'être. C’est un brave homme. Monsieur Tint, vous êtes un brave homme.

Tim ne fit pas attention à cette apostrophe, et leva les yeux vers les deux jumeaux. — Je suis enchanté, dit-il; pensei-vous que je n’aie ps souvent songé à ce que deviendraient cet livre» quand je serai* retiré ? l’eusez-vous que je n'aie ps souvent songé qu’après mon déprt tout se ferait avec tiédeur et irrégularité? Mais à présent je suis content. Je lui donnerai encore quelque» leçons, et je pourrai mourir, et les affaires irout comme de mon vivant, et j'aurai la satisfaction de savoir qu’il n'y a jamais eu, qu'il n'y aura jamais de livres tenus comine ceux deCheerybli frères.

M. Linkinwater indiqua pr un court éclat de rire qn’il continuait à défier la Cité, retrancha tranquillement une erreur de 19 de la dernière colonne qu'il avait additionnée, et se remit à l'ouvrage.

Les deux jumeaux i.'rloignèrcitt, et Charles Cheerybk dits Edwin :

— J'ai p*nsé à une chose; c'est à louer à U famille Nickleby notre maison de Bow sire* t, qui se trouve vacante aujourd'hui Qu'rn dilesxou*?— Il faut la leur donner pour rien, répoudit Edwin; nous sommes riche* , et U serait honteux pour oous d eu toucher le loyer en cette circonstance. — Peut-être , reprit Charles doucement , vau-

drait-il mieux exiger de* Nickleby uue modique somme annuelle, ce qui contribuerait a leur conserver de* habitudes d’économie , et leur serait mo us pénible qu'un bienfait complètement gratuit. Nous pouvons demander quinze ou viugi livres, et ai ou les pye régulièrement, leur eu tenir compte d’une autre manière. Noua pouvons aisément leur faire de pentes avances pour se meubler, et s’ils *e conduisent bien , comme j'en ai la certitude , nous transformerons ce* prêt* ea dont avec précaution, et par degrés, sans le leur faire trop sentir, f^u'ee pensez- vous, mou frère?

Edwin fut de cet avis. Madame Nickleby et Catherine prirent possession de la maison, et tout fut espoir, agitation et contentement.

Il n’y eut jamais assurément de semaine plus remplie de surprises et de découvertes que la première qu’on psta dans la petite maison. Toutes les foisque Nicolas rentrai*, on avait constaté la présence de quelque chose de nouveau. Tantôt c’était une vigne, puis un fourneau, puis un cabinet. Des rideaux de mousseline donnaient à telle ou telle chambre une physionomie des plus élégantes. Miss la Creevy, qui était venue par l'omnibus passer un jour ou deux avec la famille, perdait continuellement ses pointes et son marteau, courait partout les manches retroussées, tri bûchait sur l'escalier, et se donnait beaucoup de peine. Madame Nickleby parlait uns cesse et travaillait de temp*. en temps, mais pas souvent. Catherine s’occupait saut bruit, et trouvait tout charmant. Sinike rendait le jardin magnifique, et Nicolas aidait et encourageait tout le moude. La joie et la tranquillité étaient revenues dans cette humble famille , et l’absence et les maux qu'elle avait endurés communiquaient de nouveaux charmes a leur situation actuelle.

Bref, les pauvres Nickleby étaient unis et heureux, pendant que le riche Nickleby était seul et misérable.

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