‹ Nicolas NicklebyChapitre 29 sur 52 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Encore une fois hors des griffes de son ancien persécuteur, Smike n'avait pas besoin d’être stimulé davantage pour déployer toute l'énergie dont il Plaît susceptible. Sans s'arrêter un »eul instant à réfléchir sur la route qu’il prenait, ou sur la potsibübé de regagner son gîte, il s’enfuit avec une étonnante persévérance de vitesse. Porté sur les ailes de la peur, il lui semblait que la voix trop connue de Squeer» retentissait à ses oreilles, que l'instituteur, avec une lwndu de satellites, le poursuivait avec fureur, tantôt demeurant en arriére à une grande distance, tantôt gagnant du terrain , selon que les alternatives de l'espérance ci de la terreur agitaient le pauvre garçon. Long temps après s'être assuré que ces bruits n'étaient qu'une création de son cerveau troublé, il marcha d’un pas que ia faiblisse et la f- ligue ralentissaient à peine. Ce ne fut que lorsque le calme et l’obscurité d'une grande roule le rappelèrent au lemunrnt des objets extérieurs, lorsque le ciel étoilé l'avertit de la marche rapide du temps, que, haletant et couvert de poussière, il s’arrêta pour écouter et regarder autour de lui.

Tout- était silencieux. Dans le lointain . une lueur éelalaote , qui s'ép ano uissait dans le ciel, marquait la place où gisait l'immense capilalb Sothe eut vaguement l’idée puérile de faire dix ou douze mriicfdiins 1* campagne et de retourner chez lui par un long détour, liB^Ipp jwiwIatt de suivre seul les rues où il risquait de rem on- Iteè son formidable ennemi; mais bientôt il rebroussa chemin , cl , prenant la grande route , non sans crainte ni méfiance , revint à Londres avec presque autant de célérité qu'il en avait mis à quitter la rcîdtnee teuipor-ire de M. Squeer*.

Au momeut où il rentra dans les quartiers de l’Ouest, la plus grande partie de» boutiques étaient fermée*. 11 ne resta il dans les rues qu’un petit nombre de ceux qui avaient été tentés de se promener après la chaleur du jour, et Us allaient rentrer. Smike prit de temps

en temps des informations , et à foree de questions réitérées il atteignit enfin la demeure de Newman Noges.

Newman avait passé la soirée à chercher dans tou# les coins et recoins de la ville la personne même qui frappait à la porte. Pendant que Nicolas faisait de son côté de semblables perquisitions, Newman soupait seul et tristement , quand le coup Incertain et craintif de Smike retentit h ses oreilles. Attentif à tous les bruits , dans ton état d’inquiétude et d'attente, Newman descendit les drgréa quatre à qu4ire , poussa un cri de sarprise et de joie , entraîna ton hôte bienvenu dans l’allée , puis en haut de l'escalier, et ne prononça pas une parole avant de le tenir en sûreté dans son grenier, et d’avoir fermé ia porte sur eui. Puis U remplit une grande jatte d un mélange de genièvre et d’eau , la porta à U bouche de Smike, comme on présenterait une médecine aux lèvre» d’un enfant réfractaire, et lui i oui round* de la boire jusqu'à la dernière goutte.

Nrwman devint pâle en voyant que Smike avait à peine la force de goûter du bout des livres la précieuse mixture; il allait porter la jatte a sa propre bouche quand Smike se mit à raconter ses aventure». New mari s’arrêta à moitié chemin , et il écouta sa jatte à 1« nunn.

Les changements qui s’opérèrent sur là face de Newman pendant cette narration furent assr* étr. «ge* à voir : d’abord il se frotta les lèvres avec le revers de la main . connue pour se préparer à goûter son breuvage; pois, en rntrndant nommer Squ ce rs, il mil la jatte sons son bras , ouvrit de {prends yeux, et p;irut au comble de l'étoni ruent. Quand Smike en viut à parler des coup» qu’il avait reçus dans le tiiicre, Newman déposa la jatte sur la table, arpenta la chambre avec la pli!» grande agitation, s’arrêtant parfois brusquement pour écouter avëc plu» d'altrniion. Quand John Browdie parut en scène , Newman se l»i<*a lentement tomber sur une chaise , se frotta les main» sur les grnoux avec une vitesse qui croissait à mesure que le récit approchait de sa conclusion, et finit par faire rn-'tendre un éclat de rire composé île In ! ha! bruyants et sonores. Puis sn physionomie s'assombrit, et il demanda avec l'anxiété la plus vive s’il était probable que John Browdie et Squeers en éuient venus aux coups.

— Je ne crois pas , répondit Smike. Squeers ne s’est aperçu de ma futile que lorsque j'étais bien loin.

Newman se gratta la tète d’un air de désappointement , éleva enrôle une fois la jatte , et s’en administra le contenu tout en souriant à Smike par-dessus le bord.

— Vous resterez Ici k dit Newmin, vous êtes fatigué , baratté. Je leur dirai que vous été» de retour. Ils avaient presque perdu la tête à cauae de vous; M. Nicolas.... — Que Dieu le bénisse ! s’écria Smike. — Amen ! reprit Newman. Il n’a pas en une >cu!e minute de repos ni de tranquillité ; pas plus que la vieille dame et ratai Nieklcby. — A-t-elle donc pensé à moi? dit Smike; a-t-elle pensé à moi? Ne ni’abtttrz pas, si ce n’est pas vrai. — C’est vrai, s'écrit Newman. Kde a autant de noblesse que de beauté. — Oui , oui t s'écria Smike. Bien dit. — Qu’elle e»t douce et bonne I reprit Newman. — Oui , o»il ! s’écria Smike avec une énergie croissante. — Et cependant qu’elle est franche et courageuse ! poursuivit Newman.

Dans son enthousiasme, il allait continuer, quand , jetant les yeux «ur lui , il l’aperçut que Smike s’était couvert la ngure avec se* mains , et que de» larme» glissaient entre ses doigts.

Un moment auparavant les yeux du jeune homme avaient étincelé «l'un feu inaccoutumé, et tous ses traits avaient brillé d’une animation qui le rendait tout différent de lui même.

— Rien, bien , murmura Newman. J'ai été touché pltisd’unc fois de co qu'une pareille nature eût été en proie à tant de tribulations; Ce pauvre garçon... Oui, oui, il sent cela aussi, I] en est attendri, U se rappelle scs propres malheur». Ab ! voilà Oui , c’est cela !..< Hum I

Le but de ces réflexions entrecoupées était d'expliquer l' émoi i un qui les avait suggérées. Les considérant comme suffisamment cl.nr es . Newman Noggt demeura quelque temps & contempler Smike dans une attitude de reverie. Puis il renouvela U proposition d'aller lui-même calmer l’inquiétude de U famille, pendant que Smike se coucherait. Mais Smike »'y refusant et alléguant son vif désir de revoir ses amis, ils sortirent ensemble.

La nuit était avancée ; Smike, épuisé de fatigue, se Usinait péniblement, et ce ne fut qu'une heure avant le lever du soleil qu ils atteignirent leur destination.

En entendant leurs voix si connues à U porte, Nicolas , qui avait pas*é une nuit blanche à chercher le# moyens de retrouver son protégé perdu, sauta à baa du lit et les accueillit avec transport. Le plaisir et l'indignation s’exprimèrent d’une manière si bruyan e que le reste de U f .raille fut bientôt éveillé, et Smike fut reçu crodMlemeut oo ''-seulement pir Catherine, mais au**i par madame Nickleby.

Celte 4a ne l'assura de son estime éternelle , et eut l'obligeance de racouier, tant pour sou plaisir que pour celui de la réunion, une aventure remarquable tirée d'un ouvr-ge dont elle n'av.it jamais su le titre. Il s'agirait d'un officier, dont elle avait oublé le nom, détenu . pour un crime dont el»e ne se souvenait que confusémen*. et qui s’était ! miraculi uiement échappé de n'importe quelle prison ; elle ne pouvait se rappeler laquelle..,

I D abord Nicolas fui disposé à croire que «ta onde avait été Coto-

plice de cette tentative hardie, qui avait failli réussir ; mais, après de plus mûres considérations, il fut convaincu que M. Squeers seul en avait toute la responsabilité. Déterminé à s'assurer, s’il le pouvait, par John Browdie, de la manière dont la chose s’clail passée , il se rendit à ses occupations journalières. En route, il examina différents moyens de punir l'instituteur d'Yorkshire. Tous ces moyens étaient fondés sur les principes les plus rigoureux de la justice, et n'avaient d'autre inconvénient que celui d'être complètement impraticables.

— Voilà une belle matinée, monsieur Linkinwater, dit Nicolas en entrant au bureau. — Ah! répondit Tint, pirlex donc de la campagne. Que dites-vous de ce jour, pour un jour de Ixtndres? — il est un peu plus brillant hors de la ville. — Plus brillant? répéta Tint Linkinwater; il faudrait le voir de U fenêtre de ma chambre à coucher. — Vous voules dire de la mienne, répliqua Nicolas en souriant. — Parce que vous babitex la campagne (le quartier de Uow était on lieu champêtre aux yeux de Tint! ; mais que trouvera la campagne outre de* œufs frais et de» fleurs? Or. je puis acheter tous les matins des oeufs frais au marché, et quant à de* fleurs, me* œillets ou mes giroflées doubles de la mansarde du n“6, dans la cour, valent la peine qu’on monte l'escalier pour les sentir ou pour les voir. — Il y a des giroflées doubles au n° G , dans la cour? demanda Nicolas, — Oui, répondit Tint ; et elles sont plantées dans un pot fêlé, sur la gouttière. Le printemps dernier, on y voyait des hyacinthes qui fleurissaient dans..,.* .Mais vous allex rire. — De quoi? — Des vases où elles fleurissaient, c'étaient de vieilles bouteilles de cirage. — Je n'y vois rien de risible.

Tim parut encouragé par le ton de cette réponse à s’expliquer davantage. Il planta derrière son oreille une plume qu’il venait de tuilier, ferma son canif avec un craquement aigu, et dit :

— Les fleurs du n° G appartiennent à un enfant bossu, contrefait,

alité, et semblent être les seuls plaisirs dr sa triste existence. Combien y a-t-il d’années que je l’ai remarqué pour la première fois, faible enfant, se traînant sur une paire de petites béquilles! Il y a peu de temps, sans doute ; mais si ce temps me parait court en songeant à autre chose, je le trouve long, très-long quand je songe à ce malheureux. Il eat triste de voir un peut enfant difforme, séparé des autres enfants, qui sont actifs et joueurs, et, contemplant de loin les jeux auxquels il lui est interdit de prendre part; ce spectacle tp'a souvent fort ému. — Il faut avoir bon cœur, dit Nicolas, pour accorder à de pareilles choses une attention que requièrent les tracas multipliés de chaque jour. Vous disies — Que les fleurs appar-

tenaient à ce pauvre enfant, voilà tout. Lorsqu'il fait beau temps, et qu’il peut se traîner hors de son lit, il approrhe une chaise de la croisée, s’assied, et passe la journée à les regarder, à les arranger. Nous nous sommes fait d’abord des signes, puis nous avons entamé la conversation. Au commencement, quand je lui parlais le matin et lui demandais comment il se portait, il souriait et répondait : Mieux. Mai» à présent il secoue la tète, et s’incline davantage vers ses plantes. Ce doit être pénible de ne voir, pendant tant de mois consécutifs,

S ue les toits sombres et les nuages qui passent; mais il a beaucoup e patience. — - N’y a-t-il dans la maison personne pour le secourir ou pour le cousoler? — Son père y demeure, je crois, et d’autres

J ens aussi ; mais personne ne semble prendre soin du pauvre estropié.

e lui ai demandé bien souvent si je ne pouvais rien faire pour lui ; sa réponse est toujours la même : Rien. Dernièrement sa voix s’est affaiblie, mais je vois qu’il me fait encore la même réponse. Maintenant il ne peut plus quitter son lit, qu'on a placé près de la fenêtre, et oit il passe tout le jour regardant tantôt le ciel, tantôt ses fleurs , qu'il essaye encore de cultiver et d’arroser de ses maint débiles. Le soir, quand il voit ma chandelle, il tire ton rideau, et ne le referme que lorsque je suis couché. La certitude que je suis là semble lui tenir lieu de société; et il m'arrive souvent de rester une heure et plus à ma fenêtre pour qn’il voie que je veille encore. Quelquefois je me lève la nuit pour regarder la triste et sombre lumière qui éclaire sa petite chambre , et je me demande s'il est éveillé ou endormi. La nuit ne tardera pas à venir où il s’eudormira pour ne jamais se réveiller sur la terre. Nous n’avons jamais échangé une poignée de main , et cependant je le regretterais comme un vieil ami. Croyexvous qu’il y ait dans la campagne des fleurs susceptibles de m'intéresser autant? Cent espèces de fleurs choisies, appelées des noms latins les plus barbares, me donneraient-elles en se flétrissant sous me» y eux la moitié de la douleur que j’éprouverai quand ces vieux pots et ces vieilles bouteilles seront enlevés comme d'inutiles objets? Vous parles de la campagne ! Ne savez-vous pas que c'est à Londres •eulement que je puis avoir une pareille vue sous la croisée de ma chambre à coucher ?

Après cette question , Tim se retourna , et feignant d'être absorbé dans ses comptes, profita pour essuyer ses yeux à la bâte d’un momeut où il supposait que Nicolas regardait d'un autre côté.

Soit que ce matin-là les comptes de Tim fussent plus embrouillés qu’à l'ordinaire, soit que sa sérénité habituelle eût été troublée par tes souvenirs, il arr.va que Nicolas , après avoir exécuté quelque comniis>iou , ayant demandé si M. Charles Chccryblc était seul, Tim répondit affirmativement sans la moindre hésitation. Cependant quelqu'un venait d'entrer dans la chambre dix minutes auparavant, et

Tim prenait ordinairement soin de défendre U porte des deux frères quauil ils étaient occupés avec une personne étrangère.

— Alors, dit Nicolas, je vais lui porter eette lettre.

Et il se dirigea vers la chambre et frappé à la porte. On se répoedit point. *-

Il frappa de nouveau, mais sans plus de succès.

— Il n’y est pas, se dit Nicolas; je mettrai la lettre sur sa table.

Ni.olas entra, et retourna promptement sur ses pas en voyant, à sa

grande surprise, une jeune dame à genoux aux pieds de M. Ciieeryblr. M. Cbeeryble la conjurait de se lever, et priait une troisième personne, qui semblait être la domestique de la jeune dame, de l’aider à persuader celle-ci.

Nicolas balbutia une excuse, et allait se retirer précipita matent, quand 1a daine, tournant un peu la tète, lui montra les traits de l’aimable jeune hile qu'il avait vue au bureau de placement lors de sa première visite. Il reconnut dans la domestique celle qui l’accompagnait également à cette époque; et partagé entre son admiration pour la beauté de la jeune dame et le trouble que lui causait celle rencontre inattendue, il demeura immobile, égaré, muet, éperdu.

— Ma ebère dame, ma chère dame . s’écria le frère Charles d.<us une agitation violente, de grâce, pas un mot de plus, je vous en supplie. Levez-vous, miss... nous ne somnu-s pa* seuls.

A ces mots, il releva la jeune dame, qui s'avança en chancelant ver» une cbaisc, et s’évanouit.

Nicolas s’élança ; — Elle se trouve mal, monsieur!

— Pauvre lîlle, peuvre hile! cria Charles. Où est mon frire Edwiu ? .don cher Edwin, venu ici !

Edwin se précipita dans la chambre : — Qu’y a-t-il? ab .'...quoi!,.. —Silence! silence ! pas un mot, Edwin' Sonnez la femme de charge, mon cher frère; appelés Tim Linkiuurater. Mou cher monsieur Niekleby, aortes, je vous en prie. — Je crois qu’elle se remet, dit Nicolas, qui avait suivi les mouvements de la jeune dame avec tant d’attention qu’il n’avait pas entendu celte requête. — Pauvre enfant ! s'écria Charles en lui prenant doucement la main et lui appuyant la tête sur ton bras. Mon cher Edwin, vous êtes surpris sans doute d'être témoin d’une pareille scène durant nos heures d'occupation; mais...

Ici il se rappela la présence de Nicolas, le prit par la main , le prie avec iustancc de sortir, et d’envoyer Tim Linkinwater sans une minute de retard.

Nicolas se retira immédiatement , et rencontra sur son passage la vieille femme de charge et Tim Linkinwater qui sc coudoyaient dans le couloir, et arrivaient avec une vitesse extraordinaire. Sans s’arrêter à prendre connaissance du message du jeune commis, Tim Linkinwaier se rua dans la chambre, et aussitôt apres Nicolas enleudit fermer et verrouiller la porte en dedans

Il eut tout le temps nécessaire pour ruminer sur sa découverte, car Tim Linkinwater futabsentdurantprèsd’une heure. Pendant ce temps, Nicolas ne songea qu’à la belle inconnue, te demandant ce qui pouvait l’avoir amenée, et pourquoi l’on prenait tant de mystérieuses précautions. Plu* il y pensait, plus il était embarrassé, et plus il désirait savoir ce qu’elle était — Je l’aurais reconnue entre dix mille, se disait Nicolas , et il arpentait la chambre en long et en large, se représentait le visage de celle qui l’occupait si vivement, et écartait avec dédain tout autre sujet de réflexion.

Enfin Tim Liukinwater revint; il était d’un calme désespérant, et tenait des papiers à la main , une plume à la bouche, comme si rien U*. était arrivé.

— Est-elle complètement remise? dit avec impétuosité Nicolas. — Qui? — Qui? la jeune dame.

Tim ôta sa plume de sa bouche. — Monsieur Nicolas, dit-U, combien font quatre cent vingt-sept fois trois mille deux cent trentehuit? — Répondes donc d'abord à ma question, reprit Nicolas. Je vous interrogeais... — Au sujet de la jeune dame, dit Tim Linkinwater eu mettant ses lunettes. Oui, sans doute, elle se porte trèsbien. — Vraiment? — Sans contredit. — Pourra-t-elle retourner chex elle aujourd'hui ?— Elle eat partie. — Partie ! — Oui. — J’e*ptre qu’elle n’a pas beaucoup de chemin à faire, dit Nicolas les eux fixés sur son interlocuteur. — El moi aussi, répondit i’impasaibie 'ira.

Nicolas hasarda une ou deux autres observations, mais il était évident que Tim Linkinwater avait nez raisons pour éluderiez questions, et qu’il était déterminé à ne donner aucun autre renseignement sur la belle inconnue qui avait éveil. é à un si haut degré la curiosité de son jeune ami. Sans être découragé par ce refus, Nicolas revinkà la charge le lendemain avec d’autant plus de hardiesse qqc Ai. Lrnkniwatrr était d’une humeur très-communicative. Maiisû^'uue éèlriljet fut entamé, Tim retomba dans une désespérante tJcitMHflRHHm» avoir répondu par des monosyllabes, huit par ne point répondre du tout. Il se contenta de faire gravement divers gestes, qui ne servirent qu’à redoubler la soif de nouvelles dont Nicolas était déjà tourmenté.

Frustré dans son espoir, Nicolas fut réduit à attendre la prochaine visite de la jeuuc dame; mais il éprouva un nouveau désappointement. Les jours se succédèrent, et elle ne reviut pas. Il examina le» adresses de toutes les lettres et de tous les billets, mais pas un seul ne

lui parut être de ion écriture. Deux ou trois foi» on le chargea d’affaire* qui l’obligèrent à s’éloigner, et qui étaient ordinairement dans les attributions de Tim Linkinwater. Nicolas ne put s'empêcher de soupçonner qu’on l’envoyait en course tout exprès, et qu'on recevait la jeûne dame en son absence. Mais rien ne transpira qui confirmât se* soupçons, et aucun aveu propre à le* corroborer ne put être obtenu de Tim Linkinwater.

Le mystère et le désappointement ne sont pas absolument indispensables a l’accroissement d'une passion; mais ils en sont très-souvent les puissants auxiliaires. « Hors de vue, bore de l’esprit,* est un proverbe assrt applicable à l'amitié, quoique l'absence 11 e contribue pas toujours à refroidir des amis, et qu'il en soit de la franchise et du dévouement comme de ces pierres fausses qui , vues d'une certaine distance, passent plus aisément pour réelle*. Quant à l’amour, il est vivement secondé par une ardente et active imagination qui a bonne mémoire et se nourrit pendant un temps considérable des aliments les moins s ibsUniiels. C'est ainsi que souvent la séparation et les plus invincibles obstacle* le grandissent et le développent. Ce fut ainsi que Nioolas, ne songeant de jour en jour et d’heure en heure qu'à la charmante inconnue , demeura enfin convaincu qu'il en était éperdument amoureux, et que jamais il n’y avait eu d'amant malheureux et persécuté comme lui.

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