NICOLAS M CK LE H Y
rester ici , et ii restera. — Vous ne voulez pat l'abandonner?—- Fût* il un chien , je ne l'abandonnerais pas contre sa volonté, pour être victime de la brutalité de l'homme auquel vous avez l'intention de le remettre. — Rossez ce Nickleby à coupa de chandelier, s’ écris M. Squeers par le trou de la serrure, et reudes-moi mou chapeau, je vous prie , à moins qu'il ne veuille me le voler.
Cependant mesdames Nickleby et Browdie pleuraient et se mordaient les doigts dans un coin, pendant que Catherine, très-pile , nuis parfaitement calme, se tenait aussi près que possible de son frère.
— Je suis bien fichée de ce qui arrive , dit madame Nickleby. Je ne sais véritablement pas ce qu'il y aurait de mieux à Lire; Nicolas en décidera aans doute; il est pénible d'avoir k sa charge les enfants des autres, quoique M. Snawley jeune soit certainement utile et plein de bonne volonté; mais si l'on pouvait s'arrangera l'amiable... si M. Snaueley ainé, pur exemple, s'engageait h payer quelque chose
our la table et le logement de son ni» , ce qui nous permettrait
‘avoir du poisson ou du pudding deux fois par semaine, je crois que tout se terminerait k 1a satisfaction générale.
Ce compromis, proposé avec force larmes et soupirs , ne fut honoré de l'attention de personne, et la pauvre msdame Nicklrby continua k développer à madame lirowdic les avantages d’un tel arrangement, et les malheurs qui ad viendraient, si l’on n'écoutait pas ses couseils.
— Vous êtes un enfant ingrat, dénaturé, indigne d’être aimé, dit Snawley k Smike épouvante. Vous repoussez ma tendresse, vous ne voulez pus me suivre ? — Non, non , non ! — Il n'a jamais aimé personne , brail'a Squeers par le trou de la serrure , il ne m’a jamais aimé; il n'a jamais aimé mon fils, qui est presque un chérubin. Comment prut-on s'attendre k ce cju’il aime son père ? il ne sait pas ce que c’est que d'avoir un père, il ne le comprend pas.
M. Suawlcy regarda fermement son fils pendant une bonne minute, se couvrit le* yeux avec la main , éle^a de nouveau sou chapeau vers le ciel , et parut déplorer profondément cet excès d’ingratitude. Puis il passa sa main sur ses yeux, il ramassa le chaprau de M. Squeers, le prit sous son bras, mit le sien sous l’autre, et s'éloigna lentement.
— N os rêves sont détruits, monsieur, dit Ralph à Nicolas. Ce n'est pas un inconnu, ce n’est paa l'héritier persécuté d’une haute famille, mais le fils imbécile et faible d’un pauvre marchand. Nou» verrons si votre sympathie survivra k la connaissance de la réalité. — Nous verrons, dit Nicolas en lui faisant signe de sortir. — Apprenez, monsieur, ajouta Ralph, que je n’ai nullement supposé que vous nous le rendriez ce soir. L'orgueil, l'entêtement, les beaux sentiments que vous affectez, tout s'y opposait. Mais nous saurons bientôt vous réduire , monsieur. Les dépenses , les tracas, les tourments et I insomnie d'un procès briseront votre esprit hautain. Quand vous aurez fait de cette maison un enfer, attiré mille chagrins sur ce malheureux et sur ceux qui vous regardent comme un héros , nous pourrons régler notre compte et décider quel sera le débiteur, même aux yeux du monde.
Ralph Nickleby se retira; mais M. Squeers , qui avait entendu une partie de cette apostrophe , furieux de voir sa méchanceté impuissante , ne put s’empêcher de retourner à la porte du talon. IA, il fit une douzaine de gambades avec accompagnement de grimaces hideuses , pour exprimer sa foi intime dans la défaite prochaine de Nicolas.
Après avoir terminé cette danse guerrière, qui modifia singulièrement la formedeset culottes courtes et de ses grandes bottes, M Squeers suivit scs amis, et laissa la famille réfléchir à ce qui s’était passé.