‹ Nicolas NicklebyChapitre 42 sur 52 · C H A P I T H K XLVI · texte numérisé non relu

C H A P I T H K XLVI

Madame Nickleby avait été préparée A recevoir Madeleine dans sa maison, mais C ! n'avait pas été sam de nombreuse* difficultés.

— Mais, Catherine, disait-elle, ftl uinoi -ur.Cheeryble aiment tant cette d'iionLcIle. pourquoi ue i'epuusent - ils pas eux- mêmes ? et pourquoi Nicolas ^ s • mèle-l-il d'empêcher le»

gens de se marier? Qu'importe que Celte demoiselle épouse un homme plus vieux qu'elle? Votre pauvre pere était plus vieux que moi de quatre ans et demi. Jane

Dibabs c’élairnt les Di*

l»abs qui demeuraient dans celle charmante petite maison blanche, couverte de lierre et de plantes grimpantes, dont la porte était garnie de chèvrefeuille, et où les chauves souris et les grenouilles étaient si nombreuses le soir... Jane Dibabs épousa un homme qui était beaucoup plus âgé qu’elle; et personne ne pial l'en détournrr. car elle l’aimait à la folie. Celle Madeleine n’est donc pas à plaindre.

Malgré les explications de Catherine, madame Nickleby demeura d’assez mauvaise humeur jusqu'au retour de l’expédition. Alors, intéressée par la jeunesse et les malheurs de Madeleine, elle lui témoigna la plus tendre sollicitude, et même se donna les gants de la conduite de son fils, en déclarant à plusieurs reprises que sans sa sagesse et ses encouragements on n'eût ps obtenu un résultat aussi inespéré.

{Sans examiner la part que Madame Nickleby avait prise à cette affaire , il est hors de doute qu’elle eût de puissants motifs pour se réjouir; car les frère* Cbeeryblc, à leur retour, accablèrent Nicolas de tant de félieit lions , qu'elle considéra dès lors comme faite la fortune de la famille , et s’abandonna à d'heureuses visions de richesse et de grandeur.

La santé de Madeleine avait été altérée par le choc qu’elle avait essuyé. Quand les forces physiques cèdent enfin après avoir été artificiellement augmentées par une énergique résolution, leur degré de prostration est ordinairement proportionné à leflort qui lésa soutenues précédemment. C'est ce qui explique comment la maladie de Madeleine ne fut pas une indisposition passagère, mais inenaet sa raison et sa vie.

l'no de» excusions éo Nicolas cl de

Qui n'aurait été ému des attentions tendre» et multipliées d un* garde aussi affectueuse que Catherine ? Qui plus que Madeleine aurai! été sensible a ces soins délicats, à l'an omplisvemcnt calme, silencieux, enjoué de ces mille plis service», dont nous sommes si vivement touchés quand nous sommes malades, et que nous oublions si légèrement quand nous uous prions bien ? Sur qui auraient-ils pu faire plus d’impression que sur une jeune fille pure et candide, qui ue jugeait que d'après ses propres instincts la bonté et le dévouement de son sese, sur une jeune fille sevrée depuis 1 enfance de toute affection , de toute sympathie ? L'amitié qui les unit bientôt n'a donc rien d'i tonnant. Pendant sa couv*le»cence , Madeleine donnait une approbation de plus eu plu» douce et explicite aux éloges prodigués par Catherine à «on frere , quand celle-ci parlait d'un passé qui leur semblait déjà si loin. Ce» éloges se gravaient dans le cœur de Madeleine , et l'image de Nicolas se coufondail tellement avec celle de sa sœur, qu’il était presque impossible de les séparer. Madeleine éprouvait une égale difficulté à dis iuguer 1rs sentiments qu’elle éprouvait pnr chacun d'eux, et elle avait impcrerptihlrm< nt mêlé à sa reconudist«nce pur Nicolas un pu du sentiment plus vif qu'elle croyait accorder à Catherine.

— Ma chère enfant, disait madame Ni kleby à Madeleine, j’espère que vous allez mieux.

Et elle entrait dans la chambre avec une précaution non moins propre à calmer les nerfs il’un malade que la marche d’un régiment de cavalerie.

— Elle est presque rétablie , répondait Catherine d épiant son ouvrage et prenant la main de Madeleine. — Catherine, ne priez ps .si fortl disait madame Nicklehy d’un ton de reproche.

La digne dame priait elle-même d’une vois qui eût glacé le sang de l'homme le plus robuste.

— Mou fils Nicolas vient de rentrer, ajout it-elle, et il m'envoie savoir de vos nouvelles. — Il est aujourd’hui en retard, répndait parfois Madeleine. — Eh bien! je ne m’en serais ps doutée , et je ne sais comment vous faites pur calculer le temp avec une aussi grande précision M. Nic- Sip.Lu- les rondo -iUu cimOitre. kleby... c’est de votre père

que je prie, Catherine...

M. Nickleby disait ordinairement que l'appétit était la meilleure horloge du monde; mais quant à vous, raisB Bray, vous n’avez ps d'appétit. Je voudrais vous en voir, et vous devriez faire quelque cho-.r pur vous en procun r. On prétend que deux ou trois douzaines d'huîtres donnent de l’appétit; mai» j’en doute, car il faut déjà avoir de l’appétit pour les manger. Quoi qu'il en soit, je ue sai* comment vous êtes prvenue à deviner que Nicolas était en retard d'une demi-heure.

— C’est que nons priions de lui tout à l'heure, ma mère. — Vous priez toujours de lui, n'avez-vous rien de plus divertissant à dire à mis* Bray? Comme je le répète sans cesse au docteur, je ne sais vraiment ce qu’elle deviendrait si je n’étais là pour la divertir.

Là-dcssus madame Nickleby prenait une chaise et causait d’une foule de sujets jusqu’à l’heure 'du souper de Nicolas. Après lui avoir annoncé que décidément elle regardait la malade comme plus mal , elle liai racontait que miss Bray était triste et abattue pree que Catherine ne 1 entretenait que de lui. Quand elle avait relevé le moral de Nicolas par ces observations consolides , elle discourait sur les pénibles devoir* qu’elle avait accomplis pendant la journée.

— Ah! disait-elle émue jusqu’aux larmes, s’il m'arrivait un malheur , je ne sais ce que la famille deviendrait sans moi.

D’autres fois, Nicolas reutrait accompgnc de M. Frank Cheeryble. Madame Nickleby soupçonnait avec quelque raison que M. Frank venait plutôt pur voir Catherine que pnr demander des nouvelles

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de Madeleine , et elle employait diverx moyens pour s'en assurer. Tantôt elle était affable, t-nlôt froide et réservée : quelquefois, quand elle était seule avec Frank , elle lui annonçait vaguement l'intention d'envoyer Catherine en France, pour trois ou quatre ans, ou en Ecosse, pour rétablir sa santé altérée, ou de lui faire entreprendre tout autre voyage qui les séparerait pour longtemps. Croyant de son devoir de détruire des espérances naissantes, elle alla même jusqu'à faire allusion aux amours de sa fille et du fils d'un de leurs anciens voisins, un certain Horace Pellîrogus, jeune homme qui pouvait avoir quatre ans a l'époque de ces amours. Elle représenta leur union comme une chose arrangée entre les deux familles et prête à recevoir la sanction de l'Eglise à la satisfaction générale. Ce fut après avoir fait jouer cette dernière mine avec un succès extraordinaire que madame Nicklcby, se trouvant un soir seule avec son fils, entreprit de le sonder sur le sujet qui occupait scs pensées; elle débuta par divers éloges de l'amabilité de M. Frank.

— Vous avci raison, ma mère , c’est un excellent garçon. — El il a une jolie figure. — Assurément. — Quel genre de nei lui trouvez vous ? — Comment ? — Oui, si je puis m’exprimer ainsi, de quel ordre d'architecture est son ntt, est-il grec ou romain ? — Ni Fun ni l’autre, dit en riant Nicolas; c'est plutôt un net d’ordre composite. Au reste, je n'y ai jamais fait grande attention; mais, si vous le désires, je l'examinerai de plus près. — Vous me ferex plaisir. — Savez-vous, mou fils, que M. Frauk a beaucoup d'attachement pour vous? — Je suis charmé de l’apprendre et de savoir qu’il vous en a fait confidence. — Ab! il y a bien d’autres choses dont il aurait besoin de me faire coufidence. 11 est extraordinaire, Nicolas, que vous n'oyex rien remarqué. Il est vrai que ce qui est évident pour les femmes échappe très-souvent aux hommes.

Nicolas mouctia la chandelle, mit ses mains dans scs poches, et prit un air de douloureuse résignation.

— Je crois de mou devoir, poursuivit sa mère, de vous dire ce que je sais, non-seulement parce que vous avex le droit d’ètre informé de tout ce qui concerne la famille, mais encore parce que vous pouvex nous être d'un grand secours. Il y a beaucoup de choses que vous pouvez faire : telles que vous promener ou feindre de vous endormir, ou sortir avec M. Suiike. Si vous étiex amoureux , vous sentiriex tout le prix d'un tête-à-tête que l’on vous ménagerait. Bien entendu qu'il ne faudrait pas avoir l'air de sortir exprès, et qu'en rentrant il importerait de tousser dans le corridor; car les jeunes gens n’aiment pas à être brusquement interrompus dans leurs entretiens confidentiels.

Sans être déconcertée par le profond étonnement de son fils, madame Nicklcby termina une harangue diffuse en établissant d'une manière positive que M. Frank Cbeeryble était éperdument amoureux de Catherine.

— De qui? — De Catherine. — Quoi ! de ma sœur, de votre Catherine? — Mon Dieu, Nicolas, quelle Catherine serait -ce si ce n’était pas la nôtre , m'eu inquiéterais-jes'il ne s’agissait de votre sœur? — C'est impossible, mn mère. — Attendes et vous verrez, répondit madame Nicklcby avec confiance. — Il est des circonstances qui tendraient à confirmer ce que vous avances, ma mère, dit Nicolas après un moment de réflexion , cependant je souhaite que vous soyex dans l'erreur. — Je ne conçois pas pourquoi vous formes ce vceu. — Catherine serait-elle disposée i répondre à cette passion ? — C’est un point que je n'ai pas encore éclairci. Durant cette maladie, Catherine eat constamment restée auprès de Madeleine et, à vrai dire, je n'ai pas cherché à l'en détourner; car l’ennui de ne pas voir celle qu'il aime irrite l'amour d’un jeune homme...

Bien qu'il fut pénible à Nicolas de déranger les projets de sa mère, il sentit qu’il n'avait qu'un seul parti à prendre.

— Ma mère, dit-il, xi M. Frank avait une inclination réelle pour Catherine , ne voyex-vous pas que nous ne saurions l'encourager sans déshonneur et sans ingratitude? Vous u’aves pas réfléchi ; mais rappelez-vous que nous sommes pauvres... — Héla»! la pauvreté n'est pas un crime. — Sans doute, et c'est pour cette raison que la pauvreté , loin de nous entraîner à des actions coupablrs , doit nous inspirer une roble fierté. Songez à ce que nous devons aux deux frèrrs : serait-il juste de reconnaitre leurs services en laissant épouser une jeune fille pauvre à leur neveu, leur seul parent, leur fils adoptif, pour lequel ils oui sans doute formé le projet d'un riche établissement? ne seraient-ils pas en droit de croire que c'est de notre part une spéculation ?

M dame Nicklebj murmura que M. Frank demanderait préalablement le consentement de ses onclea.

— Sans doute; mais notre position resterait la même, et les avantages que nous procurerait cette union donueraieot toujours lieu aux même» soupçon». D'ailleurs, en ces circonstances, je crois que nous comptons sans notre hôte. S'il en est autrement , j’ai asscx de confiance eu Catherine et en vous pour être sûr que vous vou* rangerez à mou avis.

Après bien des représentations, Nicolas obtint de sa mère qu'elle ne favorikera.l pas les intentions présumées de M. Frank. Il résolut de ue pas s’expliquer avec Catherine saut nécessité, et d’obwrver lui-même U conduite de Frank; rasis une nouvelle source d'alarmes l'empêcha de mettre ce plan à exécution.

Smike devint dangereusement malade. Il était si faible, qu’il fallait l'aider a marcher ; et si maigre, qu’il faisait peine à voir. Le médecin déclara qu’il était indispensable de l'éloigner de Londres, et désigna comme un lieu salubre la partie du Devonsbire ou Nicolas avait été élevé; mai- il avertit en même temps que celui qui accompagnerait le malade devait s’attendre à le perdre, et que la consomption était arrivée à son plus haut degré. , . ... . „

Le jour même de celle consultation, M. Charles appela Nicolas dam son cabinet. — Mon cher monsieur, lui dit-il , il n'jr a pas de temps a perdre. Ce jeune homme ne mourra pas s’il est encore en notre pouvoir de le sauver; emmenex-le detnaiu, donncx-lu» tou» le» soins nécessaires à sa situation , et ne le quittez que lorsqu'il n y aura rlus de danger immédiat. Tim a été ce soir vous porter quelque chose de notre part. Mon cher Edwin % M. Nicklcby va vous faire scs adieux; il ne sera pas longtemps absent. Il confiera ce pauvre garçon à quelque paysan , et il ira le voir de temps en temps. Il n'jr a pas encore lieu de se décourager.

Le lendemain Nicolas et son faible compagnon commencèrent leur vovace. Oui pourrait exprimer la douleur de ces tristes adieux, excepte celuidont le» seuls ami», les seul» protecteur» étaient les personnes qui l'environnaient à son départ? ....

~ Voyez ! s’écria Nicolis mettant la tète a la portière, ils sont encore au coin du sentier, et voici Calherinc, la pauvre Catherine, h laquelle vous pensiez n'avoir pas la force de dire adieu ; elle agile son mouchoir : partirez - vous sani répondre aux signes quelle vous adresse ? .

Smike trembla . s’enfonça dans la voilure et se couvrit le» yeux. — Je ne le puis, dit-il; la voyex-vous encore? est elle encore la. — Oui. elle agite encore la main; je lui ai répondu pour vous, et maintenant nous le» avons perdus de vue. Ne vou» désolez pat, mon cher ami ; vous les reverrez toux un jour. . . .

Celui qu’il rncourageait ainsi leva ses mains flétriei et le» joignit avec ferveur.

— Au ciell je le demande en grâce à Dieu 1 au ciel t

C'était comme la prière d’un cœur brisé.

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