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Il s’agit simplement de l’Éfé du Poussin, aujourd’hui au Louvre! Ne croirait-on pas, à travers ce style mondain, voir en place de la grave symphonie du solitaire de la campagne romaine une élégante mignardise de Mignard ! On discute de la suprématie du dessin sur la couleur ou réciproquement ; on codifie les genres, l’art de peindre et de dessiner ; on crée tout un système d'étude pour les jeunes artistes. 11 fallait ramener le modèle vivant aux proportions d’une antique, ce qui tuait fatalement l'inspiration. Il fallait ramener les expressions à celles d’un codex édicté par Le Brun, qui avait puisé cette idée chez Descartes et Léonard de Vinci, l’une des rares erreurs du grand maître. Il fallait peindre selon certains procédés em- ‘pruntés en Italie, à droite et à gauche, procédés ayant perdu fatalement leur âme, car rien en art ne se transplante, tout est strictement expressif d’une terre et d’un milieu. Naturellement de tels hommes n'aiment pas la nature, vu qu'ils l’aiment à travers l’œuvre des autres. Leur incompréhension des conditions propres à la masse colorée dans l'atmosphère est aussi significative de ce manque d'amour que leurs déductions cérébrales, grands vides peuplés d’ombres fabriquées qui remplaçaient leur amour pour la vie. Voici les draperies grandiloquentes qui entourent les figures épanouies de tout un réseau de gestes qui s'étalent ; voici les Batailles de Le Brun, exemples du « beau idéal » où, dans une lumière rougeûtre, paradent des guerriers, de jolies esclaves et des êtres éplorés vus à travers Raphaël, Jules Romain, les décadents romains . et bolonais, Descartes le philosophe, puis pétrifiés en des expressions de codex ; voici son petit Christ aux Anges, peint pour Anne d'Autriche, décor de boudoir propret où le Christ est un joli mignon digne d’un fond d’assiette de Limoges ; voici sa Madeleine repentante, portrait mondain d’une favorite. C’est Le Brun qui, au cours d’une discussion à l’Académie dont le sujet était de savoir si Poussin avait bien ou mal fait de ne pas introduire dans son Éliézer et Rebecca les chameaux
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notés dans le récit biblique, fit cette réponse qui le résume : « La bienséance exigeait qu’on les séparât d’une troupe de jeunes filles agréables, surtout dans le temps qu’on allait contracter mariage avec une d’entre elles. »
Une phrase de J. Blanchard, pasticheur de Véronèse, est comme une conclusion sur l'esprit de ces peintres doctrinaires tout-puissants : « L'homme a cela de commun avec les végétaux qu'il croît, avec les brutes qu’il sent et n’est homme que par la raison. » Quel dédain pour la sensibilité, sans quoi 1l n'existe pourtant point de créations profondes ! Quant à la raison, nous savons qu'elle équivaut ici à la vaine introspection cérébrale dont nous avons parlé.
Mais dans notre beau pays tempéré, à l'abri des longs aïfaissements que connut la production picturale dans des contrées plus épiques, l'Italie et l'Espagne, les grandes qualités de la race ne disparaissent jamais entièrement d’un siècle. Vouet, Stella, Le Brun, Blanchard, Testelin, les Boulogne, La Hyre, Mignard et cent autres sont aujourd’hui bien éclipsés par le soleil de quelques exceptions. Les Le Nain, avec leurs pauvres paysans vêtus de défroques grises, couleur de craie et de terre, immobiles dans leur grande misère épique et sans espérance, les Le Nain s'expriment par des formes intimes, raides, refermées sur elles-mêmes, -absolument contraires à l’épanouissement tapageur et exagéré des personnages peints par les pédants de l'Académie. Il y a chez les Le Nain comme une tristesse de la mort des cathédrales et une mesure tout en nuances et en simplicité profonde qui échappe absolument au dogmatisme académique et à l'influence italienne. La France des siècles passés se continue en eux. Elle palpite également dans le doux soleil de Claude, étudié profondément avec tant de nuances et d'amour comme Fouquet et Janet le faisaient pour une physionomie humaine. Tendre lumière de Claude qui semble celle mystique d’un poème du moyen âge. Exilé comme Claude, Nicolas Poussin domine de l'étranger l’école
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française de sa grande force complexe dont l'étude est particulièrement captivante.