‹ Nicole OresmeChapitre 157 sur 321 · Politic, ï · texte numérisé non relu

Politic, ï

2. Ethic, V, 5, § 14. « l^ro futura autem commutatione, si non nihil indiget, quoniam erit si indigeat numisma, puta fidejussor est nobis. Oportet eniin hoc ferenli oinne accipere » [Antiq, Ir., V, lect. 9, litt. g.).

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second moment de l'échange sera accompli, et il n'est pas permis d'isoler fictivement une des deux parties pour en faire un contrat particulier. Opération en deux moments de temps, l'achat-vente reste toujours au fond un échange, et la monnaie n'en est que Tinstrument. Il est impossible de dire que le premier échangiste Ta reçue pour elle-même ; en elle-même elle n'est rien, elle n'est pas une chose échangeable, mais un moyen ; elle n'est pas une marchandise, mais une mesure. Tout au plus peut-on la considérer entre les mains de son possesseur, comme une sorte de garant (oïov £-/y'j7irri; (i), qui lui certifie que le second acte dé l'opération s'accomplira quand et comme il le voudra.

Ainsi c'est sciemment, et c'est volontairement, qu'Aristote s'enferme dans cette conception étroite de la monnaie-mesure. Et cette conception même reste la note caractéristique de sa doctrine, et elle est grosse pour la suite des plus graves conséquences.

Car non seulement elle le conduit à nier le rôle de la monnaie comme capital^ à proclamer ce fameux axiome de la stérilité de l'argent qui a si lourdement pesé sur la doctrine (2), mais c'est elle aussi qui l'amène à méconnaître ouvertement en fin de compte la nature même du numéraire.

Sur ce qu'-est la monnaie de sa nature, à vrai dire,Aristote ne s'explique nulle part en termes exprès. Il y a là une définition toute abstraite, qui sans doute le tente

I . Le translateur a, comme on verra, 1res sensiblement altéré ce passage; il a transformé ce qui, dans Aristole, n'est qu'une comparaison, en une idenlification absolue: au lieu de dire que la monnaie est oîov syyuYjrî;;. il traduit absolument t iidejussor est nobis ». Ce simple déplacement d'un mot a été, croyons-nous, capital dans la formation de la doctrine postérieure.

p.. Politic, I, 5, § 25.

peu ; il préfère nous dire assez longuement ce qu'elle n'est pas plutôt que ce qu'elle est, et ce n'est guère qu'indirectement, et par une sorte d'élimination que nous pouvons saisir ici sa pensée intime.

La monnaie, d*abord, n'est pas la richesse. Cela, Aristote le dit très formellement (i). Elle n'est pas en eflFet propre par elle-même à satisfaire directement nos besoins : l'exemple de Midas mourant de faim sur ces monceaux d'or est resté classique dans l'école (2). La monnaie n'est pas. non plus, une marchandise, une chose comme les autres, parce qu'elle n'a pas en soi d'utilité ni de valeur propre, parce qu'il dépend de nous, par une nouvelle convention, de détruire ce qu'avait créé la première convention, de la faire déchoir de son rôle de monnaie, et de la rendre par là parfaitement inutile (3).

Mais alors, qu^est-elle ? Il n'y a plus, semble-t-il, qu'un solution possible. Si la monnaie n'est ni ,1a richesse absolument, ni mènie une richesse quelconque, si elle n'est pas un bien in rerum naturay si elle n'est qu'une valeur conventionnelle, c'est en réalité qu'elle est tout simplement un siffne, le signe de la richesse, ou comme Aristote le dit lui-même, une futilité, un vain hochet (X-^po^) (4). A ce titre de signe, elle représente les riches-

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