Les Politiq., VII, 10, f» XL, rV
8. Les Pohtiq., VII, 10, f^ XL, r». Nous relevons aussi une singulière similitude d'expression avec un passage d'André d'Ysernia.tt Item mulli reges, prascipue cum habent necessitatem, uptote gnerram in régna suo, faciunt monetam vilem, quia propter bonum commune, quod praefertur privato, accipiel in oasu necessitatis res subdilorum, si aliud non habeat » (And. Ysernia», in Uius feudorum, til. Quse sint regaliaî, ed, cit., p. 745). Cf. Traictie, GXXII, p. LXV.
Bartole qu'il veut parler, quand il fait allusion à des doctrines qui réservent le droit souverain de Tempereur sur les monnaies, ou bien quand il nous dit, dès le Prologue, que certains soutiennent que le droit de muer peut appartenir à certains rois et princes « de jure vel privilegio » (i). iVIais comment se ferait-il que lui, si prodigue de citations sur le moindre objet, ne se soit pas prévalu des arguments et de l'autorité que les grands noms de l'école bartolisle pouvaient apporter à sa conception ^de la monnaie-marchandise? Pour nous, la vérité est qu'il ne le» a point connus (2). Et Ton peut s'autoriser sur ce point d'un argument de date assez pressant. En e355, à l'époque de la rédaction du Traité^ la doctrine romaniste était bien courte encore. Bartole ne devait pas être connu déjà par delà les monts, et la glose d'Accurse n'avait pas, semble-t-il, à elle seule éveillé Tattention.
En somme, à notre idée, la formation d'Oresme est uniquement, pour le fond, aristotélicienne. L'influence d'Aristote d'ailleurs est chez lui avouée et inconstestable. Aux Ethiques, aux Politiques, ses idées ne sont que la glose et l'explication du texte du maître ; au Traité même, c'est sous le couvert des « raisons d'Aristote » qu'il a produit sa propre doctrine. En même temps que d'Aristote d'ailleurs — d'Aristote connu, comme nous
i. Traictie : Le prologue du translateur» p. II.
2. Nous ne voyons pas comment M. Hertrych a pu écrire que € Oresme appartenait à l'école de ces scolastiques (Scot et ses disciples) qui se consacraient souvent à Tétude de TEconoraie politique et traitaient souvent des questions économiques sur le sacrement de la pénitence ». C'est là une affirmation absolument contredite par tout ce que nous connaissons d'Oresme. Oresme est un « philo* sophe moral », un « artien » pour employer le langage du collège de Navarre, il n'a jamais cherché son inspirations dans la doctrine canonique.
savons, uniquement dans la lettre plus ou moins fidèle des translations latines, — il procède aussi des commentaires, dont le texte s'est chargé. Il connaît Eustrate, par le commentaire des Ethiques (i), et il le met en vedette au prologue même de sa traduction française; et pour les Ethiques comme pour les Politiques^ il nous a dit à maintes reprises qu'il a sous les yeux « plusieurs expositeurs » (2).
Sur les passages monétaires, d'après les gloses de ses traductions, il est assez aisé de savoir ce qu'il a consulté. Il ne cite pas expressément toujours ses devanciers, mais le rapprochement des textes, l'emprunt de passages assez longs, passés quelquefois mot pour mot dans sa glose, sont absolument probants.
Il s'est servi d'Albert. Dans le courant de ses traductions, il le cite maintes fois, pour une explication verbale (3), pour une correction apportée au texte (4). Ici,
r. c Et pour ce plusieurs grecs et latins ont cy de ce composez escriplures appelez livres de polices ou de la chose publique, entre lesquelz Aristote est le plus renommé, lequel, selon ce que dit Eustrace, escript et traicta des sciences politiques et des spéculatives » (Les Politiq., 'prologue^ f* i, \^).
2. a Cest clause est obscure et par adventure mal translatée ou mal escripte. Et sont les expositcurs contraires d (Les Politiq., V, 29, fo CGIX, r«). — « Il a dit a démo, et me semble que démos signifie le menu peuple. Et un autre expositeur met ademo, mais son texte est corrompu » (Ibid., f® CGIX. r").
3 II sait ainsi, par Albert, que « Tisle de Cos estoit cité en Grèce », que « Milet est une isie près de Sicille », que « Fobrenes est jouxte Dalmacie et Bulgare » (Les Politiq., V, 25, fo GLXII, etc.). /
4. « Aucuns textes ont admoderaciusy mais Albert dit ad modum artiuiy et l'explique en disant : Hoc est quod arctentur vel stringunlur f (Les Politiq., V, 25, P GCIV). — « Albert expose cette clause au contraire pour une négation qui est en son texte • (Les Politiq., m, 4, fo LXXV).
il ne le nomme point expressément ; mais nous trouvons chez lui, par exemple, dans la Glose des Politiques^ que l'empreinte a été mise sur le métal « en temoing de la vérité de la matière et du poids ». Albert avait exposé sous le mot quantitatis siffnum, dans les termes suivants : (• in signum quantitatis, id est veritatis ponderis et puritatis metalli » (i). L'emprunt est à peine déguisé. Pour saint Thomas, le rapprochement est plus décisif encore. Chose bien singulière, dans ses traductions^ Oresme affecte à ce qu'on dirait de ne point nommersaint Thomas. Mais V « expositeur » qu'il oppose souvent à Albert, est aisé à reconnaître. Oresme lui doit beaucoup. Aux Ethiques^ les courtes gloses, les explications brèves en id est, ont presque littéralement passé dans sa traduction. Saint-Thomas a-t-il mis par exemple, sur les mots : superhabundantiam et deffectum, cette courte addition : idest in quantum una res superexcedit aliam, Oresme traduit littéralement dans sa Glose : « Gest assavoir combien une chose vault plus ou moins que lautre » (a). Aux Politiques^ c'est un passage entier qui provient de saint Thomas. En développant l'expression un peu condensée d'Aristote, « peregrino déficiente auxilio », saint Thomas avait mis : « Cum enim auxilium hominum adinvicem per commutationes esset factum magis peregrinum, quia scilicet homines non solum ad propinquos, sed ad remotos cœperunt uti commutatione,
1. Les Politiq., I, lo, GL Car les gens, fo XVIII, r*. t Et le prince mit son signe corne son ymage ou autre caracljere, en tesmoing de la vérité de la matière et du pois ». Cf. Albert, in Polit., I, 7. € Imago scilicet et superscripto positus est in numismate, in signum veritatis, quantitatis et puritatis metalli » (éd. cit,^ p. 35).
2. D. Thomas, in Ethic, 1, 5, li t. a. Cf. les Ethiques, V, 10. Gl. Gest assavoir, (^ XLIX, r^.
adduçendo ad se ea quibus indigebant, et miUendo illis ea in quibus ipsi abundabant, propter islam necessitatem inventus est usus denarii ». Oresme répèle textuellement : « Car quand on fait aide les ungs aux autres par commutation de richesses naturelles, et ils convient de plus estranges et plus loingtains pays amener les uns et rapporter à ceulx qui en avoient besoing, et les autres qui en avaient eu Ihabundance leur envoyent de leurs, par ceste nécessite fut fortune trouve et acquis usage de monnoye » (i).
Enfin, si Burleigh n'est pas non plus cité dans les passages qui nous occupent, des lignes entières pourtant de son commentaire ont passé dans la glose des traductions ; le titre même du chapitre XJ des Politiques est celui de sa 3* pars (2), et la glose : Et pour ce appert est une traduction mot à mot d'un passage très curieux de sa 2^^ particula, avec son exemple significatif de la valeur des choses, tiré de la comparaison de la pierre précieuse à la souris « qui a vie sensitive » (3).
1. D. Thomas, m Polit. ^ I, 7, lilt. f. Cf. Oresme, tes Ethiques ^ V, II, Gl. Sicome dit Cassiodore, f» XVIII, r^
2. Burlaeus, in Ethic, V, 5. i Qualiler in commutacionilus praedicta forma proporlionis poterit observari ». Cf. Oresme, Les Ethiques, V, 11. t Comment la forme de proportionnalité dessusdicte est gardée » .
3. Burlœus, in Ethic, V, 5, litt. c. t Non enira appreciatur res secundum dignitatem naturalem ipsanim rerum, alioquin unus mus, qui est unum animal sensibile, esset majorîs precii quam una margarita quae est inanimata ; sed precia imponuntur rébus secundum quod homines indigent eis ad suum usum ». Oresme traduit presque littéralement : c El pour ce appert que en commutacion Ion a prise les choses en regardant a indigence et nécessite humaine, et non pas a leur naturel valeur et perfection. Car ainsi une souris vauldroit mieulx que une pierre précieuse, pource que la souris a vie sensitive » {Les Ethiques, V^ 10, fo XLIX, vO).
En outre ^es commentaires directs, Oresme a eu incon» testablement aussi dans la main les œuvres d'allure plus large, le de regimine de Gilles de Rome, qui était d'ailleurs dans la Bibliothèque du roi, au Louvre. On retrouve dans le Traité des exemples que Gilles de Rome allègue justement dans sa courte explication sur la monnaie, des citations non communes des Proverbes (i), du livre de la Sagesse (2) ; on y retrouve l'argument tiré du nom des monnaies, Thistoire d'Abraham achetant pour X sicles « publicœ et probatae monelœ » le champ de sa sépulture. Tout cela semble bien prouver une influence directe.
Connaître et suivre pourtant ne sont point un. Oresme est un disciple de Técole d'Arislote, un disciple enthousiaste même (3), mais pourtant un disciple libre. Avec le maître, comme avec ses commentateurs il a gardé sa franche allure et son indépendance. Il ne se gêne point au besoin, tout en protestant de sa « grant révérence » (4) pour Aristote, pour redresser ou purifier le texte, s'il lui semble « corrompu » (5), comme cela arrive, semble-t-il, souvent. 11 discute au besoin la doctrine, et si certaines propositions lui paraissent erronées, il le
1. € Pondus et pondus, mensura et mensura, ulrumque abominabile apud Deum » (De regimine, II, i3, éd. cit., p. 170). Cette citation du livre des Proverbes est reprise par Oresme, Traiciie^ c. 12, p. XXXIX.
a. « Ut legitur in libro Sapientiae, eu, quod omnia disposait Deus in numéro pondère et mensura » (De regimine^ II, c. 14» ed, ctt., p. 171). Cf. Oresme, Traictie, c. XVI, p. XLIX.
3. V. le prologue des Politiques, à l*Appendice Ë, p. 5i ; le prologue des Ethiques, ibid. D, p ao.