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Traiciie, Leprologtie, H, IV

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que nous connaissons aujourd'hui le prouvent déjà — chez les monnayers d'abord, une analyse très juste, parce qu'elle venait de la pratique, de certains phénomènes économiques, comme la variation du rapport des métaux précieux, comme les fluctuations de la valeur marchande des métaux. Il a pu prendre dans les observations sagaces de quelques financiers royaux, dès le temps de Philippe le Bel et de Philippe de Valois, sur la nécessité d' « ajuster l'or à l'argent », sur le danger de laisser subsister dans le commerce des espèces a mal équipollées », une partie des idées de son chapitre sur la mutation in proporiione, et même peut-être ce rapport xii* « que les sages entendent » (i) et sans l'observation duquel « tantost largent mange lor et tantost lor mange largent » (2). D'autres mémoires pouvaient le mettre sur la voie de la loi de Gresham, en lui montrant que l'on ne saurait maintenir dans la circulation une monnaie forte à côté d'une monnaie faible, parce que « chacun mueroit son argent, et le porteroit là où il en cuident faire son profit et il le muceroit avant sous terre, et si narions de quoy faire billon quant a présent » (3).

Mais c'est surtout sur la question brûlante des mutations qu'Oresme pouvait trouver, dans les nombreux écrits politiques qui couraient, de précieux enseignements. Dès

1 . « Et si convient de necessile que XII marcs d'argent courent pour I marc dor. . . autrement lune mangera laultre (Racionet illorum qui certant pro debili monela, Arch. Nat. , J . 459, pièce 24 bis). Cf, Oresme : Traictie, Le prologue, p. IV.

2. Mémoire cité par Boutaric, La France sous Philippe le Bel^ p. 5o8.

3. Raciones illorum, etc., Arch. Nat. J. 4^9, pièce 24 bis. Le Mémoire n° 24 du môme carton reproduit la même considération, en ajoutant qu'il serait à craindre que la bonne monnaie ne fût portée hors du royaume t especiaument en Flandre, en Angleterre, à Bordiaux^ et ailleurs • .

i3o8, Pierre Dubois, dans sa Summa Breois, et dans son De recuperatione Terrœ Sanctœ, avait tracé la peinture tragique des bouleversements causés par les mutations, avec une liberté de langage qui annonce le Traité, avec aussi tous cesdétails d'ordre économique et politique, qui rendent si saisissante et si vraie la description d'Oresme, Texode de la bonne monnaie, les difficultés incessantes des paiements intérieurs, la hausse du prix des denrées, la dépréciation cruelle des revenus et des pensions (i). Pepe Bonaprise, sous Philppe le Bel, n'avait-il pas observé déjà l'inutilité des procédés de mutation, n'avait-il pas enseigné, comme Oresme le redira, que les étrangers et les changeurs profitent seuls de ces opérations (2), que « li sages soutiz et malicieux » savent en fait, « par secrètes cautelles » comme dit le Traité, se dérober aux dangers du changement des espèces, que les altérations des princes ne servent guère qu'à encourager les faux monnayeurs et à leur ménager des profits scandaleux, tandis que le trésor royal, payé lui-même en basses espèces, perd en définitive à l'opération (3). Les

1 . « Per quam mutatiotiem monetab otnnes in regno redditus et pensiones pecuniarum habentes earum primo quartam partem, postea terliam, deinde dimidiam, et ultiroo duas partes amiserunt. Ego scriptor presentium, scio me quolibet anno, facta coUatione secundum plus et minus unius ad alterum, per hoc ad minus, postquam cœperunt mutari pecuniœ, quingentas libras turonensium amisisse » (P. Dubois, De recuperatione, p. laS).

2 . « Vos devez savoir de certain que pour le grant profit que li roi a fet en sa monnoie, ja arrière li noble home qui sont aviron du roi hont consanti quelle soit contrefaite en lour terre... pour lor grant profit, qu'il en auront, laquiele chose n'auroient pas consenti pour un petit profit » (Arch. Nat., J. 469, pièce 24 bis,) Cf. Traic4ve, c. 21, p. LXII.

3. Pepe Bonaprise de Florence le dit de la façon la plus nette dans son mémoire : « Et vos savez bien que vos rentez en denier

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bourgeois des bonnes villes,, les marchands « bien experts » n'avaient-ils pas signalé dans des nnémoireson ne peut plus curieux, Texode des espèces qui appauvrit le royaume (i), renchérissement des denrées, le « widement dor et dargent hors du païs » et la nécessité de retourner à un justum pondus^ de revenir à la « bonne monnoie de M. saint Louis », en même temps qu'ils montraient finement combien était vaine la prétention du roi de déguiser ses opérations et de cacher le pied de la monnaie, puisque « quan li marchand qui la font venir font leur comte de ce quelle chuste a florinz dor et autre, se fait il comte de la monnoie a quoy mandent combien elle valt a florins dorz » (2)?. Les écrits violents de Pierre

ne croissent mie par raison de la foible monnoie, et par ce conte povez chlerement veoir lou granl dommage que li roi et tout li roiaume a pour raison de la foible monnoie » (Arch. Nat., J.4^9, pièce 24). Cf. Oresme ; Traiclie, c. 21, p. LXIII. P. Dubois souligne très fortement la situation. « Et credo, omnibus consideratis, dominum regem per hoc amisisse et amissurum longe ultra omnia commoda qux ex eadem mutatione pervenerunt ad ipsum et pervenient. . . Per quammutationem tantum crevitrerum caristia, quod verisimile est generalem rerumannonamad statum pristinum in posterum reduci non posse. » (P. Dubois, De récupératione, p. 124). Une note du trésorier général de Savoie en iSjS, rapportée par Gibrario, illustre ces réflexions d'un exemple en quelque sorte parlant : « Et tam offîciarii domini et alie gentes que debebant domino et dicto Andrée profacto domini, solverunt dicto Andrée de dicta moneta debili, quam monetam nolebat respuere seu refutare, propter ordinacionem domini factam. In quibus amiserit quartam partem, propter ordinacionem prsedictam. Et de supra computat in recepta XLII lib., Vsolid. grossos. (E. Gibrario, Econom. polit, nel medio evo, II, 210).

1 . Mandement de Philippe le Bel, au sujet d'une aide de deniers, préambule, i^"* mai i3o4 (Arch. Nat., JJ. reg., XXXV, 172).

2. Mémoire des villes {Avch. Nat., J. 4^9, pièce 2^ bis), 2. Ibidem,

Dubois, les réclamations et les mesures de défiance enfin des Etats de Languedoc n'avaient-ils pas, dans l'ordre politique, manifesté clairement la réprobation populaire attachée à ces opérations, les dangers que couraient à ce jeu l'administration royale et la royauté elle-même?

Tout cela, c'était beaucoup déjà. Mais Oresme a dû trouver plus encore dans les faits et dans les écrits politiques de son temps, il a dû y trouver l'idée maîtresse même de sa construction, la négation du droit féodal^ et la notion du droit de la communauté.

Du droit monétaire du prince, on sait assez ce que pensaient au xiv^ siècle les politiques et les historiens. Du jour où le peuple lui-même avait qualifié de moneta malaj reproba^ injuriosa^ damnosa^ la monnaie légitime du prince, le droit féodal était bien atteint. Il l'était encore par tous ces procès que nous avons vus intentés, devant le Parlement royal complice (i), par les populations qui dénient à leur seigneur, comte ou baron le droit de muer les espèces de jure siio, en attendant qu'elles puissent bientôt le contester au roi lui-même.

Car tout cela,c^est l'affirmation progressive du droit de la communauté, qui vient prendre la place du droit du prince. Et progressivement,dans les écrits politiques, dans les faitSjCe droit va s'imposant de plus en plus. Tandis que lescanonistes discutent sans conclure sur la nécessité du consensus populi en matière de mutations, le sentiment populaire, lui, va plus hardiment et plus vite, et sans s'arrêter à des objections de mots, l'idée d'un droit du peuple va pénétrant dans les esprits. Jusqu'au jour, où, par un mémorable mouvement, la nation, assemblée en ses états généraux prend en main elle-même la direction

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