‹ Nicole OresmeChapitre 227 sur 321 · Mandement du 20 avril 1365 (IV · texte numérisé non relu

Mandement du 20 avril 1365 (IV

i36o, la diminution des prix avait été excessive et trop rapide, et que les métaux, cotés trop bas, tendirent naturellement, par réaction, vers un niveau plus haut. Peut-être enfin furent-ils plus ch^rs, tout simplement parce qu'ils étaient plus demandés, qu'à la suite de la guerre il y avait des ruines à réparer, que le commerce renaissant avait besoin de plus de capitaux. Plus probablement il y eut de tout cela un peu à la fois (i). Mais, quoi qu'il soit d'ailleurs des causes, les inconvénients de la hausse du métal étaient évidemment des plus sensibles pour la réforme nouvelle. On avait fondé cette réforme sur un certain prix des métaux précieux, sur un rapport cru normal de leur valeur ; on s'était astreint à suivre au plus près possible ces prix et ce rapport ; on n'avait laissé pour les frais de brassage qu'une marge très limitée et très parcimonieusement mesurée. Par la hausse persistante des métaux, tout cet édifice se trouvait bouleversé. Les valeurs attribuées aux espèces ne correspondaient plus, le rapport légal des métaux ne traduisait

I. Il y eut certainement dans cette période une baisse de la valeur relative de Tor, bien que ce métal ait en même temps haussé de prix en valeur absolue ; car cette hausse était moindre proportionnellement que celle de l'argent. Quant aux raisons de cette variation, M. de Wailly croit que t les nombreuses refontes pratiquées presque toujours sur les pièces d'argent, avaient dû entraîner un déchet considérable ». Tout le numéraire en argent fin et toutes les vaisselles avaient été successivement convertis en monnaie de bas aloi ; les travaux d'affinage, nécessités par des émissions plus pures, amenèrent de nouveaux déchets, les seigneurs et les bourgeois voulurent remplacer la vaisselle dont ils avaient été privés ; enfin, l'or, enfoui sans doute pendant les temps de trouble en grande quantité, rentra tout à coup dans la circulation. » Ces difl'érentes causes, qui tendent toutes à diminuer la valeur de l'or, paraissent avoir persisté pendant la première moitié du règne de Charles V (de Wailly, Mémoires sur les variations de la livre, dans Mém. Ac. Inscr., XXJ, aaS).

plus le rapport réel (i), la quotité calculée pour les frais de brassage se trouvait insuffisante, et la fabrication, si on voulait la continuer sur le même pied, allait constituer le trésor en perte. De 3 livres en effet au début pour Tor, l'excédent au marc de fin était descendu à i livre en i364 (2), à 10 sous au début de i365 (3); celui de Targent, plus minime dès le début de la période, et fixé à 5 sous seulement en avril i36i, était tombé à zéro dès le jour où Ton dut payer 5 1. 5 s. du marc aux monnaies; depuis le commencement de i364, pn ne pouvait plus continuer à frapper qu'à perte.

Il devenait évidemment impossible, avec la meilleure volonté du monde, de continuer à battre monnaie dans ces conditions. Quelque louable désir que le roi eût de garder la stabilité monétaire, un remaniement s'imposait. On essaya quelque temps de retarder le moment inévitable ; on avait arrêté la frappe des royaux, on suspendit de même celle des gros deniers, espérant sans doute que la crise passerait. La crise continua, de plus en plus grave, et en avril i365 il fallut bien se décider.

On était dans l'hypothèse, au surplus, où Oresme reconnaissait lui-même qu'une mutation pouvait devenir nécessaire (4). C'était un fâcheux hasard, évidem-

1. Le rapport 12® sur lequel on avait tablé en avril i56i, avait été renversé dès juillet i364 par le relèvement de Ter. 11 était passé d*abord à ia,4o {Maud. 31 juillet 1364^ IV. 468), mais depuis il tendait continuellement à baisser, par suite de la hausse du prix de l'argent, plus forte comparativement que celle de Tor : il se tenait au commencement de i365 aux environs de 11,91 (Mand, 20 avril 1365, Ord. IV, 544).

Page 1