Mand. 20 avril 1305 (Ord. IV
4. Traiclie, c. 14, p. XIl = lat. GX. M. Vuitry fait erreur certainement en disant que • les documents ne font pas connaître les motifs du changement de i365. » Les termes des mandements
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ment, que cette nécessité se fît sentir au moment même où l'on venait d'établir un régime monétaire longuement étudié, où Ton tentait justement de garder la stabilité des espèces. Mais en somme la nécessité primait toute autre considération ; il fallait, quoi qu'on en eût, faire une mutation, et on s'y décida dans le conseil du roi.
S'il fallait faire une mutation, il y avait d'ailleurs bien des moyens de le faire. On ne fit point celle-ci certainement au hasard et sans réflexion; on interrogea certainement la doctrine et l'expérience; il y eut de grandes conférences entre les doctes, dont le préambule de Tordonnance d'avril i365 nous permet d'entrevoir quelque chose. Et ce qui est pour nous particulièrement intéressant, c'est que nous pouvons voir que pour cette mutation même on suivit à la lettre les conseils qu'Oresme avait donnés au Traité pour un cas semblable. L'histoire de cette unique mutation du règne se trouve ainsi particulièrement intéressante pour nous, et nous voudrions nous étendre un peu sur les détails de l'opération, pour y saisir sur le vif l'application même des principes posés par le Traité.
Plusieurs moyens s'offraient pour rétablir l'équilibre, plusieurs modes de mutations, pour employer le langage du Traité, pouvaient être adoptés. On pouvait ou bien remanier le système tout entier — ce qu'Oresme appelle faire une mutation composée — ou bien se contenter de retoucher seulement une des qualités de la monnaie, faire une mutation simple^ portant sur le titre des pièces, ou sur le poids, ou sur la valeur, sans pour cela changer le système général d'espèces adopté en i36o.
des 20 avril et 17 raai ne peuvent laisser aucun doute à cet égard ; le gouvernement royal ne pouvait plus supporter les frais de fabrication (Ord. IV, 544, 552).
On ne voulut pas évidemment bouleverser le système dans son ensemble. Oresme, comme on sait, prohibait absolument ce genre de mutations composées (i), qui sont presque toujours malhonnêtes, parce qu'on y peut plus aisément frauder. Et il répugnait très certainement aussi au roi de détruire si tôt le système de bonnes espèces laborieusement établi en i36o et i36i. Puisqu'il fallait faire une mutation, on voulut la faire franchement, ouvertement, mais en ménageant aussi — cela était possiljfe en les adaptant aux nouvelles exigences économiques — les bases essentielles du système monétaire, et le tableau des pièces créées en avril i36i.
Restait à choisir parmi les modes de mutation simples. On ne voulut pas toucher —7 probablement pour les mêmes considérations — à la valeur légale des espèces; le rapport des pièces à la monnaie de compte semblait avoir été fixé en avril i36i de la façon la plus commode, on le garda sans modification. Oresme n'avait-il point dit, d'ailleurs, que cette mutation in appellalione {2) est ^lus dangereuse et plus blâmable que les autres, parce qu'elle altère la valeur des comptes, et bouleverse les contrats anciens? n'avait-il pas flétri des paroles les plus sévères les procédés du prince qui dénomme livre ce qui n'est point livre, denier ce qui n'est point denier?
Ce ne fut pas non plus sur le titre des espèces que Ton voulut faire porter le remaniement. Ce mode de mutation [mutatio in materia) est, disait Oresme, « moins apercevant » (3), et par là encore plus deshonnête que les autres. On tenait à honneur sans doute de se garder d'un soupçon de ce genre ; on tenait à honneur de garder les bonnes monnaies droites de i36o, <( dont on ne trou-