‹ Nicole OresmeChapitre 25 sur 321 · Traictie^ rubrique, éd. Wolowski, p. i · texte numérisé non relu

Traictie^ rubrique, éd. Wolowski, p. i

2. € Incipit Tradatus de origine et natura — jure et mutationibus monetarum b dit le Ms. 8735*^. le plus ancien de ceux que nous possédons. Dans la diversité assez grande de leurs titres, tous les autres Mss. conservent cette forme double assez singulière.

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sont pas une sor(e de hors d'œuvres dont Ta apparaît manifeste aux lecteurs les moins prëver

Que cette forme de composition, d'autre part familière àOresme, c'est ce qui est aussi hors de Par tout ce que nous connaissons de sa méthode nelle de travail, il nous apparaît en effet comm l'habitude de revoir et de refaire perpétuellen livres. Sur le précieux manuscrit d'auteur qui Bibliothèque d^Avranches, manuscrit à plusieurs interligné et corrigé, M. Delisle n'a pas relevé m trois a éditions » successives de la traduction d< tiques^ dont les autres manuscrits connus repro tantôt l'une^ tantôt Tautre, et les éléments d'ui trième version que la mort sans doute a seule e Fauteur d'achever (i). Et la forme de ces reman est justement celle que nous pouvons voir au Tra passages nouveaux, qu'ils apportent une addition correction au premier texte, sont soudés par 1 bouts à Taocienne rédaction, intercalés au milie phrase, quelquefois de manière à faire absolumei avec elle (2). C'est, comme on le sait, exactei procédé de soudure des chapitres XV-XVII, XXI du Traité des Monnaies.

Dans l'espèce d'ailleurs, l'hypothèse d'un n

1 . L. Delisle : Observations sur plusieurs manuscrits des J et de rEconomique, dans Bibliothèque de rEcoie des Chart p. 601 sq.

2. Il paraît regrettable à cet égard que le Ms. de Li disparu. Cet exemplaire, vraisemblablement légué par V son chapitre, était peut-être, comme celui d'Avranches, d'auteur, sur lequel on eût pu trouver les divers remai que Tauteur a fait successivement subir à son œuvre. Ci position, pour qui connaît les habitudes de rédaction d' n'a rien d'invraisemblable. Dans ce cas, le Ms. de aurait emporté avec lui le secret de la composition du Ti

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raent et d'une seconde cv édition » du texte par Oresme lui-même apparaît d*autant plus plausible, qu'on aperçoit en même temps les raisons qui très probablement ont dû le conduire à retoucher ainsi son œuvre. Il suffit pour cela de lire avec quelque attention les deux principaux passages ajoutés.

Le premier passage (ch. XV-XVl) n'offrirait pas en luimême d'intérêt spécial, s'il n'était une preuve de l'influence grandissante des idées aristotéliennessur la théorie monétaire d'Oresme. Tout ce développement sur l'usure, d'une forme scolastique qui tranche avec le reste du Traitéy ne modifie point d'ailleurs d'une façon sensible la doctrine générale, et ne pourrait nous renseigner directement sur l'histoire du texte (i).

Il en est tout autrement, au contraire, de la seconde addition, celle des chapitres XXII-XXIII. Là, l'auteur aborde une double question, dont il n'avait nullement parlé jusque-là, et à laquefle il donne une solution très différente de ce que laissaient prévoir les premiers chapitres du Traité. La communauté peut-elle, de son propre droit, faire une mutation de monnaies? Le peut-elle, tout particulièrement, lorsqu'il s'agit de racheter le prince fait prisonnier, pro redemptione principis de captivitate? La question, disons-nous, est nouvelle, en cette forme ; car si le droit de la communauté sur « sa chose » était bien posé théoriquement déjà, à cette place même,

I. Tout ce passage est, sernble-t-il. comme un f"agment détaché d'un commentaire sur le I®*" livre des Politiques d'Arislote, introduit ici pour renforcer l'argumentation. 11 est à noter seulement que, au chapitre XVI nouveau, Oresme y a introduit un passage de Cassiodore, qu'il a supprimé au chapitre XII ancien, où il eût fait double emploi. Rien d'ailleurs dans ce remaniement ne peut nous renseigner sur la date du nouveau texte.

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dans le texte en 28 chapitres(i), Oresme alors le repoussait pratiquement, comme étant une atteinte aux prérogatives du prince, mandataire désigné de la communauté, et comme étant inutilement dangereux pour la communauté elle-même (2). La solution qui est donnée dans le nouveau chapitre XXll indique un changement capital dans cette doctrine. Au lieu de s'en tenir d'une façon absolue au principe de Timmutabilité des espèces, Oresme, maintenant admet et conseille franchement la mutation par la communauté, pour racheter le prince de captivité; et il règle et détermine dans le détail comment cette mutation doit pratiquement être opérée (3). Evidemment, il y a, de Tun.à l'autre texte, une évolution considérable dans les idées : l'auteur du texte en 26 chapitres prend juste la contre-partie de ce qu'avait soutenu le premier rédacteur. Mais s'il y a dans les idées un pareil changement, c'est que dans Tintervalle aussi il s'est accompli des événements politiques considérables, qui ont amené nécessairement Oresme à remanier son

1. Tract, y éd. Vœgelin, c. XX, p. 21. € Cura moneta sit comrounitatis, videtur quod ipsa communitas possit de ea ad libitum ordinare. Ergo etiam polesl quomodolibet variare et super eam capere lucrum quantumplaceat ». Cf. éd.Wolowski, c. XXIII, p 79.

2. Tract. ^ éd. Vœgelin, c. XX, p. 21. f Sed hoc est contra honorera regni attentare, principera exhereditare, etc. » Cf. Wolowski, c. XXIII, p. 79.

3. Il n'est pas sans intérêt peut-être de remarquer que les deux additions parallèles des chapitres XV-XVIIl et XXII-XXÏII sont étroitement liées. Sous une forrae plus théorique, le nouveau chapitre XVll vise à poser, comme le chapitre XXII, le droit de la communauté en face du droit du prince, et au chapitre XXII inversement, l'auteur rappelle expressément que la mutation qu'il admet pour la communauté ne sera pas « contra naturam aut sicut usura», principes qu'il a justement établis dans les nouveaux chapitres XVI et XVII. Il y a donc lien et correspondance intime entre les deux additions capitales de la nouvelle rédaction.

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texte pour tine hypothèse précise : nous nous trouvons ain^i indirectement amenés à trancher la question de la date du Traité des monnaies.

Cette question de date a été jusquMci très peu franchement abordée, et, pour cette raison sans doute, elle est loin d'avoir été résolue de façon satisfaisante. Les historiens ou les rares bibliographes qui se sont autrefois préoccupés de dater Touvrage ont été très visiblement influencés par cette idée, juste en soi, que le Traité des monnaies a dû être- composé pour inspirer la réforme financière de Charles V, et pour détourner ce roi des altérations monétaires où s'étaient égarés ses prédécesseurs. Mais, par une singulière contradiction, ces mêmes auteurs rapportent d'ordinaire à une époque extrêmement basse la composition du Traité, Les rédacteurs du nouveau Gallia Christiana disent ainsi qu'il ne fut écrit que sous le pontificat de Clément VII à Avignon (i), (tempore Glementis VII Aoenione sedentis), c'est-à-dire après 1.378, et lorsque Oresme était déjà évêque dô Lisieux. M. Lecointre-Dupont, dans ses Lettres sur l'histoire monétaire de la Normandie et du Perche (2), propose également la période de 1877 à 1882, c'est-à-dire l'époque de l'épiscopat d'Oresme, et cette date a été généralement reproduite par les biographes modernes.

Il faudrait pourtant s'entendre* Charles'V est monté sur le trône le 8 avril i364, et la période de stabilité monétaire dans le royaume s'étend d'un peu avant cette date, en réalité de l'ordonnance du 5 décembre )36o, à

1. Gallia Christiana, art. des Evêqties de Lisieuœ, éd. 1769, t. XI, col. 789. Clément VII, pape avignonnais, fut élu le ai septembre 1378, et mourut le 24 septembre 1394. On ne voit pas d'ailleurs à quel propos les éditeurs du Gallia ont introduit ici son nom;

2. Lecointre-Dupont, Lettres sur Ihistmre monétaire de ta Normandie^ etc., p. 49.

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la fin du règ^ne, c/est-à-dire jusqu'après i38o. Si l'on veut rapporter au temps de Tépiscopat d'Oresme, c'est-à-dire après 1877, la rédaction du Traité des monnaies^ il faut avouer que ses conseils venaient un peu bien tard pour guider le roi, et que les sages mesures des premières années du règne ne doivent en somme rien à son inspiration (i).

Cette contradiction n'a pas échappé, semble-til, à M. Wolowski, qui a tenté de la rendre moins apparente, en avançant un peu la date de l'apparition de l'ouvrage d'Oresme. Seulement, l'éminent économiste n'est pas allé jusqu'au bout dans cette correction, et il s'est arrêté, date extrême, à l'année 1378, qui lui était fournie par la mention d'un manuscrit du Traité dans l'inventaire de la bibliothèque du Louvre dressé à cette époque par G. Mallet (2). Cette date de 1873 est pourtant elle-même trop basse. Cela ressort, non seulement de l'ensemble des preuves que nous donnerons plus loin, mais aussi de ce fait déterminant que, dans sa traduction des Politi^

i . C'est à cette conclusion, en tout cas ti*ès franche, que s'est arréti^ M. Vuitry, lequel admet pourtant pour la composition du Traité une date déjà beaucoup plus haute : « Les termes dans lesquels sont appréciées les mutations de monnaies, ne permettent pas de supposer qu*il a été écrit au moment même ou elles étaient ordonnées par la couronne ; et sa conclusion est évidemment adressée à Charles V, roi. Ce Traité a donc dû être composé de de i564 à iS^o ; il a suivi la restauration de Tordre dans les monnaies ; il ne Ta pas précédée » (Essai sur le régime financier de la France, nouvelle série, t. II, p. 328, n. i).

2. Tratciie, éd. Wolowski, Inlrod., p. xxiv. La mention portée au Catalogue de Gilles Mallet est ainsi rédigée : « Un livret des monnaies^ bien escript ». Il est possible, comme Tadmet M. Van Praët lui-même, qu'il s'agisse ici de Touvrage d'Oresme: la mention cependant n'est pas absolument probante (Van Praët, Inven^ taire ou Catalogue de la Librairie du Louvre, par Gilles Mallet,

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ques, Orcsine lui-même rappelle à plusieurs reprises son ouvrage original (i); or^t la traduction des Politiques^ est, comme nous verrons bientôt, de Tannée 187 1 au plus tard, pour les premiers livres. Ce rapprochement, qui a déjà été fait, entre autres par M. Meunier, n'a pas empêché pourtant l'opinion de M. Wolowski de prévaloir généralement chez les économistes, et la date de iSyS est encore celle que Ton donne couramment pour la composition du Traité des monnaies {7).

Il n'est pas douteux que cette question de date ne doive être entièrement reprise. Elle est des plus importantes, car elle domine, comme nous disions tout à l'heure, toutes les considérations que Ton peut fonder aussi bien sur la valeur historique de l'œuvre que sur Tiniluence réelle de la doctrine. Oresme fut-il ou non l'inspirateur

I. ((Et tout ce appert plus a plain en un traictie que je fis des mutations de raonnoie » {Poliiiq, I, c. 10, f^ XVIII, v^. (( Si comme il appert au traictie des rautacions de monnoie » (Ibid.^ I, c. 12, foXXII, vo).

a. Ni W. Roscher, ni M. Meunier n'ont essayé de donner une date pour le texte latin. La date avancée par M. Wolowski a été acceptée sans discussion par l'auteur du compte rendu de VEdinhurgh Review (t. CXXIX, p. 85). par Joseph G arniev (Journal des Economistes, 1864, Hl» 2.58) et depuis par MM. O. Target (Dictionnaire d'Economie politique de L. Sa//, v® Oresme), Hertrych, Les théories monétaires au XI V^ siècle^ Nicole Oresme, p. 67, Benoist, La politique financière de Charles V, p. ga, et dans les manuels d'histoire des doctrines, M. Jourdain avait pourtant déjà relevé (Mémoire sur les origines de r Economie politique, dans (( Mém. Acad., Inscr. et B. -Lettres )», XXVIII, a® part., p. 3i) qu'à lire le fier et douloureux avertissement qui termine le Traité, il est difcile de ne pas rapporter la composition de Touvrage aux années les plus calamiteuses et les plus oppressives du règne du roi Jean ». Et cotte date (milieu ou fin du règne de Jean II) est également celle à laquelle croit devoir s'arrêter avec raison l'auteur de l'article Oresme dans le récent Dictionarq of politicai economy de Palgarve(t. IIÏ, p. 42)-

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des premières ordonnances de Charles V? Dirigea-t-il, ou ne fil-il que constater ce remarquable essai de retour à une saine tradition monétaire? Ne fit-il en un mot que rédi>ire en théorie ce que le prince plus avisé avait de longtemps déjà pratiqué par un sûr instinct? On conçoit que, suivant Tune ou Tautre hypothèse, la valeur de Tœuvre, la valeur de Thomme lui-même doivent être bien ditféremment appréciées. Etcomme tout cela dépend nécessairement de la date que Ton aura assignée à la rédaction du Traité des monnaies^ on voit que nous avions quelque raison de dire que la question mérite d'être étudiée d'un peu près.

C'est dans le texte même du Traité que nous chercherons sa date probable (i). A cet égard, la distinction des deux leçons nous fournit un renseignement d'importance capitale. L'hypothèse extrêmement spéciale en effet qui est posée dans le texte en 26 chapitres, la « rédemption du prince prisonnier », apporte une date on ne peut plus nette, qui sépare complètement les deux rédactions ; le texte qui la contient est évidemment postérieur à la bataille de Poitiers, et à la prise du soi Jean (19 septembre i356), la première leçon, où cette question n'est point encore posée, est nécessairement de son côté un peu antérieure à cette même date.

Antérieure d'assez peu d'ailleurs, car il s'y rencontre de multiples allusions à des faits contemporains ou tout à fait voisins. Nous en voulons relever deux seulement qui suffisent à situer le texte : d'abord'au chapitre X, la condamnation en termes très vifs de la gabelle du sel,

I . Les Mss. du Traité latin ne donnent point de date à Touvrage. Seul le Ms. Bourgogne 9899 porte in fine cette singulière mention que nous renonçons à expliquer : t Quidam historiographus a** D' MGCGXXXIIII scripsit inter cetera de mutationemonetehec que sequuntur • (f^ 2i3 v®).

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que Tauteur estime être un « monopole » à la fois inique et désastreux (i) ; et au chapitre XIII, le droit revendiqué pour la communauté de contrôler elle-même, et de garder par devers soi les « prises et exemplaires t^ (a), nous dirions \ei étalons des monnaies et mesures.

Ces deux mentions, disons-nous, portent leur date. La gabelle du sel, établie dès j34i par Philippe de Valois de sa propre autorité (3), et subie plutôt qu'acceptée au milieu des plaintes les plus vives (4), ne fut en effet — et encore malgré la résistance d'un groupe très animé d'opposants, — étendue à tout le royaume que par les Etats généraux qui se réunirent à Paris à la fin de Tannée i355 (5). Il est difficile de croire qu'Oresme en eût parlé avec (a liberté qu'on remarque au Traitéy après le vote formai des E^tats, lui qui s'incline avant tout devant 1^ volonté de la communauté, manifestée dans ses assemblées régulières ; d'autant que le moment eût été certain nement mal choisi dans les premiers mois de i356 pour risquer une téméraire opposition. Le roi Jean ne badinait point alors au sujet de sa gabelle, et le terrible exemple du comte d'Harcourt était pour rendre circonspect un simple clerc,

Quant au droit réclamé pour la communauté de vérifier et de contrôler par ses délégués les étalons des mon-» naies, il est impossible de ne pas rapprocher cette pro-

i. Troc^, éd. Vœgelin, c.X, p. lo = éd. Wolowski,c. X, p. io6.

2. Tract, y éd. Vœgelin, c. XIIl, p. i4 = éd. Wolowski, c. XIU, p. ii3*

5. Ordonnance du 3omars i54i,n. st. {Ord., II, 179) et Ordonnance du 20 mars i343, n. st. [Ord.. II, 180).

4. « Kn cest mesrae an, mist le roi une exaction au sel, laquelle est appelée gabelle..., dont le roi acquit lindignation et la maie grâce tant de grans que de pètis, et de tout le peuple » {Gr. Ckraniq, de Framey éd. P. Paris, V, 4^4)-

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