‹ Nicole OresmeChapitre 257 sur 321 · II · texte numérisé non relu

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3. Rigoley de Juvisy, note sur le texte précédent, t Le Traité de Nicole Oresme, de mutatione monetarum, que la Croix du Maine dit contenir 26 chapitres dans la traduction française manuscrite qu'il avait, n'en contient que 23 dans Toriginal latin » {Ibid,^ II, 191, note 3).

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compte assez justement (i). Le cardinal Bona, au xvii* siècle, le ju^e, après réflexion «non contemnendum opus )î (2). Enfin, il est impossible de ne pas noter au moins que, quelques années seulement avant la découverte de M. Wolowski, Chéruel dans son Histoire de Bouen, (3), Lecointre Dupont dans ses Lettres sur l'histoire monétaire {l\)^ l'avaient assez longuement commenté, et que M. Fr. Meunier, dans son Essai sur Nicole Oresmey venait d*en donner d'assez long^ fragments (5).

Matériellement donc, Oresme n'est point une « célébrité méconnue », comme l'ont supposé trop légèrement ses premiers inventeurs. L'œuvre survit, elle est entre les mains du monde savant; mais quelle influence doctrinale à-t-elle exercée? c'est là, évidemment, une toute autre question.

Il faudrait, pour en bien juger, que nous fussions à

1. Lib. III. Carolus Quinttis,,. c Floruit hoc rege Nicolaiis Oresmius, cujus libellum legi inscriptum de Monetis ubi succenset regibus nummos ponderis nequaquam justi expendi jubentU bus • (Papirius Masson, Annalium libri quatiior, éd. 2*, Lutetiae, 1578, 40, p. 460).

2. Joannis Bona, Opéra, nunc primum in unum qpus collecta. Anlverpiae, 1677, 4* (Bibl. Nat. D. 5446).

5. Cheruel, Histoire de Rouen pendant la période commnnaUy 1844, in-80, II, p. 399.

4. Lecointre -Dupont, Lettres snr f histoire monétaire de la Normandie et du Perche, 1846, 8®, p. 5o, n. i .

5. Fr. Meunier, Essai sur la vie et les ouvrages de Nicole Oresme^ p. 67 à 82 11 est remarquable par contre que le Traité ait été totalement omis par des historiens comme du Boulay, H. U.P. IV, 977, et, dans la littérature locale, par Huet, L. Dubois, Th. Lebreton, E. Frère, et l'abbé Guiot (Moréri des Normands).

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même d'embrasser dans son ensemble la littérature monétaire qui suivit, au moins pour les deux premiers siècles, le xv*^ et le xvi*^. Mais bien que déjà mieux dégagée dans ses abords que celle des xiii*^-xiv*' siècles, la production doctrinale de cette époque est encore mal connue et surtout mal classée. Les historiens de l'Economie ont à peine commenéà ladébrouiller; quelques noms seulement ont émergé, quelques œuvres ont été vraiment étudiées. L'ensemble reste confus ; et rien ne prouve qu'une part considérable de la littérature, ou restée manuscrite, ou oubliée, n'ait pas échappé aux recherches. Sur la question monétaire, en tout cas, une portion considérable de la production a été négligée, par ce seul fait que les monographies, dans lesquelles on semble avoir cru à tort que loute la science était désorinais condensée, ont été seules étudiées, et qu'aucun dépouillement sérieux n'a été tenté, pour cette période, des ouvrages généraux.

Après comme avant Oresme pourtant, aux xv« et xvie silcles, et même plus tard, la littérature monétaire est demeurée essentiellement multiforme et dispersée. La forme monographique, dont le Traité avait donné un si remarquable exemple, n'avait point néce^airement prévalu. Après comme avant Oresme, pendant deux siècles encore, la forme fragmentaire, les dissertations sur un texte, la glose en un mot, sont restées la forme commune et dominante, où il faut chercher les conceptions monétaires de cette époque.

Les sources générales par suite restent les mêmes. Le Traité d'Oresme n'a point arrêté naturellement le développement parallèle des écoles rivales, romaniste et canoniste. Après comme avant, les docteurs ont continué, autour des canons et des lois accoutumées, à développer les mêmes questions, à retourner les mêmes arguments.

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Au xv« et au xvi*^ siècles comme au xiv*' siècle, la liste est lonçue des commentateurs célèbres ou oubliés, avec de temps en temps de plus grands noms qui éclatent sur l'ensemble : parmi les canonistes Balde, un presque contemporain d'Oresme, Antoine de Butrio, Zabarella, Torquemada,Guy Pape, Panormitanus, Jean d'Anagni ; parmi les romanistes, Balde encore, familier aux deux enseignements, Barthélémy de Saliceto, puis Paul de Castro, Jean d'Imola, Alexandre Tartagnus, Philippe de Dixio, Jérôme Cagnole, et les moindres (i). L'école roma-

4. Les ouvrages récents de H. Gontzen, Geschichte der Volkwirthschaft.' Literatur, p. 162; et de L. Gossa, Hist. des doctr, ècon., p. i83 sq., ne s'occupent guère que des monographies. Des listes techniques plus complètes se trouvent dans: Goldast de Hermenfeld, Catholicon rei monetariœ^ Franco furti ap. M. 2* éd. 1620, p. 309; et Abot de Bazinghen, Traité des 7)ionnoies et de ta juridiction de la Cour des monnoies^ 1/^4» P- XIV. On trouvera aussi un commencement de dépouillement très utile dans Lipenius, Bibliotheca realisjuridica, 1707. f^, v^^Moneta, monetae valor, monetae mutalio, etc. Pour les textes, les plus importantes de| monographies ont été réunies dans quelques recueils : R. Budelius, Demonetis et re nummaria rarii tractatus admodum utiles .. . Coloniae Agrippinae, apudJoannem Gynnicum, i58i, 4^ (2^ partie, p. 34a- 795) [Bibl. {>Jat. [nvent. *E. 627]; Ant. Thesauro, De monetarum augment4)^ variatione et diminutionej tractatus varii, Augusto Taurinorum, 1609, 4° [Bibl. Nat. *E. 53 r). Il convient de joindre, pour ritaUe, les premiers volumes (parte antica) de la collection du baron Gustodi: Scrittori classici di Economia politica, Milano, 1804 sq.; et pour l'Angleterre : A sélect collection of scarce and valuable tracts on money. printed for the political Economy club, i855 (Cette dernière publication manque à la Bibliothèque Natio nale). Enfin, un assez grand nombre de dissertations intéressantes se trouveront dans les grands recueils de G. Meermann, Novus thésaurus juri s civilis et canonici, Haga» Gomitum, 1751 (au tome VI), et dans le Tractatus iUustrium in utrâque tant pontificii, quamcœsarei juris facultate jurisconsiUtorum (vulg. Tractatus tractatum), au tome XII, Venetiis, 1623 in-P.

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niste s'épuise la première. Après Bariole, elle n'avait guère fait que ressasser les mêmes arguments. L'école nouvelle du xvi« siècle, celle qui reçoit l'impulsion de Cujas, rejette les constructions factices élevées sur les textes, et reporte toute son attention sur les questions essentiellement juridiques. La question monétaire économique disparaît des préoccupations des légistes, qui cessent d'avoir une doctrine monétaire propre ; tandis que, par opposition, avec David de Hauteserre, avec Gonzalez Tellez, la doctrine monétaire canonique se conserve jusqu'aux xvii^ et xviii® siècles chez les commentateurs inlassables des Décrétales.

L'intérêt d'ailleurs n'est plus là, depuis longtemps. L'intérêt est passé tout entier dans les monographies, dans les œuvres des philosophes politiques de l'école d'Aristote, bientôt on dira des économistes. La forme monographique a prévalu plus tard pourtant pour les. questions monétairesqu'on neledilcommunément(i).Les premiers monographes monétaires que l'on cite, Martin Garrat (2), Jean Régna ud (3), Fr. Gorli (4), Alb. Brunus (5), ne le sont point proprement ; leurs prétendus traités ne sont, il est facile de s'en apercevoir, que des extraits, des

1. Brantz, Les Théories écommiq'iies aux XIII^-XIV^ *'.» p. 193.

2. Martini Garrati Laudensis (de Lodi, vers i438), Demanetis, dans Tractât, tractât., XIl, 2o3.

5. Joannis Regnaudi Avenionensis, De monetis. dans Tract, tractât., XII, 206.

4. F. Gurtii Senioris (Fr. Curtius de Lodi, dit Senior, vers 1482). L'extrait intitulé dans les recueils : Tractatiis mcmetarum practicabilis et utilis tam judicibus quam advocatis et proctiraioribmj est une lectio sur la loi cum quid ff. si certum petatur (dans Budelius, t. II, et Tractatus Tractatum, XII, 2o5).

5. Alberti Bruni Astensis (Albertus Brunus, d'Asti, vers i5o6), De augmento et diminutione monetarum, dans Tract, tractât., XlI,

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gloses un peu développées sur le Corpus^ que plus tard les compilateurs du Tractatns Traclatuum ou des nombreux recueils monétaires du xvii® siècle se sont avisés d'isoler, et d'imprimer à part, dans une forme qui a trompé les historiens modernes de Téconomie. Gabriel Byel lui-même, tout à la fin du xv« siècle, est un canohiste ; par sa forme, par son origine, le petit extrait : De monetarum potestate simul et ntilitate libellas^ est un casas pœnitentiœ (i), qu'il a peut-être lui-même pourtant fait paraître isolément. Ce n'est, semble-t-il, qu'à la fin du XVI® siècle, si Ton fait abstraction de quelques travaux isolés, comme ceux de J. Agricola, que les nations méditerranéennes d'abord, l'Espagne avec Govarrusias, Basile Ponce de Léon, Azorius, Mariana, et don José de Retes, l'Italie avec Davanzati et Scaruffi, puis la Pologne avec Copernic et toute une école autonome ipeu connue encore, Bilibald Pirckeymer, Bornitz, oflFrent de véritables traités monétaires ; la France et l'Allemagne n'entrent dans le courant qu'assez tard, à la fin du siècle et au siècle suivant. Mais alors avec Budelius et Martin Boyss. avec Dumoulin, Bodin, Grimault et Garrault, plus tard avec Freher, Jo A. Fuchte, Monlchrétien, Bouleroûe, Boizard et Le Blanc, les travaux se pressent, œuvres de monnayers plutôt encore que d'économistes, au demeurant pleines d'idées, trop peu étudiées encore, qui mènent insensiblement la doctrine jusqu'à la naissance des écoles classiques (2).

Quelle a été sur toute cette littérature l'influence d'Oresme ? Est-il vrai, comme on Ta un peu légèrement affirmé, que cette influence ait été décisive? qu'après le

I Gabr. Byel. Commentarii doclissimi in ires libros sententiarum, ciim supplemento,Br\x\x, \5y^, ixi-^^ (B\h\. Nal. D.6549). 2. Pour ces auteurs, voyez infriu p 664-^^-

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Traité des Monnaies la doctrine soit définitivement fondée et acceptée de tous (i) ? Sur la foi de quelques citations, sur le hasard de vagues similitudes de doctrines chez des monographes isolés, la plupart des modernes l'ont cru. Ils ont affirmé que la fusion de la doctrine était désormais un fait accompli, que « la doctrine si parfaite de fond et de forme sur la vérité des monnaies était entrée définitivement dans le domaine de la science » (2) ; et lorsqu'ils ont retrouvé quelque idée similaire chez les écrivains postérieurs, ils ont cru pouvoir conclure immédiatement à une filiation directe (3).

C'est là, très certainement, une exagération. C'était mal connaître peut-être l'histoire des opinions humaines en général, que de croire qu'une idée, par cela seul qu'elle approche la relative vérité que nous pouvons saisir, s'implante ainsi nécessairement, de sa seule vertu, dans les générations suivantes. C'était tout particulièrement se montrer fort téméraire, dans Tétat de nos connaissances sur les doctrines de la fin du moyen âge, qiie

1. Brantz, Les théories économiques aux XI 11^ -XI V'^ siècles, p. igS et note. < Partout nous retrouvons avec des variétés bien minimes la doctrine de Nicole Oresme chez ses contemporains. • Cf. Jourdain, Mémoire sur les origines de l'Economie politique ^ loc, oit , p. i33.

3. M. Wolowski avait cru retrouver les idées d'Oresrae chez Copernic (Traictie. Introduction, p. vi). On a signalé aussi leur influence prétendue sur Montchrétien, sur Bodin (Dessaix, Montchrétien et Céconomie politique nationale, thèse, Paris, 1901, p. 3o; Baudrillart, Jean Bodin et son temps, Paris, i854, p. 49^^ ; J.-E. Horn, L'Economie politique avant les pkystocrnteSy 1867, p. io3). M. Brantz enfin fait entrer dans la filiation d'Oresme toute la série des auteurs monétaires des xv«-xvi« siècles : « Gabr. Byel, Copernic, Martin de Garrat, Fr. Curtius, J. d'Aquila, Albert Brunus, et bien d'autres ». Nous verrons ce qu'il faut penser de ces affirmations.

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d'affirmer, parce que Ton retrouvait plus tard quelque similitude de doctrine, qu'une conception comme celle d'Oresme, qui répugnait aussi nettement aux procédés de la science médiévale, ait pu s'imposer sans lutte dans un milieu aussi profondément féodal encore. Mais la vérité est tout autre. En réalité, le vœu d'Oresme n'a point été exaucé ; « tous les saiges et prudens hommes » ne sont point, comme il le demandait « convenus ensemble en une vraye et proffitable sentence » (i). Après comme avant le Traité, après comme avant l'expérience pratique du règne de Charles V, la lutte de doctrine a continué. Et de même que la littérature monétaire est demeurée, comme nous venons de Texposer, multiforme et fragmentaire, de même la doctrine s'est conservée multiple : doctrine canonique, dectrine romaniste, doctrine aristotélicienne des « artiens », sont restées autant de systèmes qui pendant longtemps encore se heurtent, dont les partisans s'ignorent et se dédaignent réciproquement. Et au milieu de ce combat de doctrines, le vieux droit féodal naturellement n'a pas désarmé. Sans entrer dans des énumérations fastidieuses, d'ailleurs nécessairement incomplètes, nous pouvons en juger par quelques exemples rapides.

La doctrine des canonistes d'abord est demeurée figée. A vrai dire, depuis Innocent IV, elle n'a rien su créer. Affirmation, en principe, de Tidentité de valeur du lingot et du denier (2), mais avec reconnaissance d'une certaine vertu créatrice de l'empreinte, d'un aliquantulum valoris

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