Genehard, in Ghron. » (éd. cit., p. 5o6, col. i
802 FNPLUK?rCK DOCTRINALE d'oRESMK
sèment Tœuvre d'Oresme, il nous paraît bien qu'il s'en est servi, peut-être sans vouloir nous le dire (i).
L'emprunt d'ailleurs devient direct, et avoué cette fois, avec Joseph Fernande^ de Retes. Dans son com-
I. Nous croyons utile de donner ici les traits essentiels des développements de cet auteur peu connu. Il est intéressant, parce qu'il fait précisément application au roi d'Espagne des mêmes principes qu'Oresme avait formulés dans des circonstances identiques à l'égard du roi Jean :
f Quarla denique sententia circa potestatem principis in constîtuenda vel mutanda monetâ, asserit principem augentem valorem monetae non posse sibi accipere incrementum illud, sed crescere populo, vel possidenti pecuniam,cujus valor accrescit... Sed auctores hujus sententiae, ut credo, affirmant non licere spectatâ précise naturâ rei, et potestate principis ; non vero si alia subsit justa causa: tune enim id exigi posset quasi novum vectigal in monetae augmento impositum. Qui prioatim islam sententiam doceant multi fortassts erunt, qui lamen typis mandaverit, hactenus legi neminem... Quamvis ergo Régis maxima necessitaleexistente. si prematur inopia. immineant bella, hostes urgeant, ad ministros Regisy qui populi jus dicunt, alendos stipendia desint, Academiae deficiant, templa, monasteria reparatione et Veformatione indigeant, quae sine pecuniarum erogatione fieri nequeunt xdificia, ac viaî publicae reficiendae, mare pyratis expurgandum sit, juste possit. sicut et alia imponit tributa, hocetiam in monetae excusione imponere, servatis legibus quas in tributorum impositione ratio et îpquilas s'ervandas pricscribit... Esto, sic mulet, accrescat valor, attamen coujmodura et aJgmentum in utilitatem possidentis cedere débet, non in utilitatem principis, eo vel maxime quia Regia potestas prœcipue ob Reipublicir commodum instituta est, et non populus propter Regem, sed Rex propter populum. . . Hoc enim differl tyrannus a Rege ; quia ille quidem sua unica commoda omni ex parte expectat, et attendit ; contra vero Rex ulilitati subditorum nihil non suppedilat et consulit.» — \ Quod si Catholicum regem nostrum. Pbilippum ejus nomine Tertium... in bac aîrea? mutalione monetae sibi accepisse incrementum objiciatur, hoc injuste ab illo factum esse nemo sanus admiserit. . . et justissime a Catholico, pio, timorato, racionique obedientissimo
INFLUENCE DOCTRINALE d'oRESME 663
mentaire très détaillé et très intéressant sur la loi Origo (i), cet auteur ne cite pas moins de huit fois Oresme ; il professe pour lui une estime particulière qu'il ne cache point. Avec Oresme, il affirme, à rencontre de saint Thomas, de Basile Ponce de Léon, la nécessité d'une monnaie ayant une valeur réelle de métal, il résume d'une façon saisissante, d'après les chapitres I, II et III du Traité, Targ^umentation d'Oresme sur le droit de la communauté (2). Il lui emprunte la grande citation de Cassiodore, au chapitre XIII du Traité, et les explications dont il Ta accompagnée. Il le suit dans la condamnation théorique des mutations (3), dans la disprincipe, factura esse non dubito. Factura tamen quia bella justa contra inimicos Dei ecclesie sustinet semper, Ilispanum regnura, innuraera régna justissime parla, vel hereditario devoluta, necessario praesidio munit, etc. » {éd. cit., p. 5o4-5o6). Cf. Oresme, Tractât , c. 25, 24, p. GXXX sq.
I. J. Fernandez de Retes. (16201678). Opusculorum liber VIII"*, cap. i""», Gommentarius juridico politicus in l. 1, de contrah. erapt. (dans Meermann, Novus thésaurus juris civilis et canoiiici, Hagae Gonitura f® t VI, 1763, p. 3o8-35o).
'2. J. Fernandez de Retes, op. cit., § 19. « Moneta non est principis, sed communitatis, singulorumque ea utentium^ possidenliuraque. Ergo valor intrintecus, seu communis in eâ cudendâ débet attendi. Deinde, inquit, si princeps posset parvi facere materiam, possel vel minuere pondus materiœ, vel ipsam adulterare. Sed hoc non polest, quia esset deceptio fraudulenta, et fraus vilissima, cum figura in nummo ponitur a principe ad designandam reritatem et certitudinem ponderis^ et materiœ qualitatem. Ergo, etc. » [éd. cit y t. VI, p. 3i4i col. l'i). Gf. presque terraes pour termes : Oresme, Tractact., c. 6, p. GI ; c. 12, p. GX.
3 Idem, ibidem.^ | 78. « Legatur Oresmius^ c. 22... Ulilitas mutationem expostulat, quando valor metalli auctus,vel diminitus fuitcommuni aîstimatione provinciarura, vel massa, aut metallum nummi, propler conlrectationem assiduam, vel corrosiones fraudulentas, vel nimiara anliquitatem, deficere a justo pondère cœpit ; tum Princeps novam monetam cudere débet, asperam,
661 INFLUENCK DOCTRINALE d'oRESME
cussioii des mutations permises, dans la peinture énergique des dommages qu'elles entraînent pour le commerce, des dangers qu'elles font courir au prince et à son peuple (ï). Malgré tout, il sait se séparer d'Oresme et le dépasser à l'occasion. Dans son Traité, assurément le plus complet que nous ayons rencontré jusque-là sur la matière, le plus riche par la connaissance de la littérature du sujet, /îe/<?s n'est jamais, en effet, étouffé sous les opinions de ses devanciers ; il développe dans une forme très personnelle des idées qui sont siennes, et il les entoure d'observations que sa rare connaissance de Thistoire et de la législation monétaires rendent des plus intéressantes. Un fait suffit à montrer son indépendance ; après avoir posé avec Oresme le principe du droit de la communauté, il admet pourtant plus tard qu'il n'est
integram, et absoluti ponderis, et veterem abrogare; aiioquin teneretur de raala gubernatione commercii. Causae vero rautandi monctam sunt: summa nécessitas, aut evidens utilitas. Summa nécessitas, quando ingruentîa et debacchantia bella aliter Princeps propulsare non potest, nec aerarium sufficit, nec regnura par est cantributionibus, neque ab amicis subsidia expectare polesl » (éd. cit., p. 220, col. 1). Cf. Oresme, TractatuSy c. 9, p. GIV ; c. 22, p. GXXVI.
1. Idem, ibidem, | 79. ce Sed quando in controversiam incidit mutatio raonetae apud aulas et supreroa consilia, caveant consiliarii, ne ad mutationem monetae proclives sint ; sed omnia pensitent hinc inde; commoda Régis cum Regni incomraodo conférant. Necessitatem sequo Hbramine sustineant, et alia remédia sedulo inquirant... Quia hac mutatione periclitatur bonuui multitudinis, et gravissimis exponitur damnis ; cum pecunia sit in corpore politico, veluti sanguis in corpore animali... Non est enim minus fugiendum periculum interficiendi corpus polilicum Regni, vel Civitatis, quam corpus singulare unius hominîs... Sed de hac materia, vide Opusculum de mutatione monelae Nicolai Oresmii, episcopi Lexoviensis, in tomo IX Bibliothecœ veterum patrum » (éd. cit., p. 33o, col . i , 2). Cf. Oresme, Tractai. , c. 20, p. GXXIII ; c. 25, p. GXXXIV.
INFLUENCE DOCTRINALE d'oRESME 665
point besoin du consentement du peuple pour muer, et que le prince peut le faire auctoritate propria (i). II s'est arrêté, comme on voit, en définitive, à l'opinion d'une partie de l'école romaniste, qui admettait la délégation perpétuelle au prince du droit de la communauté, et en ce sens, il n'est pas un très fidèle disciple d'Oresme.
La vraie filiation, certaine, directe, avouée, c'est celle de Técole rhéno-flamande, et celle de Técole française.
Oresmeeslà Toriginede la doctrine monétaire deTécole rhénane, puisque c'est fi//6f/ qui en marque le point de départ. A la fin du xvi« siècle, les éditions multipliées dans cette région mettent le Traité dans les mains de tous les doctes : Budelius, Marquard Freber, Wolffgangy qui l'ont édité procèdent de lui dans leurs travaux propres, comme d'un maître avoué. Budelius lui emprunte toute son analyse des mutations (2). Jo a Fuchte^ cherchant à opposer aux déprédations des princes de son temps un exemple salutaire, ne trouve rien de mieux à faire déclare-l-il, que de réimprimer le Traité (3).
L'ouvrage le plus intéressant pour nous, de celte étole^ ce sont \ts Notae in Oresmium {!\). Ce travail anonyme
1. Idem, ibidem^ Investigatio sexta. De perpetuo valore nummi et qi^iUitate, |§ 76 et 77 (éd. cit., p. 326, col. 2*).
2. Biidelius Ruremundanus, De monetis et re nummaria libri duo; CoIonicB, iSgi, II, p. 21 .
3. Jo. a Fuchte, dans la préface de son édition d'Oresme, déclare ne pouvoir mieux faire, pour montrer aux princîes d'Allemagne les dangers des altérations de monnaies, que de réimprimer le Traite, ut ilia deierrima bestia in perpetuum a nobis exsuUt, (Nicolai Oresmii. Lexoviensis episcopi, tractatus de mutatione monetarum, studio Joannis a Fuchte, Helmstadt, 1622, in-4°,
p. im.
4. Nolîe in Oresmium, à la suite de Johann. Wolffgangi Langenzennensis Franci Dissertatio politico^juridica de jure moneta-
666 INFLUENCE DOGTRINA.LK D*OReSME
a dû être assez répandu, puisque nous le trouvons joint au Traité de Byel et à Wolffgang dans plusieurs éditions, et que les auteurs postérieurs, même étrangers, comme Bouteroûe, le citent couramment (i)* Il est certainement de la fin du xvi® siècle, ou des premières années du xvii*, car l'auteur cite Budelius, Bodin, dont les ouvrages ont paru vers la fin du xvi* siècle, Papire Masson dont Thistoire est de 1677 (2). L'auteur anonyme est un annotateur, mais un annotateur assez libre. Il possède la littérature de son sujet (3), connaît les canonistes et la plupart des monographes ; il ne se contente pas de gloser et d'expliquer les passages obscurs (4), il développe, parfois avec bonheur, la pensée d'Oresme, il n'hésite pas à apporter des arguments nouveaux. Par exemple, pour la justification du billon, il remarque la nécessité de renforcer par un métal plus dur la mollesse de certains métaux précieux (5) ; il n'hésite pas non plus
rum, p. 4-^^ 60 (Exemplaire consulté : )Bibl. Mazarine, 1854^1 pièce) .
î. Bouteroûe, op. cit. Observations sur la page 7,1. 10 et 1. 16; sur la page 7, l. 34 (éd. cit. y p. i5o et i5r).
2. Notae in Oresmiura, sub v® JUonetam fahi/kare, p. 18 ; note sicut quœdam pensio, p. 7.
3. Il cite la lettre d'Innocent III ; il connaît Budelius, Georg. Agricola, Bodin {passim).
4. Sur le passage du denier dû à César, par exemple, il nous apprend (p. 6) qu'il a fait un traité spécial où il éclaircit cette démonstration d*Oresme. Dans la note sur les mots sicut quœdam pensio (p. 7), il éclaircit par Texemple du droit de monnéage normand et celui du monetale de Pologne, ce qu'il faut entendre ainsi par pensio .
5. Notaî in Oresmium, sub v^ Monetari immixtwn : « Quod non dubium est, sed propter nimiam ejus mollitiem, quo minus usu et tritura rainueretur, visum est aliquid durions metalli modicum addi. Vide Georg, Agricola, de precioso métallo » (éd. ciY., p. 4)'
INFLUENCE DOCTRINALE d'oRESME 667
à corriger la proportion XIP indiquée au texte pour le rapport de Tor à Tardent, en une proportion XP, qui est, dit-il, plus juste de son temps (i). L'insistance avec laquelle il revient sur certaines particularités des monnaies de Pologne (2) laisserait assez à penser que Touvraçe a été composé soit dans ce royaume même, soit dans la partie orientale de TAllemagne.
L'école française des xvi**-xvii^ siècles est encore bien mal connue dans son ensemble. A part Bodin etMontchrestien, nos « monnayers » ont été négligés, et c'est dommage, car quelques-uns d'entre eux, Bouteroûe, Boizard, valent amplement les rêveries creuses d'un Scaruffi.II est malaisé, dans ces conditions, d'apprécier en quelques lignes quelle put être l'influence d'Oresme. Il semble bien qu'il ait été très inégalement connu. C'est sans preuve que trop souvent les historiens de l'Economie ont avancé que des auteurs comme Montchrétien^ Bodin, Boisffuilberl (d) ou quelques autres avaient dû s'inspirer du « grand économiste français du xiv® siècle ». Le grand éco'nomiste n'était grand que pour quelques-uns ; ni
1. Idem, ibidem^ sub v^ Una alia proportio : « Ad hodie auri ad argentum rationem loto fera terrestri orbe esse duodecimam pro certo adstruil Bodiniis, lib. VI de Republica, c. i5. In nostro vero imperio et saBCulo undecuplam curn quartâ parte constituit intelligens hujus rei aestiraator R. Biidelius de monetis, c. uS, n, 12 » (éd. cit., p. 9).
2. Notez les citations d'auteurs polonais (p. 8), le rappel du moneta^ium en Pologne (p. 7), le développement sur les enseignements de Boleslas, roi de Bohême et de Pologne, à son fils
3. P. Dessaix, Montckretien et V Economie politique nationale^
thèse Fac. droit, Paris, 1901, p, 5o.
H. Baudrillart, Jean Bodin et son temps, Paris, i854» p. 494* J.-E. Horn, L'Economie politique avant les physiocrateSy 1867,
8<», p. io5.
668 FNFLUKNCE DOCTRFNALK d'oRESME
Grimandet (i), ni Abot de Bazinghen (2), ni Le Blanc (3), ni quelques autres dont les œuvres sont restées manuscrites et anonymes, ne paraissent le connaître. Quelques justes appréciations sur les inconvénients des mutations (4), quelques vagues déclamations sur « l'argent
1. Grimaudet, Des monnayes, nugment et diminution du prix d'icelks, Paris, 1785, in-8".
2. Aboi de Bazinghen, Traité des monnaies et de la juridiction delà Cour des monnaies, 1784, in- 12. Oresme ne figure pas dans la liste des auteurs monétaires que cet auteur a dressée dans son Introduction (t. 1»^, p. XIV).
3. Le Blanc, Traité historique des monnaies de France depuis le commeiwement de la monarchie jusques à présent^ 1^)89, in-4". Un certain nombre de traités monétaires anonymes de même époque restés mss. à la Bibl. Xat. contiennent des listes d'auteurs monétaires: nous n'y avons pas rencontré non plus le nom d*Oresme. V. par ex. Bibl. Nat. Ms. Fr. 12984, 1* i-3 ; Ms. Nouv. Acq. Fr. 7119, ancien Brienne 148, f"23i.
4. Jean Bodin, Discours sur le rehaussement et diminution des monnaies. • H ny a rien qui plus travaille le pauvre peuple que de falsifler les monnaies, ou varier le cours d'icelles, combien que les riches et les pauvres, chacun en son particulier, et tous en général, en reçoivent perte et dommage incroyable, et qui ne peut se remarquer par le menu, tant f a d'inconvéïiients qui en viennent à réussir... Car si la monnaie, qui doit régler le prix de toutes choses, est muable et incertaine, il n'y a personne qui puisse faire estât au vray de ce qu'il a ; les contrats sont incertains, etc.. bref tout l'état des finances et de plusieurs affaires publiques et particulières seront en suspens, chose qui est encore plus à craindre si les monnoyes sont falsifiées par les Princes, qui sont gapants et débiteurs de justice à leurs subjels, etc..» (Il cite les exempl»^s des mutations de Philippe le Bel, du roi Pierre III d'Aragon, d'après le canon Quanto. Pour empêcher le retour de ces mutations, il ne voit d'autre remède que de frapper dans le métal pur c comme je remontray quand je fus député par les Rtats, villes et prevostez du pays de Normandie, pour aller aux Estats de France » (éd. Lyon 1595, non paginée). Gf du môme auteur, De republica, lib VI, c. .1, pr. c Ac non modo corrumpi
INFLUENCE DOCTRINALE d'orESME 669
qui n'est pas la richesse » (i), des analyses plus profondes de l'origine de la monnaie (2), avec môme le rappel de la fable du roi Midas (3), ne sont pas, quoi qu'on ail pu croire, chez ces auteurs, des preuves suffisantes, puisque tout cela n'est que la paraphrase commutie d'Aristote.
En revanche, chez Boizard et Bouteroûe l'inspiration est directe et franchement avouée.
Bouteroûe le premier procède directement d'Oresme. A chaque page de sa courte introduction théorique (4), il
monela, sed ne mutari quidem potest sine incoinmodo civitatis, quoniam mutatio prelii ac numismatum census etiam ac bonorutn cujusque dubitationem affert. Quo fit, ut nemo quantum in bonis habeat decernere possit ; incerta sunt pacta convenla, quae versantur in societatibus, tutelis, mandatîs, rébus emptis, venditis, conductis, locatis, quibus vitae societas, conlinetur ; incerti redditus, incerta vectigalia, tributa, denique pœnae ipsae ac prœrnia, quae a legibus et judicibus irrogantur, incerta sunt futura i (éd. Paris, 1678, nonpag.). On rapprochera Oresme, Tractât., c. 20, p. CXXIV, etc. 21, p. GXXV.
I Montchrétien, Traicle de lŒconomie politique^ »645, 8^, p. 63-65 (le développement est identique presque terme pour terme à celui de J. Bodin).
2. Boisguilbert, Le détail de la France, c. 14, éd. Daire (Collection des Economistes français, Guillaumin, i843, in-8°, p. 198).
Cf. Montchrétien, Œconomie politique. « La nécessité du com • merce, qui ne se faisoit au premier temps que par le simple permutation, a trouvé l'usage de la monnaie, en l'estimation déterminée d'une matière choisie, à laquelle la forme publique est adjoutée ») (éd. cil. y p. 64). Cf. Oresme, Traclat., c. i, p. XCIII.
3. Boisguilbert, Dissertation sur la nature des richesses , de Vargentj etc., chap. IV (éd. 1704, p. 385).
4. Bouteroûe, Becherclies curieuses .sur tes monnaies de France, Paris, 1666, in-f». Dans les citations marginales, nous avons relevé le nom d'Oresme sur la question du billon (p. 3), les raisons qui ont fait établir l'alliage (p. 4)^ la nécessité de réserver les métaux précieux pour le monnayage (p. 5), les variations de
670 INFLUENCE DOCTRINALE d'oRESME
le cite, et dans ses Observations finales (i), c'est sur la doctrine du Traité, qu'il fonde en réalité presque uniquement ses développements de principes. Boizard^ plus éclectique dans ses références, n'est pas au fond moins imprégné* de la doctrine. Origine de la monnaie, distinction du numéraire réel et de la monnaie de compte, nature du pouvoir du prince sur la monnaie, raisons qui ont obligé à employer Talliage, proportion variable de Tor à Targent, sur tous ces points Tun comme l'autre procèdent d'Oresme, ou directement, ou par ses disciples, par Byel, par Freher, par Budelius. Toute la partie théorique du Traité a ainsi, et souvent mot pour mot, passé dans leurs œuvres, à Tun et à Tautre (2). La partie la plus vivante, pourtant, la partie si franchement originale sur le droit de la communauté, sur les dangers des empirances, est encore passée sous silence. Ne nous étonnons point trop: la liberté d*espritd*un monnayer du xvrr siècle ne pouvait plus être celle d'un évéque du XIV* : on ne parlait point à Louis XIV le franc langage tenu à Charles V, et nul audacieux ne se fut permis alors devant le droit du roi, de dresser le droit du peuple.
proportion de» métaux (p. 6), la prohibition du seigneuriage (p. 7), le droit de la communauté (p. B), la stabiiiié de cours des monnoies (p. 9), les altérations monétaires (p. 10), etc. . . C'egt dire que toute la partie théorique de Touvrage est directement inspirée du Traictiê d'Oresme.
I. Idem, ibidem. Dans ses Observatiom, Bouleroiie ne se contente plus de citer Oresme, il en reproduit de longs passages, sur toutes les matières justement citées à la note précédente {éd, cit.f p. 146 et suivantes).
a. Boizard, Traité des monnaies, leurs circonstances et dépendances, Paris, 1682, in*8®. Les citations directes sont très nombreuses : à propos de Tétymologie du mot mtmnaie (p. i), de l'origine de la monnaie et de son utilité (p. 2, 4)* de la raison d'être de la
Il convient d'arrêter avant le xviii^ siècle cette recherche nécessairement très superficielle sur la postérité d'Oresme. Peut-être sommes-nous déjà descendus un peu bas : en tout cas, à partir de ce moment les écoles nouvelles deviennent trop complexes, les œuvres trop nombreuses, pour qu'il soit possible d'apprécier en quelques pages ce que les auteurs ont pu devoir, consciemment ou non, aux idées survivantes du « grand économiste du xiv^ siècle ».
Un fait certain, toutefois, c'est qu'Oresme, même à cette date, n'est point oublié. Il serait même, croyonsnous, très intéressant de pousser des recherches à cet égard du côté de Técole nationale anglaise. Dans cette école, appelée à de si hautes destinées, les travaux monétaires n'apparaissent qu'assez tard, et seulement à partir de la fin du xvn« siècle. Ils dépassent par suite les bornes que nous nous sommes fixées. Nous avons la certitude pourtant que des travaux patiemment poursuivis dans ce sens donneraient des résultats fructueux et, peutêtre conduiraient à quelque surprise. Il y a en effet un point de départ des plus intéressants qu'il nous appartient au moins de relever : c'est l'existence d'une traduction anglaise du Traité des monnaies^ faites dès le xv« siècle (i), et dont, malgré ses imperfections, les origines seraient sans doute bien attachantes à élucider. Le fait que, dès le xv" siècle, on avait cru utile de tourner en langue vulgaire les idées du Traité, et de le joindre à des
monnaie de compte (p. 6), de l'alliage (p. lo, 22) de la forme des espèces et de Tempreinte (p. 29, 4i)t du droit de seigneuriage (p. 58), de la proportion des métaux précieux (p. 65), etc.. Mais plus que les citations, le fond de la doctrine prouve la filiation directe.
I. Bibl. Trinity Collège Cambridge, Ms. O. 3, 11, fM à XXIV, v** (v. infrà Appendice C).
672 hNFH«WCE DOCTRINALE d'oRESME
manuscrits contenant des œuvres aussi pratiques que les coutumes de la cité de Londres, semble témoigner d'une assez large diffusion, et peut-être d'une influence réelle. Quelques rapides lectures chez les plus anciens des monnayers anglais, chez N, Barbon, Rice Vaughan^ Robert Cottoriy W, Petit/ {j)y Ed. Brerewood (2), nous ont révélé des similitudes de doctrine, qui ne semblent pas être entièrement fortuites, et quelquefois même, chez Rice Vaughan surtout (3), des analogies dans la forme et la méthode d'exposition qui ne peuvent tenir qu*à une connaissance directe du Traité. Mais c'est là, encore une fois, une voie que nous ne pouvons qu'indiquer.
Ce que nous voulions montrer en effet, et que nous croyons avoir au moins dégagé sans ambiguité, c'est qu'Oresmc et sa doctrine n'avaient point été, après le xiv^ siècle, immédiatement oubliés, comme on le croyait. L'étude un peu longue peut-être que nous avons dû faire nous a révélé plus que nous n'espérions, en nous montrant que le Traité était connu encore, était lu et
i. Nous n'avons pu nous procurer à la Bibliothèque la publication du Club d' Economie politique de Londres : A sélect collection of scarce and valuable tracts on money, printed for ihe political Economy Club. London, i855, in-8*.
2. Edw. Brerewood, De ponderibus et prédis veterum nummorum liber unus, dans Tractatus biblicorum sine criticorum sacrorum, Londini, 1660, tome VIF, col. 1093-1166 (Bibl. Nat., Invenl. A, i356j.
3. Rice Vaughan, A discourse of coin and coinage^ ihe first invention,.., maUer,forms, proportions, and différence, ancient and modem, by Rice Vaughan, laie of Grayes Inn, Esq. London, 16^5 (Bibl. Nat. F. iiy/^2'0). — On rapprochera surtout du Traicti£ les quatre premiers chapitres, dont les litres, chose curieuse, sont presque identiques, et dans le même ordre; on comparera^ c. 1, p. i, le passage sur l'invention de la monnaie, et c. III, p. 14, la remarque déjà faite par Oresme, et à peu près exclusivement par lui, que les noms des monnaies furent autrefois des noms de poids, etc..
INFLUENCE DOCTRINALE d'oRESME 673
apprécié, à la date presque où allaient paraître les maîtres de TEconomie classique. La doctrine des plus grands n'aurait-elle point des racines, que la critique moderne n'a point soupçonnées (i)?Ce n'est pas une coïncidence sans intérêt peut-être à relever, que au moment même où paraît le livre de A. Smith, les Dictionnaires encyclopédiques en France rappellent encore l'existence du Traité des monnaies (2), que Fischer en Allemagne vienne d'en réimprimer les longs fragments (3), que Galiani enfin, dans son traité sur la monnaie, croie devoir se couvrir encore de l'autorité de « Nicolo Orevescovo di Lexovio » et cite en propre texte un assez long passage du Traité (4).
1 . L'auteur anonyme de l*article de VEdinburgh Review a déjà fait ce rapprochement, dont nous lui voulons laisser toute la responsabilité : « There is a remarkable conformity even in form between thèse elemenlary propositions of Oresme, and the celebrated 4th. chapter of the Wealth of Nations, on the origine and use of money. The distinction hère drawn between natural and artificial riches is virtually the same as the distinction drawn by modem economists between value of use and value in exchange » (Edinhurgh Review^ 1866, t. i23, p. 90).
2. Dictionnaire de TréwuXy v^ Monnaie (éd. Paris, 1752, col. 665).
3. Fr. Fischer, Geschichte der deutschen Handels, Hanover, 1785 sq. (11^ part., p. 585).
4. Galiani, Belle monete lihrill y (lib. II, c. 3). c S'introdusse la moneta bassa per lo scernamento dell' argento nell* impero romano, come da Nicolo Oresmio vescovo di Lexovio, e detto ; € Et quoniam aliquociens in aliquâ regione... pro minutis mercaturis *, De mutai, monelarum, c. 3 » (dans Biblioteca scella di opère italianey vol. 285, t. II, p. 204).
Briderey. 43
APPENDICE A
Les prologues français
A = Ms. Fr. 5.913.
B = Ms. Fr. 33.937.
Cn Ms. Fr. 33.926 (ancien N. D. 172) zz: éd. Wolowski.
D =z Ms. Fr. a3.i53 = éd. Golard-Mansion.
E zi: Ms. Arsenal 4.^94 '•
(Pas de titre) \Cj commeoce ung petit Traic-
tie de la première invention des monnoies ^ et des * causes et manières dicelles.
* A quelle fin elles furent faictes. Gomment on en doit ' user.
A qui appartient les for^ipier, empirer ou muer, et quelz inconveniens * en pevent venir et sourdre ^. Assemblé de plu-
* Ce passage manque dans A etB.