Bulœus, H. U, P., IV
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d'école. Ce qui au contraire était nouveau dans la tentative de Charles V et de Nicole Oresme, c'était — avec le caractère quasi-officiel de l'entreprise — d'une part Texpositiou en langue vulgaire, qui mettait pour la première fois à la portée de tous les préceptes de la science jusque-là la plus cachée, et d'autre part le but tout pratique visé par le roi, l'intention formellement proclamée de chercher dans la science du philosophe grec, des règles directes de gouvernement (i). «Le roy, disait Oresme, dans le prologue des Ethiques^ le roy a voulu pour le bien commun faire les translater en françoys, afin qu'il et ses conseillers et autres les puissent mieulx entendre, mesmement Ethiques et Politiques^ desquelles comme dit est, le premier aprend estre bon home et lautre estre bon prince » (2).
C'était là, évidemment, une double innovation considérable. L'idée seule de mettre en français, à la portée des conseillers du roi qui n'auraient point étudié en clergie, les œuvres d'Aristote^ du maître de l'Ecole, était d'une singulière hardiesse. On n'a pas toujours assez apprécié peut-être de quelle conséquence a été, pour l'avenir de la science, celte sorte de sécularisation de la pensée qui s'est affirmée au xiv« siècle. Après s'être pendant des siècles renfermée dans l'obscurité des cloîtres, entre les mains de l'Eglise, dont elle parlait uniquement la langue^, inaccessible par là aux laïques, la science au xive siècle cherche à se mettre à la portée de tous ; d'un stérile passe-temps de doctes, elle aspire à redevenir l'institutrice des peuples. Un courant général entraîne à
1. Bulaeus, H, U, P.. V, 977; Huet, De claris legum interprâiibus, 242^
2. Le livre de Politiques d'Aristole, Prologue du translateur (éd. Vérard, fMI).
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la vulgarisation des connaissances jusque-là jalousement gardées; mais pour s'émanciper vraiment des liens scolastiques, il lui faut abandonner définitivement un idiome mort, inaccessible aux masses, se mettre courageusement apparier la langue vulgaire. Dès le xiii* siècle, le mouvement s^annonçait ; au xiv®, il s'affirme avec ampleur, et ce sera la gloire de Charles V et de ses collaborateurs, de Tavoir compris, soutenu et dirigé-
Oresme, avec son esprit très libre et sa grande hardiesse d'idées, était évidemment entré très franchement dans cette voie; cette haute pensée de la vulgarisation de la science, l'avait conquis tout entier, et il s'en explique à plusieurs reprises avec beaucoup de vivacité (i). Nous aurons à préciser plus tard quelle part doit lui revenir, à lui traducteur des œuvres maîtresses de la science politique d'alors, dans la politique générale du règne. Ce que nous voulons pour le moment simplement dégager, c'est le caractère tout particulier, en quelque sorte officiel, qui fait des traductions comme une sorte d'exposition de principes du gouvernement royal, qui donne aux idées politiques, financières et économiques, qui y sont exposées, l'intérêt singulier d'une sorte de consécration légale.
Le roi lui-même attachait tant d'importa^nce à ce travail dOresme, qu'il s'inquiétait — des pièces curieuses nous en ont conservé le souvenir — de lui ménager les loisirs nécessaires pour mener à bien rapidement ses traductions. Sur sa demande expresse, les chanoines de Rouen avaient dispensé leur doyen df siéger au chœur,
I. V. par exemple le Traité de TEspère, Prologue : « La figure et disposition du monde, le nombre et Toii'dre des élémens et mou veraens des corps du ciel, appartiennent a savoir à tout homme qui est de france condition et noble engin » (B. N., Mss. Fr. 7065,
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de manière à ce qu'il pût entièrement se consacrer à Toeuvre « pour laquelle il lui convient de laisser toutes autres beso^ne^ quelconques », attendu, comme disait le roi, que « ces deux livres-, cesl assavoir Politiques et FconomiqueSj nous sont de présent très nécessaires et pour cause » (i)'
Charles V, s'il exigeait un travail assidu, récompensait magnifiquement le zèle de son traducteur. Outre les honneurs qu'elles lui attirèrent par la suite, et dont Tépiscopat de Lisicux fut, comme il nous le dit lui-même très franchement, le couronnement (2), Oresme recevait pour ses traductions des gratifications pécuniaires considérables. M. Meunier remarque que <( les traductions des Ethiques j des Politiques et des Economiques valurent à Oresme plus de cent livres, et cent livres d'alors étaient une somme considérable » (3).
Cent livres auaiv® siècle n'étaient point tout à fait une somme si considérable que M. Meunier veut bien le dire, et le roi pouvait bien payer de ce prix un travail de plusieurs années, lui qui donnait la même somme à Bureau de Dampmartin » pour ses peines en faisant l'inventaire de la librairie, où il a vacqué plusieurs jours » et qui même payait cent vingt francs de gages pour trois mois au « surveillant des lions » de Thôtel Saint-Pol (4)*
1. RegistrtB capUidaires de V église N.^D, de Rouen, délibérations des 28 avril iS^a et 21 déc. iSjô (Arch. Seine-lnf., G. 3470).
2. Le livre du ciel et du mande. Prologue du tranalateui', f» i .