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Ordonnance du 5 mars i36i, préambule (Ord. III, 55i

le profit monétaire, ni le peuple qui le paie, ne songent le premier à s'en étonner, ni le second à s'en plaindre plus amèrement que de la levée d'une autre imposition quelconque, pourvu que l'opération se maintienne dans certaines limites assez vagues.

Pour le souverain qui le lève, le profit monétaire est un revenu légitime et normal qui, depuis le ix* siècle, se vend, se cède, se doiine, s'inféode, s'engage couramment (i), un revenu régulier qui est entré dans les prévisions de ses finances, sans lequel son budget ne pourrait s'équilibrer (2), un revenu si bien reconnu et incon-

I . Les exemples de ces diverses transactions se présentent dès le haut moyen âge. A titre d'exemple : vente par un comte d'Auvergne, avec le consentement de sa femme, de la monnaie et du profit de la monnaie ; — Cession en 1037 par un comte d^ Toulouse, à titre de dot, à sa femme, de i'évêché d'Albi, de la cité, et du profit de la monnaie (Art de vérifier les dates. Art. des comtes d'Auvergne, p. 716 ; de Toulouse, p. ^p^i. En 1047, donation, à Saintes, de monetam et monetagium ; en 1090, à Gahors, cession d'un census moneiœ (Dachery : Spicilegium, III, 416, col. i). On trouvera de nombreux exemples caractéristiques, où la moneta et le monetagium sont soigneusement distingués, dans du Gange, Glossar : his verbis ; Brussel, Csage des fiefSy II, c. 9 ; Leblanc, Traite' des monnaies, p. 74- — Sous Charles V encore, et après la réforme de i36o, on continue, par habitude de langage, à engager et à assigner pour certaines dépenses, ce qui reste du « prouffit et émolument des monnaies d (Ord. février ^376, VI, 38o. — Mandement 3o mars i366, dans L. Delisle, Mandements de Charles F, n» 386, p. 187).

a. Traictie, c. 23 : « Il est aussi possible que se ceste chose fust oste au Prince, le demourarit de ses rentes ne suffiroit a son état entretenir » (éd. Wol., p. 70). Les Ordonnances s'expriment absolument en ce sens : a Desquelles choses, sans le trop grant grief dudit royaume Nous ne pourrions bonnement finer,se nestoit par le demaine et revenue du prouffit et émolument de nos monnoies a (Mandement du 3o oct. i358, dans Ord. III, 266). — Sur ce caractère incontesté du profit des monnaies, cf. Molinier,

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testé, qu'à une certaine époque, lorsque les populations voudront en faire disparaître les inconvénients économiques, elles n'en demanderont pas la suppression sans compensation, elles s'en rachèteront moyennant une taxe estimée moins gênante (monnéage, monétal, fouage et leurs variétés) (i).

Pour le peuple qui paie, c'est de son côté un impôt comme les autres, une taxe indirecte qu'on englobe couramment dans la liste un peu vague des pedagia (i),dont on ne songe pas à s'étonner plus que d'aucune autre exactio (tous les impôts sont qualifiés d'exactions depuis l'époque romaine), à laquelle Topinion publique est loin même d'être, en principe, défavorable. On trouve, comme Oresme nous le rappellera (2), que c'est une imposition plus générale, une imposition plus « égale w^ qui grève moins les peuples, parce que tous, nobles et clercs comme les autres, y contribuent; on trouve que c'est une imposition plus expéditive et plus sûre dans les nécessités urgentes, parce que nulle levée de denrées ne se peut faire si hâtivement et à moindres frais (3). En fait, dans les habitudes féodales, le « profit des monnaies » est unanimement et couramment reçu^ et pour

Essai sur t administration féodale du Languedoc, p. 188. — Vuilry : Le régime financier de la France, i»"® série, p. 4^7 ; Sée, Les classes rurales et le régime domaniaU p. t\i\ ', Dareste de la Cliavanne,. H, de l'administration, 11, i53; A. Luchaire. Institutions des premiers Capétiens, l, 96.

1. Du Gange, Glossarium, sub v" Furnagium, Focagium, Monetagium, Tallia panis et vini, etc , Cf. infrà, p. . .

2. € Monetarum illud novum pedagium • (dans Innocent. III, Epistolae, I, é p. 178, éd. M igné. PatroL lat. t. 218).

3. Traictie, c. 22 : « Nulle autre manière aussi plus egalle et plus proportionnelle ne se puet imaginer, car qui plus a, plus paye » (éd Wol. p. 66) Ce passage manque dans la i*** leçon latine .

bien qualifier la situation/ il faudrait dire peut-être, suivant la formule d'une naïveté un peu abandonnée, mais exacte, du président Hënault, que « c'était Timpôt de ce temps-là» chez la plupart des nations occidentales (i).

Telle est, dans ses grands traits, — nous ne pouvons ici que résumer — la conception que le moyen âge s'était faite de la monnaie. Elle est évidemment fort originale, elle est même dans son ensemble remarquablement construite. Mais elle se trouve trop en opposition en même temps avec les idées économiques reçues de nos jours pour n'avoir pas vivement choqué les modernes. Aussi a-t-elle été presque unanimement très sévèrement jugée. Les historiens ont qualifié de termes dur^ les procédés monétaires employés par les princes du xiv« siècle, la science économique a apprécié plus rigoureusement encore peut-être les idées théoriques qui les inspiraient (2). On ne s'est pas contenté même de condamner le système en bloc, de peindre sous les couleurs les plus sombres les conséquences désastreuses que n'avaient pu manquer d'entraîner dans la vie éco-

Cf. Ordonnance du 5o oct. i558 : « Attendu qu'il est nécessaire pour le bien du royaume [de faire des dépenses considérables] desquelles sans le trop grand grief du peuple nous ne pourrions bonnement finer se ce nestoit par le domaine et revenue, proffit et émolument des monnoies » {Ord. III, 266). — Ord. du 26 juillet i356 : « Attendu que telles finances ne peuvent estre trouvées si hastivement sans faire mutacion de nos monnoies » [Ord. III, 71) C'est exactement l'argumentation qu'Oresme reproduit au chap. XXII de la nouvelle leçon (éd Wol., p. 56, lat. CXXVÏI ; le passage manque naturellement dans les éditions Vœgelin).

i. Hénault, Abrégé chronologique ^ a®. i364 (édition 1744» ^"» p.346).

nomique des conceptions aussi monstrueuses (i), on a j^ravement suspecté la bonne foi de leurs auteurs, on n*a voulu y voir qu'une doctrine de complaisance (2), élaborée par des légistes à stages, pour excuser ou justifier les malversations injustifiables des princes.

Ce dernier reproche est certainement immérité. Sans doute, au xiv^ siècle, et alors que devant les faits criants de chaque jour elle était battue en brèche de toutes parts, la doctrine monétaire féodale a pu être défendue sans grande conviction p^r quelques légistes avec d'assez mauvais arguments. Mais en réalité, nous le savons, elle ne fut point leur œuvre ; elle existait depuis des siècles, elle avait été depuis des siècles unanimement acceptée par les princes et par les peuples; elle avait été au siècle précédent encore pleinement admise par un prince comme saint Louis (3 , par un penseur comme

1 . Shaw, Histoire de la monnaie, p. 24. — L. Gibrario, Économie politique au M. ^4., II, p. 181 et 201; Michel Chevalier, La monnaie, 2« éd., p. Sa; Th. Ducroeq, Etudes d'histoire financières^, 102 ; Baudrillarl, préface de l'ouvrage de Gh. Benoist ; La politique financière de Charles V, p. !5.

2. Michel Chevalier est particulièrement dura l'égard des légistes. € Ce sophisme imprudent fut érigé en théorie par les mains de sycophantes du genre de ceux que les rois sont toujours assurés de rencontrer pour justifier après coup leurs mauvaises actions » (Baisse probable de l'or, dans Revue des Deux-Mondes, i5 octobre 1857, p. 83). Th. Ducroeq ne s'exprime pas autrement : « Cet heureux changement dans les mots légitimait les brigandages du roi » (Etudes d'histoire financier^, p. 102). Cf. aussi : Wolowski, dans Revue de législation, t. XVII, 1864, p. 700 ; Lenormand, Essai sur Vottganisation financière, p. 189 ; Hertrych, Nicote Oresme, p. 5o, etc., etc.

5. Le fait est reconnu même par M. Ëspinas (£/i^t. des doctr. écon,, p. 107). Saint Louis concevait formellement comme un droit royal la faculté de fixer à son gré la valeur de la monnaie (Ord. mi carême 1262, Ord. I, 95). Nous avons dit déjà qu'il pré-

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saint Thomas. Ce serait singulièrement méconnaître, croyons-nous, la haute probité morale et l'indépendance d'esprit d'hommes comme ceux-là que d'admettre un moment qu'ils aient pu obéir à des considérations étranjçères à ce qu'ils pensaient être le droit et la justice. S'ils ont soutenu délibérément en doctrine, s'ils ont mis fermement en pratique la conception de la monnaie domaniale, c'est uniquement parce que cette conception leur apparaissait comme vraie et juste, parce qu*en vérité, à eux comme à tout le monde, elle apparaissait absolument convenable et adéquate à la réalité des faits (i).

La doctrine elle-même, en tant que doctrine, a d'ailleurs été condamnée, semble-t-il, bien hâtivement. Evidemment, elle était' pour scandaliser les économistes habitués à la conception classique de la monnaie. L'idée d'une monnaie objet de domaine, chose de prince, source de profits, d'une monnaie sans valeur réelle, que l'on peut arbitrairement changer et altérer, tout cela a dû paraître énorme, dès qu'on ne voulait pas considérer historiquement les choses. On a jugé très vite, a priori^ qu'une pareille conception n'avait pu être qu'une erreur

levait par son seigneuriage sur l'argent un droit qui allait à 7 0/0 de la valeur des espèces. Cf. les textes réunis par Glasson, Hi$i, du droit et des institutions de la France, VI, p. 13^-137, ®^ Vuitry, Etudes sur le régime financier de la France, I, 444-

I. C'est à cette conclusion qu'arrivent plus ou moins formellement les derniers travaux sur la question. Cf. A. de Barthé-* lemy. Essai sur la monnaie parisis (dans Mémoires de la Soc. de PH. de Paris, II, 49 î Guitry, Mémoire sur les monnaies de Philippe le Bel, dans a Journal des Economistes», 1880, t. IV, 447 î Brantz, Théones économiques aux Kl II^-XIV^ s,, p. i5i; Espinas, Hist. des doctr. éeon ^ p. ^\\ Glasson, Hist. du droit et des institutions de la France, lïl, 137.

monstrueuse de l'esprit, qu'elle n'avait pu avoir dans la pratique que les efiFets les pltfs pernicieux (i) On a cru trouver la preuve de cette dernière assertion dans les lamentations unanimesMes historiens du xiv^ siècle sur le désordre monétaire de leur temps, et^sans vouloir se donner la peine d'étudier de plus près, dans son milieu, une doctrine jugée a priori mauvaise, et où Ton croyait d'ailleurs retrouver l'idée, particulièrement en abomination aux économistes, de la monnaie-signe (2), on Ta exécutée d'un mot : « c'est une aberration » (3)

Le jugement est aussi bref que sévère. On nous permettra peut-être de le trouver insuffisamment motivé. Il a en tout cas le grave défaut d'être rendu sans débat contradictoire, de condamner, au nom de nos propres conceptions, et sans examen préalable des faits, des idées qui ne peuvent plus guère être comprises de notre temps.

C'est toujours, croyons-nous, une singulière prétention que de vouloir juger, d'après nos idées modernes, spécialement érigées pour la circonstance en normes universelles, les conceptions et les choses du passé. C'est particulièrement une méthode dangereuse, lorsqu'il s'agit de ce passé médiévial, si loin de nous vraiment,

1 . M. Vuitry par exemple écrit : t L*esprit a peine vraiment à se représenter toutes les conséquences économiques et financières de ces aberrations » {Le régime financier de la France, II, 452). Cf. pour un tableau des désordres entraînés par les pratiques monétaires féodales : Perrens, Etienne Marcel^ p. i5, Michel Che-

•valier, Baisse probable de lor, dans « Revue des deux mondes », no du i5 octobre 1867 .

2, Gh. Ducrocq, Etudes d'histoire financière, p. loa. t Ces falsifications se produisaient au nom de la doctrine que la monnaie n'est qu'un signe ». Cf. Vasquez Queipo, Essai sur le système métrique et monétaire y l, 592.

T). Vuitry, Le régime financier d^ la France, II, 4f>2.

par ses idées et toute sa vie sociale, plus encore que par le temps. En matière économique particulièrement, la distance est immense. En notre monde moderne où la vie sociale si intense s'épanouit librement, où les larg-es groupements sociaux se pressent et se pénètrent de toutes parts, où l'industrie et le commerce ont créé par-dessus les frontières politiques un vaste marché international — et la société médiévale, qui se renferme jusqu'à étouffer dans le cadre étroit de la seigneurie, qui ferme jalousement le marché local à toute pénétration extérieure, où une vie économique languissante, sans industrie pour ainsi dire et sans commerce, ne connaît d'autres rapports économiques que l'échange direct des produits naturels, — la différence est trop grande vraiment pour que toute assimilation ne soit point nécessairement fausse. Comment peut-on s'imaginer vraiment que des civilisations si dissemblablement constituées économiquement, puissent avoir eu les mêmes conceptions des phénomènes économiques? N*est-il point naturel, au contraire, que ces conceptions aient apparu dififérentes, qu*à un état social que nous ne nous figurons plus aient correspondu jadis aussi des doctrines que nous avons aujourd'hui peine à comprendre (i)?

La théorie de la monnaie domaniale est évidemment

I . Ce qui revient à dire que a DogmengeschiclUe doit être rapprochée de la WirthschafUgeschichte. Cf. Von Inama Sternegg, Deutsche Wirtkxchaflsgeschichte. Leipzig, 1879, ^ *9^ ^ Toniolo, L'economia capitalistica moderna^ dans < Rivista înternazionale di scienze soziali », Ronia, Aprile '893, p. 604: M. Branlz luimême, qui s'élève contre Tabus de la méthode historique, « qui n'admettrait en économie que des vérités évolutives et fugitives » ne songe pas à nier la • profonde différenciation que subissent au moyen âge les facteurs économiques » [Les théories r cou omi ques aux XIII^-XIV^ siècles, p. 6).

de celles-là. Nous ne la concevons plus aujourd'hui ; mais de ce que nous ne la comprenons plus guère, ce n'est pas une raison suffisante pour la déclarer nécessairement ridicule et fausse. 11 convient de rechercher au contraire, si cette théorie, qui nous choque, n'eut point autrefois, dans les condition^ mêmes de la vie sociale et économique, son fondement logique (i) ;8i cette conception en particulier du numéraire objet de domaine, que des siècles ont acceptée, n'était point vraiment la seule conception acceptable, la seule vraiment adaptée au milieu féodal, si l'application enfin dans la pratique en a été toujours aussi désastreuse qu'on veut bien le dire (2). De cette étude, qui serait nécessairement considérable, et qui nous éloignerait trop de notre sujet, nous ne pouvons ici, pour éclairer notre étude, que relever les points extrêmes, qui nous intéressent directement ; c'est-à-dire expliquer d'une part, s'il est possible, pourquoi la conception monétaire domaniale a pu historiquement s'établir, pourquoi elle a pu être admise et défendue jusqu'au xv« siècle, pourquoi, d'autre part, au XIV* siècle, -au moment où Oresme est venu l'attaquer, elle ne pouvait plus justement se soutenir, et com-

1. Cf. M. Espinas : c Sans vouloir légitimer toutes les idées qui ont eu cours, par cela seul qu'elles ont eu cours, on peut bien croire qu'elles étaient la plupart du temps en harmonie avec les exigences de l'état économique contemporain » (Espinas, Hist. des doctr. éconam.y p. 94)*

2. Nous ne pouvons à cet égard que nous autoriser de ce qu'a dit excellemment M. Glasson : a Pour se faire une idée exacte de la pratique monétaire féodale, il faut faire abstraction de la notion actuelle de la monnaie basée sur les principes de l'économie poli>tique, et rechercher au contraire comment la monnaie était, dans les temps féodaux, comprise par les seigneurs et les populations » (Glasson, Hùt. du droit et dea institutions de la France, Vï, i3i).

nient, devenue dans Tapplication extrêmement nuisible et dangereuse, elle appelait nécessairement une réforme.

Si la doctrine monétaire domaniale a pu si longtemps régner sans opposition véritable, ce n'est évidemment pas par un effet du hasard ; il fallait pour cela que cette conception de la monnaie fût en harmonie avec Tétat économique lui même, il fallait que dans la pratique, l'application en fonctionnât normalement, sans les inconvénients qu'on a supposés.

Le fondement théorique de la doctrine .nous paraît aujourd'hui incontestablement étroit et un peu mesquin. L'idée d'une monnaie qui est mesure et uniquement mesure, nous paraît négliger le rôle aujourd'hui certainement le plus important du numéraire, sa fonction de capital^ d'objet concentrant et emmagasinant la richesse (i). Pourtant, à bien réfléchir, la conception du moyen âge a été exactement ce qu'elle pouvait être, dans ce milieu et dans ce temps. Si les hommes d'alors n'ont voulu voir dans la monnaie qu'un instrument^ s'ils se sont refusés à y reconnaître une chose proprement dite, un capital, c'est qu'en réalité elle ne l'était pas alors, qu'elle était instrument, rien que instrument.

Il faut tenir compte ici d^un phénomène singulier auquel on n'a pas toujours peut-être prêté l'attention

I. Michel Chevalier, La monnaie, a* édit., p. 52. Au contraire, Stanley Jevons s'exprime presque comme un médiéval, et ne semble voir dans le numéraire que son rôle de mesure : « On a besoin d'argent, écrit-il, non pour le garder dans sa poche, mais pour le faire passer dans la poche de son voisin » (S. Jevons, La monnaie^ 1876, p. 18). C'est réduire le numéraire à la fonction d'échange. ,

qu'il mérite : l'extraordinaire raréfaction du numéraire dans presque tout le moyen âge. Depuis la chute de Tempire romain jusqu'au xv» siècle, le stock monétaire des pays d'Occident semble avoir été toujours se resserrant; les mines anciennes étaient mal ou point exploitées, des procédés grossiers n'en tiraient qu*un rendement infime ; la réserve ancienne elle-même s'affaiblissait continuellement^ par l'Usage, par les déperditions, par la conversion du métal en pièces d'orfèvrerie, surtout par le drainage des pays d'Orient. Ce qu'il en restait suffisait difficilement, même à l'étroite circulation domaniale. En réalité, tout le moyen âge a manqué de monnaie, a été réduit en quelque sorte du troc primitif, à réchange en nature. Il a eu, tous ceux qui ont étudié de près les actes^de la pratique en ont été frappés jusqu'à l'évidence, il a eu à un extrême degré les caractères d'un régime de Naturalwirthschaft (i). Dans toute la haute époque, l'échange est le mode normal d'acquisition, les prestations des contrats à redevances périodiques se font en nature. Si la monnaie intervient dans les actes, c'est comme moyen d'évaluer les prestations, qui doivent en définitive s'exécuter en nature (2) ; les contrats de cette période en fournissent la preuve éclatante, dans le soin que prennent les parties de stipuler sous une double forme, d'abord en objets matériels, et ensuite en somme d'argent, les prestations à fournir (3):

1. Lamprecht, Deutsches WiHhschaftsleben inMittetalterj Leipzig, i885, II, p. 375; Sidney Sherwood, The history and theory of matiey, p. 78 ; Schoenberg, Handbtich der Politischen OEkonamie Tûbingen, 1870, I, 744 î Brantz, Théories économiques au XI l h siècle^ 178.

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