Schœnberg, Handhuch des Politischer Œkanomie^ I, i
2. Dès le milieu du xii® siècle, il est question de change dans les grands centres commerciaux, à Paris dès ii4i- (Arch. Nat. K. 189; pièce 191 , cité par Luchaire, Institulions des premiei's Capétiens, 1. 97). Ce n'est pourtant que sous Philippe le Bel que nous rencontrons des changeurs royaux en titre (Dareste, Hisi de V administration, II, 148).
fructifier en intérêts dans les premières sociétés commerciales. Et toutes ces modifications dans la fonction remplie transforment singulièrement sa situation économique.
Dès lors, en effet, que la monnaie sort de la seigneurie, où elle avait à la fois, par la nécessité des choses et sans difficultés possibles, cours légal et cours forcé, dès qu'elle n'est plus un simple instrument, mais une chose qu'on vend et achète pour elle-même, elle ne vaut plus nécessairement que par la masse de métal qu'elle contient, par sa valeur de marchandise. Dans le commerce du change interseigneurial qui s'établit, on ne tient compte, bien entendu, que de la valeur intrinsèque du lingot; dans la seigneurie même, comme on a cessé de stipuler en nature, comme les redevances sont maintenant fixées en argent, et que cet argent oh le garde maintenant comme capital, on ne veut plus recevoir qu'un métal ayant de la valeur. Et ainsi, devant le métal étranger qui afflue, les espèces ne peuvent se maintenir dans la circulation pour une valeur autre que leur valeur réelle* Le droit du prince, dans ces conditions, devient une conception insoutenable, le droit de fixer la valeur, celui de m'uer les espèces, deviennent l'occasion d'opérations injustes devant l'équité, économiquement dangereuses, auxquelles il eût fallu renoncer — quelques princes pru^ dents, comme saint Louis (i), comme les comtes de Champagne (2)9 qui eurent dans leurs Etats de bonne heure un vaste mouvement commercial, paraissent en avoir eu dès lors l'intuition — ou auxquelles il n'eût fallu
1. Vuiiry, Etude sur le régime financier de la France^ p. 4^6 ; Pigeonneau, Hist, du commerce, p. 222.
2. Glasson, Hisl. du droit et des imtitutions de la France^ t. IV., 55i ; et t. VI, p. i3a, note.
recourir qu'avec la plus extrême prudence, jusqu'à ce que se fût élaborée une conception monétaire nouvelle, en harmonie avec le nouvel état de choses.
Malheoreusement, les princes n'avaient point cette prudence, et par un concours fatal de circonstances, cette même époque du xiv® siècle s'est trouvée, au contraire, celle où la pratique des expédients monétaires leur était en quelque sorte imposée par l'évolution parallèle du régime féodal lui-même, dans l'ordre politique.
Le xiv* siècle voit en effet, dans Tordre politique, la dispersion féodale faire place partout à la concentralion ; partout, en Occident, l'anarchie féodale s'est resserrée, au siècle précédent, autour de quelques points de cristallisation, en grands Etats monarchiques. En France le gouvernement royal, qui est devenu celui d'un grand Etat, perd définitivement alors son caractère domanial, pour prendre les allures d'une grande monarchie centralisée (i). Les anciens organes de l'exploitation domaniale s'atrophient, de nouveaux organes se créent, qui correspondent à de grands services publics nouveaux.
Ces organes sont multiples. Dans les provinces annexées, d'abord, qu'on entreprend de rattacher plus étroitement par une centralisation savante, le gouvernement royal s'est attaché à détruire successivement les organes d'exploitation locaux ; à leur place il met des fonctionnaires salariés, qu'il choisit, qui sont directement dans
I. V. Le Clerc, Discours sur télal des lettres etc. dans l* € Histoire littéraire de la France i, t. XXIV. p. i52 ; Fagniez : Documents relatifs à V histoire de I* industrie et du commerce en France, l. II, p. III ; Viard, Les ressources extraordinaires de la royauté sous Philippe VI i dans a Revue des Q. historiques », XLI V, 1888, p. ^3 : Prou, Esquisse de la politique monétaire des rois de Fratwe, p. 85.
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sa main, mais aussi qu'il faut directement payer. — Sur tout le royaume, les justices seigneuriales disparaissent, ou bien perdent la compétence dans toutes les matières importantes ; à leur place s'élèvent des justices royales, qui sont un grand pas vers Tunité, mais qu'il faut également rétribuer. — La disparitjion du service militaire personnel des nobles, la substitution de troupes soldées aux contingents féodaux, permettent au roi d'avoir une armée vraiment à lui, mais mettent aussi à la charge de la royauté une dépense considérable (i).
Administration, justice, armée — trois grands services publics sont nés ainsi presque simultanément, que le régime domanial n'avait point prévus, auxquels il faut pourvoir, qu'il faut doter de ressources permanentes, qui sans cesse vont devenir plus exigeants et plus coûteux. Ajoutez que par une fatalité particulière^ en ce xiv® siècle, la royauté se trouve constamment obligée de faire face à des dépenses extraordinaires : les successeurs de saint Louis sont en état de guerre permanent avec' leurs voisins^ et les circonstances délicates dans lesquelles la maison de Valois est arrivée au trône, la condamnent à des armements incessants.
Pour ces dépenses inconnues de l'ancien régime doma-
I. P. Duboià, De reçupercUione Terre Sanctey | i35 : t Ex substractione debiti servicii armorum processisse videtur nécessitas, si qua fuit, pecunias regni mutandi, par quam omnes in regno redditus et pensiones pecuniarum habentes, earum primo quartam partem, postea terciam deinde dimidiam, et ultimo duas partes amiserunt, etc.. (éd. Langlois, pp. i25-ia4)- Les gages d'un chevalier sont, sous Philippe le Long, de 3o sols tournois pour le banneret, i5 pour un chevalier, 7 sols 6 d. pour l'écuyer à cheval ; 5 sols le gentilhomme de pied; le sergent gentilhomme n'a que 2 sols(Lehugeur, Histoire de Philippe le Long y 1897, p. 296). En i338, une ordonnance de Philippe de Valois modifie le taux delà solde des chevaliers (Orrf. II, xio),
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niîjl, pour ces dépenses sans cesse croissantes, les ressources du domaine sont manifestement insuffisantes, d'autant que d'imprudentes concessions en ont d'avance épuisé le produit. Il eût fallu chez les princes, à ce moment critique, une extrême économie, chez les peuples une grande bonne volonté; il eût fallu que, d'accord mutuel, on sût se résigner à créer pour les services publics nouveaux un système de ressources publiques correspondant.
Il n'en fut rien. Ni les princes assez médiocres qui se succédèrent à cette date sur le trône, ni les peuples malavisés, ne paraissant avoir senti la nécessité des besoins nouveaux de TEtat (i). Les princes, sous l'inspiration de leurs financiers, ne songèrent qu'à faire produire aux moyens anciennement connus leur rendement maximum (2); les peuples opposèrent à toute innovation une obstination mal conseillée. Il fallut donc chercher, dans l'ancien domaine, les ressources nécessaires aux nouveaux services ; et comme le produit de toutes les autres branches n'était guère susceptible d'accroissement, il fallut les demander au domaine des monnaies, qui seul paraissait d'un rendement sûr, facile, et, sembiait^il, inépuisable : a Attendu, dit l'un de ces princes, que de présent, navon aucune autre revenue de nostre domaine dont nous puissions nous aidier, pour résister à notre adversaire d'Angleterre, et obvier à sa damnable
1. e Les bourgeois de Paris et des autres bonnes villes se esraerveilloient, et disoient: « Qu'est devenue la rente du royaume, et les dîmes et les annates des bénéfices, et la subvention des Juifs et des Lombards ? H n'a tenu chevauchée, ni fait édifice comme son père fist ; où est fondu tout cela ? » [Chroniq. de Saint-Denis, a« i582, dans H. de la F. XX, p. ^oS).