LA. THÉORIE DE LA MONNAIE
Les notions théoriques sur la monnaie n'occupent, disons-nous, au Traité^ que les premiers chapitres (chap. I-IV et chap. VI), formant une introduction en quelque sorte et une étude préliminaire aux questions de pratique, et spécialement à la grosse question des mutations, qui remplit plus de la moitié de l'ouvrage. Dans les traductions, au contraire, ces notions théoriques sont presque uniquement exposées, puisque Aristote n'a pas parlé des mutations. Et il arrive ainsi que, plus d'une fois, malgré leur brièveté, les gloses des Ethiques et des Politiques nous fournissent d'utiles renseignements pour éclairer ou compléter la pensée d'Oresme, demeurée embarrassée ou insuffisamment développée dans les chapitres serrés du Traité.
De l'un à l'autre ouvrage, d'ailleurs, il ne paratt point que ses idées économiques aient sensiblement varié ; la conception théorique qu'il s^est faite dès Tabord de la monnaie, « selon les idées d'Aristote » il ne l'a point, par la suite, modifiée sensiblement ; et les q uelques divergences que nous pouvons releverne sont guère en somme que des différences verbales, et s'expliquent naturellement par ce fait que dans, les translations, Oresme a cru devoir demeurer plus près du texte d'Aristote, dont il s'est plus d'une fois plus librement affranchi dans le Traité.
Il est assez aisé, d'après le plan général des premiers chapitres da Traité^ de restituer la méthode suivant laquelle s'est construite la théorie générale de la monnaie d'Oresme. Ç/a été essentiellement, en somme, une
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œuvre de déduction^ une construclion, comme il dit, « suivant les raisons d'Arislote », c'est-à-dire en la forme syllogislique, avec à la base seulement un fait d'expérience, dont toute la théorie est ensuite déduite par le seul raisonnement.
Le fait dont Oresme est parti, c'est l'introduction du numéraire, dont il a recherché analytiquement, dans l'histoire, l'origine et les causes de fait. Mais ces données une fois obtenues de l'expérience, c'est par le raisonnement seul, dans la suite, qu'il en déduit la destination et la fonction de la monnaie, et successivement, les qualités qu'elle doit posséder pour remplir sa fonction ; c'est rationnellement que, pour conclure, il en tire la nature et la fin de la monnaie, dont la connaissance lui donneront à leur tour les règles qui doivent gouverner la pratique. On reconnaît ici immédiatement, sans qu'il soit nécessaire d'insister, le procédé courant des scolastiques, et en réalité, au fond d'Aristote lui-même : la recherche de \eijin, pour déterminer la manière d'être.
§ 1. — Origine de la xnonnedLe. — Son développement Ustorique (i)
Ce n'est pas dans un but de pure curiosité, avons-nous dit, qu'Oresme remonte jusqu'à l'origine de la monnaie (2), c'est pour asseoir sa théorie sur une conception rationnelle de la destination et de la fonction sociale du
1. Traclatus : c. i,p. io3, =:fr. VIII; c. 4, p. 98 = fr. XVII, — Politiq.: I. I, c. 10. Texte et gloses, P» XVIII, r« v». Ethiq.: 1. V, c. 1 1. Texte et gloses, P XLIX r®, L. r« v» ; Cf. Sermon pour le dimanche de Quasimodo, sur le texte : Infer digitum tuum hue et videmanus (Ms. Lai. 16.895, f^49, v*).