Poliliq., l. I, c. 10. Glose Car les gens, P XVIII, vo
4-5. Ibidem. Dans le Sermon pour le dimanche de la Septuagésime, sur le texte Conventione fada cum aperariis ex denario diuimOj Oresme observe que la béatitude céleste est très justement figurée par le denier, racione forme, maUrie, scriplure, figure. « Racione scriptural, nam in denario est scriptura per quam denarius agnoscitur, sic beatitudo. . . Racione yraaginis, quia sicut in denario estymago sancti vel alicujus hominîs, sic in sanctis erit ymago dei talis impressa,. . . veluti puritafis et qualitatis signum (Ms. Lat. 16 893, fol. 23, v*).
6. Tr , c. I, p. 94 = fr. IX ; Politiq., 1. I, c. 10, f» XIX, v« ; Ethiq.,l.V, c. ii,foXLIX.v*.
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§ -4. ~ liatare de la. monnaie (i)
Toutes ces considéralions préliminaires mènent au point décisif de la construction théorique, à la question à laquelle Oresme, en scolastique qu'il est encore, attache rimporlance capitale : la détermination de la nature de la monnaie.
Qu'est-ce que la monnaie? Les domaniaux ny avaient voulu voir, nous le savons, qu'une mesure, un instrument. Oresme, au contraire, très nettement, y reconnaît une chose^ un objet naturel, doué par convention de certaines fonctions spéciales, mais un objet préexistant par lui-même à la convention, ayant par lui-même une certaine valeur intrinsèque. Il rejette par suite la double opinion, de ceux d'abord qui veulent y voir la richesse elle-même, et de ceux qui n'y reconnaissent qu'un simple signe, sans valeur intrinsèque.
La monnaie d'abord n'est pas la richesse. Le long usage qui a été fait des métaux précieux comme monnaie, l'habitude que nous avons de les voir circuler, universellement acceptés, et procurer sans difficulté à leurs possesseurs toutes les autres richesses naturelles ont, remarque-t-il, fait oublier souvent l'origine première du numéraire; le vulgaire s*est persuadé que la monnaie n'était pas seulement une richesse, mais la richesse elle-même (i). Oresme s'élève énergiquement
I. Politiq., 1, I, c. 10, Texte, f* XIX, r». « Et maintes fois est que plusieurs gens cuident que richesses ne soient autre chose fors multitude de monnoye, pour ce que pecuniative est art de change, lesquelz sont pour multiplier richesse, ilz sont vers monnoye, et pour acroistre la. Et^ucunefois il semble aux autres que dire que monnoye soit vraye richesse est une grande folie ».
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contre cette superstition populaire. « Dire que monnoye soit richesse est une grande folie». Singulière richesse en effet, comme il remarque après Aristote, que celle qui ne saurait satisfaire aux besoins les plus urgents de l'existence (i). Et il développe avec complaisance l'apologue du roi Midas « lequel esloit tout convoiteux que son désir ne pouvoit estre assasié de pecune », et qui mourut de faim au milieu de ses monceaux d'or (2).
Seulement, si la monnaie est en effet impropre à la consommation in specie, il ne s'ensuit pas qu'elle ne soit en réalité une chose utile, qu'elle ne puisse être comptée en un sens comme une richesse. A côté des richesses naturelles, que la nature nous offre sous une forme directement et immédiatement utilisable {quibiis per se sabvenitur naluraiiter humanae necessilati]^ il existe en effet des richesses d'un autre ordre, richesses artificielles {artijiciales dioiliae){i) comme on peut les appeler, puis-
1. « Contingit enim his abundantem mori famé » (Tr., c. i, p. 94 = ^^' 1^)- L.a traduction des Politiques dit, dans son style énergiquement familier : « Item peult estre quelquefois que celui qui est riche de deniers, et a la monnoye largement, que il ait grand besoin et deQ*ault de viande. Et cest inconvénient de dire que les choses soient richesses, lesquelles un homme possède en grant habundance, et neantmoins il perist et meurt de faim » . (Politiq., 1. 1, c. 10, fo XIX, ro).
2. Tr., c. I, p. 94 == fr, IX; Politiq., 1. I, c. lOj^Texte, fo XIX, r\
5. Tr., c. I, p. 9^ 1=: fr. IX. L^auteur de Tarticle sur le Traiciie dans r« Edimburgh Review », voit dans cette distinction le prototype de la distinction moderne de la valeur d^usage et de la valeur d' échainge {Edimburgk Review^ 1866, t. CXXIII, p. 90). M. Cunningham y voit au contraire une distinction comparable à celle du travail productif et improductif des modernes <« This may be regarded as a hint of a distinction corresponding to that which modem economists havedrawnbetween productive and improduo
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qu'elles sont une création de Tindustrie humaine. Celles-ci ne sauraient subvenir par elles-mêmes et directement à nos besoins naturels, mais par rechange elles peuvent indirectement nous procurer les objets que nous désirons. Telle est en définitive la monnaie, car « toutes pecunes sont dites artificielles richesses » (i).
Mais ici, sur ce terme de richesse artificielle, il importe de ne pas se méprendre. Richesse de création humaine, la monnaie Test certainement, et son nom même (nomisma) montre, comme Aristole l'avait remarqué, qu'elle lient de la loi sa valeur et son prix (2). Seulement, elle n'est pas non plus une simple richesse de convention. La convention qui est intervenue dans son adoption, fut une convention nécessaire (3), et la valeur
tive labour » (Thegrowth of englishindustryy | 108, p. 022). Au fond ridée, comme nous verrons, est tout simplement aristotélienne et n'est pas propre à Oresme.
1. Politiq., l. I, c. 10, n> XVII, vo. Dans le Sermon pour le xvii® dimanche après la Pentecôte, sur le texle, In omnibus divinitm facti estis^ Oresme définit de plus près le rôle de richesse artificielle du numéraire : < Divitie artificiales sunt quibus secundum se natura non adjuvatur, ut denarii... sed ars (industriaria) eos invenit propter facilitatem commutationis, ut essent mensura rerum venalium, et in istis sunt appetitus non satiati, quia iUe divitie non queruntur propter naturales usus ; non enim quererentur nisi quod per eas emuntur res in adjuvandum vite nostre, unde raulto minus quam alie divitie naturales facîunt appreciari, etc. (iMs. Lat. 16893, P CI, v<»).
2. Elhiq., f. V, c. 11, Teite, fo XLIX, v?. La traduction des Politiques dit plus expressément encore « La loy fait du tout que monnoie est richesse, et ne fait pas nature » (Politiq., 1 I, c' 10, Texte, f® XIX, r**). Cf. aussi, sur le caractère artificiel du numéraire. Tr., c. 2, p. 95 = fr. XI ; c. 5, p. 99 =:^ fr. XIX.
3. Ethiq., l. V, c. 11 ; Glose Car en communicacionSf f^XLIX, v^; Politiq., 1. 1, c. 10 ; Glose Car sicomme dit Câssiodore, (^ XVIII, r*. Il faut savoir quelque gré certainement à un théologien du
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légale qu'elle lui a reconnue, n'a fait en réalité que traduire et recouvrir une valeur réelle de la chose.
Oresme n'est donc point tombé dans l'opinion de ceux qui ne voient dans la monnaie qu'un signe purement fictif de la valeur, et sa doctrine est à cet égard d'autant plus intéressante qu'ici il a dû s'écarter résolument â'Aristote. Le philosophe, comme nous verrons (i), est sur ce point extrêmement flottant : il laisse bien entendre, dans le passage précité des PolUiques (2), que la monnaie peut avoir par elle-même une certaine valeur ; mais dans les Ethiques (3), et aussi dans d'autres endroits des Politiques (4), il soutient beaucoup plus expressément l'opinion contraire. En réalité, l'origine contractuelle de la monnaie paraît l'avoir trompé ici sur sa véritable nature : il a cru qu'elle ne pouvait avoir de valeur que celle qu'elle reçoit de la loi, et que, en conséquence, un changement de convention parmi ceux
XIV* siècle d'avoir évité ici les banales déclamations contre les métaux précieux, dont ne se sont pas toujours privés des philosophes des plus modernes ; et d'avoir, opposant à une facile réthorique la compréhension plus saine des nécessités économiques, affirmé à maintes reprises, que la monnaie fut anciennement trouvée a par grant raison 1 qu'elle est c très profitable, et aussi comme nécessaire en communicacion civile », et ainsi que dit plus explicitement encore le texte latin du Traité : a Quod numisma est valde utile communitati civili et Republicae usibus opportunum, imo necessarium • (Tr., éd. WoL, c. i, p. 94= fr. IX). On dira peut-être que cela, Aristote l'avait déjà écrit ; mais combien, nous le verrons, de c^nonistes avant Oresme, avaient lu ici Aristote sans Tentendre, ou sans vouloir le suivre?
i. Rambaud, Hist, des doctrines économiques^ p. i5. Cf. ce que nous disons infrà, p. .