Tr.,c. II, p. 107 = XXXIII
LA DOCTRINE d'oRESME 223
Telle est du moins la doctrine du Traité^ au chapitre X, De miitatione proportionis monetarum^ dans les diverses formes de la rédaction. Mais, dans le texte français de M. Wolowski, vers la fin du Prologue du translateuPy nous trouvons ce même raisonnement changé du tout au tout. Le rapport naturel de Tor à l'argent, qu'Ore sme regardait cpmme une règle essentiellement variabft suivant la production elle-même, il semble maintenant le considérer comme un chiffre fixe, immuable, déterminé parla nature même des métaux. On dirait que la conception scolastique du Juste prix est venue, bien mal à propos, troubler ses idé*es. Il y aurait, affirme-t-il, xxnjuste rapport des métaux précieux, comme il y a un juste prix de toutes choses ; et de là probablement cette mystérieuse signification qu'il attribue au « rapport douziesme » — n â la règle de XII marcs dar^g ent fin gardez pour un marcdor fin^ si comme ceulx la scavent qui la science entendent » (i).
Ce serait là, il faut en convenir, une bien malencon- Ireuse retouche qu'Oresme eût faite au Traité^ et qui s^harmoniserait bien mal avec le reste de la doctrine. SMl y a pour les métaux précieux en effet un juste rapport, le gouvernement aurait le droit et le devoir de maintenir ce rapport invariable, de corriger au besoin par des mesures rigoureuses le cours abusif que voudraient établir les particuliers. Mais cela, c'est la contradiction absolue des idées d'Oresme !
Oresme, hâtons-nous de le dire, n'est pas responsable de cette maladroite correction. Elle se trouve uniquement dans le texte des Mss. Fr. 23.926 et Fr. 25.5i3 et Arsenal A-Sgi, c'est-à-dire dans des textes remaniés de la tin du xv^ siècle, et elle fait partie, avec la mention
:. Traictie, Le Prologue du translateur^ p. iv.
224 LA DOCTRINE d'oRESME
des postulats^ de cette longue addition du prologue français, qui manifestement a été interpolée par des copistes postérieurs. Oresme — la correction est bonne à noter, parce que, sur la foi de l'édition de M. Wolorski, la plupart des historiens des doctrines lui ont prêté cette erreur — Oresme n'a jamais cru à un rapport naturel et immuable de Tor à Targent : il faut, et nous en sommes heureux, effacer de sa doctrine cette inexplicable contradiction.
Quant à la valeur qu'il assignerait, pour l'heure présente, au rapport des métaux, il n'est pas possible. d'arriver semble-t-il, à une conclusion précise, en présence de textes qui sont absolument divergents et pour une part certainement corrompus. Trois fois le Traité parle de ce rapport, et chaque fois il donne un chiffre différent. Dans le prologue français comme nous venons de voir, est préconisé un rapport douzième (i). En écartant ce passage suspect, nous restons dans le texte même en présence de chiffres aussi divergents que i/io, 1/20, S/af) (2). De ces trois nombres pourtant, le second est seul donné comme courant, le troisième comme une possibilité, le premier, qu'on ne trouve que dans la version française, est dû, croyons-nous, à une erreur de