IP S E R T O R I U S
Et voulez une guerre à ne finir jamais.
Déjà de nos soldats l’ame préoccupée
Montre un peu trop de joie à parler de Pompcel
Et si l’erreur s’épand jusqu’en nos garnisons ,
Elle y pourra semer de dangereux poisons.
Sertori us.
Nous en romprons le coup avant qu’elle grossisse ,
Et ferons par nos soins avorter l'artifice.
D’autres plus grands périls !c Ciel m’a garanti,
Perpenna.
Ne ferions-nous pas mieux d’accepter le parti , Seigneur ! Trouvez-vous l’offre , ou honteuse ou mal sûre?
Sertorius.
Sylla peut, en effet, quitter sa dictature;
Mais il peut faire aussi des Consuls à son choix ,
De qui la pourpre esclave agira sous ses loix ;
Et quand nous n’en craindrons aucuns ordres sinistres , Nous périrons par ceux de ses lâches Ministres. Croycx-moi , pour des gens comme vous deux et moi Rien n’es$ si ckngercux que trop de bonne-foi.
Sylla par politique a pris cette mesure De montrer aux soldats l’impunité fort sûre;
Mais pour Cinna, Carbon, le jeune Matius Il a voulu leur tête, et les a tous perdus.
Vont moi , que tout mon camp sur ce bruit m’abandonne ,
Qu il ne reste pour mol que ma seule personne , le me perdrai plutôt dans quelque affreux climat.
Qu’aller » tant qu’il vivra , briguer le Consulat. Vous....
Ce n’est pas , Seigneur , ce qui me tient en peine. Exclus du Consulat par l’hymen d’une Reine ,
Du moins si vos bontés m’obtiennent ce oonheur.
Je n’attends plus de Rome aucun degré d’honneur j Et banni pour jamais dans la Lusitanie ,
J’y crois en sûreté les restes de ma vie.
Sertorius.
Oui ; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté.
Vous savez que la Reine est d’une humeur si ficre !.... Mais , peut-être îc tems la rendra moins altière.
Adieu-, dispensez-moî de parler là-dessus.
Perpenna.
Parlez, Seigneur; mes voeux sont-ils si mal reçus ? Est-ce en vain que je l'aime, en vain que je soupire î Sertorius.
Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.
Perpenna.
Elle m’a dit beaucoup ; mais , Seigneur , achevez ,
Et ne me cachez point ce que vous en savez.
Ne m’a u riez-vous rempli que d’un espoir frivole ? Sertorius.
Non; je vous l’ai cédée , ctvous tiendrai parole.
Je l’aime , et vous la donne encor malgré mon feu ; Mais je crains que ce don n’ait jamais son aveu , -
Qu’il n’ attire sur nous d’impitoyables haines.
Que vous dirai-je enfin ? L’Espagne a d’auaes Reines J
79 5 ERTORIUS,
Et vous pourriez vous faire un destin bien plus doux £
Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous.
Celle des Vacéens , celle des Ilergctes ,
Rendroient vos volonté bien plutôt satisfaites,
La Reine avec chaleur sauroit vous y servir.
PïRPENNA.
Vous me l'avez promise , et me l’allez ravir î Sertorius.
Que sert que je promette et que je vous la donné Quand son ambition l’attache à ma personne î Vous savez les raisons de cet attachement;
Je vous en ai parlé tantôt confidemment, je vous en fais encor la même confidence, laites à votre amour un peu de violence;
J’ai triomphé du mien : j’y suis encor tout prêt»
Mais , s’il faut du parti ménager l’intérêt, laut-il pousser à bout une Reine obstinée,
♦Qui veut faire à son choix toute sa destinée ,
Et de qui le secours , depuis plus de dix ans ,
Nous a mieux soutenus que tous nos partisans ?