‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 64 sur 116 · IP S E R T O R I U S · texte numérisé non relu

IP S E R T O R I U S

Et voulez une guerre à ne finir jamais.

Déjà de nos soldats l’ame préoccupée

Montre un peu trop de joie à parler de Pompcel

Et si l’erreur s’épand jusqu’en nos garnisons ,

Elle y pourra semer de dangereux poisons.

Sertori us.

Nous en romprons le coup avant qu’elle grossisse ,

Et ferons par nos soins avorter l'artifice.

D’autres plus grands périls !c Ciel m’a garanti,

Perpenna.

Ne ferions-nous pas mieux d’accepter le parti , Seigneur ! Trouvez-vous l’offre , ou honteuse ou mal sûre?

Sertorius.

Sylla peut, en effet, quitter sa dictature;

Mais il peut faire aussi des Consuls à son choix ,

De qui la pourpre esclave agira sous ses loix ;

Et quand nous n’en craindrons aucuns ordres sinistres , Nous périrons par ceux de ses lâches Ministres. Croycx-moi , pour des gens comme vous deux et moi Rien n’es$ si ckngercux que trop de bonne-foi.

Sylla par politique a pris cette mesure De montrer aux soldats l’impunité fort sûre;

Mais pour Cinna, Carbon, le jeune Matius Il a voulu leur tête, et les a tous perdus.

Vont moi , que tout mon camp sur ce bruit m’abandonne ,

Qu il ne reste pour mol que ma seule personne , le me perdrai plutôt dans quelque affreux climat.

Qu’aller » tant qu’il vivra , briguer le Consulat. Vous....

Ce n’est pas , Seigneur , ce qui me tient en peine. Exclus du Consulat par l’hymen d’une Reine ,

Du moins si vos bontés m’obtiennent ce oonheur.

Je n’attends plus de Rome aucun degré d’honneur j Et banni pour jamais dans la Lusitanie ,

J’y crois en sûreté les restes de ma vie.

Sertorius.

Oui ; mais je ne vois pas encor de sûreté A ce que vous et moi nous avions concerté.

Vous savez que la Reine est d’une humeur si ficre !.... Mais , peut-être îc tems la rendra moins altière.

Adieu-, dispensez-moî de parler là-dessus.

Perpenna.

Parlez, Seigneur; mes voeux sont-ils si mal reçus ? Est-ce en vain que je l'aime, en vain que je soupire î Sertorius.

Sa retraite a plus dit que je ne puis vous dire.

Perpenna.

Elle m’a dit beaucoup ; mais , Seigneur , achevez ,

Et ne me cachez point ce que vous en savez.

Ne m’a u riez-vous rempli que d’un espoir frivole ? Sertorius.

Non; je vous l’ai cédée , ctvous tiendrai parole.

Je l’aime , et vous la donne encor malgré mon feu ; Mais je crains que ce don n’ait jamais son aveu , -

Qu’il n’ attire sur nous d’impitoyables haines.

Que vous dirai-je enfin ? L’Espagne a d’auaes Reines J

79 5 ERTORIUS,

Et vous pourriez vous faire un destin bien plus doux £

Si vous faisiez pour moi ce que je fais pour vous.

Celle des Vacéens , celle des Ilergctes ,

Rendroient vos volonté bien plutôt satisfaites,

La Reine avec chaleur sauroit vous y servir.

PïRPENNA.

Vous me l'avez promise , et me l’allez ravir î Sertorius.

Que sert que je promette et que je vous la donné Quand son ambition l’attache à ma personne î Vous savez les raisons de cet attachement;

Je vous en ai parlé tantôt confidemment, je vous en fais encor la même confidence, laites à votre amour un peu de violence;

J’ai triomphé du mien : j’y suis encor tout prêt»

Mais , s’il faut du parti ménager l’intérêt, laut-il pousser à bout une Reine obstinée,

♦Qui veut faire à son choix toute sa destinée ,

Et de qui le secours , depuis plus de dix ans ,

Nous a mieux soutenus que tous nos partisans ?

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