PERPENNA, VIRIATE, ARISTIE, THAMIRE, ARCAS
PERPENNA, à Viriate.
Sertorivs est mort, cessez d’etre jalouse, Madame, du haut rang qu’auroit pris son épouse.
Et n’appréhendez plus , commcdc son vivant,
Qu’cn vos propres Etats elle ait le pas devant.
Si l’espoir d’Arïstic a fait ombrage au vôtre.
Je puis vous assurer et d’elle et de toute autre.
Et que ce coup heureux saura vous maintenir Et contre le présent et contre l’avenir.
C’étoit un grand guerrier, mais dont le sang, ni l’Ige, Ne pouvoient avec vous faire un digne assemblage}
Et , malgré ces defauts , cc qui vous en plaisoit , C’étoit sa dignité qui vous tyrannisoit.
Le nom de Général vous le rendoit aimable,
A vos Rois , à moi-meme il étoit préférable ,
Vous vous éblouissiez du titre et de l’emploi ,
Et je viens vous offrit et l’un et l’autre en mol »
«i SERTORIUS,
Avec des qualités , où votre ame hautaine Trouvera mieux de quoi mériter une Reine.
Un Romain qui commande et sort du sang des Rois ,
( Je laisse l’âge à part ) peut espérer son choix,
Sur-tout quand d’un affront son amour l’a vengée ,
Et que d’un choix abject son bras l’a dégagée.
Après t’être immolé chez, toi ton Général ,
Toi , que faisoit trembler l’ombre d’un tel rival ,
Lâche ! tu viens ici braver encor des femmes ,
Vanter insolemment tes détestables flammes ,
T’emparer d’une Reine en son propre Palais Et demandera main pour prix de tes forfaits.
Crains les Dieux, scélérat ! crains les Dieux, ou Pompée, Crains leur haine , ou son bras , leur foudre , ou son épée , Et , quelque noir orgueil qui te puisse aveugler , Apprends qu’il m’aime encore, et commence à trembler. Tu le verras , méchant ! plutôt que tu ne penses : Attends , attends de lui tes dignes récompenses.
PlRPINNA.
S’il en croit votre ardeur je suis sûr du trépas;
Mais peut-être , Madame, il ne l’en croira pas.
Et quand il me verra commander une armée ,
Contre lui tant de fois à vaincre accoutumée,
Il se rendra facile à conclure une paix Qui faisoit dès rantôt scs plus ardens souhaits :
J’ai même entre mes mains un assexbon otage Pour faire mes traités avec quelque avantage. Cependant vous pourriez , pour votre heur et lcmicn r Ke parler pas si haut à qui ne vous dit rien,
TRAGÉDIE. S
Ces menaces en l’air vous donnent trop de peine: Après ce que j’ai fait, laissez, faire la Reine ;
Et , sans blâmer des voeux qui ne vont point à vous , Songer à regagner le coeur de vo-re époux.
Oui, Madame , en effet, c’est à moi de répondre ,
Et mon silence ingrat a droit de me confondre.
Ce généreux exploit , ces nobles sentimens Méritent de ma part de hauts remeicimens ;
Les différer encor c’est lui faire injustice.
Il m’a rendu sans doute un signalé service ;
Mais il n’en sait encor la grandeur qu’à demi.
Le grand Sertorius fut son parfait ami....
Apprcner-le, Seigneur , car je me persuade Que nous devons ce titre à votre nouveau grade;
Et pour le peu de tems qu’il pourra vous durer ,
Il me coûtera peu de vous le déférer.
Sache?, donc que pour vous il osa me déplaire,
Ce héros , qu’il osa mériter ma colère ,
Que malgré son amour, que malgré mon courroux.
Il a fait des efforts pour me donner à vous.
Et qu’à moins qu’il vous plût lui rendre sa parole.
Tout mon dessein n’étoit qu’une attente frivole; Qu’il s’obstinoit pour vous au refus de ma màin.
Et tu peux lui plonger un poignard dans le sein ,
Et ton bras. ...
Permette?, Madame, que j’estime La grandeur de l’amour par la grandeur du crime.
»4 SERTORIU5
Chez lui-même , à sa table , au milieu d’un festin « D’un si parfait ami’devenir l’assassin ,
Et de son Général se faire un sacrifice ,
Lorsque son amitié lui rend un tel service ;
Renoncer à la gloire , accepter pour jamais L’infamie et l’horreur qui suit les grands forfaits» Jusqu’en mon cabinet porter sa violence ,
Pour obtenir ma main m’y tenir sans défense:
Tout cela d’autant plus fait voir ce que je doi A cet excès d’amour qu’il daigne avoir pour moi ;
Tout cela montre une ame au dernier point charmée î 11 scroit moins coupable à m’avoir moins aiméei Et , comme je n’ai point les scntimtns ingrats»
Je lui veux conseiller de ne m’épouser pas.
Ce serôir en son lit mettre son ennemie.
Pour être à tous moruens maîtresse de sa vie »
Et je me résoudrois à cet excès d’honneur Pour mieux choisir la place à lui percer le cœur..* Seigneur , voilà l’effet de ma reconnoissance.
Du reste , ma personne est en votre puissance ;
Vous êtes maître ici , commandez , disposez ,
Et recevez enfin ma main , si vous l’osez.
Pt'RPENNA.
Moi , si je l’oserai? Vos conseils magnanimes Pouvoient perdre moins d’art à m’éraler mes crimesi J’en connois mieux que vous toute l’énormité.
Et pour la bien connoître ils m’ont assez coûté.
On ne s’attache point sans un remords bien rude A tant de perfidie et tant d’ingratitude :
Pour vous je l’ai domté , pour vous je l’ai détruit -,
J’en
J* en ai l’ignominie , et j’en aurai le fruit.
Menacez mes forfaits et proscrivez ma t6te ,
De ces mêmes forfaits vous serez la conquête ;
Et n’eût tout mon bonheur que deux jours à durer % Vous n’avez dès demain qu’à vous y préparer.
J’accepte votre haine , et l’ai bien méritée ;
J’en ai prévu lasuite , et j’en sais la porte'e.
Mon triomphe