SCENE III
PLAUTINE, VINIUS, OTHON, r L A V T I N H.
on pas , Seigneur , non pas , quoi que le Ciel m’envoie ,
Je ne veux rien tenir d’une honteuse voie ;
Et cette lâcheté qui me rendroit son coeur,
Sentitoit le Tyran, et non pas l’Empereur.
A votre sûreté , puisque le péril presse ,
J’immolerai ma flamme et toute ma tendresse.
Et je vaincrai l’horreur d’un si cruel devoir.
Pour conserver le jour à qui me l’a fait voir î M ais ce qu’à mes désirs je fais de violence ,
Fuit les honteux appas d’une indigne espérance ,
Et la vertu qui dompte et bannit mon amour.
N’en souffrira jamais qu’un vertueux retour.
Ah ! que cette vertu m’apprête un dur supplice , Seigneur ! et le moyen que je vous obéisse !
Voyez , et , s’il sc peut , pour voir tout mon tourment , Quittez vos yeux de pere , et prenez-en d’amant.
L’estime de mon sang ne m’est pas interdite;
Je lui vois des attraits , je lui vois du mérite :
Je crois qu’elle en a même assez pour engager ,
Si quelqu’un nous perdoit, quelqu’autre à nous venger j
TRAGÉDIE. xç
Par -il nos ennemis la tiendront redoutable ,
F.t sa perte par là devient inévitable.
Je vois , de plus , Seigneur , que je n’obtiendrai rien y T.'int que votre oeil blessé rencontrera le sien ,
Que le tetns se va perdre en rc'pliqucs frivoles;
Ht, pour les éviter, j’achcve en trois paroles.
Si vous manquez le trône , il faut périr tous trois. Prévenez , attendez cet ordre à votre choix :
Je me remets à vous de ce qui vous regarde ;
Mais en ma fille et moi ma gloire se hasarde.
De ses jours et des miens je suis maître absolu ,
Ht j’en disposerai comme j’ai résolu.
Je ne crains point la mort ; mais ie hais l’infamie D’en recevoir la loi d’une main ennemie ,
F.t je saurai verser tout mon sang en Romain ,
Si le choix que j’attends ne me retient la main. C’est dans une heure ou deux que Galba se déclare; Vous savez l’un et l’autre à quoi je me prépare, Résolvez en ensemble.
( Il sürt. )