‹ Nicomede tragedie de P. CorneilleChapitre 82 sur 116 · F L A VIE · texte numérisé non relu

F L A VIE

J’en doute , et rarement une flamme si forte Souffre qu’à notre gré ses ardeurs.,..

Que t’importe f

I^isse-m’en le hasard, et, sans dissimuler.

Dis de quelle manière il a su lui parler.

ÏLAVlï.

N’imputez donc qu’à vous si votre ame inquiété En ressent, malgré moi, quelque gêne secrete.

Othon à la Princesse a fait un compliment ,

Plus en homme de Cour qu’en véritable amant.

Son éloquence accortc , enchaînant avec grâce L’excuse du silence à celle de l’audace ,

En termes trop choisis accusoit le respect D’avoir tant retardé cet hommage suspect.

Scs gestes concertés , ses regards de mesure ,

N’y laissoient aucun mot aller à l’aventure -,

On ne voyoit que pompe en tout ce qu’il peignoit : Jusques dans ses soupirs la justesse régnoit.

Et suivoit pas à pas un effort de mémoire.

Qu’il étoit plus aisé d’admirer que de croire.

Camille sembloit même assez de cet avis :

Elle aurait mieux goûté des discours moins suivis.

Je l’ai vu dans scs yeux, mais cette défiance

A voit avec son cœur trop peu d’intelligence.

De ccs justes soupçons ses souhaits indignés ,

Les ont tout aussi-tc.t détruits ou dédaignés :

Elle a voulu tout croire ; et quelque retenue Qu’ait su garder l’amour dont elle est prévenue. On a vu par ce peu qu’il laissoit échapper ,

Qu’elle prenoit plaisir à se laisser tromper ,

Et que si quclqucfo : s l’horreur de la contrainte Forçoit le triste Otl.on à soupirer sans feinte. Soudain l’avidité de régner sur son cœur Iinputoit à l’amour ces soupirs de douleur.

Et sa réponse , enfin }

Elle a paru civile ;

Mais la civilité n’est qu’amour en Camille ,

Comme en Othon l’amour n’est que civilité.

F.t n’a-t-elle rien dit de sa légéreté ?

Hicn de la foi qu’il semble avoir si mal gardée ?

Elle a su rejetter cette fâcheuse idée ,

Et n’a pas témoigné qu’elle sût seulement Qu’on l’eût vu pour vos yeux soupiter un moment. P L A U T I N E.

Mais qu’a-t-ellc promis ?

Page 1