‹ Nidintabel; la Perse ancienneChapitre 9 sur 14 · DANS LE PALAIS · texte numérisé non relu

DANS LE PALAIS

Nidintabel arrivai! à Babylone ; c’était le quatrième jour du mois d’anamakahiya 1 , à la tombée de la nuit ; avec lui, quelques cavaliers.

Le deux de ce mois, il venait encore, à Zazana, sur l’Euphrate, de perdre une bataille.

Le peu de troupes qu’il avait pu engager dans ce combat, était en partie tombé sous les coups des Perses; et le reste en fuyant, s’était noyé dans le fleuve.

1 Ut’ccinbre-Juuvior.

L’Euphrale charriait les cadavres à la mer*.

Triste, découragé, le roi s’enferma dans son palais.

Artystone vint à lui.

« La guerre est un mensonge, lui dit-elle ; c’est un jeu où les dieux semblent railler la science humaine et déjouer ses calculs.

Mais, il n’y a qu’aprcs la mort qu’il ne reste plus rien à faire. Jusque là, l’on ne doit désespérer de rien.

Personne ici-bas n’est le premier moteur dans les ordres qu’il donne.

La fortune t’a été contraire. Que pouvais-tu contre le destin’?

Lui seul réside dans son indépendance. Il ne l'était pas soumis. Lui seul jamais ne perd rien de ses forces, et le moment venu nul ne peut se vanter de pouvoir lui échapper.

Au reste, ne sais-tu pas que plus une cause est juste et sainte, plus les divinités infernales s'efforcent à entraver ses premiers pas.

1 « Une partie de l’armée ennemie fuit dans l’eau, l’eau l'emporta. » Inscription de Di-Suloun.

* On rencontre souvent chez les anciens, des plaintes relatives à la jalousie du destin. Eschyle, les Perses, v. 95 et set]. — Héeooots, III, XL; Vll,i...

As-tu jamais va l’aigle se lever de terre à la façon des passereaux ?

Prends courage. Babylone est à toi. Les autres tiendront leurs promesses. Veux-tu déjà te retirer de la lutte? »

Dans la nuit, l’assemblée des Babyloniens se réunit dans le temple des Sept Lumières de la Terre.

On décida qu’il fallait, pour ménager les vivres, se débarrasser de toutes les bouches inutiles, femmes, enfants, vieillards.

Il y en eut qui proposèrent de les étrangler et de jeter leurs cadavres par dessus les murailles.

Dans la crainte de la peste 1 , on arrêta que, dès le lendemain, on les dirigerait sur l’Arménie, avec des présents, pour qu'on les acceptât dans les villes.

1 Les Babyloniens transportent les malades sur la place du marché; car ils n'emploient pas de médecins. Le passant dono s'approche du malade et le questionne sur le mal dont il est atteint, pour savoir si lui-même en a souffert ou s'il a vu quelque autre en souffrir. Tous ceux qui vont et qui viennent confèrent avec lui et lui conseillent le remède qui les a guéris de cetlo maladie, ou qui à leur connaissance en a guéri d'autres qu'oux-mémes. 11 n'est permis & personne de passer en silence dovant un malade, sans l'interroger sur son mal. Hérodote, I, cxr.vtt, page 78 édit. Hachette. — Revenu à la santé, on faisait placer, comme première offrande aux dieux,

On ne devait conserver à Babylone que les femmes mères 1 .

Pour que cette mesure ne soulevât aucune plainte, le roi s'offrit à donner l’exemple.

On l’acclama.

Puis, ils votèrent que les habitants de Halalatse

sur les murs des temples un tableau redisant quelles avaient été les souffrances du malade, et le remède qui l’avait guéri. «Ces tableaux, dilM. deRiancby, étaient des notes éparses, des documents à consulter. On attendait un Hippocrate pour les mettre on ordre. » — Quant aux morts, ils les embaument avec du miel. — Voy. Hérodote, I, cxcvm.

1 Le récit d’HÉRODOTB est, à cet égard, tout autre que ce que nous disons ici. Hérodote, III, cl, rapporte que ces massacres eurent lieu : « Chacun, dit-il, choisit la femme qu’il préférait parmi celles do sa maison, sauf les mères que l’on mit à part, puis on réunit toutes les autres et on les étrangla. Ils avaiont chacun une femme pour cuire leurs aliments, ils étranglèrent lo reste pour ménager les provisions. » De telle sorte que, quand Darius se fut emparé de la ville : « Pour que les Babyloniens eussent des femmes, et ensuite dos onfants, car les leurs au commencement avaient été sacrifiées, ils les avaient étranglées pour ménager les vivres, il ordonna aux nations voisines de fournir des femmes à la ville, réglant pour chacune lo contingent, jusqu’à ce qu'il y en eut en tout cinquante mille. Les Babyloniens de nos jours descendent de ces femmes. » Hérodote, I11,clix. — Nous n'avons pas suivi le récit do l'historien, parce que nous pensons qu'IIérodole a été trompé par les prêtres qu'il a consultés, mensonge dicté sans doute par l’orgueil national, qui voulut faire des murtyrs des derniers défenseurs de Babylone. Jusqu’à un certain point, on peut comprendre les égorgements ordonnés par Eslher-, celle

conformeraient à ces décisions ; qu'ils viendraient se renfermer dans les murs de la ville ; que ceux des tribus icthyophages 1 concourraient aussi à la défense ; et afin de les engagera se joindre au peuple de la cité, qu'on leur laisserait leurs femmes et leurs enfants ; sauf à voir, dans la suite.

Au surplus, ils ne se nourrissaient que déracinés de rotèm 9 et de poissons qu’ils pêchent, jettent dans un mortier, broient au pilon, passent à l'étamine, pétrissent comme la pâte et font cuire comme du pain.

Eux-mêmes pourvoiraient à leur nourriture. .

Enfin, de telle sorte que les ennemis n’aient aucun abri autour de la ville, on devait incendier les maisons d’Halalat, renverser les cabanes d’argyle et d'aghêmon 3 tressé des icthyophages.

favorite passionnée, toute puissante sur l’esprit de son roi, avait à. sauver sa nation, ou plutôt des représailles à exercer; mais dans les conditions où se trouvait Babylone, depuis longtemps se préparant à la révolte, entourée de peuples prêts à la soutenir, on ne saurait admettre une semblable et si inutile cruauté.

* Hérodote, I, cc.

* Les pauvres mangeaient les racines du rotôm, Job , XXX, i. — Elie, dans le désert, s’assit à l’ombre d’un rotèm, 1, Bois , XIX, 5. — Quel est cet arbre, cet arbuste? — Le genévrier(?) — Le chône(?) — Le térébinthe (?) — Le framboisier (?)

3 Plante palustre qui servait à construire des palissados. M. Hcefeii a cru reconnaître en raison de l’usage de celte plante, le grand roseau à quenouille, arundo donajc, L.

Ils voulurent encore que l’on envoyât des émissaires, pour hâter les secours des Tilles voisines ; les Perses se trouveraient acculés, les alliés les écraseraient contre les murs ; que l’on créât des bataillons spéciaux pour la garde des murailles et des portes, on ne dut y admettre que les hommes dont on serait sûr ; que les troupes en armes, du matin au soir, fussent exercées à des combats, à lancer des javelots, à des luttes corps à corps.

Sur les murailles ils pensèrent à dresser des fourneaux, à faire des approvisionnements de vases pleins de bitume ; de cuves remplies d’huile que l’on verserait bouillante sur les assiégeants; de paquets d'étoupes que l’on imbiberait de naphte pour incendier leurs ouvrages 1 .

1 L’asphalte liquide, qu'on appelle naphte, dit Eiiatostiiê.ne cité par Etrabon, vient dans la Susinne; l'asphalte sec susceptible de se solidifier vient dans la Babylonie. La source de ce dernier est près de l'Euphrato. » — Hérodote, I, clxxix : • On compte huit journées de marche de Babylono è une autre ville que l'on nomme 1s, où coule une petite rivière du mémo nom qui se jette dans le grand courant de l'Euphrate ; cette rivière fait jaillir de scs sources de nombreux grumeaux de bitume, et c’est de là qu'on en a transporté pour construire les murs do Bnbylone. » — « Quand le fleuve se gonflo lors de la fonte des neiges, continue Ehatostbéks, cette source se gonflo aussi et se déverse dans l'Euphrate ; là, l’asphalte s'agglomère en gros morceaux qui servent aux constructions

Ils ordonnèrent la démolition des vieux murs, le transport des matériaux, des poutres et piliers de palmier contre les fortiGcations.

Dans les demeures on ferait des perquisitions, pour en tirer tout ce qui semblerait utile à la défense, à l'attaque, jusqu’aux pierres meulières qu'apportaient dans la ville les habitants des 'Pyles 1 , on les pren-

fàites avec des briques cuites. D'autres prétendent qu'on trouve aussi l'asphalte liquide dans la Babylonie. On dit que des bateaux en nattes de joncs acquiérent de la solidité quand on les enduit d'asphalte. Quant & l'asphalte liquide ou naphte, il attire le feu donton l’approche; et si i on y lientun corps oint de celte matière, il s'enflamme. L’eau, loin de l'éteindre, ra- - nitne la flamme -, on no peut l'éteindre qu’avec du limon, du vinaigre, de l'alun eide la glu. »— Ammien-Makcelli.v, XXUI, vi : « Eu Assyrie, près du lac Soringita, ou trouve lo bitume. Le Tigre englouti par ce lac, reparaît après avoir longtemps coulé sous terre. C'est là aussi que se produit le naphte, espèce de poix résineuse, semblable au bitume ; un petit oiseau qui se poserait un instant dessus périrait aussitôt sans pouvoir s'envoler. Cette espèce de liquide, une fois enflammé, ne peut être étoinl que par du sable. » — Selon Posidonius, il existe en Babylonie deux espèces de sources de naphte ; les unes de naphte blanc, les autres de noir. Le premier renferme du soufre liquide, c'est pourquoi il brûle ; le second sert pour les lampes au lieu d'huile.

1 Pyles, — portes ou passages gardés. Ici, il est question des portes ou défilés par lesquels on passait de l'Arabie en Babylonie. D'autres y voient un nom de ville. « Dans ces marches, dit XixopaoN, Anabase 1, v, beaucoup de bêtes de somme moururent de faim : il n'y avait ni fourrage, ni arbres,

drart, bien que taillées et creusées, pour en écraser les ennemis.

Lorsque, en sortant du conseil, Nidintabel rentra au palais, il fit appeler Artystone.

Il lui parla des mesures que l'on avait décrétées.

Au sujet des femmes, elle approuva ses offres.

« Ce sont des grands, dit-elle, que doivent émaner les sages résolutions. En but à tous les regards, espérance de la nation, ils doivent savoir se sacrifier. Quand il part de haut, l’exemple est suivi. Je me préparerai à quitter Babylone. »

Mais, sa voix tremblait, elle ne putconlenir un soupir déchirant, et Nidintabel voyant ce beau visage noyé de larmes, ces grands yeux brûlants et humides qui semblaient prier tout en se résignant, se pencha vers elle. Artystone sentit deux lèvres ardentes qui essayaient de boire ses larmes.

Et il lui disait :

« Je ne le veux point ainsi. Tu es mon bon génie. Jusqu'à ce jour, seule entre toutes, tu m'as entouré

tout le pays était nu. Les habitants déterrent le long du fleuve des pierres h meule qu’ils façonnent et transportent à Babylone ; ils les y vendent, et de cet échange achètent le blé dont ils vivent. »

d’une affection sans bornes. Je ne pourrais vivre sans toi. Qui me soutiendrait en mes revers, partagerait ma gloire dans les triomphes. Adore les dieux que je vénère, et ma puissance est à toi. »

Rayonnante d’un bonheur suprême, prenant les mains de son roi, avec une sorte d’ivresse violente, Artystone, d'une voix mélodieuse, s’écria :

« Depuis longtemps, ô mon maître, tes dieux sont les miens. En te suivant n’ai-je pas tout quitté? Je n’ai vu que toi.

J’ai fait venir les Casdim 1 de Babylone ; les conju-

1 Selon Hérodote, t, clxxxi el clxxxiii, les Chaldéens étaient les prêtres de Bélus. — Diodore, probablement d'après Ctésus, en parle longuement, II, xxix et seg. :

« Les Chaldéens sont les plus anciens des Babyloniens ; ils forment dans l'Etat une classe semblable à celle des prêtres en Egypte. Institués pour exercer le culte des dieux, ils passent toute leur vie h méditer les questions philosophiques, et se sont acquis uno grande réputation dans l'astrologie. Ils se livrent surtout ît la science divinatoire, et font des prédictions sur l'avenir; ils essaient de détourner le mal et do procurer le bien, soit par des purifications, soit par des sacrifices ou par des enchantements. Ils sont versés dans l'art de prédire l'avenir par lo vol des oiseaux-, ils expliquent les songos el les prodiges. Expérimentés dans l'inspection des entrailles

des victimes, ils passent pour saisir exactement la vérité

La philosophie des Chaldéens est une tradition de famille ; le fils qui on hérite de son père est exempté do toute charge publique. Ayant pour précepteurs leurs parents, ils ont le double avantage d'apprendre toutes cos connaissances sans réserve

râleurs qui charment les serpents ; les magiciens dont les prestiges éblouissent le peuple ; les prophètes ; je sais les origines, je puis expliquer les symboles. »

et d'ajouter Toi aux paroles de leurs maîtres. Habitués & l'élude dès leur enfance, ils font de grands progrès dons l'astrologie, soit & cause de la facilité avec laquelle on apprend dons cet ftge, soit parce que leur instruction dure plus longtemps....

• Les Ohaldèens enseiguenl que le monde est étemel do sa nature, qu'il n'a jamais eu de commencement et qu'il n'aura jamais de fin. Solon leur philosophie, l'ordre, l'arrangement de la matière sont dus & une providence divine ; rien de ce qui s'observe au ciel n'est l'effet du hasard ; tout s'accomplit par la volonté immuable et souveraine des dieux. Ayant observé les astres depuis les temps les plus reculés, ils en connaissent exactement le cours et l’influence sur les hommes, et prédisent à tout le monde l'avenir. La doctrino qui est selon eux la plus importante concerne le mouvement dps cinq astres que nous appelons planètes, et que les Chaldéens nomment interprètes. Parmi ces astres, ils regardent comme le plus considérable et le plus influent celui auquel les Grecs ont donné le nom de Kronos, et qui est connu chez les Chaldéens sous le nom de Hélus. Les autres planètes sont appelées, comme chez nos astrologues, Mars, Vénus, Mercure et Jupiter. Les Chaldéens les appellent interprètes, parce que les planètes, douées d'un mouvement particulier déterminé que n'ont pas les autres astres, qui sont Axes ot assujettis & une marche régulière, annoncent les événements futurs et interprètent aux hommes les desseins bienveillants des dieux. Car les observateurs habiles savent, disent- ils, tirer des présages du lever, du coucher et do la couleur dos astres ; ils annoncent aussi les ouragans, les pluies et les chaleurs excessives. L'apparition des comètes, les éclipsos de soleil et de lune, les tremblements de terre, enfin les changements qui surviennent dons

Et tout ce qu’elle avait appris, elle le lui disait. Puis, par moments, elle s’arrêtait, et ses yeux semblaient interroger : « Est-ce ainsi? »

Elle lui disait encore, que les astronomes qui con-

l’atmosphère, sont autant de signes do bonheur ou de malheur pour les pays et les nations aussi bien que pour les rois et les particuliers. — Au-dessous du cours des cinq planètes sont, continuent les Chaidéens, placés trente astres, appelés les dieux conseillers ; une moitié regarde les lieux de la surface de la terre ; ces conseillers inspectent à la fois tout ce qui se passe parmi les hommes et dans le ciel. Tous les dix jours, un d'eux est envoyé comme messager des astres, des régions supérieures dans les régions inférieures, tandis qu'un autre quitte les lieux situés au - dessous de la terre pour remonter dans ceux qui sont au-dessus ; ce mouvement est exactement défini, et a lieu de tout temps, dans une période invariable. Parmi les dieux conseillers, il y a douze chefs, dont chacun préside h un mois de l'année et à un des douze signes du zodiaque. Le soleil, la lune et les cinq planètes passent par ces signes. Le soleil accomplit sa révolution dans l'espace d'une année, et la lune dansîespace d'un mois.

« Chaque planète a son cours particulier ; les planètes diffèrent entre elles parla vitesse et le temps do leurs révolutions. Les astres influent beaucoup sur la naissance des hommes, et décident du bon ou du mauvais destin : c'est pourquoi les observateurs y lisent l'avenir. Us ont ainsi fait, disent-ils, des prédictions & un grand nombre de rois, entre autres au vainqueur de Darius, Alexandre; et aux rois Antigone et Séleucus Nicanor, des prédictions qui paraissent toutes avoir été accomplies et dont nous parlerons en temps et lieu. Ils prédisent aussi aux particuliers les choses qui doivent leurarriver, et cela avec une précision telle quo ceux qui en oui fait l'essai en sont frappés d'admiration, et regardent la science de ces

naissent le ciel et les symboles lui avaient enseigné la doctrine des cinq astres interprètes; qu’elle savait

astrologues comme quelque chose de divin. En dehors du cercle zodiacal, ils déterminent la position de vingt-quatre étoiles, dont une moitié est au nord et l'autre au sud ; ils les appellent juges de l'univer3 : les étoiles visibles sont affectées aux êtres vivants, les étoiles invisibles aux morts. La lune se meut, ajoutent les Chaldéens, au-dessous de tous les auLres astres ; elle est la plus voisine de la terre, en raison de sa pesanteur; elle exécute sa révolution dans le plus court espace delemps,nonpaspar la vitesse de son mouvement, mais parce que le cercle qu'elle parcourt est très-petit; sa lumière est empruntée, et ses éclipses proviennent de l’ombre de la terre comme l'enseignent aussi les Grecs. Quant aux éclipses de soleil, ils n'en donnent que des explications très-vagues : ils n'osent ni les prédire ni en déterminer les époques. Ils professent des opinions tout à lait particulières à l'égard de la terre : ils soutiennent quelle est creuse, sous forme de nacelle, et ils en donnent des preuves nombreuses et plausibles, comme de tout ce qu'ils disent sur l'univers. Nous nous éloignerions trop de notre sujet si nous voulions entrer dans tous ces détails; il suffit d'étre convaincu tjue les Chaldéens sont, plus que tous les autres hommes, versés dans l'astrologie, et qu'ils ont cultivé cette science avec lo plus grand soin. U est cependant difficile de croire au nombre d'années pendant lesquelles le collège de Chaldéens aurait enseigué la science de l'univers -, car depuis leurs premières observations astronomiques jusqu'à l'invasion d'Alexandre, ils ne comptent pas moins de quatre cent soixante-treize mille ans. » Trad. de M. Hokfer, t. I, p. U4 et suiv. — Sur les Chaldéens, Strxbon, XV, i, nous apprend que : « 11 y a dans la ltabylonie une caste ou colonie de philosophes indigènes appelés Chali liens qui s'occupent principalement d'astronomie. Quelquesuns aussi font le métier do tirer l'horoscope, mais ils n'ont pas

que les cinq planètes naturellement subordonnées au soleil, puisqu'elles en tirent la lumière et la vie, sont

l'approbation des autres Les Chaldéens astronomes sont de

différentes origines, car il y a des Orchéniens, des Dorsippiens et plusieurs autres qui se divisent eu autant de sectes, suivant les différentes doctrines qu'ils professent. » — « Ces savants astronomes, dit M. db Riancey, op. cit ., d’après Schlosser, Hist. univ. de l’antiq., qui à la vérité inventèrent la sphère convexe et surent tracer un méridien et fixer le point culminant du soleil, mais qui n'allèrent jamais plus loin, revendiquaient aussi, à l'époque d’Alexandre-le-Grand, des observations remontant à 473,000 ans. •» — « 11 est vrai, continue M. us Riancey dans la note 3, t. I, p. 134, que ce nombre de

473.000 ans dont ils avaient effrayé Diodore, se réduisit à 1903 quand ils en parlèrent à Callisthènes. Callisthônes, selon Simplicius, envoya cette série d'observations à son oncle, le philosophe de Stagyre ; Aristote n'en fait mention dans aucun des ouvrages qui nous sont parvenus. Toutefois, comme on a perdu beaucoup de ses livres, un entre autres intitulé Aslronomicon, il ne serait pas juste de conclure rigoureusement de ce silence que Simplicius a avancé un fait sans fondement. Toujours est-il que Ptolémôe, qui a dû avoir connaissance de ces tables astrologiques, ne peut faire remonter son catalogue d'éclipses plus haut que 700 ans avant J.-C. Il ne suppute lui-même les éclipses que par heures et demi-heures, ce qui ne prouve pas une science fort avancée. M. Desdooits, Soirées de Montlhéry ; — Schlosser, op. cit. » — Cicéron, de Divin., lib. I, parle d’observations faites par les Babyloniens depuis

470.000 ans ; mais aussitôt il ajoute : « Ces hommes sont vains, ou ignorants, ou insensés ; ils mentent effrontément sans craindre le jugement de la postérité. » — Bérose et Alexandre Polyhistor rapportent au reste que Nabonassar détruisit tous les monuments historiques antérieurs à son règne, afin que de son avènement, l'on commençât à dater l'histoire des Chai-

douées d’un mouvement particulier que n’ont point les autres astres fixes ou assujettis à une marche régu-

déens ; Syncbllb, Chronograpliia . — Bérosb, cité par Pline, Hist. nat VII, lvi, dit que les observations astrononique3 que l'on conservait à Babylone, ne remontaient qu’à 490 ans ; et Bérose, au rapport de Vitruvb, doit être cru en cette matière, car il avait enseigné l’astronomie dans l’ile de Cos où il était établi. Vitruvb, De Architeclura, IX, vu.

Bérose, né, au rapport do Tatien,au temps d'Alexandre, professait un système astronomique qui parut tellement absurde à Bailly, que ce savant décida qu'il devait y avoir eu deux Bérose : l'un sous Alexandre qu’il sacrifie ; l'autre, plus ancien, sur lequel il se rejette. Bérose a été cité par Pline et Sénèque ; on en retrouve quelques fragments dans Fauricius, Bibliothèque , et Georges lb Syncklle, Chronographie.

Les prêtres chaldéens, il est certain, n’ont pas eu toute la science qu'on leur a prêtée, mais ils ont dû avoir des notions assez précises de la science qui a pour objet les mouvements apparents des corps célestes. — Voyez Idelbr, Sur l'astronomie des Chaldéens , dans les Mémoires de l'Académie des sciences de Berlin , années 1814-1815, p. 199.

A côté des Chaldéens, nous citerons les Chinois et les Japonais, comptant des observations qui remonteraient à deux mille cinq cents années ; les Brahmines, trois cent millions; les Egytiens trente-quatre mille; les Phéniciens, trente mille ; les Perses, cent mille. 11 est démontré, Hermann, MylhoL des Grieclien, « que ces chiffres représentent des cycles astronomiques multiples de treize, dix-neuf, cinquante-deux, soixante, soixante-douze, trois cent soixante, quatre cent dix, et d'autres périodes, au retour desquelles l’imagination a posé l’idée d'un renouvellement de la matière supposée indestructible, en attribuant à l’espace co qui semble n'appartenir qu’au temps. » Cantu, t I, p. 123, Hist. Univ.

lière ; qu’elles annoncent aux hommes les événements futurs, et interprètent les desseins des dieux ; qu’en dehors du cercle zodiacal elle avait reconnu la position des vingt-quatre étoiles dont une moitié est au nord, l’autre au sud, que parmi ces juges de l’univers, les étoiles visibles étaient affectées aux êtres vivants, les invisibles aux morts.

Heureuse de lui montrer que de ses croyances elle n’ignorait rien, elle lui parlait de la création, d’Oannès, de Xisuthr, le rejeton qui, lors du déluge, est demeuré de reste 1 .

1 Quelques notions nous sont venues des savants aramôens sur la création du monde : « Il y eut un temps où tout était ténèbres et eau, renfermant des monstres de toutes sortes. C’étaient des êtres à deux têtes, une d'homme et une de femme, des hommes qui avaient deux ailes, d'autres qui en avaient quatre. » — « Dans l'antiquité, dit M. db Riancey, quand on visitait le temple de Bel, on y voyait la représentation de ces étranges habitants du chaos. Ils ont apparu à la science moderne étonnée, et on considère avec surprise dans nos musées leurs masses gigantesques. »

Une femme Omorka régnait sur l’univers, mais un jour, un génie plus puissant, Bel, la coupa en deux, forma de l’une de ses parties, le ciel; de l’autre, la terre. Le chaos devint ordre. Tous les animaux préexistants ne pouvaient supporter la lumière, Bel les tua, établit les planètes et les astres, et pour peupler l’univers qui était vide, tira les hommes de la tête d’Omorka.

Ensuite parut le législateur intellectuel dont l’emblème est la

Avec une joie d'enfant, elle lui répétait tout cela. On lui avait enseigné par des enchantements et

pointe de l'arête. Oannès sortit de la mer Erythrée, et la première année, parut à Babylone. 11 avait deux têtes: moitié homme, moitié poisson ; il tenait de l'un, les pieds, la parole ; de l'autre, la tête, la queue. — Il instruisit les peuples sur tout ce qui pouvait leur être utile ; leur donna des lois, leur enseigna les sciences, les lettres, leur apprit à bâtir des maisons, à semer, à mesurer la terre. — Il vivait au milieu de tous, mais ne mangeait pas avec eux ; et au soleil couchant se retirait vers la mer et passait la nuit dans les eaux.

« Bâaoss, dit M. ns Runcey, op. rit., avait promis d'éclaircir le mystère d'Oannès; l'explication du prêtre chaldéon ne nous est point parvenue. Mais elle est indiquée dans le nom de ce personnage, Oannès, dans lequel on retrouve encore l'étymologie grecque du mot œuf, don, l’œufde toutes les cosmogouies orientales qui devient ici le corps d'Omorlta. »

L'époque arrive où la terre va être inondée par les eaux du déluge : < Chronos étant apparu en songe h Xisuthr, le rejeton qui est demeuré de mie, l’avertit que le quinzième jour du mois de Doëssius, le genre humain serait détruit par un déluge. Il lui ordonna de mettre par écrit l'origine, l'bi3toireet la lin de toutes choses ; de cacher ses mémoires sous la terre dans la ville du soleil, nommée Sippara-, de construire un vaisseau, de rassembler toutes les provisions nécessaires et d'y entrer ensuite avec ses parents, ses amis, et un couple de tous les animaux & quatre pieds et de tous les oisoaux. Xisuthr exécuta ces ordres de point en point, et üt un navire qui avait deux stades de longueur et cinq de largeur. 11 n'y fut pas plus tôt entré que la terre fut inondée. Il laissa passer quelque temps, puis quand il vit les eaux diminuer, il lâcha quelques oiseaux qui, ne trouvant ni nourriture, ni lieu où se reposer, retournèrent auprès de lui. Quelques jours après, il en

des purifications à détourner le mal, à procurer le bien.

lâcha d'autres qui revinrent avec un peu de boue aux pattes, la troisième fois il le3 laissa aller, ils ne revinrent plus. Xisuthr jugea donc que la terre était suffisamment découverte; il Ht alors une ouverture aunaviro, et reconnaissant qu'il s’était arrêté sur une haute montagne, il en sortit avec ses enfants, sa lille et le pilote. 11 adora la terre, éleva un autel, sacrifia aux dieux. Ensuite, lui et tous ceux qui l'avaient accompagné hors du vaisseau disparurent. Ceux qui y étaient restés, ne les voyant pas revenir, en sortirent à leur tour et les cherchèrent vainement. Une voix se fit soudain entendre, et leur annonça que la piété de Xisuthr lui avait mérité d'ôlre enlevé au ciel, et mis au rang des dieux. La môme voix les exhorta à être religieux et à se transporter à Babylone après avoir déterré & Sippara les mémoires qui y étaient déposés. La voix cessa de se faire entendre, et ils allèrent bâtir la ville que l’on vient de nommer et quelques autres dans les environs. » (Frag. de Bérose dans Georges le Syncbllb.)

Le Sabéisme (de Sabaoth l'armée des cieux), fut le culte primordial non-seulement de la Chaldée, mais de presque tous les peuples ; ainsi donc, « d'abord astrale ou sabéiquo, la religion chaldéenne n’était probablement que l’adoration des attributs de la divinité unique et créatrice représentée par le soleil, la lune et les grands corps lumineux qui roulent dans l'espace. Tout en s’altérant, elle n’avait pas détruit l'idée d’un seul Dieu et maître de toutes choses, et elle s'était associée à la doctrine d’une triade. Sans doute le monothéisme avait été rapidement corrompu par l'adjonction do plusieurs dieux de rangs divers. Sans doute les triades s’étaient multipliées, s'enchaînant et se développant les unes des autres. Mais le fond de la vraie doctrino demeurait. » M. db Riancey.

Le Dieu suprême c'est El, le Lui, l’innommé, l’Eternel, h

« Si tu renais dans les appartements que tu m’as donnés, lu verrais, sur les dalles, se rouler de longs serpents.

Lumière incréée. Après lui, la tirade supérieure so dessine : Ana, Bel et lleo. — Ana, l'ancien, le chef originel, le seigneur des esprits et des démons, le roi du monde inférieur, le maître des ténèbres et de la mort. — Bel, le seigneur, le suprême, le créateur, le roi de tous les esprits, le seigneur de la terre. — Ho&.Hoo ou Oannès, le dieu de la mer, le dieu de l'abîme, le guide de la science, le poisson intelligent dont l'emblème est la pointe de l'arète; le coin, la base première de l'écriture, élément de tout savoir. 11 est aussi le serpent, lo dieu de la vie, de l'intelligence, de la gloire, le dieu donateur, celui qui a fait A l'homme les plus précieux présents. — Ils sont unis à trois déesses. — Anat est la femme d'Ana. — Beltis, la grande déesse, la femmo de Bel, la Myiilta, la dame par excellence, la mère des dieux, la déesse de la terre, de la guerre et des combats, la reine de la fécondité. — Dawkina la princesse est la femme d lleo.

Règne ensuite la seconde triade double. — Sin, le dieu lune-, San, le dieu soleil ; Vul, le dieu do l'atmosphère. — Sin est le chef, le puissant, le dieu des esprits, l'architecte, le soutien des fortitlcations, le seigneur des bèliments. Le croissant est son symbole. — San, qu'on nomme encore le brillant, le dieu du feu, la lumière du monde, le conducteur du jour, l'illuminateur des espaces du ciel eide la terre, le directeur, le moteur, le guide des expéditions favorables, le vainqueur des ennemis du roi, le conculcateur des résistances, a pour symbole le disque marqué d'une croix. ou orné de rayons.— Quant A. Vul, c'est lo prince de l'Air, le chef bienfaisant et prévoyant, le seigneur de l'abondance et de la fécondité, le protecteur des canaux et de l'irrigation. La foudre onQainmée, le sillon de l'éclair et du tonnerre dans la nuo, voilà son symbole. — Ils

C’est que j'ai reconnu l’erreur des Perses qui commandent de les détruire.

Les serpents sont de bons génies ; leur nature est divine. De tous les animaux, ils sont le plus remplis

sont unis : San, à Aï Gula la maîtresse de la vie; son symbole est une étoile à six ou huit rayons; Vul, à Salam bô; et Sin à celle que l’on qualiOe de la Grande Dame.

Au-dessous sont les divinités mineures, qui représentent les cinq planètes. — Ninip ou Nin est aussi un dieu poisson ; il se nomme la lumière des dieux rayonnant sur les nations ; on le ligure sur les bas-reliefs par l'homme-taureau à quatre ailes qui garde le palais des rois. — Bel-Merodach, le juge, est celui qui préside aux portes et à la justice ; il est le support de la souveraineté, le gardien des trésors. — Nergal, est l'homme- lion ailé, le grand héros, le roi des batailles, le champion dos dieux, le piétineur, le guide des assauts, le tuteur de la Babylonie. — Ishtar, l'étoile par excellence, est la déesse qui réjouit l'humanité, la maîtresse du ciel et de la terre, la reine de tous les dieux, la déesse de lâchasse ; son symbole est la femme. Quelques images sculpturales la représentent portant sur son sein et dans ses bras un enfant-dieu. — Nébo, le voyant, le prophète, est celui qui s'entend aux affaires, il a les renseignements et les leçons, c'est le porteur du sceptre du pouvoir, il accorde aux rois le sceptre de la royauté pour gouverner les peuples. — On le représente avec une longue barbe, joignant les deux mains dans l'attitude de la réflexion, et sa robe toute droite est couverte d'inscriptions.

Les titres que nous avons rapportés ici sont tirés des inscriptions. Voyez Bérose dans Georges le Syncelle. — Mythologie de TriESSAN. — Creuzeb, Religions de l'antiquité. — M. de Riancey, op. cil. — Les Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Relies lettres, tome XIII.

d’esprit et de feu, ce qui leur donne cette vitesse incomparable qu’ils possèdent. Eux seuls se rajeunissent, s’accroissent et se résolvent en eux-mêmes, c’est leur manière de mourir.

Ils représentent l’être primordial, le plus divin, plein de grâce.

Quand ils ouvrent les yeux, ils répandent la lumière dans la région première née ; quand ils les ferment, les ténèbres se manifestent *.

Faut-il en savoir encore, dis-moi, j'en apprendrai. »

Nidintabel souriait et lui répondait :

« Tu es bonne et je t’aime. »

Puis il la couvrait de baisers.

Elle avait des tressaillements d’une volupté sans nom.

« Quand sur mes lèvres je sens tes lèvres, disait-elle, il me semble que mon cœur arrête ses battements, tu m’étouffes, 6 mon roi, je t’aime tant »

Un instant après, avec des caresses dans la voix, dans les yeux, dans le toucher, elle reprenait :

« Je serai pour toi, mon maître, cette femme ver-

* C’est ainsi que le phénicien Tahaut, l’inventeur de l’écritur'', l’a enseigné. Sanchoniaton (?)

tueuse dont le prix surpasse de beaucoup celai des perles.

Je chercherai la laine et le lin, et de mes mains qui tiendront le fuseau et la quenouille, je te tisserai les vêtements d'écarlate.

Je veux que tous me louent; que, dans Babylone, l’on dise :

« Plusieurs femmes, par leur sagesse, se sont illustrées, mais celle-là les surpasse toutes. »

Je veux que l’on te désigne pour ton bonheur quand tu seras assis dans l’assemblée des anciens.

Et puis, quand il te plaira de partager ma couche, tu la trouveras toujours parfumée de myrrhe et de cinnamome.

Jamais assez tu ne me baiseras des baisers de ta bouche, car tes amours me seront plus précieuses que tout le reste. Pour moi, tu es entre les hommes ce que l’oranger est entre les arbres; je ne désire que ton ombre.

Oh 1 que de fois, durant les nuits, je t'ai cherché près de moi; toi que mon âme aimait, je ne te trouvais point; je t’appelais, et ma voix restait sans écho. »

Comme une liane roulée autour d’un grand arbre, elle le tenait embrassé.

Elle lui répétait :

« Je t'aime tant; mon bonheur est si grand. »

— Je savais ton amour, répondait-il, mais l'autre avait toutes mes pensées encore, elle vivait trop en moi, et pour venir à toi, je voulais pouvoir me donner tout entier. »

On n’entendait plus au dehors que le gémissement de la brise dans les têtes des arbres ; dans la salle, que le bruit étouffé des baisers.

La pâle clarté d’une grande étoile d'or enveloppait les deux amants.

« C'est Ishtar, dit Arlystone, vois comme elle semble nous protéger, nous contempler, nous sourire. »

Cette nuil-là, deux larmes de bonheur roulèrent le long des joues ridées de la vieille Tamar.

Seule, devant le lit abandonné de sa maîtresse, l’esclave pria.

Et de son cœur, vers les dieux de Tyr et de Sidon, cette prière, comme un nuage d’encens pur, montait.

Le lendemain, dès les premières lueurs de l’aube, on exécuta les ordres des Anciens. On ferma les portes, on ne les entrouvrait que pour recevoir les habitants des campagnes, qui, chassés devant les troupes

du Grand-Roi, accouraient éperdus en demandant asile.

Encore ne recevait-on que ceux qui pouvaient combattre.

On attendit.

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