‹ Niels-Henrik AbelChapitre 15 sur 60 · RÉFLEXIONS ET SOUCIS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS ET SOUCIS

Réflexions et soucis. — Les matériaux amassés. — L'esprit et la méthode des recherches d’Abel.

« Chère madame Hansteen,

» Par ma lettre au professeur, vous pourrez voir où en sont mes affaires. J'ai de plus une prière à vous adresser. Vous avez été toujours et à l'excès si bonne pour moi! Dieu vous bénisse! n'oubliez pas non plus mon frère. J'ai grand’'peur qu'il ne tourne mal. S'il avait besoin que je lui donnasse davantage, j'oserais vous prier de lui remettre quelqu’argent de plus. Quand les cinquante spd. (1) seront finis, je ferai en sorte de vous en faire parvenir d'autres, si à l'avenir vous êles assez bonne pour vous charger de lui administrer cette somme et de la lui distribuer comme vous le trouverez convenable... Quand vous le verrez, faites-lui, je vous prie, mes amitiés et recommandez-lui de m'écrire, il pourra envoyer sa lettre par ma bien-aimée, qui en prendra soin; ou, ce qui vaut encore mieux, qu'il me l'envoie non affranchie. — … de vis d’ailleurs très tranquille et passablement occupé; mais je sens de temps à autre de terribles accès de mal du pays, qui sont encore empirés par la désolante rareté des nouvelles de chez nous. Ma chère sœur se trouve-t-elle bien? Je la salue de toute mon âme. Et la charmante, l'excellente Charite, je lui souhaite de tout cœur une bonne santé. Adieu, chère madame Hansteen. Je ne puis plus en écrire davantage; je suis tout à fait mélancolique.

» Adieu, et ne soyez pas fâchée contre moi; Je dois vous sembler un peu singulier. »

C'est ainsi que s’exprimait le géomètre attristé, au mois de P oO )

(1) 277 francs.

décembre 1825, et le contenu de cette lettre nous donne un aperçu des embarras et de la position pénible, que nous ne pouvons pénétrer qu'imparfaitement, et qui lenveloppait, lui et sa famille dispersée de tous côtés, et que, endelté lui-même, il s'efforçait de secourir avec ses minces ressources. La situation maintenant n'était rien moins que brillante, et il ne pouvait se distraire de ses tristes pensées que par les obligations de la vie en commun avec ses Joyeux camarades, par un travail de spéculation opiniâtre, et avant tout par la fréquentation pleine de gaieté et d'instruction du cercle de la famille Crelle. Il éprouvait des alternatives de prostration complète et d'incapacité de tout acte intellectuel, auxquelles succédait une tension d’esprit soutenue et appliquée aux grands problèmes qui l'occupaient jour et nuit.

Nous allons aussi changer de sujet, et laisser là les soucis d'Abel pour entrer dans sa chambre de labeur.

Abel, tout triste et découragé qu'il soit, continue à travailler pour le Journal nouvellement fondé. Les matériaux qu'il a maintenant amassés, il les indique en quelques lignes, incluses dans une lettre de Keilhau au professeur Hansteen. Dans ce billet, daté du 30 janvier 1826, on lit ces mots : « Le Journal va bien. En avril vous recevrez le premier cahier. Vous verrez que Je travaille de toutes mes forces; il y aura chaque fois trois ou quatre mémoires de moi. »

Il revient encore sur le même sujet, quelques jours plus tard, dans une lettre à Holmboe. Après avoir fait remarquer que ce premier cahier paraîtrait dans un mois (!), il ajoute qu'il a six mémoires tout prêts, parmi lesquels le mémoire précédemment remanié et rédigé à nouveau, sur limpossibilité de résoudre algébriquement les équations générales d’un degré supérieur au quatrième.

Mais il ne s'agissait pas seulement de mémoires plus ou moins

(1) C'est-à-dire vers la fin de février, car en avril, à cause de l'interruption des communications avec notre pays, causées alors par le mauvais temps, aucune livraison de journal ne pouvait arriver jusqu'à Christiania.

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