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CAUSE DES SUCCÈS D’ABEL

réformateur des mathématiques... Outre Cauchy, surtout Abel et Jacobi méritent d'être étudiés avec soin. »

Mais les vraies sources de la grandeur à laquelle arriva Abel comme investigateur ne doivent pas être cherchées seulement dans un génie supérieur, aux mains duquel étaient tombés les moyens de recherches les plus puissants. Les circonstances de sa vie l’ont forcé de vivre, au point de vue scientifique, comme un solitaire parcourant ses propres chemins, et lui ont facilité singulièrement l'avantage de rester dans la plus pleine concordance avec soi-même. En poursuivant ses idées, 1l travailla donc en silence et avec la patience infatigable d’un investigateur qui veut faire une œuvre consommée et complète.

À cause de ces mêmes circonstances et à cause aussi d’un trait bien prononcé de son caractère, il n’était pas non plus bien fortement tenté de s'en écarter, et il n’y avait rien qui divisât ses efforts. Il n’était pas préoccupé d’un ardent désir d'obtenir la bonne proteclion des hautes autorités scientiliques, ni même d'acquérir de bonne heure un nom honoré comme mathématicien. Dans les premières années, où furent posés déjà en grande partie les vastes fondements de ses théories, il était même presque sans liaisons avec ses contemporains du continent et avec leurs recherches. Plus tard, il se lia avec Crelle; mais ce n'était que comme ami et collaborateur de son Journal. Vers la fin de sa vie, à une époque qui n’a guère duré beaucoup plus d’une année, il fut forcé par le début de Jacobi de changer un peu ses plans. Mais alors tout était prêt pour leur réalisation complète.

Ainsi, vivant au milieu de ses propres idées et pour elles seules, il marcha toujours droit dans le même sens. Toutes ses forces, il les dirigea vers un seul but, tirant les meilleures et les plus vastes ressources bien plus en se concentrant dans les profondeurs les plus cachées de son être, que dans une étude inspiratrice des auteurs contemporains.

Il existe de certaines analogies dans le développement de Jacobi et celui d’Abel durant les premiers temps de leurs études. On voit que, de bonne heure et dès l’école, ils ont commencé tous les deux par l'étude des œuvres des grands maîtres, celles d'Euler et de Lagrange. Nous avons fait rernarquer que Jacobi s’est occupé aussi dans sa jeunesse du problème de la résolution de l'équation du cinquième degré, sans continuer cependant d'étudier cette difficile question avec le même acharnement et le même succès qu’Abel. Mais son intérêt ne pouvait guère se concentrer à la longue fortement et exclusivement autour des œuvres des grands auteurs, comme c'était le cas pour Abel. Le géomètre allemand vivait dans des circonstances essentiellement différentes, et il se trouva donc sous l'empire de nécessités et d’exigences d'une tout autre nalure.

Pour lui, comme pour le grand nombre des jeunes adeptes de la science, il dut se présenter, cela va sans dire, des avantages inappréciables dans toutes ces institutions, et nous pouvons même dire dans toutes ces mœurs scientifiques, développées pendant le cours des siècles, dans leur ancien pays. De plus, pour lui comme pour tant d'autres, dans de pareilles circonstances, il s'était rencontré de bonne heure des occasions d'entrer en relation avec les grands hommes de l’époque et d'obtenir la protection précieuse de leur autorité; Jacobi, beaucoup plus tôt et plus intimement qu’Abel, se mit aussi en communication avec Legendre, et il eut la bonne fortune de faire la connaissance personnelle de Bessel, qui exerça sur lui, comme le raconte Dirichlet, la plus puissante influence.

Jacobi, l’éminent écrivain futur, devait naturellement aspirer à obtenir une place dans une des Universités de l'Allemagne, et avec ses grands talents, avec «l’inépuisable trésor de connaissances » qu'il avait su acquérir de très bonne heure, ses plus belles espérances devaient être légitimes. Il avait au moins en ce sens un grand avantage sur Abel, qui, en récompense de toutes ses hautes études, n'aurait jamais obtenu vraisemblablement une

position à l'Université.

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