‹ Niels-Henrik AbelChapitre 40 sur 60 · AL F0 E · texte numérisé non relu

AL F0 E

Le départ de Dresde. — Séjour à Prague et à Vienne.

C'est à Dresde que pour la dernière fois «les jeunes savants voyageurs » se trouvèrent tous ensemble réunis. Abel et Keilhau venaient de Freiberg, accompagnés aussi par Müller. Huit jours après arrivèrent Boeck et Tank.

Mais la prolongation de cette réunion ne pouvait guère à la longue se concilier avec les intérêts différents des voyageurs. Les idées de Tank, portées vers la poésie et la philosophie naturelle, s’accordaient peu avec la manière prosaïque de voyager des autres, et entre les deux géologues, Müller et Keilhau, se manifestèrent des opinions divergentes. Le résultat fut donc que Tank et provisoirement Müller resteraient à Dresde, tandis que Boeck, Keilhau et Abel continueraient leur voyage vers le sud.

Il est vrai qu’Abel devait aller à Goettingue et à Paris. Mais il avait toujours peu d'envie de visiter la première de ces deux villes, et il était encore trop tôt pour se rendre à Paris. D'ailleurs, «il n'était pas bon de laisser Abel seul; il aurait pris en haine lui-même et son prochain, et il aurait été continuellement de mauvaise humeur ». « Certainement », écrit Boeck, « Abel n'aura rien à apprendre d’une telle vie de voyage. Mais il pourra voir un peu le monde, il fera de bonnes connaissances et perdra de vue quelques-unes de ses anciennes relations. »

Et puis c'était aussi un bonheur pour Boeck et Keilhau d'avoir Abel avec eux. Il pouvait les aider à faire des observations avec les instruments que leur avait donnés Hansteen, et il pouvait leur donner des avis utiles, s'ils se trouvaient embarrassés dans leurs calculs.

Abel, de son côté, sentait que par une telle dépense de son temps et de sa subvention, sa position deviendrait fausse.

Quant à ces «magnelica », il ne s'y entendait que médiocrement; il ne comprenait pas la méthode d'observation, et par conséquent il n’osait pas faire des calculs de peur d'arriver à une formule inexacte. Les services qu’il pouvait rendre n'étaient donc pas, en effet, bien considérables; car les deux observateurs, installés suivant l’occasion, étaient toutefois forcés d’avoir recours à Hansteen pour éclaircir les difficultés trigonométriques.

Évidemment Abel craignait le mécontentement de son professeur, au sujet de ces plans de voyage, soit qu'il s'agit de visiter Leipzig ou les bords du Rhin, ou de partir pour le midi. Holmboe lui faisait moins de peur; cependant il éprouve aussi vis-à-vis de lui le besoin de se justifier. Et cette défense présente un intérêt historique, puisqu'elle témoigne à quelle époque reculée il avait déjà achevé les principales de ses découvertes, notamment celle des fonctions elliptiques.

«Tu n'avais pas cru », écrit-il d’abord — dans sa lettre à Holmboe, datée du 16 avril — le jour même de son arrivée à Vienne, — «tu n'avais pas cru, Je pense, que j'arrivasse à Vienne; mais il me semblait que Je ne devais pas laisser échapper la bonne occasion de voyager avec Boeck et Keïlhau. Hé bien! je vais encore plus loin; je passe par Trieste, Venise, Vérone, Turin (pour voir Plana), et enfin, J'arrive à Paris. Cependant le plan de voyage n’est pas encore bien fixé. Moi, du moins, Je l’abrègerai bien un peu.

» Il doit te sembler bien horrible », ajoute-t-il, «de gaspiller tant de temps en voyages; mais Je ne crois pas qu'on puisse appeler cela du gaspillage. On apprend dans un pareil voyage maintes choses bien curieuses dont Je pourrai tirer plus de profil que d’une étude acharnée des mathématiques. Outre cela, il me faut toujours, comme tu sais, quelques périodes de paresse pour pouvoir faire rage avec des forces renouvelées. Quand Je serai à Paris, ce qui aura lieu, je pense, en juillet ou en août, je commencerai à travailler avec fureur. Je lirai, J'écrirai. J'élaborerai

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