DÉPART DE DRESDE
alors mes affaires d'intégration, la théorie des fonctions elliptiques, etc., ce que, grâce à Crelle, j'espère bien voir imprimé à Berlin, quand j'y retournerai. »
Dans cette défense, il est donc affirmé qu'avant le 16 avril 1826, Abel avait déjà fait faire un pas très considérable à sa découverte principale sur la théorie des fonclions ellipliques. Et cela ne regarde pas moins la théorie des fonctions abéliennes.
La nouvelle théorie des fonctions elliptiques, fondée sur son ancienne idée de l’inversion et sur la double périodicité, inventée aussi depuis longtemps, était alors bien mürie et considérablement avancée. Car sans cela, il n'aurait pas pu dire qu’il voulait élaborer ces choses, et qu'il espérait les voir imprimées, non sous forme de mémoires insérés dans un journal, bien entendu, mais sous celle d’un Ouvrage de plus grande étendue.
Souvent, il faut s’en souvenir, Abel parle de l'éventualité de faire imprimer des travaux, trop volumineux pour le Journal. Le 30 Janvier de la même année, il en parle encore, et cela précisément au moment où, grâce à son actif concours, le journal allait paraître, et où les mémoires arrivaient l’un après l’autre pour être publiés. Dans sa lettre à Hansteen, datée de ce jour, il ne fait cependant qu'exprimer en général l'espérance d’avoir un éditeur de ses recherches sur le calcul intégral. Les fonctions elliptiques ne furent pas cette fois mentionnées expressément.
Abel, Boeck et Keilhau effectuèrent donc leur départ de Dresde, et maintenant l'intérêt se concentre principalement sur les petits événements de chaque jour. |
Au passage de l’Erzgchirge, dit-il, il tombait de la neige. On était dans les derniers Jours d'avril. Mais quand les voyageurs furent descendus dans la vallée, ils y trouvèrent le plus beau temps du monde, et une contrée belle et fertile s’étendait devant eux. Tout était changé, raconte Abel, depuis qu'ils avaient franchi la frontière de Bohème; — les gens et le pays. On voyait partout des statues de saints le long des chemins. Celle qu’on rencontrait
le plus souvent élait celle de saint Népomucène. Mais à côté de ces statues, stationnait une foule de mendiants, surtout d’aveugles ; ils restaient sur le chemin toute la journée.
Le premier jour, ils arrivèrent à Teplitz, lieu renommé déjà de ce temps par ses bains chauds, et où pendant les mois d’été affluait une foule énorme de personnes riches, malades ou non. Plus loin on passa par le Mittelgebirge, d’où s'ouvre une large vue sur la Bohême. Cela avait l'air d’une plaine immense.
Le jour d’après ils arrivèrent à Prague; c'était le troisième jour depuis leur départ.
Ils avaient projeté de rester deux ou trois jours dans cette ville. Mais ils y demeurèrent toute une huitaine, Boeck y ayant trouvé plusieurs objets d'histoire naturelle qui l'intéressaient.
Abel pendant ce temps parcourait la ville pour en visiter les curiosités et jouir de la vue du paysage et de la cité. « Une partie de celle-ci », raconte-t-il, «est située à une grande hauteur; elle s'appelle le Hradschin. D'une tour qui y est construite, on a une vue épouvantable; par un ciel clair, on peut voir, dit-on, le Mittelgebirge, l'Erzgebirge et le Riesengebirge. » Abel y monta, mais il ne vit rien. Cependant il trouva que Prague n’élait pas «une laide ville », et qu’elle est fort bien située.
« Derrière le Hradschin », ajoute-t-il encore, «se trouve l’Observatoire dont se servit Tycho Brahe. À présent on en a fait un établissement militaire. Mais dans une des innombrables églises de la ville, on voit son tombeau. »
Naturellement Abel n'oublie pas le théâtre de Prague. Il aime l’art dramatique à la folie. Ce théâtre était aussi un des meilleurs d'Allemagne, et là il vit Eslair dans le rôle de Guillaume Tell. Eslair était un artiste de Munich, qui était considéré comme le meilleur acteur de lPAllemagne. Abel aussi fut entièrement caplivé. «Ah!», s'écrie-t-il, «tu aurais vu ce que c'est que Jouer!»
Le jeune habitant du Nord trouva le ton des gens de Prague assez grossier. Garder au théâtre le chapeau sur la tête! Et à
ARRIVÉE A VIENNE. 255 l’estaminet — oui donc, là il n'est pas gentil. Des individus à mine suspecle se rencontrent partout, et aussi des femmes avec de grandes cruches à bière devant elles.
« La consommation de bière », dit-il, «est très grande dans les États d'Autriche où nous avons été jusqu'ici. La première question qu'on vous fait dans un lieu public, c'est: Schaaffens Bier, Gnaaden? Mais nous nous en tenons toujours aux vins qui, d'après mon goût, sont fort bons ici et pas trop chers. Deux bouteilles de bon vin coûtent environ un mark et demi en argent de Norvège. Mais on peut aussi avoir du vin à quatre ducats la bouteille. »
Abel alla visiter à Prague un professeur d'astronomie, David. «C'est un vieux grognon», dit-il, «et ce monsieur semblait avoir peur des étrangers.» Abel en conclut que ses connaissances devaient être très minces. &A Prague», poursuit-il, «il existe un autre mathématicien, Gerstner, que l’on dit très fort. Mais apprenant qu'on lui donnait le nom de vétéran, j'eus peur; car ce nom est ordinairement réservé pour les gens qui ont fait autrefois quelque chose, mais qui, à présent, ne valent plus rien. Aussi fis-je bien de ne pas y aller, car, à ce que j'ai entendu dire, il ne peut presque ni voir, ni entendre. »
«De Prague, nous sommes partis dans une voiture de louage qui devait nous conduire à Vienne pour le prix de 24 écus (!), ce qui n'est pas trop cher, vu que la route est longue de presque 40 milles de Norvège. Nous roulions fort commodément dans une voiture vitrée (Glaswagen). À quelques milles de Prague, nous voilà tout près de l’'Elbe, et nous pûmes voir le Riesengebirge couvert de neige. Nous avions une chaleur de près de 20 degrés, ce qui nous gênait particulièrement dans les observations magnétiques que nous faisions d'ordinaire deux fois par jour, midi et soir. Sur la route de Vienne, on voit un nombre prodigieux de
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villes, et ici l’on ne fait presque pas attention à ces villes qui chez nous ne seraient pas regardées comme si insignifiantes. Dans les auberges où il nous est arrivé de passer quelque temps, nous étions ordinairement très bien, et le prix élait modéré; cependant nous n'avons pas trouvé à beaucoup près la propreté de l’Allemagne du Nord.
» Le pays au sud de Prague n'est pas aussi plat que la partie du nord, mais très fertile. Quand on pénètre en Moravie, le pays prend, en revanche, une physionomie assez stérile et ressemble à beaucoup de contrées de la Norvège. Mais quand on entre en Autriche, il se transforme tout d’un coup. L'Autriche est le pays le plus fertile que j'aie vu; et si bien cultivé! Pas un endroit qui ne soit ou un champ ou un vignoble. Il est arrivé souvent qu'autour de nous, aussi loin que nous pouvions voir, nous n’apercevions que des champs. Les terres servant de pacage ne se rencontrent que fort rarement.
» Après avoir voyagé en voiture pendant quatre Jours, nous arrivons à Vienne peu de temps avant le coucher du soleil. À une très grande distance, nous pouvions déjà voir le haut de la tour de saint Étienne, qui est immensément haute. Quelque temps après toute la ville passa en revue devant nous, et un peu plus tard, nous traversons une branche du Danube. Après avoir subi une visite indulgente, nous roulons à travers Leopoldstadt et, passant par le Ferdinands Brucke, nous entrons dans la ville, et nous descendons à l'hôtel le plus cher, dit l'hôtel « Zum wilden Mann ». Nous sommes encore ici, mais nous délogerons aujourd’hui. Nous avons retenu des chambres privées, au prix de 50 fl. par mois, environ 15 écus. C'est très cher. L À
» Il fait cher vivre à Vienne, le séjour coûte beaucoup surtout aux étrangers. Nous payons notre diner au moins un demi-écu par tête, et cependant il serait mal de nous accuser de vivre somptueusement, surtout relativement aux Viennois qui mangent énormément,
» L'autre jour, nous avons été chez un oncle de Müller qui demeure ici dans la ville, et qui s’est converti depuis longtemps