SÉJOUR A VIENNE
Crelle, comme nous l'avons dit plus haut, avait muni Abel de lettres de recommandation auprès de Bürg et de Littrow. Bürg n'était encore que professeur à l'École Polytechnique, mais il était sur le point d'être nommé professeur à l'Université. En ce moment il n’était pas à la ville, mais Abel espérait cependant lier connaissance avec lui chez Littrow. Celui-ci aussi était impossible à trouver. Abel le découvrit enfin à force de questions; il se présenta un jour de très bonne heure chez lui, — à sept heures du matin.
Littrow était très affable et il le reçut de la manière la plus obligeante; ils causèrent de différentes choses, et Abel fut invité à venir le voir souvent, et surtout à diner chez lui le dimanche suivant.
Abel le dépeint comme un homme fort affable. Il avait la taille de Hansteen, à qui il ressemblait aussi beaucoup. « Mais on dit aussi qu'il a la tête près du bonnet», écrit-il à son correspondant. « Quand il est contrarié, il est vif comme la poudre. »
Abel voyait très souvent Littrow, et il se trouvait cerlainement fort bien au milieu du nombreux cercle qu'il y rencontrait. Car ici tout le monde était plein de vie et de gaieté. On y trouvait toujours l’occasion de discuter «des sujets énormément intéressants. »
« C'est un homme tout à fait excellent », dit-il — dans une lettre envoyée plus tard à Hansteen — «et il a une femme on ne peut plus affable, avec laquelle il a eu douze enfants quoiqu'elle n'ait que trente-quatre ans.
» Elle est Polonaise», poursuit-il, — en esquissant à pelits traits cette agréable vie de famille, «et elle prise beaucoup. Dans sa jeunesse, elle a aussi fumé comme un turc. Ainsi s'exprimail son mari. En revanche, elle raconta maintes jolies histoires sur lui. »
Il n’est peut-être pas sans intérêt de noter qu'il fut invité par Littrow à envoyer des articles aux Annalen der Sternwarte. À cela, il répondit que naturellement il voulait profiter de cette bonne occasion. Selon toute probabilité, il n’a eu dans la suite aucune relation avec Littrow; toutefois c’est un point sur lequel
on n’a pas une complète certitude. Abel se prononce d'ailleurs avantageusement sur un cours d'astronomie élémentaire et populaire que Littrow venait de publier, et il annonce que la troisième partie de son cours d'astronomie théorique, embrassant la partie physique, allait bientôt paraitre.
Revenons de nouveau sur la lettre de Vienne : il y est encore dit une chose qui n’est pas sans intérêt. Holmboe demande la permission d’Abel pour faire insérer dans le Magasin quelques uns des mémoires qu’il avait laissés à Christiania. Il désirait aussi avoir l’opinion d’Abel sur quelques expériences scientifiques qu'il avait entreprises. Abel y répond ainsi :
« Quant à tes recherches sur les formules pour l’expression de x et d’autres arc tang, Je n'ai pas encore vu les formules dont tu parles. Je crois que le tout, bien lié ensemble, sera d’un bon effet. Quant à mes mémoires, je pense que ce qu'il y a de mieux à faire, c’est de ne pas s’en servir trop, vu qu'ils ne s'accordent pas précisément avec le Magasin.
» D'ailleurs, ce que tu as déjà et plus encore est avec le plus grand plaisir à ton service. »
Dans l'enveloppe de la lettre de Vienne, il est écrit : « Frauenhofer est très malade et probablement mort. » Le cachet porte le monogramme B. M. K., et il est donc celui de Keilhau. Du reste, la lettre a été envoyée entre le 20 et le 30, elle est arrivée à Berlin le 30, à Stralsund le 4 mai, et a été reçue à. Christiania le 13 mai. Il a donc fallu à peu près un mois pour que cette lettre parvint, et elle n’a pas passé par Hambourg, ainsi qu’elle aurait dû le faire.
Abel à Holmboe.
« Bolzano (Botzen, dans le Tyrol italien), le 15 juin 1826.
» En ce moment, je viens de recevoir ta lettre datée du 22 mai, et je t'en fais mille remerciments; car tu ne peux pas croire quel plaisir J'ai à recevoir des nouvelles du pays et surtout de toi.
> J'ai reçu la lettre ici à Botzen; à mon passage à Venise, il y a huit jours, elle n'était pas encore arrivée. Tu peux juger par là avec quel soin je compte le temps.
» Je suis bien content qu'en somme tu prennes plaisir à mon voyage, et Je crois aussi que le plan n’est pas trop mal conçu. Tu ajoutes que cela doit être une vie bien heureuse; or, je ne voudrais pas pour beaucoup avoir manqué ce voyage (!); mais Lu seras peut-être étonné quand je te dirai que je suis fort satisfait d’être arrivé à ce point et de me trouver hors de lItalie.
» Ce que je viens de voir m'a intéressé infiniment, mais c’est un pays du diable pour les voyageurs. Je vais te raconter mon voyage en peu de mots.
» Je quittai Vienne en compagnie de Müller et de Tank, le 25 du mois passé, à dix heures du soir, par la soi-disant Eilpost — (ainsi appelée, parce qu'elle marche assez vite, pas aussi vite cependant qu'on va d'ordinaire en Norvège. Dans l’Allemagne du Nord on donne à un tel véhicule le nom de Schnellpost ou, par moquerie, celui de Sneelpost, parce que là elle se traîne un peu plus lentement) — pour me rendre à Graz, ville située à vingt et quelques milles (de Norvège) de Vienne. Cest un sentiment bien
(1) Le texte original contient une erreur d'écriture qui fait dire à l’écrivain le contraire de sa pensée. Nous l’avons corrigé d’après l'évidence du sens.
étrange que celui de quitter pour toujours une ville aussi grande et assez variée, surtout quand on s’y est bien amusé. J'étais de mauvaise humeur et je passai une nuit fatale, presque sans dormir, ainsi que tu peux bien te l’imaginer. La première chose que je fis, quand le jour vint à poindre, fut d'observer mes compagnons de voyage, et après quelques méditations je découvris que, sans cornpter nous trois, il se trouvait dans la voiture deux Allemands, trois Italiens, d’affreux drôles, surtout un « Xaufmann von Venedig » qui faisait un tapage terrible.
» Entre Vienne et Graz, à peu près à mi-chemin, on traverse un col des Alpes, le Simmering, et c'est par là que communiquent l'Autriche et la Styrie. Jei le paysage commence à devenir fort beau; je croyais être en Norvège, tant est grande la ressemblance entre notre pays et la Styrie. Le chemin traverse une vallée assez étroite arrosée par la Mur, qui contribue beaucoup à animer la scène. À chaque moment un nouveau site charmant ; mais si le pays était beau, les habitants ne l’élaient guère. Partout on rencontre des individus couverts de goitres. C'est horriblement dégoûtant. On dit que cela vient de l’eau. Au sud de Graz, cette maladie ne se voit que rarement. (
» À huit heures du soir nous arrivâmes bien fatigués à Graz, et après avoir soupé on se mit au lit. Le lendemain, Müller et moi, nous allâmes contempler le paysage, qui est extraordinairement beau; on a surtout une vue charmante d’une montagne située tout près de la ville. Au moment où je m’asseyais pour diner, Boeck et Keilhau se présentèrent à la porte (1). Ils étaient partis à pied de Vienne quelques jours avant notre départ. Ils avaient pris une autre roule et s'élaient amusés magnifiquement; mais ils avaient été très incommodés par la neige. Cette rencontre nous fit grand plaisir, car nous ne savions pas ce qu'ils étaient devenus, et ce ne fut que par un coup de hasard qu'ils arrivèrent à nous rejoindre.
» Graz est une belle ville qui a 40000 habitants, un nouveau
(1) L’écrivain fait ici un jeu de mots impossible à traduire.
Joli théâtre, où nous allions tous les Jours, car il fallait maintenant faire nos adieux au théâtre allemand qui nous avait donné beaucoup de jouissances.
» Le 29 mai, je quittai Graz en compagnie de Boeck, de Keilhau et de Müller. Nous avions loué un Lohnkultscher qui devait nous conduire à Trieste en quatre jours et demi, moyennant 44 f, (environ 21 spd. de Norvège). Nous fimes un très agréable voyage. Le paysage est fort beau. Des champs fertiles, de grands fleuves (la Mur, la Save et la Drave) et de hautes montagnes font beaucoup d'effet. Les nuits que nous passions n'étaient pas au contraire aussi agréables; car les auberges sont mauvaises. Tout est si sale! et à bon marché cependant. Ce que nous vimes de plus remarquable pendant le voyage, ce fut la galerie souterraine bien connue auprès d'Adelsberg, à quelques lieues de Trieste. Cette cavité s'étend à plusieurs lieues dans la montagne, et il faut 24 heures pour arriver à la limite où l’on est parvenu jusqu’à présent. Elle s'étend encore plus loin, mais là on est arrêté par un profond et large trou. Nous n’y fimes qu'un petit bout de chemin. Au travers de la même montagne passe aussi un fleuve qui coule pendant trois lieues sans être visible à l'œil humain. Nous le vimes entrer et sortir.
» Le cinquième jour nous entràmes en Italie et nous dinâmes dans la première ville italienne, Sissena. Les habitants étaient allemands, mais le diner était italien, du macaroni, etc. Il fallut nous contenter de plats maigres, vu que c'était un vendredi.
» Le vin rouge s'appelle ici vin noir, et peu s’en faut qu'il ne mérite ce nom. Il a l'air d'être colossalement bon; mais c’est presque toute sa qualité.
» Nous n’étions pas loin maintenant de la mer, et bientôt nous arrivâmes près d'un endroit d’où on pouvait l’embrasser d’un coup d'œil. Nous descendimes de voiture pour mieux jouir du paysage. Tout à coup, sans y penser, nous avions les flots d’Adria s'étendant devant nos yeux. Bien au-dessous de nous Trieste, et là, dans le golfe, toute une foule de navires. D'une part nous voyions la côte d’Istrie, d'autre part celle de la Vénétie. La vue était en
effet très belle, cela ne peut être nié; cependant il s’en faut de beaucoup qu’elle puisse être comparée à celle de l’'Egeberg (1). Mais sur nous, privés depuis si longtemps de l'aspect de la mer, elle faisait naturellement une impression de plaisir, d'autant plus que c'était l’Adria que nous contemplions.
» Nous descendimes la falaise et peu de temps après nous étions à Trieste où nous nous logeâmes all Albergo all Aquila nera (Zum schwarzen Adler). Pour nous tirer d'affaire, il nous fallait caqueter en quatre langues, en norvégien, en allemand, en français et en italien, et de ces quatre langues nous nous sommes servis à tour de rôle tant que nous sommes restés en Italie.
» La première chose que nous fimes c’est d'aller prendre un bain de mer. Pour nous procurer un bateau nous eûmes beaucoup de difficultés, car personne là-bas ne comprenait ni l'allemand ni le français, et nos connaissances en italien étaient fort minces. Enfin une cinquième langue nous tira d’embarras; nous tombâmes par hasard sur un matelot anglais, et Müller parle anglais.
» Trieste est une fort belle ville de 36000 habitants et d’un commerce très actif. Il y fourmille des gens de nations sans nombre. On y trouve bien tous les peuples de l'Europe, y compris des Turcs et des Grecs, puis des Arabes et des Egyptiens. Dans le port étaient aussi quatre bâtiments norvégiens chargés de poisson, deux de Bergen et deux de Drontheim. Nous sommes montés à bord de trois d’entre eux; nous avons invité un des deux capitaines de Bergen, ainsi qu'un autre Norvégien nommé Larsen, et nous avons nagé dans les plaisirs de la dégustation des vins classiques.
» J'ai remis un bout de papier par le patron de Bergen à l'adresse du lecteur Bohr, en lui envoyant quelques livres avec prière de te les remettre. Je te prie de les recevoir et de les garder jusqu'à mon retour.
» A Trieste j'ai vu pour la première fois une comédie italienne
TZ
(1) Christiania est situé au pied de l’Egeberg.
«Il Dottore e la Morte». À l'extérieur du théâtre on avait fait peindre les scènes les plus remarquables avec les titres en lettres longues d’une aune.
» Le 7 juin à minuit nous quittâmes tous les cinq Trieste par le bateau à vapeur pour nous rendre à Venise. À huit heures nous en aperçümes légèrement les tours, et peu de temps après nous étions à l'ancre dans cette ville singulière. Je ne pouvais me figurer que je me trouvais réellement à Venise. Nous étions tout près de la célèbre place Saint-Marc. Nous fûmes bientôt entourés d’une infinité de gondoles, qui toutes voulaient gagner quelque chose. Ces gondoles sont longues et étroites; elles ont come une petite maison placée au centre, dans laquelle on est assis et où l’on est conduit à l’aide d’une rame.
» Nous prenons l’une de ces embarcations, après avoir traité du prix cependant, car sans cela on serait rançonné, tout le monde à Venise ne songe qu'à marchander. Il y a une telle infinité de fainéants, de mendiants et de filous qu'il faut toujours être sur ses gardes. Nous descendimes à l'hôtel de l'Europe, qu'on nous avait recommandé comme un des meilleurs, mais il était suffisamment mauvais et passablement cher.
» Nous fimes venir un domestique de louage pour nous conduire dans la ville et nous en faire voir les curiosités. Nous louâmes deux gondoles et nous nous mimes en route; car comme en d’autres villes on va en voiture ou l’on se promène à pied dans les rues, ici l’on parcourt des canaux, qui remplacent les rues. On peut cependant à Venise arriver aussi partout à pied, mais les rues étant très étroites et très tortueuses, on préfère aller en bateau.
» C’est une vue mélancolique que la traversée de Venise. Partout on voit les traces d’ancienne magnificence et de misère présente. De superbes palais entièrement déserts, et beaucoup sont presque en ruines; des maisons horriblement laides dans lesquelles une ou deux chambres peut-être sont occupées; des ruines de bâtiments tombées à terre ou démolies et qui ont été belles dans leur temps. Tout porte le témoignage de la décadence. On compte
que plus de la moitié de la ville reste déserte. Venise n’a plus maintenant que 80000 habitants. Le lieu le plus remarquable de la ville est la place Saint-Marc. C'est une place magnifique, entourée des plus beaux édifices avec des colonnes à l'infini. Cette place est surtout animée le soir et bien avant dans la nuit. Le public visite alors les innombrables cafés qui se trouvent sous les colonnades. D'un côté j'en comptai 25, dont plusieurs très grands. De l’autre côté, il y a de splendides boutiques.
» Sur la place Saint-Marc il y a une tour isolée très haute, la tour Saint-Mare. Nous en avons fait l’ascension Jusqu'au sommet, nous avions là une vue ravissante de la ville. C’est une vue sans doute la seule de son espèce; car partout on voit de l'eau et pas de terre, si ce n’est dans le lointain. Vis-à-vis de la tour est située la pompeuse église de Saint-Marc, construite toute en marbre avec les ornements les plus splendides. Presque tous les murs sont incrustés de mosaïques, le sol également, etc. Tout à côté de l’église se trouve l’ancien palais des Doges, sous le toit duquel on voyait autrefois les Plombs de Venise, connus par l’histoire de Casanova. Ils ont été détruils par les Français.
> Je pourrais te raconter encore beaucoup de choses sur Venise ; mais il faut me résumer, puisque j'ai encore à écrire aujourd'hui à ma fiancée.
» Le 10, nous quittâmes Venise et nous nous rendimes sur deux gondoles à Fussina, où nous avons loué un vetturino pour nous conduire à Padoue. Peu de temps après nous y étions installés et nous nous trouvions à l'aise maintenant dans une voiture excellente, grande et spacieuse. Nous suivions le cours de la Brenta, à travers le pays le plus fertile et le mieux cultivé qu'on puisse imaginer. Toute cette contrée était plate comme la mer et ressemblait à un grand jardin. Partout des champs labourés, des vignes et des arbres fruitiers.
> Après un voyage de six heures nous étions à Padoue, une ville horriblement laide, la plus laide que j'aie jamais vue. Après avoir visité quelques églises, etc., — nous vimes entre autres choses la maison habitée par Tite-Live, et qui a été conservée jusqu à
présent — et après y avoir passé un jour et une nuit chèrement payés dans une mauvaise auberge, nous partimes le lendemain pour Vicence, située dans un charmant paysage. Nous y avons diné et le soir, après un agréable voyage, nous sommes arrivés à Vérone.
» Nous sommes allés voir plusieurs des curiosités de la ville, par exemple, une porte du temps des Romains, un pont construit par Vitruve sur l’Adige qui traverse la ville et avant tout un immense amphithéâtre de l'antiquité, pouvant contenir 23000 spectateurs. — Le 12 nous avons quitté Vérone, et en suivant dès lors le cours de lAdige à travers une vallée étroite, bordée de montagnes d’une énorme hauteur, nous descendons dans le Tyrol. Hier 14 juin, nous sommes arrivés à Botzen. A présent nous allons faire pendant quelques jours une excursion à la vallée de Fassa et dans les régions montagneuses. Puis nous nous rendrons en toute hâte à Schaffhouse, d’où nous partirons, Müller et moi, directement pour Paris, et j'espère y arriver dans un mois ou plus tôt. Pour Paris, j'ai reçu une lettre de recommandation de Littrow adressée à Bouvard, et cette lettre, je pense, me sera fort utile, car elle est bonne.
» N'oublie pas maintenant, Je te prie, de m'écrire tout de suite et de m'envoyer autant de nouvelles que cette fois, à l'adresse suivante: Mallet frères, à Paris. J'aurais voulu l'écrire encore beaucoup d’autres choses, mais Je suis pressé, et il faut donc que je finisse. Quand je serai à Paris, Je le ferai mieux (quand J'aurai reçu ta lettre).
» Salue bien Hansteen et madame Hansteen de ma part. Si la lettre est en route, je la recevrai bien. Fais-lui aussi compliment de sa décoration. Il fallait bien qu'elle arrivât un jour.
» Salue mes amis que tu verras, et n'oublie pas absolument de m'écrire tout de suite.
» Ton ami, » N. H. ABEL. »
(1) Le cachet porte unc forge derrière une maison avec l’épigraphe: Bene qui calutl bene viæit, et avec les initiales N. B. M. (Müller).
Voyage à Paris. Séjour dans cette ville.
Abel, avec Môller qui était venu le rejoindre, poursuivirent maintenant leur voyage de Botzen vers Paris. Ils allèrent par Innsbruck au lac de Constance; puis ils firent une pointe de quelques jours en Suisse en passant par Zürich, Zug, le lac des Quatre-Cantons, et gagnèrent Bâle par Lucerne. Chemin faisant, ils firent l'ascension du Rigi pour jouir de la vasie perspective que l’on a de son sommet sur les Alpes Suisses. De Bâle enfin, après un voyage sans interruption de trois Jours et quatre nuits, ils arrivèrent à Paris le 10 juillet.
Keilhau resta dans le Tyrol. Mais il avait l'intention de se rendre à Paris, tandis que Boeck alla par Zürich à Munich pour y reprendre ses études physiologiques. Tank, comme nous l'avons vu, avait déjà quitté la compagnie.
Cependant Abel ne demeura pas longtemps avec Müller. Fatigué de la vie de voyage, qui durait depuis longtemps, celui-ci retourna au milieu d'août, ou peut-être un peu plus tard, en Norvège. C'était à cette époque que Keïlhau était attendu à Paris, et avec lui Abel avait espéré « de camper pendant l'hiver » ; mais cet espoir ne fut pas de longue durée.
La vie distrayante des vacances, qui se prolongea jusque dans les premiers temps du séjour à Paris, avait essentiellement contribué, sans doute, à mettre Abel en état de se remettre au travail avec de nouvelles forces. Et c'était un travail d'une haute importance qui l’attendait à présent. Assez de temps toutefois avait été perdu; car le but de son séjour à l'étranger était d'étudier, et c'était pour cela que des moyens lui avaient été accordés aux frais de l'État. Aussi, après tant de voyages, les embarras économiques devaient certainement recommencer. Hansteen ne pouvait