‹ Niels-Henrik AbelChapitre 55 sur 60 · PUBLICATION DES ŒUVRES D’ABEL · texte numérisé non relu

PUBLICATION DES ŒUVRES D’ABEL

le comte de tout le prix qu’aurait une semblable publication aux yeux des mathématiciens dont les signatures se-trouvaient au bas de la Lettre au Roi, lettre que le comte avait eu la bonté de transmettre au mois de septembre précédent (f). Ces mathématiciens étaient convaineus que rien ne serait plus avantageux au progrès de lanalÿyse mathématique, plus honorable pour la mémoire d’Abel, et plus digne de sa patrie que le soin qu’on prendrait de réunir en un seul volume les travaux du jeune savant, travaux qui, malheureusement, se trouvaient dispersés dans plusieurs journaux, dont l'acquisition complète était toujours difficile et coûteuse. On pensait que, publiés dans un volume in-4° de 400 à 900 pages, les écrits de feu Abel se répandraient commodément dans le monde scientifique. Cette diffusion de ses œuvres assurerait à l’auteur la gloire posthume à laquelle il avait tant de droit, et cette gloire rejaillirait infailliblement sur le pays qui l'avait vu naitre.

Rien ne serait, d’ailleurs, plus naturel que de confier le soin de rassembler et de publier les travaux en question aux mathématiciens membres de l’Académie royale de Stockholm. On pourrait même donner au volume projeté la forme d’un supplément aux mémoires de cette Académie. On rattacherait ainsi les brillants travaux d’Abel aux travaux des membres dont la compagnie se composait.

«Si les détails que je viens de vous exposer, Monsieur le Comte, vous paraissent dignes d'attention, je me trouverais heureux d’avoir provoqué une mesure sans laquelle, peut-être, la dispersion des écrits d'un homme de génie préjudicierait à l'éclat que mérite son nom. »

La lettre de Maurice fut communiquée par le ministre à Berzelius, le célèbre chimiste de Stockholm. Mais, naturellement,

(?) Nous ne comprenons pas le sens de cette phrase, d’après laquelle la Lettre au Roi n’aurait été transmise qu’au mois de septembre 1830. Peut-être la première lettre avait-elle été suivie d’une seconde. On en doit aussi conclure que l’Adresse où le Roi était sollicité d'appeler Abel à l’Académie de Stockholm, avait été signée également par Maurice,

celui-ei reconnut trop bien la confusion de nationalité qui ressortait de l'écrit adressé au Roi par les savants étrangers. Il écrivit, en conséquence, le 27 septembre 1831, à Hansteen, en lui envoyant la lettre du savant Français. « L'Académie », disait-il, « n’a pas les moyens de publier une semblable édition, et la gloire nationale qu'on pourrait en acquérir reviendrait incontestablement à la Norvège. Si l’Université de Christiania se chargeait de l'affaire, le Storthing ne refuserait certainement pas de voter les fonds nécessaires. »

Hansteen présenta alors les deux lettres (celle de Maurice et celle de Berzelius) dans une séance du Sénat de l'Université. Il en résulta que, conformément à la proposition du Sénat, il fut décidé que les œuvres d’Abel seraient publiées aux frais de l'État et l'on confia à Holmboe, comme à celui qui avait été le maître d'Abel,

et plus tard, quelque temps, son compagnon d'études, le soin de l'édition.

La tâche de Holmboe était bien plus difficile qu’on ne le croit ordinairement aujourd'hui. Il avait à s’occuper de matières aussi profondes que nouvelles et, entre autres, d'une excessive généralité. La publication ne pouvait donc être terminée qu'après plusieurs années. De plus, malgré les scrupules minutieux que l’ancien maître d’Abel apporta dans sa tâche, pour la remplir dignement, on peut se demander s'il n’y a pas beaucoup de choses qui aient échappé à son attention ou qu'il ait omises, faute de les comprendre, en étudiant les manuscrils. Il est naturellement fort probable qu’il n’a pas pu, en général, deviner le sens de maintes notes ou premières esquisses que l'auteur n'avait pas eu le temps d'élaborer avec soin et de rédiger sous la forme définitive de mémoire.

On ne sait pas davantage dans quelle mesure Holmboe a disposé des manuscrits d'Abel. Un bon nombre de ceux-ci ont été certainement anéantis et dispersés, par suite d'un incendie qui, peu de temps après la mort de Holmboe, menaça la maison où celui-ci

Page 1