PUBLICATION DES ŒUVRES D'ABEL
demeurait. Ainsi que nous l'avons déjà dit, on n'a guère retrouvé, dé temps à autre, que les manuscrits ayant la forme de livres et contenant les recherches auxquelles l'auteur se livrait immédiatement avant de rédiger ses mémoires. La plupart des papiers détachés ont été détruits par l’eau et dispersés, en sorle qu'ils sont bien perdus pour toujours.
Il est aussi difficile de comprendre comment il s’est fait que le mémoire qu'Abel envoya de Paris à Gergonne et dont Holmboe a eu connaissance par une lettre d’Abel, n'ait pas trouvé place dans l'édition. Quant au Mémoire de Paris, il fut fait des tentatives pour en obtenir une copie, mais en vain; et cela, bien que des membres de l’Institut de France s'intéressassent très vivement à Abel, au géomètre dont le travail le plus précieux avait été gardé par leur Académie, sans qu'elle eût encore rien fait pour le publier.
Au milieu de l’année 14839, Holmboe finit sa tâche. Un exemplaire des Œuvres compiètes (ou plutôt incomplètes) fut transmis à Crelle avec une lettre datée du 15 août.’ A cette époque, il fallait bien du temps pour qu'un semblable envoi arrivât à son adresse! En effet, Crelle ne reçut son exemplaire qu'au commencement du mois d'avril 1840, et la lettre d’accusé de réception adressée à Holmboe est datée du 15 mai. Il y exprime sa reconnaissance pour le don du livre, si précieux pour lui, de l’homme rare, mort trop jeune, qui l'avait honoré de son amitié et de sa confiance (1).
L'incident du baron de Maurice et des académiciens. suédois tomba bientôt en oubli, ainsi que la lettre adressée par les savants Français au « Roi de Suède », afin qu’il appelât Abel à l’Académie de Stockholm : les contemporains ne devaient guère conserver la mémoire d'événements relatifs à un homme qui était mort si Jeune et dont les mérites n'étaient pas de ceux que peut apprécier le grand public.
(1) Cette lettre, datée de Berlin, 45 mai, fut reçue par Holmboc le 2 juin. Elle prouve, de nouveau {ce qui n’est pas sars intérêt pour l'histoire d’Abel\, qu’ordinairement il se passait deux semaines avant qu’une lettre arrivât de Berlin à Christiania, ou réciproquement.
D'ailleurs, d’autres circonstances contribuèrent à ce résultat. L'une des deux affaires que nous venons de rappeler, celle de la nomination à l'Académie de Stockholm, fut regardée par tout le monde comme une chose qui ne touchait pas les compatriotes d'Abel. Les académiciens français avaient, sans doute, agi dans les meilleures et les plus louables intentions; mais presque comme s'ils s'étaient adressés, à cette époque, au roi de la Grande-Bretagne pour qu’il fit entrer un Hanovrien dans la « Royal Society ». Quant à la seconde affaire, qui s'explique naturellement par la première, elle équivalait, dans la même hypothèse, à une demande adressée à la Société savante de Londres, pour qu'elle se chargeât de la publication des écrits d’un jeune et éminent Allemand. Or, la dernière invitation (l'invitation du baron Maurice aux académiciens suédois) est la seule qui, après quelques retards forcés, soit arrivée à destination. Mais on en fit si peu de bruit, que le public qui y était vraiment intéressé, n’en eut presque aucune connaissance. On paraît même s'être arrangé de manière à employer les fonds publics de la Norvège sans qu'on eût besoin de proposer à l’Assemblée nationale l'ouverture d’un crédit spécial. Ainsi, tout fut réglé dans les hautes régions, par la voie diplomatique, ou par une courte intervention de l'Université. Il n’est donc pas étonnant que cette affaire ne contribuât pas beaucoup à augmenter la gloire d'Abel parmi ses compatriotes, ni à éclairer ceux-ci sur la haute estime que professaient pour lui les plus illustres savants de l'Europe. On ne se souvint pas, non plus, de Maurice et des généreux savants français.
La nouvelle que les œuvres d’Abel étaient publiées, se répandit parmi les savants de Paris vers le milieu de l'année 1840. Un peu plus tôt, le premier exemplaire était déjà arrivé à Berlin. Maurice qui désirait ardemment posséder un exemplaire de louvrage, alors, sans doute, que les libraires étrangers ne pouvaient pas se le procurer encore, s’adressa au comte Lüwenhjelm. Il en advint que, conformément au désir exprimé par Sa Majesté le Roi,