‹ Niels-Henrik AbelChapitre 58 sur 60 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

laissant à Paris son plus beau travail. Lorsqu'il comptait sur un succès, il avait parlé à ses amis de ce travail, qui lui avait réussi si bien; mais maintenant que les plus illustres juges ne semblaient pas l'apprécier de bien haut, il finit par s’en taire.

A une époque où les grandes plaies de l’État n'étaient pas encore guéries, quels étaient les devoirs d'un membre du gouvernement envers un étudiant qui revenait dans les conditions où se trouvait Abel, qu'on avait aidé déjà de son mieux, malgré la pénurie du trésor et qui s’occupait des recherches les plus transcendantes avec ardeur, et aussi avec plus de succès que la masse des jeunes adeptes de la science?

Tant qu'il n'avait pas donné plus de preuves de son mérite, il fallait que ce jeune homme s’aidât lui-même, comme tous les autres; aucune exceplion ne devait être faite que pour ce qui était vraiment exceptionnel.

Au reste, ne regrettons pas trop que l'existence d’Abel se soit passée si tristement. Celui qui, pendant toute sa vie, a dû aller à une aussi rude école, a le privilège de voir et de penser autrement que la majorité des hommes; et si, par ses efforts et ses études profondes, il a acquis le don de lire les pensées des temps à venir, il ne se fait pas l'illusion d'être compris par les siens ou par ses contemporains. Mais, quand même le bonheur lui échapperait, il n'en a pas moins beaucoup vu, et il sait qu'il n’a pas vécu en vain.

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