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loterie de faits (*). Le mécanisme . joint au casualisme, voilà ce dont nous disposons pour rendre compte de l'évolution organique. Empédocle l'avait vu. Mais qui. parmi les modernes, représente la sagesse empédocléenne ?
A temps, Nietzsche se ravisa. Il était déjà très hostile au darwinisme : mais Albert Lange était un contrepoids insuffisant. Il faudra à Nietzsche de longues études d'histoire naturelle pour en découvrir un autre. Il savait seulement que Schopenhauer, loin de fournir de quoi réfuter les biologistes modernes, n'était pas à l'abri de leurs critiques. A l'époque encore où, écrivant à Deussen, il se refusait à entreprendre une réfutation de son maître, il avait depuis longtemps par devers lui noté les faiblesses logiques du système. Mais il savait aussi qu'on ne réfute pas une philosophie, parce qu'elle est par delà les concepts de la science. On ne peut que s'y ouvrir et l'admettre de toute la ferveur de son âme, ou se fermer à elle et la rejeter de toute son énergie (s). C'est pourquoi Nietzsche continuait sa propagande. Il voyait avec joie se grossir le « club » des initiés. A Naumburg, il réussissait à convertir le pasteur principal, Wenkel. Soudain, pour ce vieil Hégélien, Schleiermacher et Strauss pâlirent auprès de Schopenhauer. Du haut de la chaire, il enseigna un Evangile pessimiste (3). La doctrine nouvelle était en effet une religion qui, dans les vicissitudes de la vie, dans la douleur et dans le deuil, fournissait un aliment de l'âme ; et elle avait de notables affinités avec le christianisme des communautés primitives qui, en poil de chameau, prêchait l'abdication de l'existence terrestre.
Il restait à rendre publique l'activité des nouveaux
(*) E. Foerstkr, Biogr., I, p. 344 sq. — V. nos Précurseurs de Nietzsche, p. 121 . (*) Deussen, Erinnerungen, p. 58. — Corr., I, 128. (3) Corr., ï, 109, 113, 123, 145 ; II, 54.
missionnaires. Ils ne se sentaient pas seuls. Albert Lange, Bahnsen, Dùhring, philosophes en ce temps-là chers à la jeunesse, étaient comme eux idéalistes. Nietzsche espérait les gagner. Un journal philosophique naîtrait peutêtre où, sous la direction de ces hommes groupés par la pensée schopenhauérienne, se révéleraient des talents jeunes Une fois le groupement créé, Nietzsche ne doutait pas que son influence n'y prévalût.
L'année 1868 s'écoulait dans ces rêveries, et elle mûrissait des certitudes. On sentait que l'Allemagne chercherait à assurer son avenir ; et, dans cette crise, nos jeunes philosophes avaient à assurer leur avenir personnel. Par leurs hésitations sur une thèse à soutenir, sur une agrégation secondaire proche, qui les remplissait d'épouvante et d'ennui, Nietzsche et Rohde montrent combien est pénible leur lutte contre le réel. La pieuse tante Rosalie, morte en janvier 1867, avait laissé à Nietzsche un petit héritage, qui le mettait à l'abri des décisions les plus humiliantes. Ils s'interrogèrent, et tombèrent d'accord qu'il fallait viser à l'enseignement des Universités. Rohde, sans doute, était moins favorisé, et Nietzsche doutait qu'il pût attendre; tout compte fait, ils se voyaient impropres à toute autre carrière. Leur passé les engageait et les paralysait. Mais ils pouvaient, de ce point de vue supérieur où les plaçait leur sens artiste et leur philosophie, assumer la tâche de créer un nouvel humanisme (s).
Auparavant, ils comptaient une dernière fois resserrer l'échange vivant de leurs pensées. Ils précisèrent un plan de voyage commun à Paris, dont ils s'étaient souvent entretenus autrefois à Leipzig. Ils emmèneraient quelques camarades, parmi les plus intimes, Gersdorff, Romundt,
(') Corr., I, 97.