LES SOURCES DU LIVRE SUR LA NAISSANCE DE LA TRAGEDIE
Quand parut le livre intitulé par Nietzsche Die Geburt der Tragoedie ans dem Geiste der Musik, il fît scandale parmi les hommes du métier. La recherche qui va suivre ne se propose pas de diminuer le mérite de Nietzsche, mais de protester contre une injustice. On ne conçoit plus aujourd'hui l'anathème furieux qui a frappé Nietzsche. Les défauts scientifiques du livre nous apparaissent. On en aurait été moins choqué, si les indications de ses devanciers avaient été moins oubliées d'une génération de savants moins instruite ; tel quel, le livre est le fruit d'un immense travail (*). Il était presque forcé que les hypothèses de la philologie allemande vinssent à cristalliser un jour dans la forme que leur a donné l'esprit de Nietzsche. Et le livre, malgré les sophismes dont il faut le dépouiller, a si violemment stimulé les esprits, que nous lui devons de la reconnaissance pour la façon poignante dont, grâce à lui, le problème de la tragédie grecque est resté posé jusqu'à nos jours. En laissant de côté le nombre infini de commen-
(*) Qu'on veuille se reporter à la liste des livres empruntés par Nietzsche à la Bibliothèque de Bâle, publiée par Albert Lévy, Stirner et Nietzsche, 1904, Appendice, pp. 93-113.
taires érudits dont Nietzsche a étayé son élaboration des textes, on peut classer les influences principales subies par lui. Et on reconnaîtra : 1° Friedrich Schlegel et Creuzer, parmi les hellénistes romantiques ; 2° Anselm Feuerbach et Otfried Mùller, pour l'école de l'hellénisme gœthéen ; 3° Welcker et Bachofen parmi les spécialistes d'un nouveau folklore et d'une sociologie littéraire naissante. A toutes ces influences, se superposait celle de Franz Liszt, vers lequel gravitait Wagner dans ses derniers manifestes.