LES SOURCES : A. FEUERBACH
drapée et les sandales délicates sont un reste de la garderobe somptueuse du théâtre, et ses cheveux reproduisent l'arrangement des masques tragiques. Pour Feuerbach, l'Apollon du Belvédère est l'Apollon même d'Eschyle, et la pensée eschylienne cristallisée dans le marbre
Comment Richard Wagner n'aurait-il pas eu l'impression que ce Dieu aimant et vengeur, symbole de la forte et rayonnante beauté grecque, était « le principal dieu et le vrai dieu national des Grecs » , et que l'œuvre d'art grecque la plus haute, la tragédie, était « Apollon devenu art vivant et réel » Voilà pourquoi les livrets de Wagner dressent à la fin du drame un grand justicier, pur et doux, comme Lohengrin, un dieu orageux, qui protège les héros, mais châtie l'infidélité aux pactes, tel que Wotan; un jeune libérateur, tueur de dragons, et qui fait lever les étoiles d'un savoir nouveau, un nouvel amour et une mort souriante. Les drames de Wagner, avant Tristan, sont baignés d'une lumière tout apollinienne.
Nietzsche, six mois après être venu à Tribschen, sait déjà que le dieu de la tragédie n'est pas Apollon. Il ne prononce pas encore le nom de ce dieu. Il y fait une fugitive allusion dans Sokrates und die Tragédie (3). Dans Bas griechische Musikdrama, il se reporte au point de départ wagnérien. Il reprend, pour le citer, l'ouvrage d'Anselm Feuerbach. Il en copie deux pages entières Il accepte provisoirement cette notion feuerbachienne de l'œuvre d'art intégrale. Puis il va surprendre chez un autre le secret de l'alliance contractée en Grèce entre les
(') Feuerbacu, fbid., p. 409.
(s) R. Wagner, Die Kunst und die Révolution (Schriften, t. III, 10, 11).
(3) « Jene eine Seite des Hellenischen, jene apollinische Klarheit. »• (W., IX, 55). C'est donc que Nietzsche sait, le 1er février 1870, que l'autre face de l'àme hellénique, c'est le dionysisme.